Chambre d'hôtes

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Les chambres d'hôtes sont des chambres meublées situées chez l'habitant en vue d'accueillir des touristes, à titre onéreux, pour une ou plusieurs nuitées, assorties de prestations.

Les chambres d'hôtes sont apparues en Europe centrale au XIXe siècle, et se sont développées, comme les gîtes ruraux, dans la seconde moitié du XXe siècle. Les chambres d'hôtes qui proposaient initialement une forme de tourisme rural en complément d'une activité agricole se développent maintenant aussi en ville[1].

L'activité de location de chambres d'hôtes[2] a d'autres appellations telles que « gîte » ou « gîte touristique »[3] au Québec et « Bed and Breakfast », souvent sous la forme de l'acronyme « B&B », dans les pays anglophones[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Chambre d'hôtes en Bavière

Le terme « chambre d’hôtes » trouve son origine lointaine dans la vocation hospitalière des institutions religieuses. Dès 817, à l’occasion du Concile d'Aix-la-Chapelle consacré à la discipline monastique, Louis 1er demande que les monastères comportent dans leurs dépendances au moins une « chambre d’hôtes » affectée à l’accueil des pauvres[5].

Dans son usage moderne, l’apparition du terme et son développement sont étroitement liés à la montée en puissance du tourisme rural, les pays d’Europe centrale étant précurseurs dans ce développement. L’accueil en chambre d’hôtes dans sa vocation touristique est apparu en Allemagne au tout début du XIXe siècle : par imitation des familles fortunées de la ville de Brême qui disposaient de villégiatures à la campagne, la bourgeoisie moyenne de cette ville prit l’habitude de séjourner pendant l’été, moyennant rémunération, chez des agriculteurs qui leur proposaient l’hébergement et l’accès, pour leur personnel de service, à la cuisine de leur maison[6]. Ce mode d’hébergement « chez l’habitant » est devenu populaire dans la région autrichienne du Tyrol à la fin du XIXe siècle[7], mais s’est surtout développé en Europe dans la seconde moitié du XXe siècle et en particulier à partir des années 1960 lorsque l’offre d’hébergement en milieu rural a été complétée par une proposition d’activités de loisirs[8].

En France, le terme est consacré pour la première fois en 1948 par la Commission de modernisation du Tourisme français au Commissariat général du Plan[9] qui recommande la promotion de cette forme d’hébergement touristique ainsi que celle des gites ruraux. Il ne sera pourtant reconnu que beaucoup plus tard par la législation, qui continuera à assimiler les chambres d’hôtes aux meublés de tourisme jusqu’au début du XXIe siècle[10].

Diversité des chambres d'hôtes[modifier | modifier le code]

Chambre d'hôtes chez un vigneron d'Eguisheim

Il y a autant de chambres d’hôtes qu’il y a de propriétaires et de maisons différentes. L'accueil n'est pas standardisé. Chaque propriétaire a sa façon de faire, ce qui fait le charme et le succès de cette formule. Les labels nationaux officiellement reconnus par le ministère du tourisme sont Accueil paysan, Bienvenue à la ferme, Clévacances, Fleurs de soleil et Gîtes de France. Il existe également des labels présents uniquement sur un territoire limité comme Bienvenue au château ou le Label Clair de Lune, d'autres thématiques comme Rando Accueil ou d'autres labels réservés aux propriétaires exerçant l'activité de chambres d'hôtes comme activité principale, DMH-ClesDor par exemple. Certains propriétaires choisissent de rejoindre un label, d'autres propriétaires choisissent de faire connaître leurs chambres directement et le développement d'internet a facilité les choses.

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Les invités sont accueillis chez l'habitant qui les reçoit dans sa maison. L'accueil est personnalisé. La chambre fait l’objet d’un prix à la nuitée et le petit déjeuner fait partie de l'accueil, il s'agit d'une prestation groupée. Le petit déjeuner est pris en commun dans la salle à manger ou la cuisine familiale. Le partage des autres repas de la famille est possible (principalement le soir) en table d'hôtes, une participation forfaitaire est demandée. Le repas en table d'hôtes a un fort caractère convivial. Il permet de discuter avec les propriétaires et les autres résidents autour de plats le plus souvent régionaux.

Tendances[modifier | modifier le code]

Montreux, château du Châtelard, vue sur le vignoble depuis les chambres d'hôtes

Le secteur des chambres d'hôtes est plutôt dynamique et on note de nombreuses créations de chambres d'hôtes chaque année qui compensent les fermetures. L'engouement pour les chambres d'hôtes s'est amplifié ces dernières années avec la place accordée à un tourisme responsable et au développement durable, une volonté de profiter des richesses du terroir et de trouver un accueil personnalisé. Pour les propriétaires, cela est une occasion de compléter ses revenus ou sa retraite ou encore de faire face au coûts d'entretien de la maison. L'ouverture de chambres d'hôtes est un projet assez simple à mener mais il nécessite d'être bien préparé comme toute activité. Seul le sérieux et la fiabilité du propriétaire garantissent le succès du projet et un bouche à oreille favorable.

Certains[réf. nécessaire] considèrent que l'activité de chambres d'hôtes est à un tournant avec l'émergence de 2 catégories de propriétaires aux ambitions opposées :

  • Les néo-propriétaires qui se professionnalisent en ouvrant un établissement pour chercher une rentabilité. Difficile à quantifier, ils représentent selon Gîtes de France entre 1 porteur de projet sur 3 voire 1 sur 2 selon certaines antennes départementales. Ils sont plus jeunes et mieux organisés selon les professionnels du milieu. Ces propriétaires investissent aussi bien en zone rurale qu'en zone urbaine.
  • Les propriétaires historiques qui cherchent une simple complémentarité de revenu, souvent de retraite pour mieux vivre de leur passion. Ils n'ont pas toujours les connaissances, les moyens ou tout simplement l'envie pour développer leur activité. Ils ont 1, 2 voire 3 chambres lorsque les néo-propriétaires peuvent combiner jusqu'à 5 chambres associées à des gîtes. Or on fait face aujourd'hui à des normes d'exploitation qui tendent à se durcir et à des clients aux exigences grandissantes qui poussent ces 2 catégories de propriétaires à évoluer.

Chiffres[modifier | modifier le code]

En France, d'après le ministère du Tourisme, il y avait 37 400 Chambres d’hôtes des principales fédérations professionnelles soit environ 74 800 lits au 1er janvier 2011[11]. 29 182 chambres d'hôtes étaient labellisées Gîtes de France, 5 900 Clévacances, 1 664 Fleurs de soleil et 624 Accueil paysan. La région avec le plus gros effectif était Rhône-Alpes avec 3 680 chambres d'hôtes[12]. Selon Accueillir Magazine, le magazine spécialisé du secteur, il y aurait en tout environ 69 700 chambres d'hôtes labellisées ou indépendantes non-labellisées[13]. Dans de nombreux villages, les chambres d'hôtes sont la seule forme d'hébergement proposée. Il s'agit d'un élément essentiel pour l'activité de ces communes. Cependant 6 % des chambres d'hôtes seraient situées en milieu urbain. Dans le peloton de tête national on trouve Paris avec 600 chambres, Marseille 164, Aix-en-Provence 80 puis Lyon 75. Pour ce qui est des capitales européennes, Paris arrive en 3e position derrière Londres avec 1 600 chambres et Rome 708[14].

En Belgique, après une phase de croissance, le secteur du tourisme était demandeur de recentrer le produit touristique, d'encourager la qualité. Le secteur des chambres d'hôtes est en croissance annuelle depuis 15 ans. À titre d'exemple, à Bruxelles en 2011, l'activité des chambres d'hôtes a représenté en base annuelle[15] :

  • 3 800 réservations
  • 19 000 nuitées
  • 5 640 visiteurs
  • près de 250 chambres d'hôtes pour plus de 500 chambres
  • Moyenne Française du prix de la nuitée 2 personnes : 65 EUR [16]
  • Moyenne Française du nombre de lits par établissement : 9

Réglementation[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Les questions relatives au tourisme font partie, en Belgique, des matières qui sont déléguées aux trois communautés par l’article 127 de la Constitution, avec la possibilité de les subdéléguer, pour ce qui concerne la communauté française, aux institutions régionales[17].

Région de Bruxelles-Capitale

Dans la partie francophone de la Région de Bruxelles-Capitale, l’activité d’accueil en chambre d’hôtes est régie par un décret de 1999[18] modifié en 2010. Ce texte limite le nombre de chambres pouvant être proposées par un exploitant à trois. Il soumet l’exercice de l’activité à l’obtention préalable d’une autorisation délivrée par le Collège communautaire. Outre des prescriptions détaillées relatives au confort des installations, le régime réglementaire en vigueur impose le service du petit-déjeuner et une ouverture au moins quatre mois par an.

Région wallonne

En Wallonie, les chambres d’hôtes appartiennent à la catégorie des « hébergements touristiques de terroir » et sont régies par des dispositions spécifiques du Code wallon du tourisme[19]. Le terme générique de « chambre d’hôtes » peut être complété par la mention « à la ferme » si les chambres sont aménagées dans une exploitation agricole en activité. Un exploitant ne peut pas proposer plus de cinq chambres d’hôtes, et devra recourir à l’appellation « maison d’hôtes » si l’immeuble comporte plus de trois chambres destinées à l’hébergement. L’exploitant titulaire de l’autorisation doit assurer personnellement l’accueil des clients, et proposer obligatoirement la prestation de petit-déjeuner. Il doit exercer son activité pendant un minimum de quatre mois dans l’année, dont un mois entre février et mai, deux mois entre juin et septembre et un mois entre octobre et janvier[20].

France[modifier | modifier le code]

Alors que l’activité d’accueil en chambre d’hôtes est une réalité économique en France depuis plusieurs décennies, ce n’est que très récemment que la législation française a officiellement reconnu l'activité de location de chambres d'hôtes[2] comme une activité d’hébergement touristique bénéficiant d’un régime spécifique[21]. Le code du tourisme consacre l’existence des chambres d’hôtes dans sa partie législative[22] et soumet l’exercice de cette activité à une déclaration préalable auprès de la mairie.

Cette consécration législative a été complétée par l’instauration de dispositions réglementaires[23] qui limitent à un maximum de cinq chambres pour une capacité maximale de quinze personnes la taille des structures pouvant recourir à cette dénomination. Au-delà de cette capacité, la structure ne peut relever que de la réglementation relative aux hôtels ou de celle relative aux meublés de tourisme.

La chambre d'hôtes doit respecter des règles spécifiques à l'activité. Les principales sont les suivantes : être située chez l’habitant dans sa résidence (même corps de bâtiment ou bâtiment annexe) avec un accueil assuré par l'habitant, être louée à la nuitée avec le petit déjeuner, être assortie de prestations comprenant au moins la fourniture du linge de maison, disposer d’un accès à un WC et à une salle d'eau et répondre à toutes les réglementions en vigueur dans les domaines de l’hygiène, de la sécurité et de la salubrité.

La table d'hôtes obéit à des règles et des usages. Le repas ne peut être servi qu'à des hôtes séjournant dans l'une des chambres, un seul menu doit être proposé et le repas doit être pris à la table familiale en compagnie du propriétaire. Pour les boissons alcoolisées, le propriétaire doit posséder une licence.

Québec[modifier | modifier le code]

Le Québec n’utilise pas le terme « chambre d’hôtes », lui substituant celui de « gîte »[24]. Sous le régime d’une législation datant des années soixante[25], l’hébergement chez l’habitant était interdit ou à tout le moins strictement cantonné à des situations exceptionnelles[26]. La loi sur les établissements d'hébergement touristique[27] a mis un terme à cette interdiction et a permis l’introduction d’un régime spécifique aux gites. Cette loi a été complétée en 2001 par un règlement[28] qui définit ce mode d’accueil comme un établissement où est offert de l'hébergement en chambres dans une résidence privée où l'exploitant réside et rend disponible au plus cinq chambres qui reçoivent un maximum de quinze personnes, incluant un service de petit-déjeuner servi sur place[29]. Comme les autres catégories d’établissements, les gites sont astreints à une obligation de classification dont la procédure est confiée, par mandat ministériel, à la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ)[30].

Suisse[modifier | modifier le code]

Il n’existe pas, en Suisse, de législation fédérale en matière de tourisme. Chaque canton a donc la liberté de développer une réglementation propre.

W21-1a.svg YannReboulleau (lui écrire) travaille en ce moment sur cette partie de l’article. Merci de ne pas la modifier.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurence Jegouzo, Le Droit du tourisme, Paris, Lextenso éditions, Gazette du Palais,‎ 2012 (ISBN 978-2359710182)
  • Louis Jolin, Droit du tourisme au Québec, Montréal, Presses de l'Université du Québec,‎ 2012 (ISBN 978-2760532120)
  • François Moinet, Tourisme rural : concevoir, créer, gérer, France Agricole,‎ 2012, 5e éd., 430 p. (ISBN 978-2855572345)
  • Caroline Kyberd, Conversation avec un créateur de chambres d’hôtes, Accueillir Editions,‎ 2012, 3e éd. (ISBN 978-2917724132)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christophe Giraud, « Recevoir le touriste en ami » La mise en scène de l'accueil marchand en chambre d'hôtes », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 5, no 170,‎ 2007, p. 20 (lire en ligne)
  2. a et b http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000465098&dateTexte=&categorieLien=id
  3. http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=1299019
  4. [[|Bed and breakfast sur Wikipedia en anglais]] (en)
  5. Joseph Dewez, Histoire générale de la Belgique depuis la conquête de César, Bruxelles, Imprimerie J. Tarte,‎ 1805, p. 34.
  6. Marc Cluet (sous la direction de), Villégiatures à l’allemande : Les origines germaniques du tourisme vert 1850-1950, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,‎ 2009 (ISBN 978-2-7535-0924-5), p. 14.
  7. Jacky Herbin, Le Tyrol ou la réussite exemplaire du tourisme autrichien : Thèse d'État Lettres et sciences humaines, Grenoble, Université de Grenoble I,‎ 1980.
  8. René Béteille, « L’agritourisme dans les espaces ruraux européens », dans Annales de Géographie,‎ 1996 (lire en ligne), p. 584-602.
  9. La modernisation du Tourisme français : Rapport général présenté par la Commission de modernisation du Tourisme français au Commissariat Général du Plan, Paris,‎ 1948.
  10. Articles L. 324-1 et L. 324.2 du Code de tourisme dans sa version précédant la loi n° 2006-437 du 14 avril 2006 portant diverses dispositions relatives au tourisme.
  11. Direction générale de la Compétitivité,de l'industrie et des services, Ministère de l’artisanat, du commerce et du tourisme. Mémento du tourisme 2011.Archive en ligne
  12. Ministère de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme, Mémento du tourisme 2011, op. cit.
  13. Accueillir Magazine, tout savoir sur les maisons d'hôtes Chiffres clés.[1]
  14. Chambres d'hôtes en ville : les clés d'une création réussie, Isabelle Barèges, Vuibert, 17 mai 2010, (ISBN 978-2711764402)
  15. Croissance à Bruxelles selon Mybnb
  16. Chambres-Hotes.org - Statistiques dynamiques
  17. « Article 138 de la Constitution » sur le site du Sénat Belge.
  18. Décret du 14 janvier 1999 relatif à l’agrément des chambres d’hôtes et à l’autorisation de faire usage de la dénomination « chambre d’hôtes » - Le Moniteur Belge du 3 février 1999.
  19. Code wallon du Tourisme, promulgué par arrêté du Gouvernement wallon du 1er avril 2010 – Le Moniteur Belge du 17 mai 2010, p. 26647. En ligne- Articles 228.D à 232.D.
  20. Code wallon du Tourisme – Article 238.
  21. Loi no 2006-437 du 14 avril 2006 portant diverses dispositions relatives au tourisme.
  22. Code du tourisme – Articles L. 324-3 à L. 324-5. En ligne.
  23. Décret n° 2007-1173 du 3 août 2007 relatif aux chambres d’hôtes et modifiant le code du tourisme, publié au JORF du 4 août 2007.
  24. Grand Dictionnaire Terminologique
  25. Loi sur l’hôtellerie de 1963 – Article 9.
  26. Louis Jolin, op. cit., p.19.
  27. Loi sur les établissements d’hébergement touristique – L.R.Q., c. E-14.2 En ligne.
  28. Règlement sur les établissements d'hébergement touristique - c. E-14.2, r. 1 En ligne.
  29. Règlement sur les établissements d'hébergement touristique – Article 7.
  30. Loi sur les établissements d'hébergement touristique – Article 6.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]