Mal aigu des montagnes

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Mal aigu des montagnes
Classification et ressources externes
CIM-10 T70.2
CIM-9 E902.0
DiseasesDB 8375 29615
MedlinePlus zal
eMedicine med/3225 
MeSH D000532
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Le mal aigu des montagnes (MAM), ou maladie de Monge, est un syndrome de souffrance, lié à une montée trop rapide en haute altitude, à l'absence d'acclimatation et à une sensibilité personnelle plus ou moins importante. Ses symptômes sont des céphalées, des nausées et des vomissements, de l’insomnie, une fatigue générale, une lassitude, des vertiges, des troubles de l’équilibre, une dyspnée et de l’inappétence.

Il s’agit donc d’une maladie fréquente touchant des gens en bonne santé mais exposés à un environnement extrême de haute altitude. Son incidence est variable, mais augmente très rapidement avec l'altitude ; elle serait de 15 % à 2 000 mètres d'altitude et de 60 % à 4 000 mètres.

Ce mal apparaît après un délai de quelques heures en altitude ; il régresse avec l'acclimatation et disparaît immédiatement à la descente. Les personnes empruntant un téléphérique pour séjourner seulement une ou deux heures en haute altitude, le temps d'admirer le point de vue — par exemple le téléphérique de l'aiguille du Midi (3 840 mètres) dans le massif du Mont-Blanc — ne seront pas touchées.

Historique[modifier | modifier le code]

Le lien entre altitude, densité en oxygène et le mal aigu des montagnes a été décrit, pour la première fois en 1878 par Paul Bert dans La pression barométrique : recherches de physiologie expérimentale.

Causes et mécanismes[modifier | modifier le code]

La pression atmosphérique et donc avec elle, la pression partielle en oxygène, décroissent avec l’altitude selon une relation pratiquement exponentielle. De ce fait, la quantité d’oxygène disponible au niveau cellulaire diminue, ce qui engendre un certain nombre de mécanismes compensateurs (hyperventilation, modification de l’affinité de l’hémoglobine pour l’oxygène, polyglobulie, etc.). Ces mécanismes sont plus ou moins longs à s'installer : ainsi, l'accélération de la fréquence cardiaque nécessite moins d'une minute mais l'augmentation de l'hémoglobine plusieurs jours[1].

Lorsque ces mécanismes compensateurs sont insuffisants ou n’ont pas le temps de s’installer, la victime peut développer un ensemble de symptômes appelé mal aigu des montagnes. Dans les cas les plus graves, la personne peut faire un œdème pulmonaire, un œdème cérébral, ce qui peut aboutir enfin à la mort en l’absence de traitement approprié (descente, oxygène, pharmacologie). Le mécanisme de ces œdèmes n'est cependant pas clair[2].

Le déclenchement du mal des montagnes dépend de l'altitude, de la vitesse d’ascension et de la susceptibilité individuelle. Il est rare en deçà de 2 500 m[2]. Une susceptibilité génétique pourrait intervenir[3]. Un âge jeune, une surcharge pondérale ainsi qu'un bon niveau de forme (capacité aérobie) seraient corrélés avec un risque accru de « mal des montagnes »[4].

Manifestations[modifier | modifier le code]

Elles vont de la simple céphalée à l'œdème cérébral et pulmonaire.

Les céphalées sont la manifestation la plus commune du mal des montagnes, rétrocédant à la prise d'antalgiques, à la prise d'oxygène ou à la redescente.

Dans un stade plus avancé surviennent des nausées, une fatigue, un vertige, des difficultés d'endormissement... Le tout est rassemblé sous le vocable de « mal aigu des montagnes ». Il survient entre 6 et 12 heures après l'arrivée en altitude et s'estompe en quelques jours[2].

L'œdème cérébral doit être soupçonné devant l'apparition de troubles de la conscience pouvant aboutir au coma et à la mort s'il n'est pas pris en charge correctement. Il faut naturellement éliminer les autres causes possibles de ces troubles de la conscience (alcoolisation, hypoglycémie...)

Un œdème aigu du poumon peut également survenir, caractérisé par un essoufflement important, des crachats rosés, une auscultation pulmonaire caractéristique (crépitations).

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Il s'agit essentiellement d'un diagnostic reposant sur l'interrogatoire de la personne atteinte. les premiers signes sont cependant peu spécifiques et les autres causes doivent être éliminées. Un score, publié en 1993, le Lake Louise acute mountain sickness scoring system, a été développé en cas de céphalées survenant peu après l'arrivée en altitude[5].

Prévention[modifier | modifier le code]

La prévention passe d'abord par l'acclimatation. Plusieurs protocoles ont été proposés[2],[6]. Il est possible que des séjours prolongés et successifs en altitude puissent diminuer la probabilité de survenue du mal aigu des montagnes[7]. De même, une préacclimatation prolongée à une altitude modérément élevée pourrait être utile[8].

Les inhibiteurs de l'anhydrase carbonique (dont l'acétazolamide) stimulent la ventilation en créant une acidose métabolique par excrétion urinaire de bicarbonate de sodium. Par ce biais, il semble réduire le risque de mal des montagnes[9], la dose minimale efficace étant de 250 mg par jour[10]. Les corticoïdes ont également une certaine efficacité, dont le mécanisme est incertain[9].

Le ginkgo biloba est également utilisé, avec une efficacité discutée[11].

Traitement[modifier | modifier le code]

Le retour à une altitude basse reste le traitement de choix. Si cette option n'est pas possible ou n'est pas choisie, un traitement antalgique et une bonne hydratation peuvent suffire en cas de simples céphalées.

Certains médicaments comme l'acétazolamide ou les corticoïdes améliorent l'état du malade et en cas de survenance du mal, ils lui donnent une petite marge de temps pour lui permettre de redescendre et de perdre rapidement de l'altitude.

À une altitude très élevée, au-delà de 5 000 mètres, le mal peut se compliquer d'un œdème cérébral de haute altitude qui se caractérise par des modifications de l'humeur et du comportement, et/ou par des maux de tête insupportables. Des troubles de la vue et des vomissements en jets, précèdent le coma qui est fatal, si le malade n'est pas immédiatement redescendu à une altitude plus basse, ou mis immédiatement dans un caisson permettant d'augmenter la pression, appelé caisson hyperbare.

L'œdème pulmonaire est traité par vasodilatateurs de type nifédipine. Les diurétiques n'ont pas démontré d'efficacité dans ce cas[2].

Dans les Andes, au Pérou, en Bolivie, en Équateur) ou en Colombie, la feuille de coca, consommée sous forme d'infusion (maté de coca) ou mâchée, est utilisée pour apaiser les symptômes de mal aigu des montagnes (appelé dans cette région soroche). Il est possible que cela soit le résultat d'un simple effet antalgique.

Les Sherpas de l'Everest recommandent la consommation de l'ail[12] mais aucune étude scientifique n'a prouvé son efficacité[12].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Peacock AJ, Oxygen at high altitude, BMJ, 1998;317:1063-6.
  2. a, b, c, d et e Imray C, Booth A, Wright A, Bradwell A, Acute altitude illnesses, BMJ 2011; 343:d4943
  3. MacInnis MJ, Wang P, Koehle MS, Rupert JL, The genetics of altitude tolerance:the evidence for inherited susceptibility to acute mountain sickness, J Occup Env Med, 2011;53:159-68.
  4. Karinen HM, Peltonen JE, Kahonen M, Tikhanen HO, Prediction of acute mountain sickness by monitoring arterial oxygen saturation during ascent, High Alt Med Biol, 2010;11:325-32.
  5. Roach RC, Bärtsch P, Oelz O, Hachett P, Lake Louise AMS Scoring Consensus Committee. The Lake Louise acute mountain sickness scoring system. In: Sutton JR, Houston CS, Coates G, eds. Hypoxia and molecular medicine. Queen City Press, 1993; 272-4
  6. Hackett P, Roach RC, High-altitude illness, N Engl J Med, 2001;345:107-14.
  7. Wu TY, Ding SQ, Liu JL, Yu MT, Jia JH, Duan JQ et al. Reduced incidence and severity of acute mountain sickness in Qinghai-Tibet railroad construction workers after repeated 7-month exposures despite 5-month low altitude periods, High Alt Med Biol, 2009;10:221-32
  8. Beidleman BA, Fulco CS, Muza SR et al. Effect of six days of staging on physiologic adjustments and acute mountain sickness during ascent to 4300 meters, High Alt Med Biol, 2009;10:253-60.
  9. a et b Ried LD, Carter KA, Ellsworth A, Acetazolamide or dexamethasone for prevention of acute mountain sickness: a meta-analysis, J Wilderness Med, 1994;5:34-48
  10. Low EV, Avery AJ, Gupta V, Schedlbauer A, Grocott MPW, Identifying the lowest effective dose of acetazolamide for the prophylaxis of acute mountain sickness: systematic review and meta-analysis, BMJ, 2012;345:e6779
  11. Leadbetter G, Keyes LE, Maakestad KM, Olson S, Tissot van Patot MC, Hackett PH, Ginkgo biloba does—and does not—prevent acute mountain sickness, Wilderness Environ Med, 2009;20:66-71
  12. a et b Gare au mal des montagnes, site de L'Express