Mars Orbiter Mission

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Mangalyaan)
Aller à : navigation, rechercher

Mars Orbiter Mission

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Vue d'artiste

Caractéristiques
Organisation ISRO
Domaine Étude de la planète Mars
Statut En orbite
Masse 1 350 kg
Lancement 5 novembre 2013
Lanceur PSLV-XL
Durée 6 à 10 mois
Autres noms Mangalyaan
Orbite circummartienne
Orbite Orbite elliptique
Périapside 427 km
Apoapside 78 500 km
Index NSSDC 2013-060A
Site [1]

Mars Orbiter Mission (abrégé en MOM), ou de manière informelle Mangalyaan (en sanskrit मंगलयान / Maṅgalyān, littéralement « véhicule martien »), est une sonde spatiale indienne de type orbiteur chargée d'étudier la planète Mars. Elle a été lancée le 5 novembre 2013 et s'est placée en orbite autour de Mars le 24 septembre 2014. Il s'agit de la première sonde spatiale martienne développée par l'agence spatiale indienne, l'ISRO. MOM emporte des instruments scientifiques permettant d'étudier l'échappement de l'atmosphère martienne, de détecter les traces de méthane et de rechercher les vestiges de la présence d'eau à la surface de la planète. L'Inde est la quatrième puissance spatiale à disposer d'un engin spatial martien devançant la Chine et le Japon.

Contexte[modifier | modifier le code]

Une étude de faisabilité d'une sonde martienne de type orbiteur est initiée par l'agence spatiale indienne, l'ISRO, en 2010. A l'issue de ces travaux qui ont couté environ 21 millions $[1], la mission spatiale Mars Orbiter Mission est annoncée en août 2012 par le Premier ministre indien Manmohan Singh [2]. Le coût de la mission est évalué à 4,5 milliards de roupies (environ 74 millions d'euros)[3],[4]. L'agence spatiale se donne pour objectif de lancer sa sonde spatiale au cours de la fenêtre de lancement qui s'ouvre fin octobre 2013 ce qui impose un cycle de fabrication et de test particulièrement court pour ce type d'engin (15 mois). MOM est la première mission martienne de l'Inde et la deuxième mission interplanétaire développée par l'ISRO, après la mission lunaire Chandrayaan 1.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Selon l'agence spatiale indienne la mission MOM doit avant tout démontrer que l'ISRO est capable de développer un engin pouvant s'échapper de l'orbite terrestre, de réaliser un transit de 300 jours vers Mars, de s'insérer en orbite autour de Mars et de conduire des opérations autour de la planète. Il s'agit de démontrer la capacité de l'Inde dans le domaine des télécommunications longue distance, de la navigation spatiale, de la planification de mission et de la mise au point des automatismes nécessaires. L'objectif scientifique, de toute façon limité par la charge utile réduite, est secondaire[1].

Les missions martiennes récentes ont démontré qu'il existait des minéraux hydratés à la surface de Mars et de l'eau en sous-sol. La présence de méthane est également suggérée sur la base d'observations moins nombreuses mais le processus à l'origine de l'émission de ce gaz et la localisation de sa source restent à préciser. Pour permettre d'avancer dans notre compréhension de la planète Mars, il est également important de quantifier la vitesse d'échappement de l'atmosphère martienne, en particulier du dioxyde de carbone (CO2) et de l'eau (H2O), et de déterminer avec une grande précision la composition de l'atmosphère martienne pour toutes les masses atomiques. La sonde martienne embarque des instruments scientifiques qui doivent acquérir des données contribuant à remplir ces objectifs[5].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Mars Orbiter Mission utilise une plateforme I-1K mise en œuvre par les satellites géostationnaires indiens IRS / NSTAR ainsi que par la sonde spatiale lunaire Chandrayaan 1 modifiée pour prendre en compte les conditions martiennes. Sa structure est réalisée en nid d'abeille d'aluminium pour les parties porteuses et en plastique à renfort fibre de carbone. La sonde a une masse totale de 1 360 kilogrammes dont 852 kilogrammes d'ergols. Cette proportion très élevée d'ergols est liée à la puissance réduite du lanceur PSLV incapable de placer la sonde spatiale sur une orbite interplanétaire ; la propulsion de la sonde spatiale doit être mise à contribution pour quitter l'orbite terrestre, ce qui impose d'emporter une quantité d'ergols supplémentaire. Il en résulte que la charge utile (instruments scientifiques) représente une fraction particulièrement faible de la masse totale de la sonde spatiale (cf. tableau à droite comparant MOM avec l'orbiteur martien Mars Express de l'Agence spatiale européenne). La propulsion principale est assurée par un moteur-fusée unique d'une poussée de 440 newtons brûlant un mélange hypergolique de monométhylhydrazine (MMH, CH6N2) et de peroxyde d'azote (NTO, N2O4). L'énergie électrique est fournie par une aile unique fixe comportant trois panneaux solaires de 1,4 sur 1,8 mètre produisant en tout 750 watts au niveau de l'orbite de la planète Mars. Le contrôle d'attitude utilise quatre roues de réaction ayant un couple de newtons-mètres et huit petits propulseurs de 22 newtons de poussée qui sont également utilisés pour les petites corrections d'orbite et maintenir l'orientation de la sonde spatiale lorsque la propulsion principale est utilisée[6].

Comparaison Mars Express / MOM
Mars Express MOM
Masse totale 1 120 kg 1 360 kg
Ergols (% masse totale) 457 kg (41%) 852 kg (63%)
Charge utile (% masse totale) 173 kg (15%) 15 kg (1%)

Les télécommunications passent par une antenne parabolique à grand gain fixe de 2,2 mètres de diamètre déployée en orbite avec les panneaux solaires. Les transmissions utilisent la bande S avec un débit compris entre 5 et 40 kilobits par seconde malgré un émetteur d'une puissance de 230 watts peu commune pour une sonde spatiale. Des antennes à moyen et faible gains garantissent que, même si la sonde ne parvient plus à orienter son antenne grand gain vers la Terre, elle sera en mesure d'émettre et de recevoir. Les données sont stockées dans deux mémoires de masse à semi-conducteurs ayant chacune une capacité de stockage de 16 gigaoctets. L'ordinateur de bord utilise un microprocesseur MIL-STD 1750A utilisé par les militaires américains dans les années 1980 et qui est également embarqué sur les sondes européennes Mars Express, Rosetta et Venus Express[6].

La plateforme conçue pour les orbites lunaire et terrestre a été largement modifiée pour cette mission. L'isolation thermique a été renforcée pour faire face à un environnement plus éloigné du Soleil donc plus froid. Le blindage des composants électroniques a été renforcé de manière à ce que ceux-ci puissent supporter un rayonnement de 6 kilorads, soit 600 grays. Le propulseur principal LAM (Liquid Apogee Motor) est un composant particulièrement critique : il est en effet utilisé d'une part pour placer la sonde spatiale sur sa trajectoire vers Mars après une série de manœuvres s'étalant sur un mois et d'autre part, 10 mois plus tard, pour insérer MOM en orbite martienne. Or le LAM est à l'origine un moteur d'apogée installé sur les satellites géostationnaires pour les placer sur leur orbite finale au terme de manœuvres de quelques semaines. Pour garantir son bon fonctionnement dans le cadre de la mission, les ingénieurs de l'ISRO ont doublé le circuit d'alimentation et les vannes. Le premier circuit est utilisé pour le départ de l'orbite terrestre puis des charges pyrotechniques l'isolent du réservoir pour prévenir toute fuite pouvant résulter du carburant très corrosif. Le deuxième circuit d'alimentation est utilisé pour les manoeuvres d'insertion en orbite martienne. Les logiciels ont été modifiés pour permettre à la sonde spatiale de fonctionner de manière autonome compte tenu du temps mis par les signaux terrestres pour atteindre la sonde spatiale (jusqu'à 21 minutes lorsque les deux planètes sont en opposition)[6],[7],[8].

La charge utile de MOM, d'une masse de 15 kilogrammes, est constituée de cinq instruments scientifiques conçus en Inde[9],[5],[6] :

  • MCC (Mars Colour Camera), une caméra couleur d'une résolution de quatre mégapixels, c'est-à-dire une précision de 25 mètres pour des images couvrant une surface 50 kilomètres de côté,
  • TIS (Thermal Infrared imaging Spectrometer), un spectromètre imageur en infrarouges thermiques,
  • LAP (Lyman Alpha Photometer), un photomètre Lyman-alpha,
  • MENCAA (Mars Exospheric Neutral Composition Analyzer), un analyseur de l'exosphère neutre et
  • MSM (Methane Sensor for Mars), un détecteur de méthane.

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Manœuvres en orbite terrestre[10]
Date manœuvre

(TU)

Durée propulsion Apogée atteinte
5 novembre : lancement - 23 563 km
6 novembre 416 s 28 826 km
7 novembre 570,6 s 40 183 km
8 novembre 707 s 71 623 km
11 novembre ? (35 m/s) 78 722 km
12 novembre 303,8 s 118 642 km
16 novembre 243,5 s 192 874 km
1 décembre 1 351 s (648 m/s) orbite interplanétaire
Trajectoire de la sonde spatiale indienne MOM de la Terre à Mars

La fenêtre de lancement de Mars Orbiter Mission s'ouvre du 5 au 26 novembre 2013. Le lanceur GSLV retenu à l'origine étant en cours de mise au point, l'agence spatiale indienne a dû se rabattre sur le lanceur PSLV-XL, moins puissant, pour placer en orbite la sonde spatiale d'une masse de 1 350 kilogrammes. PSLV n'a pas la capacité de lancer MOM sur une trajectoire directe vers Mars. MOM est lancée le 5 novembre et placée sur une orbite terrestre très elliptique de 23 566 × 246,9 kilomètres pour une inclinaison de 18°, très proche de l'orbite visée (23 000 × 250 kilomètres). Au cours des quatre semaines qui suivent son lancement, la sonde effectue sept orbites autour de la Terre en utilisant son moteur à chaque passage au périgée pour élever progressivement son orbite. Le 11 novembre, la quatrième séquence de mise à feu est interrompue prématurément mais cette anomalie est corrigée au passage au périgée suivant le lendemain. Le 1er décembre 2013, la sonde spatiale doit allumer une dernière fois sa propulsion principale pour échapper à l'attraction terrestre et se placer sur la trajectoire vers Mars. Le moteur-fusée doit fonctionner durant 1 351 secondes (soit 22 minutes et 31 secondes) et la sonde spatiale doit être accélérée de 648 mètres par seconde[11],[12].

Le 24 septembre 2014, après un transit d'une durée de dix mois, la sonde spatiale utilise avec succès sa propulsion principale pour réduire sa vitesse de 1098,7 m/s et s'insérer sur une orbite de 78 500 × 427 kilomètres autour de la planète Mars proche de celle visée (80 000 × 500 kilomètres)[13]. L'orbite très elliptique que la sonde spatiale parcourt en 75,8 heures résulte d'une contrainte de masse qui ne permet pas d'emporter suffisamment de carburant pour se placer sur une orbite circulaire. La durée planifiée de la mission une fois sur place est de six à dix mois. L'ISRO dispose pour ses télécommunications de deux antennes de 18 et 32 mètres installées à Bangalore mais elle utilisera également le réseau de la NASA Deep Space Network lorsque la sonde martienne se situera en dessous de l'horizon mais également si la puissance des émissions de la sonde indienne est faible (utilisation par celle-ci des antennes faible ou moyen gain)[5],[6],[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Chris Gebhardt, « India’s MOM spacecraft arrives at Mars », Nasaspaflight.com,‎ 23 novembre 2014
  2. (en) « Manmohan formally announces India's Mars mission », The Hindu,‎ 15 août 2012
  3. (en)Michael Banks, « India set for Mars mission in 2013 », Physicsworld.com,‎ 9 août 2012
  4. (en)« India’s Mars mission to begin November 2013 », Firstpost.com,‎ 18 septembre 2012
  5. a, b et c (en)J. N. Goswami et K. Radhakrishnan, « Indian mission to Mars », Lunar et Planetary Science Conference,‎ 2013
  6. a, b, c, d et e (de) Bernd Leitenberger, « Lunar et Planetary Science Conference »,‎ 2013
  7. (en)« ISRO : major challenges », ISRO (consulté le 23 novembre 2013)
  8. (en)Patrick Blau, « Mars Orbiter Mission - Mangalyaan Mission Updates », spaceflight101 (consulté le 23 septembre 2014)
  9. (en)Emily Lakdawalla, « Updates on ISRO's Mars Orbiter Mission: five instruments to be delivered in March », The planetary society,‎ 4 janvier 2013
  10. (en)« Mars Orbiter Mission: latest updates », ISRO (consulté le 22 novembre 2013)
  11. a et b (en)William Graham, « India PSLV successfully launches MOM en route to Mars », NASA Spaceflight,‎ 5 novembre 2013
  12. (en)T. S. Subramanian, « Mars Orbiter tests have shown our ability to predict: ISRO chairman », The Hindu,‎ 21 novembre 2013
  13. (en)T. S. Subramanian, « ISRO creates history with Mars Mission », The Hindu,‎ 24 septembre 2014

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Chandrayaan-1, une autre sonde spatiale indienne partie pour sa part vers la Lune.
  • PSLV, le lanceur indien chargé de lancer Mars Orbiter Mission.

Liens externes[modifier | modifier le code]