Mani Ratnam

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Mani Ratnam

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Mani Ratnam en 2011

Naissance 2 juin 1956 (58 ans)
Madurai (Tamil Nadu, Inde)
Nationalité Drapeau de l'Inde Indienne
Profession Réalisateur
Scénariste
Producteur
Films notables Mouna Raagam,
Nayagan,
Bombay,
Dil Se,
Kannathil Muthamittal
Site internet Madras Talkies

Mani Ratnam, parfois orthographié Manirathnam, est un réalisateur, scénariste et producteur indien, né le 2 juin 1956 à Madurai (Tamil Nadu). Le choix de ses sujets, souvent ancrés dans la réalité sociale ou politique, et la qualité de ses réalisations alliés au respect des conventions du cinéma populaire, lui ont valu la reconnaissance du public, des critiques et des plus grandes stars qui tournent volontiers avec lui. Sa façon de filmer a notablement influencé le cinéma indien[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Bien qu'issu d'une famille évoluant dans le milieu du cinéma, son père Venus Gopal Ratnam est distributeur et son frère, G. Venkateshwaran, est producteur, Mani Ratnam fait des études de management à l'institut Jamnalal Bajajet et commence une carrière de consultant[2]. Mais en 1983 il décide de se tourner vers le cinéma. Sans avoir fait d'étude dans ce domaine, ni avoir jamais été assistant sur aucun film, sa force de conviction lui permet de persuader Balu Mahendra, chef opérateur de renom, de travailler pour lui sur sa première réalisation[3] Pallavi Anu Pallavi dans laquelle Anil Kapoor interprète son premier rôle important. Le film n'a pas un grand succès public mais, remarqué des critiques, il permet à Mani Ratnam de continuer à travailler, au Kerala d'abord (Unaroo, 1984), puis au Tamil Nadu (Pagal Nilavu, 1985 ; Idaya Kovil, 1985).
En 1986, avec Mouna Ragam, histoire d'une jeune femme mariée hantée par le souvenir de son amour passé, il rencontre enfin le succès. La bande originale composée par Ilaiyaraja y contribue largement. Il confirme cette première réussite dès l'année suivante avec Nayakan qui rafle de nombreuses récompenses et représente l'Inde aux Oscars. Basé sur la vie de Varadarajan Mudaliar, parrain bombaiyote, il inspire de nombreux réalisateurs, tel Ram Gopal Varma (Sarkar, 2005)[4].
Dès lors la carrière de Mani Ratnam est lancée ; il alterne les succès et les échecs au box office, élargissant les thèmes abordés à la politique avec la trilogie sur le terrorisme (Roja, 1992 ; Bombay, 1995 ; Dil Se, 1998) et des films biographiques (Iruvar, 1997 ; Yuva / Aayitha Ezhuthu, 2004 ; Guru, 2007) ou revenant à des films plus intimistes (Alaipayuthey, 2000).
À la suite de Bombay (1995) qui dénonce le sectarisme religieux, il est victime d'une tentative d'attentat. Encore actuellement sur la "liste noire" de groupes terroristes, il fait l'objet d'une protection policière[5].

En 1993 Mani Ratnam fonde une première maison de production Aalayam Production, suivie par Madras Talkies[6] en 1995.

Il est marié à l'actrice et réalisatrice Suhasini (Indira), nièce de l'acteur Kamal Haasan, avec laquelle il a un fils, Nandan.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Année Titre Langue Fonction(s)
1983 Pallavi Anu Pallavi Kannada Réalisateur, scénariste
1985 Unaru Malayalam Réalisateur
Pagal Nilavu Tamil Réalisateur, scénariste
Idaya Kovil Tamil Réalisateur
1986 Mouna Raagam Tamil Réalisateur, scénariste
1987 Nayagan Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
1988 Agni Natchathiram Tamil Réalisateur, scénariste
1989 Geethanjali Telugu Réalisateur, scénariste
1990 Anjali Tamil Réalisateur, scénariste
1991 Thalapathi Tamil Réalisateur, scénariste
1992 Roja Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
1993 Thiruda Thiruda Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
Gaayam Telugu Scénariste
1995 Bombay Tamil, hindi, telougou Réalisateur, scénariste et producteur
Aasai Tamil Producteur
1996 Indira Tamil Scénariste et producteur
1997 Iruvar Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
Nerukku Ner Tamil Producteur
1998 Dil Se Hindi Réalisateur, scénariste et producteur
2000 Alaipayuthey Tamil Réalisateur, scénariste
2001 Dum Dum Dum Tamil Producteur
2002 Kannathil Muthamittal Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
Saathiya Hindi Scénariste et producteur
2004 Aayitha Ezhuthu Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
Yuva Hindi Réalisateur, scénariste et producteur
2007 Guru Hindi Réalisateur, producteur
2010 Raavanan Tamil Réalisateur, scénariste et producteur
Raavan Hindi Réalisateur, scénariste et producteur
2013 Kadal Tamil Réalisateur, scénariste et producteur

Analyse[modifier | modifier le code]

Mani Ratnam a largement contribué à faire évoluer le cinéma du Tamil Nadu et de l'Andhra Pradesh, longtemps dévolu aux films religieux et mythologiques[4]. Il a trouvé une tonalité particulière, différente de celle du cinéma hindi du Nord, de plus en plus influencé par les productions occidentales et du cinéma bengali, souvent qualifié d'intellectuel. Cette « troisième voie », à mi-chemin entre le cinéma commercial et le cinéma d'auteur, est un équilibre entre le respect des conventions du genre commercial -histoires d'amour et chansons chorégraphiées- et l'introduction de sujets en prise avec la société indienne contemporaine, associés à une exigence de qualité dans la réalisation[7].

Thématiques[modifier | modifier le code]

En 2002, Mani Ratnam déclare : « En tant que réalisateur, j'ai une responsabilité vis-à-vis de la société, et j'essaie d'évoquer les problèmes actuels à ma façon ». Cette volonté d'être en prise avec son temps se traduit dans les thématiques[4] qu'il aborde :

  • le terrorisme : Mani Ratnam évolue d'une dénonciation peu nuancée du terrorisme au Cachemire dans Roja à la peinture tragique des ravages du sectarisme religieux, quel que soit son bord, dans Bombay. Puis dans Dil Se, il décrit l'engrenage de la violence dans les états du nord, les terroristes répondant à l'incurie de l'état et aux exactions de l'armée par des attentats. Les deux premiers films attirent un nombreux public indien, alors que Dil Se, échec commercial en Inde, est le premier film indien à entrer dans le Top 10 au Royaume-Uni.
  • le banditisme : si Nayakan et Dalapathi sont des polars mafieux mettant en scène deux parrains -le premier à Mumbai, le second à Chennai- ils ne négligent pas de souligner que le crime trouve souvent son origine dans la misère ou une enfance meurtrie.
  • la corruption : avec Iruvar, biographie de Marudu Gopalan Ramachandran, célèbribrissime acteur tamoul devenu leader politique, Mani Ratnam dévoile les dessous pas toujours très nets du monde de la politique. Ce portrait réaliste, bien que teinté d'admiration, suscite la colère tant des partis politiques que de la population tamoule qui refuse de voir le vrai visage d'un homme qu'elle adule. Yuva, et sa version tamoule Aayitha Ezhuthu, dénoncent les méthodes violentes utilisées par certains hommes politiques bengalis. Ces deux derniers films sont bien accueillis de même que Guru très largement inspiré de la vie de l'industriel Dhirubhai Ambani : le fils d'un instituteur de campagne devient l'un des plus puissants hommes d'affaires indiens grâce à son travail acharné et son flair mais aussi ses manipulations et son absence de sens moral.
  • les relations conjugales : contrairement à de nombreux films indiens, ceux de Mani Ratnam ne s'attardent pas sur la naissance de l'amour, mais traitent de l'après mariage et de ses difficultés. Ainsi Mouna Ragam raconte la première année de vie d'un couple issu d'un mariage arrangé, la jeune femme n'arrivant pas à oublier son premier amour. Les difficultés de la vie les rapprochent et créent des liens qui les incitent à renoncer au divorce qu'ils envisageaient. La situation de départ est inversée dans Alaipayuthe : deux jeunes gens de milieux sociaux différents bravent l'opposition familiale pour se marier, mais leur vie commune devient vite très difficile, les deux époux adoptant une attitude égocentrique. Sans être le thème central du film, les relations conjugales sont également très présentes dans Roja, Bombay ou Guru.
  • les héroïnes des films de Mani Ratnam sont des femmes fortes[8]. Autonomes, prenant les décisions qui les concernent, elles sont les véritables protagonistes de Mouna Raagam, Roja ou Dil Se et font jeu égal avec le héros dans Bombay, Alaipayuthey et Kannathil Muthamittal.

Respect des conventions[modifier | modifier le code]

Mani Ratnam revendique clairement de réaliser des films commerciaux : « Je fais des films commerciaux. Je ne pense pas que commercial soit une injure »[9]. Ses films respectent donc les conventions du genre et comportent des chansons chorégraphiées et des histoires d'amour. Cependant pour atteindre le réalisme séducteur[8] qui les caractérise, le réalisateur travaille toujours avec un souci de qualité et de renouveau.

  • la musique : Mani Ratnam veille à ce que ses films aient une musique de qualité, non seulement parce que c'est un élément important de marketing, mais aussi parce qu'il pense que cela fait partie intégrante de la tradition cinématographique indienne : « Certains disent qu'on ne peut être un réalisateur sérieux et continuer à mettre de la musique et des danses dans les films, mais c'est notre patrimoine de réalisateurs indiens. Nous ne devons pas en avoir honte »[10]. Mani Ratnam confie la musique des dix films qu'il réalise de 1983 à 1991 à Ilaiyaraja, compositeur talentueux et prolifique. Ces chansons eurent et ont toujours du succès, Rakkama Kaiya Thattu (Thalapathi) étant classée 4e au Top 10 de BBC World 2002[11]. En 1992 Mani Ratnam rencontre le jeune A.R. Rahman et lui demande de composer la musique de Roja. Cette première bande originale de A.R. Rahman est un immense succès et une révolution dans le monde de la musique filmi. En effet, le compositeur introduit dans sa musique non seulement des éléments de musique occidentale, mais aussi des instruments modernes tels le synthétiseur. Précédemment compositeur de musique publicitaire, cette expérience lui a appris à créer une ambiance dans un laps de temps très court[12].Cinq des douze musiques de films composées par A.R. Rahman pour Mani Ratnam ont été primées : Roja, Bombay, Dil Se, Alaipayuthey et Guru[13].
  • les chorégraphies : le soin tout particulier que Mani Ratnam apporte à la réalisation des chorégraphies fait l'admiration de ses pairs. Ram Gopal Varma déclare : « Après, j'ai vu Roja de Mani Ratnam. J'ai été fasciné par sa façon de filmer les chansons ; pour la première fois j'ai eu envie de bien filmer les chansons[14]. » Le réalisateur tamoul renouvelle la façon de filmer les chorégraphies utilisant des mouvements de grues et des montages courts[4]. Cette esthétique proche du clip est particulièrement efficace dans Chaiyya Chaiyya (Dil Se) où Shahrukh Khan et Malaika Arora dansent sur le toit d'un train en marche. Farah Khan a reçu le Filmfare Awards 1999 pour la chorégraphie de Chaiyya Chaiyya.
  • les histoires d'amour : le cinéma indien, traditionnellement pudique, exprime les sentiments et la sensualité dans les scènes musicales, qui se révèlent être parfois assez audacieuses. Mani Ratnam tourne des scènes montrant la réelle intimité du couple, teintées d'un érotisme latent. Il obtient ce résultat grâce à l'abandon et à la confiance totale que lui font les acteurs[8].

Réalisation[modifier | modifier le code]

Mani Ratnam porte une grande attention aux aspects techniques de la réalisation et consacre beaucoup de temps à la postproduction : montage, postsynchronisation. Il a toujours su s'entourer des meilleurs techniciens que ce soient les chefs opérateurs ou les décorateurs.

  • les chefs opérateurs : Balu Mahendra, Madhu Ambat, Ramachandra Babu, Santosh Sivan, P.C. Sreeram, Rajiv Menon et Ravi K Chandran... Mani Ratnam a travaillé avec les plus grands chefs opérateurs indiens, conscient de leur apport à ses films : « Il fut le premier à démontrer que la beauté de la photo et la qualité technique étaient aussi importantes que le scénario » déclare l'un de ses assistants, Susi Ganesan[15]. Plusieurs d'entre eux ont été récompensés : P.C. Sreeram pour Nayakan, Santosh Sivan pour Dil Se, Ravi K. Chandran pour Kannathil Muthamittal.
  • les décors sont toujours extrêmement soignés et souvent impressionnants. Dans les studios de Madras, Mani Ratnam n'a pas hésité à faire recréer entièrement un bidonville pour Nayakan ou le Bombay des années 1950 pour Guru. Les décors naturels sont tout aussi somptueux, tels le Ladakh ou les backwaters du Kerala dans Dil Se, le palais du mariage musulman dans Bombay, le pont de Calcutta dans Yuva. Thotta Tharani (Nayakan) et Sabu Cyril (Yuva) ont été récompensés pour la qualité de leurs décors.
  • Mani Ratnam est un directeur d'acteurs de talent. Exigeant[16], il obtient le meilleur des comédiens. Convaincus de l'importance pour leur carrière d'un rôle avec le réalisateur tamoul, les plus grands ont travaillé avec lui : Rajinikanth, Kamal Haasan, Shahrukh Khan. C'est également un découvreur de talent, il a offert leur premier rôle à Aishwarya Rai, Preity Zinta, Arvind Swamy, Anil Kapoor (1er rôle important) et a révélé dans Yuva les potentialités d'Abhishek Bachchan qui peinait à émerger depuis plusieurs années[17].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Nous ne répertorions ici que les récompenses obtenues pour le meilleur film ou la meilleure réalisations. Les autres distinctions (meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure musique, meilleure photographie...) sont détaillées dans les fiches des films.

En Inde[modifier | modifier le code]

  • Mouna Raagam

National Film Awards 1987 : Meilleur film tamoul

  • Anjali

National Film Awards 1991 : Meilleur film tamoul

  • Roja

Filmfare Awards (India) 1992 : Meilleur réalisateur tamoul
Filmfare Awards (India) 1992 : Meilleur film tamoul
National Film Awards 1993 : Prix Nargis Dutt de l'intégration nationale

  • Bombay

Filmfare Awards (India) 1995 : Meilleur film
National Film Awards 1996 : Prix Nargis Dutt de l'intégration nationale

  • Iruvar

Filmfare Awards (India) 1997 : Meilleur film tamoul

  • Kannathil Muthamittal

National Film Awards (India) 2002 : Meilleur film tamoul
Filmfare Awards 2002 : Meilleur réalisateur tamoul

  • Yuva

Filmfare Awards (India) 2004 : Meilleur scénario

A l'étranger[modifier | modifier le code]

  • Bombay

Political Film Industry Society (USA) 1996 : Prix spécial

  • Iruvar

Festival du film de Belgrade 1997 : Meilleur film d'auteur

  • Dil Se

Festival international du film de Berlin (Berlinale) : Netpac Award, mention spéciale

  • Kannathil Muthamittal

Jerusalem Film Festival 2003 : In Spirit for Freedom Award
Los Angeles Indian Film Festival (USA) 2003 : Prix du public du meilleur film
Film Fest New Haven (USA) 2004 : Special Award (Achievement Award) ; Prix du jury (International) ; Prix du public (International)
Westchester Film Festival (USA) 2004 : Meilleur film étranger
Zimbabwe International Film Festival 2003 : Prix de la meilleure photographie
Festival international du film RiverRun 2004 : Prix public du meilleur long métrage

Projection dans les festivals[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Hindu, 7 juin 2002
  2. Biographie dans Mani Ratnam, a legend in film making
  3. Biographie dans Fantastikindia
  4. a, b, c et d En rupture : Mani Ratnam, de Roja à Dil Se de Charles Tesson in Réveil de l'Inde (Manière de voir, Le Monde diplomatique ; août-septembre 2007)
  5. The Hindu, 17 janvier 2003
  6. Site de Madras Talkies
  7. Entretien avec Anita Nair, octobre 2000
  8. a, b et c Tigmanshu Dhulia in Tehelka, 27 janvier 2007
  9. The Hindu, 2 mars 2003
  10. Times of India, 20 octobre 2002
  11. Top 10, BBC World
  12. Encyclopaeda Britannica
  13. List of A. R. Rahman awards in en:Wikipedia
  14. Tehelka, 15 septembre 2007
  15. Mani Sir, a legend in film making
  16. Interview de R. Madhavan in Mani Sir, a legend in film making
  17. Abhishek-Bachchan in Fantastikindia

Liens externes[modifier | modifier le code]