Manuscrits de Tombouctou

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Les manuscrits de Tombouctou présentent à la fois des données mathématiques et astronomiques.
Manuscrits de Nasir al-Din Abu al-Abbas Ahmad ibn al-Hajj al-Amin al-Tawathi al-Ghalawi's Kashf al-Ghummah fi Nafa al-Ummah de la Bibliothèque commémorative Mamma Haidara à Tombouctou.
Tables d'astronomies

Les Manuscrits de Tombouctou sont un ensemble de manuscrits médiévaux datant de la période impériale ouest-africaine, pour la plupart rédigés et conservés depuis des siècles à Tombouctou et dans sa région. Ces lettres qui datent du XIIIe siècle pour les plus anciens[1] forment un corpus hétéroclite comprenant aussi bien des documents d'enseignement que de courtes lettres.

Présentation[modifier | modifier le code]

La majorité de ces manuscrits sont écrits en arabe, dans une langue africaine ou dans une version africanisée de l'alphabet arabe, ensemble généralement désigné par « Écriture Ajami ». Les langues écrites pratiquées localement et utilisées dans ces manuscrits sont notamment le Songhaï et le Tamasheq[2]. Ces textes comprennent une grande variété de sujets incluant les mathématiques, les sciences, la philosophie[3], l'islam, l'astronomie, le droit et même la rédaction de contrats[4].

Transmis d'une génération à l'autre au sein de familles de Tombouctou (Mali), ces manuscrits sont souvent conservés dans des conditions médiocres[5]. En octobre 2008, notamment, une de ces bibliothèques domestiques fut inondée et 700 manuscrits furent alors détruits[6].

Avec la disparition du système d'éducation arabe au Mali pendant la colonisation française, la reconnaissance de la valeur de ces manuscrits médiévaux a diminué et certains d'entre eux ont été vendus[7]. Le magazine Time a ainsi relaté qu'un imam a vendu certains d'entre eux 50 $US pièce.

Un corpus d'environ 30 000 textes est conservé à l'Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB), fondé à Tombouctou par le gouvernement malien en 1973[8].

Julian Johansen et Sidi ʿUmar Wuld ʿAlī publient en 1995 un premier volume d'inventaire des manuscrits du centre Ahmed Baba[9] traitant de 1500 manuscrits, principalement en arabe, incluant Corans, hadiths, fiqh, grammaire, théologie scolastique, soufisme, biographies du Prophète, vers de louange du Prophète, prières, supplications, logique, philosophie, astronomie, médecine, mathématiques, rhétorique, traités sur la transcendance et l'occulte, oeuvres diverses en vers, sermons, homélies, testaments, traités sur le djihad, textes historiques, et textes n'entrant dans aucune catégorie simple[10]. Ils proviennent du Mali, mais aussi du Niger, de Mauritanie, du Maroc, ainsi que de pays du Proche ou Moyen-Orient[10].

Des collections de manuscrits sont également présentes dans des bibliothèques privées de Tombouctou : Fondo Kati, Al-Wangari et Mamma Haidara.

Au-delà de Tombouctou[modifier | modifier le code]

Au Mali, des collections de manuscrits sont également présentes à Djenné, Gao, Kayes et Ségou[11].

Il existe des collections de manuscrits d'origine malienne en Égypte et au Maroc[11]. Plus généralement, des manuscrits d'Afrique francophone subsaharienne sont présents dans diverses collections d'Europe et des États-Unis[11].

Il existe aussi des manuscrits similaires préservés précairement dans des bibliothèques privées à Chinguetti en Mauritanie, et des collections de textes islamiques sahariens sont conservées à Niamey au Niger[10].

On estime à environ 300 000 le nombre de manuscrits présents dans les régions nord du Mali, dont peut-être 50 000 à Tombouctou[12], et à 900 000 ceux d'une région plus vaste englobant une partie de la Mauritanie et du Niger[13].

Menaces[modifier | modifier le code]

Parmi les menaces pesant sur les manuscrits figurent :

  • le temps qui passe ou de mauvaises conditions de conservation : une partie des grandes bibliothèques privées (familiales) sont dégradées par des insectes et les outrages du temps, ainsi que par des accidents divers ;
  • les successions : elles sont souvent l'occasion de l'éclatement de bibliothèques ou de la perte ou vente de documents anciens et uniques [14]
  • la revente (trafic) de manuscrits est parfois un moyen de trouver de l'argent pour les familles pauvres du nord du Mali ;
  • la guerre et le pillage au Mali : Il existe une bibliothèque publique soutenue par l'Unesco, mais qui ne contient à ce jour qu'une minorité d'ouvrages. La plupart des manuscrits sont partagés entre plusieurs dizaines de bibliothèques familiales. Les propriétaires-bibliothécaires qui en possèdent le plus veulent généralement les protéger et que cette connaissance puisse être partagée. A partir de l'été 2011, des érudits et volontaires, notamment dirigés par Abdelkader Haidara et Stéphanie Diakité, ont clandestinement évacué (de 160 000 à 300 000 manuscrits selon les sources) de Tombouctou (et peut être à partir d'autres villes) vers la capitale pour les protéger de la destruction par les islamiste jihadistes d'AQMI dont certains ont fait des autodafés de manuscrits anciens. Mme Diakité a ainsi dit « Nous avons compris le pouvoir de ces bibliothèques quand des personnes de tous horizons, de tous milieux sociaux et parlant toutes les langues du Mali, et quand des villages entiers de la région s’engagèrent corps et âme et prirent souvent des risques considérables pour nous aider à évacuer les manuscrits au Sud du Mali ». Une association T 160k a pour projet de protéger et restaurer ces documents ;

Conservation en 2012-2013[modifier | modifier le code]

Le 1er avril 2012, Tombouctou passe sous le contrôle des rebelles Touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), alors alliés au mouvement salafiste Ansar Dine et à l'organisation terroriste islamiste Al-Qaida au Maghreb islamique[15]. Cette alliance a depuis été officiellement rompue par le MNLA, qui, bien que divisé, est majoritairement opposé au projet d'instauration de la charia dans la région[16]. Cette situation met à mal le projet de numérisation des documents initié en 2008 et réalisé en France, à l'Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon[17].

En janvier 2013, le maire de Tombouctou, qui se trouvait à Bamako, affirme que lors de l'opération Serval, « le centre Ahmed Baba où se trouvent des manuscrits de valeur a été brûlé par les islamistes »[18].

La chaîne Sky News n'a trouvé aucun incendie à l'une des bibliothèques où les journalistes sont entrés sans difficultés. Par contre ils ont trouvé « un peu de cendre » et des dizaines de boîtes vides[19],[20].

Selon l'historien Bruce Hall, « le nouveau bâtiment de l'Institut Ahmed Baba inauguré en 2009 ne contenait en réalité pas de documents précieux, le directeur ayant refusé de les y transférer afin d'obtenir davantage d'aides »[21].

Mahmoud Abdou Zouber, ancien conseiller du président du Mali Amadou Toumani Touré aux affaires islamiques et premier directeur de l'institut Ahmed Baba, a affirmé le 28 janvier 2013 que les manuscrits avaient été mis en lieu sûr en 2012 avant l'arrivée des combattants[22].

Shamil Jeppie, directeur du projet de conservation des manuscrits de Tombouctou à l'université du Cap estime que plus de 90 % des manuscrits ont été sauvés[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. http://www.nytimes.com/2007/08/07/world/africa/07mali.html?pagewanted=all
  3. www.timbuktufoundation.org
  4. http://www.saudiaramcoworld.com/issue/201105/from.africa.in.ajami.htm
  5. Towards an omnilingual word retrieval system for ancient manuscripts. Pattern Recognition Volume 42, Issue 9, September 2009, Pages 2089–2105.
  6. http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1913404-1,00.html
  7. [PDF] (en) NMI Goolam, The Timbuktu Manuscripts – Rediscovering a Written Source of African Law in the Era of the African Renaissance
  8. « Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB) », Projet Manuscrits de Tombouctou (consulté le 13 janvier 2013).
  9. Handlist of manuscripts in the Centre de documentation et de recherches historiques Ahmed Baba, Timbuktu. Volume I, Londres, al-Furqān Islamic Heritage Foundation
  10. a, b et c Recension par H. T. Norris, Bulletin of the School of Oriental and African Studies,Volume 60, Issue 03, October 1997, p. 606-606, http://dx.doi.org/10.1017/S0041977X00033164
  11. a, b et c Mohamed Saïd Ould Hamody, Manuscrits africains anciens, Colloque "Bibliothèques nationales en Afrique francophone au 21e siècle", Dakar, École des Bibliothécaires Archivistes et Documentalistes de Dakar, 5 au 7 mai 2003
  12. Jean-Louis Triaud, Les Matins de France Culture, 10 juillet 2012
  13. http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/28/tombouctou-epicentre-du-nouvel-obscurantisme-islamiste-africain_1725995_3232.html
  14. France culture ; Les manuscrits de Tombouctou (XIIIe/XVIIe siècle), émission « Cultures d'islam », par Abdelwahab Meddeb ;
  15. http://www.liberation.fr/monde/01012399681-au-mali-les-rebelles-touaregs-gagnent-encore-du-terrain
  16. http://www.rue89.com/2013/01/16/les-touaregs-du-nord-mali-possible-cle-de-la-guerre-238646
  17. http://www.livreshebdo.fr/numerique/actualites/la-numerisation-des-manuscrits-de-tombouctou-bloquee-par-la-guerre/9960.aspx.
  18. « Mali : Français et Maliens entrent dans Tombouctou, manuscrits brûlés par les islamistes », sur nouvelobs.com,‎ 28 janvier 2013
  19. Geoffrey York, Priceless manuscripts missing in Timbuktu, Globe and Mail, 28 janvier 2013
  20. Mali: French Troops Advance In Timbuktu Sky News, avec photographie des boîtes vides
  21. Les manuscrits de Tombouctou, victimes des islamistes et de la corruption
  22. Mali: Timbuktu Locals Saved Some of City’s Ancient Manuscripts from Islamists
  23. Mali : plus de 90 % des manuscrits de Tombouctou sauvés, selon un conservateur

Manuscrits de Tombouctou en ligne[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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