Manneken-Pis

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Manneken-Pis
Image illustrative de l'article Manneken-Pis
Artiste Jérôme Duquesnoy l'Ancien
Date 1388 : version originale
1619 : version actuelle
Type Bronze
Technique Sculpture
Dimensions (H) 61 cm
Localisation Bruxelles (Belgique)
Coordonnées 50° 50′ 42″ N 4° 21′ 00″ E / 50.844994, 4.349981 ()50° 50′ 42″ N 4° 21′ 00″ E / 50.844994, 4.349981 ()  

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Manneken-Pis

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Manneken-Pis

Le Manneken-Pis, signifiant « le gamin [qui] pisse » en bruxellois, est une statue en bronze d'une cinquantaine de centimètres qui est en fait une fontaine représentant un petit garçon nu en train d'uriner. Elle est située au cœur de Bruxelles, dans le quartier Saint-Jacques, à deux pas de la Grand-Place, à l'intersection de la rue de l'Étuve et de la rue du Chêne. Cette statue est le symbole de l'indépendance d'esprit des Bruxellois.

Histoire[modifier | modifier le code]

On trouve trace, dès 1388, de l'ancêtre de la statue actuelle : une fontaine située à l'angle des rues de l'Étuve et du Chêne, constituée d'une statuette en pierre dénommée « Petit Julien » (Julianekensborre), un nom qui est encore parfois utilisé pour désigner Manneken-Pis. On ne dispose d'aucune représentation de cette fontaine, mais dès 1452, le nom de Manneken-Pis apparait dans un texte. À cette époque, la fontaine jouait un rôle essentiel dans l’ancienne distribution d’eau potable[1]. La statuette de pierre est remplacée par une statuette en bronze commandée en 1619 à Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570-1641), grand sculpteur bruxellois de l'époque, père de Jérôme Duquesnoy le Jeune et de François Duquesnoy. À l'origine, elle se dressait sur un pilier et l'eau se déversait dans une cuvette rectangulaire (comme le prouve une gravure de Harrewijn, conservée au Musée communal de Bruxelles). Ce n'est qu'en 1770 que ce pilier fut remplacé par la niche actuelle[2].

Cette photo du Manneken-pis dans son environnement donne une idée de sa taille réelle. Il porte ici un costume

L'obscurité entourant ses origines a donné matière à de nombreuses historiettes. Parmi les plus souvent citées figurent les suivantes. En 1142, alors que le duc de Lotharingie Godefroid III était encore un tout jeune enfant au berceau, certains de ses vassaux se révoltèrent et affrontèrent les troupes ducales lors de la bataille de Ransbeke. Pour donner du cœur au ventre à ses partisans, le berceau de l'enfant fut pendu à un chêne sur le champ de bataille. Alors que ses troupes étaient en mauvaise posture, le petit duc se dressa dans son berceau et satisfit un besoin naturel. Ce geste redonna courage à ses troupes qui l'emportèrent. La fontaine perpétuerait le souvenir de cette victoire. Le nom de la rue du Chêne, au coin de laquelle se dresse la statue, rappellerait l'arbre qui se dressait sur le champ de bataille[3]. Une autre légende raconte qu'un enfant aurait éteint, à sa manière, la mèche d'une bombe avec laquelle les ennemis voulaient mettre le feu à la cité[4]. Une autre encore qu'un enfant perdu aurait été retrouvé par son père, riche bourgeois de Bruxelles, dans la position que l'on imagine. La dernière est qu'un petit garçon avait pour habitude d'uriner sur la maison d'une sorcière. Un jour, la sorcière voulut figer le petit garçon, mais un saint homme mit à la place une statue du petit garçon le représentant.

La statue fut cachée par les Bruxellois lors du bombardement de Bruxelles de 1695 par l'armée française. Le , elle fut replacée triomphalement sur son socle. On inscrivit alors au-dessus de sa tête un passage de la Bible : «In petra exaltavit me, et nunc exaltavi caput meum super inimicos meos.» (le Seigneur m'a élevé sur un socle de pierre, et maintenant moi, j'élève ma tête au-dessus de mes ennemis)[5].

Manneken-Pis de Grammont

La statue fut volée à plusieurs reprises. En 1745, des soldats anglais l'emportèrent jusqu'à Grammont, dont les habitants aidèrent les bruxellois à la récupérer. En témoignage de reconnaissance, la ville de Bruxelles offrit une réplique de Manneken-Pis à Grammont. Deux ans plus tard, ce fut un groupe de soldats français qui retira la statue de son socle. Pour calmer les esprits, le roi Louis XV offrit un habit à Manneken-Pis et le décora de la croix de Louis XIV. Elle fut volée à nouveau en 1817 par un forçat gracié nommé Antoine Licas. Le coupable fut lourdement puni: condamné aux travaux forcés à perpétuité, il fut d'abord attaché pendant une heure à un carcan sur la grand-place. L'original ayant été brisé lors de son enlèvement en 1817, certains pensent que l'on fabriqua un nouveau moule et que la statue actuelle serait une réplique. Il n'existe cependant aucun document le prouvant de manière incontestable[6]. Manneken-Pis connut d'autres péripéties au XXe siècle. Dérobé en 1963, il fut aussitôt retrouvé à Anvers. Les choses furent plus graves lors de sa disparition en 1965: la statuette avait été brisée et il n'en subsistait que les pieds et les chevilles. Le corps fut néanmoins retrouvé en 1966[7]. L'«original» [8] est conservé au deuxième étage de la Maison du Roi[9].

Le jet d'eau est, à l'occasion de fêtes, remplacé par des breuvages. Ainsi, on rapporte qu'en 1890, au cours de grandes fêtes bruxelloises qui se déroulèrent durant deux jours, le petit bonhomme distribua du vin et du lambic (bière bruxelloise). Actuellement, certaines sociétés folkloriques bruxelloises ont gardé pour tradition lors de célébrations annuelles (Saint-Verhaegen…) d'offrir à boire en faisant couler de la bière par le Manneken-pis.

Le Manneken-pis est devenu, avec la Grand-Place et l'Atomium, un des symboles de Bruxelles.

Garde-robe[modifier | modifier le code]

Il est de tradition d'offrir au Manneken-pis des vêtements à des occasions spéciales notamment pour honorer une profession[10]. La garde-robe actuelle comprend 883 costumes qui sont pour la plupart conservés au Musée de la ville de Bruxelles, situé dans la Maison du Roi sur la Grand-Place.

Sa première tenue lui fut offerte en 1698 par Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur-général des Pays-Bas espagnols. Il n'en subsiste qu'une partie[11]. En 1747, le roi de France Louis XV lui fit don d'un habit pour calmer les habitants de Bruxelles, furieux parce que des soldats français avaient dérobé la statuette.

Manneken-pis est revêtu d'un de ses costumes 36 fois par an, à dates fixes[12] : par exemple, il revêt chaque 21 avril le costume de Spirou, chaque 27 avril la tenue de Nelson Mandela et début juillet le maillot jaune du Tour de France.

Copies et références[modifier | modifier le code]

À Bruxelles même, il existe une version féminine du Manneken-pis, la Jeanneke Pis, située dans une petite ruelle nommée l'impasse de la Fidélité tout près de la rue des Bouchers. Elle est cependant moins illustre que son pendant masculin.

Par ailleurs, il existe de nombreuses copies ou imitations. La première fut offerte à la ville de Grammont en 1745[13]. En 1923 une statue fut placée à Coxyde. Le socle portait l'inscription «Le nouveau bourgeois de Coxyde». À la suite d'une modification de parcelle, la statuette se retrouva dans le jardin de la voisine qui l'appréciait peu et la remplaça par une statuette de la Vierge Marie. En 2008, l'Ordre des Amis de Manneken-Pis offrit un nouvel exemplaire, qui fut placé non loin de son lieu d'origine.

Il en existe dans différents pays tels que le Japon (une copie à Tōkyō en gare de Hamamatsuchō, à Kobe et à Ōsaka), l'EspagneLlançà, dans la province de Gérone) ou la FranceColmar, Poitiers, Moux) [14]. Les Belges avaient aussi emporté le Manneken-pis avec eux au Congo belge, puisqu'il y en avait un à Léopoldville et à Luluabourg[15].

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Métro de Bruxelles
Ce site est desservi par la station de prémétro : Bourse.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Le Roy, Manneken-Pis, Bruxelles, Maison d'Édition A. De boeck,‎ 1947
  • Manuel Couvreur, Anne Deknop et Thérèse Symons, Manneken-Pis : Dans tous ses états, Bruxelles, Musée de la Ville de Bruxelles, coll. « Historia Bruxellae » (no 9),‎ 2005, 63 p. (ISBN 978-2-930423-01-2)
  • Collectif d'auteurs, Contes et Légendes de Belgique, Éditions Jourdan, 2010 (ISBN 2-930359-08-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ville de Bruxelles : Manneken-pis
  2. Gustave Des Marez, Guide illustré de Bruxelles, tome 1, 1918, p. 144
  3. Le Roy 1947, p. 14.
  4. Le Roy 1947, p. 15.
  5. Gustave Des Marez, Guide illustré de Bruxelles, tome 1, 1918, p. 143
  6. Le Roy 1947, p. 19.
  7. Couvreur, Deknop et Symons 2005, p. 40.
  8. Si la statuette dérobée en 1965, brisée et ensuite restaurée est bien celle volée par Lycas en 1817, cela reste, comme on l'a dit, une énigme.
  9. Couvreur, Deknop et Symons 2005, p. 26.
  10. Ou un artiste. Ainsi, en 2005, il a revêtu la tenue d'Obélix, en hommage à Albert Uderzo. Voir : Le Manneken Pis en petit Obélix, Le Blog de Sylvie Uderzo, 13 mars 2013
  11. Le Roy 1947, p. 35.
  12. Manneken-pis : Calendrier annuel - Habillages fixes
  13. Le Roy 1947, p. 20.
  14. Voir ce site
  15. Voir photos ici et ici. A Luluabourg, devenue Kananga, la réplique du Manneken-pis a été arrachée de son socle après l'indépendance et conservée dans un musée de Kananga
  16. L' Association Royale des Descendants des Lignages de Bruxelles a pensé à honorer le « plus vieux bourgeois de Bruxelles », qui est bien digne d’en faire partie, et de lui offrir un habit de bourgmestre des Lignages de Bruxelles. Ce costume -pourpoint et cape de drap noir, fraise majestueuse, collier d’or et épée au côté - inspiré des portraits conservés à l’Hôtel de Ville de nos anciens édiles lignagers était celui qu’ils portaient à l’époque où le sculpteur Jérôme Duquesnoy l’Ancien coulait dans le bronze ce symbole éternel de l’esprit frondeur des Bruxellois