Mami Wata

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Cette chromolithographie de l'artiste hambourgeois Arnold Schleisinger (1926) est devenue une image couramment utilisée en Afrique et dans la diaspora pour représenter Mami Wata[1],[2].

Mami Wata (ou Mamy Wata ou Mami Watta ou encore Mama Wata) est une divinité aquatique dont le culte est répandu en Afrique de l'Ouest, du centre et du Sud, dans la diaspora africaine, les Caraïbes, et dans certaines régions d'Amérique du Nord et du Sud.

Attributs[modifier | modifier le code]

Mami Wata est généralement décrite comme une femme extraordinaire[3].

Elle peut être décrite comme une femme d'une grande beauté, aux cheveux noirs, raides ou bouclés, voire crépus[4] qu'elle coiffe avec un peigne d'or[3]. Elle a la peau claire, les yeux grands et brillants, ses vêtements sont à la dernière mode et ses bijoux aveuglants[3]. Ces signes de richesse sont le signe de la nature dangereuse de Mami Wata[3].

Ou bien elle est décrite sous les traits d'une sirène mi-femme mi-poisson ou mi-femme mi-serpent[3],[5].

Un grand serpent (symbole de la divination et de la divinité) l'accompagne souvent. Il s'enroule autour d'elle en posant sa tête entre ses seins[4].

Eau[modifier | modifier le code]

Selon les traditions des deux côtés de l'Atlantique, l'esprit enlève ses adeptes ou des gens au hasard alors qu'ils nagent ou qu'ils sont en bateau. Elle les emmène dans son royaume paradisiaque, qui peut être sous l'eau, dans le monde des esprits, ou les deux[4]. Si elle leur permet de partir, les voyageurs reviennent souvent dans des vêtements secs et avec une nouvelle intelligence spirituelle qui se reflète dans leur regard, souvent ils s'enrichissent, deviennent plus séduisants et plus faciles à vivre[3].

Promiscuité sexuelle[modifier | modifier le code]

Selon Bastian[3], l'association de Mami Wata à la promiscuité sexuelle et à la luxure est paradoxalement lié à la fidélité. Selon une tradition nigerianne, les adeptes hommes peuvent rencontrer Mami Wata sous la forme d'une belle prostituée. Après l'acte sexuel, elle lui apparaît et lui demande la fidélité et le secret. S'il accepte, la fortune et la santé lui sont accordées, sinon, ruine sur sa famille, ses finances et son travail.

Van Stipriaan[4] rapporte d'autres histoires dans lesquelles des voyageurs (souvent des hommes) la rencontrent sur la rivière. Mami Wata est immanquablement à sa toilette, se coiffant les cheveux en se regardant dans un miroir. Quand elle remarque l'intrus, elle s'enfuit dans l'eau en laissant ses affaires derrière elle dont le voyageur s'empare. Plus tard elle lui apparaît en rêve et lui demande la restitution de ses affaires et qu'il lui soit sexuellement fidèle. S'il accepte, la fortune lui est accordée, sinon il a le mauvais œil.

Culte[modifier | modifier le code]

Son culte varie selon ses initiés, prêtres et adorateurs[6], cependant des grandes lignes se dégagent. Des réunions peuvent avoir lieu, mais la déité est plus encline à des rapports individuels avec ses suiveurs. Elle a de nombreux prêtres et médiums en Afrique, en Amérique et à la Caraïbe, qui sont spécifiquement initiés.

Au Nigeria, ses adeptes portent des vêtements rouges et blancs, car ces couleurs représentent la nature double de Mami Wata : dans l'iconographie igbo, le rouge représente la mort, la destruction, la chaleur, la masculinité, la physicalité et le pouvoir alors que le blanc symbolise également la mort, mais aussi la beauté, la création, la féminité, le renouveau, la spiritualité, la translucidité, l'eau et la santé[5]. Les sanctuaires de Mami Wata peuvent être décorés de ces couleurs et avec des cloches, des sculptures, des icônes chrétiennes ou indiennes, des poupées, de l'encens et des restes de sacrifices précédents[5],[6].

Le culte de Mami Wata consiste en des danses accompagnées de musique. Les adeptes dansent jusqu'à entrer en transe. Elle les possède alors et leur parle[4]. Les offrandes sont également importantes : elle préfère de la nourriture et de la boisson, de l'alcool, des objets odorants (pommade, poudre, encens, savon, etc.) ou des biens précieux comme les bijoux[6]. Les adorateurs modernes offrent couramment des biens manufacturés (Coca-Cola, bijoux de créateurs, etc.)[4].

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom de cette déesse pourrait être une adaptation en pidgin de l'anglais mammy water, mais des étymologies purement africaines sont aussi possibles, oui car mamy en langue éwé veut dire « lèpre », et au Togo l'expression mami wata nè signifie que « la personne a la lèpre et que ses membres se sont transformés ». Par ailleurs, wa signifie « a fait » et ata, « la jambe ». Mami Wata est aussi appelée Iemanja dans la tradition du vaudou haïtien, un culte spécial lui est même consacré. C'est la (déesse) mère des Eaux, déesse crainte des Pêcheurs, elle symbolise aussi bien la mer nourricière que l'océan destructeur.

Mami Wata est avant tout une divinité éwé, dont le culte est très présent sur la côte atlantique du Togo (mais aussi au Nigeria, au Cameroun, au Congo-Brazzaville), où elle symbolise la puissance suprême (comme la déesse Durga du panthéon hindouiste symbolise la shakti).

On retrouve une divinité similaire dans le tjenbwa martiniquais sous le nom de Manman Dlo , ce qui rapprocherait de l'adaptation anglaise / pidgin .

Œuvres de fiction faisant référence à Mami Wata[modifier | modifier le code]

  • Véronique Tadjo : Mamy Wata et le monstre. Edicef / Hachette Livres (2000) ISBN 978-2850699092
  • Mamy Wata. Film nigérien de Moustapha Diop (1989).
  • Mami Watta (1998) est aussi le nom d'un film avec Akissi Delta.
  • Marc Trillard. - Les Mamiwatas. - Actes Sud, 2011.
  • Anselme Djeukam - Sibo et la petite Mami Wata - Jeunesse L’harmattan, 2011.

Les enfants de mama wata - L'Harmattan

Mami Wata dans les œuvres de fiction modernes[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Sabine Jell-Bahlsen, « EZE MMIRI DI EGWU, The Water Monarch is Awesome : Reconsidering the Mammy Water Myths », Annals of the New York Academy of Sciences, New York, no 810 « Queens, Queen Mothers, Priestesses and Power: Case Studies in African Gender »,‎ juin 1997, p. 103-134 (DOI 10.1111/j.1749-6632.1997.tb48126.x, résumé)
  2. (en) Henning Christoph et Hans Oberländer, Voodoo : secret power in Africa, Cologne, Londres, Taschen,‎ 1996, 240 p. (ISBN 3-8228-8649-1 et 978-3-8228-8649-6, OCLC 35209059), p. 255
  3. a, b, c, d, e, f et g Bastian 1987.
  4. a, b, c, d, e et f Van Stipriaan 2005, p. 325.
  5. a, b et c Higgins 1833, p. 105-106, 113, 117.
  6. a, b et c « Modernity and mystery: Mami Wata in African art », sur Arcy Art

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]