Manticore

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Gravure ancienne d'une Manticore

La manticore est une créature légendaire issue de la mythologie perse, dont la première description fut rapportée par Ctésias. Décrite comme un terrible mangeur d'homme qui dévore ses proies en entier pour n'en rien laisser, elle a été mentionnée plusieurs fois dans les bestiaires médiévaux et représentée dans les arts sous les traits d'un lion à visage humain, avec trois rangées de dents et une queue de scorpion, suivant les descriptions des premiers auteurs gréco-romains. La manticore est aujourd'hui assez populaire dans le bestiaire des jeux de rôle.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Selon Édouard Brasey, le nom de « manticore » est issu du persan mardikhouran, qui signifie « mangeur d'hommes »[1]. Son nom peut aussi provenir du persan martya, « homme », et xvar, « manger », ce qui signifie aussi « mangeur d'hommes ».

On trouve l'orthographe manticore, au féminin comme au masculin[2],[3].

Description[modifier | modifier le code]

Une manticore selon la description classique que l'on s'en fait : pelage rouge, tête humaine et queue hérissée de dards

La manticore est le plus souvent décrite comme un monstre ayant le corps d'un lion, généralement à fourrure rouge ou brun rougeâtre, la tête d'un humain couleur de sang, souvent avec des cornes, des yeux bleus ou jaunes et trois rangées de dents allant d'une oreille à l'autre, ainsi qu'une queue de scorpion[1] ou de dragon. Elle est parfois dotée d'ailes de chauve-souris, mais sa principale caractéristique est sa capacité à projeter des dards venimeux pour immobiliser sa proie (le poison est incurable). Son venin peut servir à différentes fins, comme endormir, rendre malade, contrôler, maudire… ou même tuer. Sa taille varie entre celle d'un lion et celle d'un cheval[réf. nécessaire].

Origine et mentions[modifier | modifier le code]

Manticore dans The Rochester Bestiary
Manticore dans The History of Four-footed Beasts, en 1607
Manticore selon une gravure du XVIIe siècle

La manticore est d'origine perse, elle est décrite comme une bête mangeuse d'hommes. Sa présence dans différentes légendes européennes serait due au médecin grec Ctésias, qui séjourna à la cour d'Artaxerxès II, au IVe siècle av. J.-C., et qui en parla dans Indika, son ouvrage sur l'Inde connu de plusieurs auteurs grecs, mais perdu depuis. Évoquant les animaux qu'il a vu à Rome, Pausanias écrit dans ses Descriptions de la Grèce :

« Quant à la bête décrite par Ctésias dans son Histoire indienne et qu'il dit être appelée martichoras par les Indiens et "mangeuse d'hommes" par les Grecs, je suis amené à penser qu'il s'agit du tigre. Mais du fait qu'elle a trois rangées de dents dans chacune de ses mâchoires, et des pointes au bout de sa queue avec lesquelles elle se défend en combat rapproché et qu'elle tire comme les flèches d'un archer sur ses ennemis lointains, je pense qu'il s'agit d'une fable que se transmettent les Indiens à cause de leur crainte excessive de la bête[4]. »

Pline l'Ancien ne partage pas le scepticisme de Pausanias car, comme Aristote dans son Histoire naturelle, il inclut le martichoras (qu'il retranscrit par erreur en manticorus en copiant Aristote, d'où le terme actuel) parmi les animaux qu'il décrit dans son Naturalis Historia :

« Il y a parmi les Éthiopiens un animal appelé manticorus ; il a trois rangées de dents qui s'enchevêtrent comme celles d'un peigne, visage et oreilles d'homme, yeux bleus, corps cramoisi de lion et queue qui finit en aiguillon, comme celle des scorpions. Il court avec une grande rapidité et il est très amateur de chair humaine ; sa voix ressemble aux sons mêlés de la flûte et de la trompette. »

— Pline l'Ancien, Histoire naturelle[5].

La manticore devint assez populaire dans les bestiaires médiévaux qui reprirent pour la plupart les descriptions de Pline[6].

Bruno Latini donne quelques précisions sur la créature qui « plus que tout, aime manger de la chair humaine. Elle s'accouple de façon à ce que tantôt l'une se trouve dessous, tantôt l'autre »[7].

Flaubert mentionne une manticore dans les dernières pages de La Tentation de saint Antoine :

« La manticore, gigantesque lion rouge, à figure humaine avec trois rangées de dents : les moires de mon pelage écarlate se mêlent au miroitement des grands sables ; Je souffle par mes narines l'épouvante des solitudes. Je crache la peste. Je mange les armées, quand elles s'aventurent dans le désert. Mes ongles sont tordue en vrille, les dents sont taillées en scie ; et ma queue, qui se contourne, est hérissée de dards que je lance à droite, à gauche, en avant, en arrière, Tiens ! Tiens ! La manticore jette les épines de sa queue, qui s'irradient comme des flèches dans toutes les directions. Des gouttes de sang pleuvent, en claquant sur le feuillage. »

— Flaubert, La Tentation de saint Antoine[8].

Selon Édouard Brasey, la créature est originaire d'Inde, et se trouvait autrefois dans toutes les régions semi-désertiques de Perse et de mésopotamie, jusqu'en Grèce et à la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord. Il mentionne également les légendes selon lesquelles la manticore est censée tuer sa victime d'un seul coup de dents, de queue ou de griffes avant de l'avaler tout entière et de n'en rien laisser. C'est pourquoi, lorsqu'un homme disparaît sans laisser de trace, cela ne peut être que l'œuvre d'une manticore[1].

Cryptozoologie[modifier | modifier le code]

La manticore a retenu l'attention de la société royale de cryptozoologie de Londres, qui situait les derniers représentants de l'espèce dans des montagnes inaccessibles au centre de l'Iran[1]. On dit de nos jours que la manticore habite les forêts tropicales d'Afrique et d'Asie, surtout en Indonésie.[réf. nécessaire]

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Une manticore tuant un bélier, sur une église en Autriche

Le livre de Pline fut considéré comme une référence au Moyen Âge, et les manticores furent parfois représentées dans les bestiaires illustrés. La bête réapparait aussi au XVIe siècle en héraldique et influence certaines représentations maniéristes, parfois des peintures, mais le plus souvent des fresques appelées grotteschi), où l'on voit le péché de tromperie représenté sous les traits d'une chimère ayant le visage d'une belle femme, traits que l'on retrouve dans les dessins de sphinx en France aux XVIIe et XVIIIe siècles[9]. La manticore partage la symbolique des créatures thérianthropes, dans le sens où elle a un visage humain mais un comportement complètement bestial[10]

Au XIIIe siècle, Richard de Haldingham a représenté une manticore dans sa mappa mundi, que l'on peut encore voir dans la cathédrale de Hereford[1].

Littérature[modifier | modifier le code]

Culture populaire[modifier | modifier le code]

La manticore est incluse dans le bestiaire de nombreux jeux de rôle, notamment Donjons et Dragons et Warhammer jeu de rôle ou de figurines. Manticore est aussi un boss dans le jeu Golden Sun, et une des créatures que l'on peut enrôler dans Heroes of Might and Magic III.

Manticore est le nom d'une arbalète dans le jeu vidéo Diablo 3.

Elle est également l’emblème du groupe de rock progressif Emerson, Lake & Palmer (ELP).

Le groupe de métal extrême Cradle Of Filth a dédié une chanson à la créature, sobrement appelé Manticore, incluse dans leur dernier album The Manticore & Other Horrors sorti en novembre 2012.

Manticore est une organisation fédérale secrète de la série télévisée Dark Angel. Son symbole est une manticore.

Manticore, de son vrai nom Justin Sinclair, est un super-héros, membre de la Phalange de la Liberté. Il fait partie de l'univers du jeu en ligne City of Heroes, City of Villains, City of Heroes : Going Rogue et enfin City of Heroes : Freedom. Il fait également partie de l'univers du comic book City of Heroes, édité par Top Cow et Blue King. Son arme est un arc. Son costume et ses couleurs (du rouge carmin au noir) rappellent fortement la créature mythologique dont il est inspiré (Dark Freeman).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Édouard Brasey, La Petite Encyclopédie du merveilleux, Paris, Éditions le pré aux clercs,‎ 14 septembre 2007, 435 p. (ISBN 978-2842283216), p. 212-213
  2. Adolphe Napoléon Didron, Annales archéologiques, tome dix-septième, p. 267. sur books.google.com
  3. Joris-Karl Huysmans,
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], XXI, 5.
  5. Pline l'Ancien, Naturalis Historia, VIII, 30, traduction dans Le Livre des êtres imaginaires par Jorges Luis Borges
  6. (en) Animal acts: configuring the human in western history, Routledge,‎ 1997, 258 p. (ISBN 9780415916097, lire en ligne), p. 11-12
  7. Bruno Latini cité dans Gabriel Bianciotto, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Stock,‎ 1980 (ISBN 978-2234044999)
  8. Flaubert, La Tentation de saint Antoine, cité dans Le Livre des êtres imaginaires de Jorges Luis Borges
  9. (en) John F. Moffitt, An Exemplary Humanist Hybrid: Vasari's "Fraude" with Reference to Bronzino's 'Sphinx' Renaissance Quarterly 49.2 (Summer 1996), p. 303-333
  10. (en) Animal acts: configuring the human in western history, Routledge,‎ 1997, 258 p. (ISBN 9780415916097, lire en ligne), p. 11-12
  11. Jorge-Luis Borges, Le livre des êtres imaginaires, Éditions Gallimard,‎ 2007, 233 p. (ISBN 9782070711024), p. 152-153

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]