Mansukh

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les expressions arabes mansûkh (arabe : مَنْسوخ [mansūḫ], abrogé) et nâsikh (ناسِخ [nāsiḫ], abrogatif, abrogatoire), correspondent en français aux notions de verset abrogé et de verset abrogatif du Coran.

Certains versets du Coran sont dits mansûkh (آية مَنْسوخة [āya mansūḫa], verset abrogé) lorsqu'il est considéré qu'une révélation ultérieure dans un autre verset vient le modifier ou le corriger. Ce verset correctif est alors dit nâsikh (آية ناسِخة [āya nāsiḫa], verset abrogatif).

Les fondements de l'abrogation[modifier | modifier le code]

Le mécanisme d'abrogation des versets anciens est légitimé dans le Coran :

« Nous n'abrogeons aucun verset, Nous n'en faisons oublier aucun sans le remplacer par un autre qui soit meilleur ou équivalent. Ne sais-tu pas que Dieu est tout puissant ? »

— Le Coran, « La Vache », II, 106, (ar) البقرة.

Le mécanisme d'abrogation concerne des versets du Coran dont l'application est remplacée par d'autres versets du Coran, plus explicites ou de sens différents. Une interprétation plus large du verset ci-dessus décrit le mécanisme d'abrogation des textes sacrés anciens par de nouvelles Révélations, à l'instar des Évangiles et du Coran.

Alors que Mahomet a été accusé de manipulation à l'occasion de révélations de versets abrogeants, on peut lire en réponse dans le Coran :

« Lorsque nous remplaçons un verset par un autre —et Dieu sait mieux que quiconque ce qu'il révèle— ils disent : “Tu n'es qu'un imposteur !” Non ! Mais la plupart ne savent rien. »

— Le Coran, « L’Abeille », XVI, 101, (ar) النحل.

Il existe plusieurs types d'abrogation. Ceux du Coran par le Coran ou d’un hadith par un autre sont généralement admis. L’abrogation du Coran par un hadith ou l’inverse divisent les spécialistes[1].

Les enjeux des versets abrogés[modifier | modifier le code]

L'enjeu des versets abrogés est crucial dans l'islam, bien que méconnu en dehors. Ainsi, certains versets cités en exemple par les défenseurs ou les détracteurs de l'islam sont-ils en fait abrogés par d'autres ayant un sens différent.

Au sein de l'islam, la détermination des versets abrogés et de ceux ne le sont pas nécessite une érudition aussi bien concernant le texte coranique que l'histoire de la Révélation. Les versets les plus récents abrogent les plus anciens traitant du même sujet, le dernier révélé donnant la conclusion de l'enchaînement des versets. L'ordre des versets tel que retranscrits dans le Coran n'étant pas l'ordre chronologique de leur révélation, l'historiographie du Coran devient un enjeu majeur quant aux questions de Charia et de Jurisprudence.

Cette lecture chronologique du Coran met en valeur deux groupes de sourates : Celles de la période mecquoise (entre 610 et 622) et celles de la période médinoise (entre 622 et 632).

Des exemples de versets abrogés et abrogatifs[modifier | modifier le code]

L'héritage[modifier | modifier le code]

Concernant les règles de succession en matière d'héritage, les versets successifs sont :

« Voici ce qui vous est prescrit: Quand la mort se présente à l'un de vous, si celui-ci laisse des biens, il doit faire un testament en faveur de ses père et mère, de ses parents proches conformément à l'usage.
C'est un devoir pour ceux qui craignent Dieu. »

— Le Coran, « La Vache », II, 180, (ar) البقرة.

Cette sourate a été révélée à Médine et selon la tradition c'est la 87e dans l'ordre de la révélation. La sourate IV est considérée comme la 92e. On y lit dans le verset 11 des prescriptions beaucoup plus précises.

« Quant à vos enfants, Dieu vous ordonne d'attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles.
S'il n'y a que des filles, même plus de deux, les deux tiers de l'héritage leur reviendront. Et s'il n'y en a qu'une, la moitié lui appartiendra.
Si le défunt a laissé un fils, un sixième de l'héritage reviendra à ses père et mère.
S'il n'a pas d'enfant et que ses parents héritent de lui: le tiers reviendra à la mère.
S'il a des frères le sixième reviendra à sa mère, après que ses legs ou ses dettes auront été acquittés.
Vous ignorez si ce sont vos ascendants ou vos descendants qui vous sont les plus utiles.
Telle est l'obligation imposée par Dieu : Dieu est celui qui sait, il est juste. »

— Le Coran, « Les Femmes », IV, 11, (ar) النساء.

Ce seront donc ces prescriptions qui seront retenues pour fixer le droit (fiqh) en matière d'héritage.

Question de la violence[modifier | modifier le code]

Le Coran contient à la fois des versets appelant à la paix et d'autres incitant à la guerre. Les premiers datent principalement de la période mecquoise -période pendant laquelle les musulmans étaient minoritaires et peu puissants- alors que les seconds datent de l'époque médinoise durant laquelle les musulmans étaient assez nombreux et puissant pour pouvoir réagir[2].

Lors de recensions des versets abrogés/abrogeant par les exégètes plus de 100 versets sont considérés comme abrogés par le "verset du sabre"[3].

« Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

— Le Coran (trad. Muhammad Hamidullah), « Le repentir (At-Tawbah) », IX, 5.

C'est aussi à cette seconde période qu'appartient les versets à caractère offensif.

« Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c’est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

— Le Coran (trad. Muhammad Hamidullah), « Muhammad », XLVII, 4.

Contraintes religieuses[modifier | modifier le code]

Le Coran contient des versets contradictoires sur la contrainte religieuse. Le Verset II -le plus cité- est chronologiquement le no 87.

« Nulle contrainte en religion !  »

— Le Coran (trad. Muhammad Hamidullah), «La vache », II, 256 (Extrait).

D'autres plus récents (no 111) présentent une vision différentes des contraintes dans le domaine religieux. Cette version est appliquée dans les hadiths[4]. La guerre est liée à la non-conversion à l'Islam.

« Dis à ceux des Bédouins qui restèrent en arrière : “Vous serez bientôt appelés contre des gens d’une force redoutable. Vous les combattrez à moins qu’ils n’embrassent l’Islam. Si vous obéissez, Allah vous donnera une belle récompense, et si vous vous détournez comme vous vous êtes détournés auparavant, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux”. »

— Le Coran (trad. Muhammad Hamidullah), «La victoire», sourate XLVIII, verset 16.

Interdit de l'alcool[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Burton J., Encyclopédie de l’Islam, Brill Online,‎ 2014, "Nask̲h̲."
  2. Burton J., Encyclopédie de l’Islam, Brill Online,‎ 2014, Nask̲h̲
  3. Al Mokri, Annasikh wal mansoukh, Beyrouth,‎ 1986, p. 44
  4. Bukhari vol 9. Liv.84. no 57