Maffeo Vegio

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Maffeo Vegio (en latin Maphaeus Vegius) (né en 1406 ou en 1407[1] à Lodi et mort à Rome en 1458) est un écrivain humaniste italien du XVe siècle qui écrit en latin. Il est l’auteur de poèmes épiques, de textes religieux, d’un traité d’éducation, ainsi que d’une continuation de l’Énéide de Virgile.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maffeo Vegio est issu d’une famille noble de Lodi. Il reçoit une éducation soignée : études de grammaire, des classiques latins, de philosophie et de droit à l’université de Pavie, puis à celle de Crémone, de rhétorique et de dialectique à l’université de Milan. Il commence à écrire très jeune des poèmes en latin, inspirés de ceux de Virgile. Il enseigne le droit et la littérature à Pavie pendant dix ans.

Le pape Eugène IV le nomme secrétaire des brefs puis dataire à la chancellerie pontificale. Il entre dans l’ordre des moines Augustins. En 1443, il est nommé chanoine de Saint-Pierre par Eugène IV, charge qu'il conserve sous les papes Nicolas V et Calixte III.

Il fait pleinement partie des milieux intellectuels chrétiens de l'humanisme italien de la première moitié du XVe siècle : Laurent Valla en fait un des trois interlocuteurs principaux de son dialogue De vero falsoque bono (du vrai et du faux bien). Vegio soutient la position épicurienne, un autre le stoïcisme, le troisième la position chrétienne. À la fin, Guarino da Verona célèbre l'éloquence des adversaires et Pier Candido Decembrio souligne l'intérêt de ce débat[2].

Maffeo Vegio avait une dévotion particulière envers sainte Monique, mère de saint Augustin. La translation des reliques de cette dernière entre Ostie et Rome avait eu lieu le 9 avril 1430 et les reliques étaient déposées dans l’église San Trifone. En 1455, elles sont transférées dans l’église San’Agostino et Vegio fait construire dans une chapelle, pour les accueillir, un tombeau en marbre, attribué au sculpteur Isaia da Pisa[3]. C'est dans cette chapelle Sainte-Monique de San'Agostino qu'il est enterré en 1458[4].

Œuvre et influence[modifier | modifier le code]

Il est l’auteur de plus de cinquante textes.

Poèmes
Textes religieux
  • Antoniados sive de vita et laudibus sancti Antonii, en 1436-1437 : poème sur la vie de saint Antoine de Padoue
  • De perseverantia religionis
  • De quattuor hominis novissimis, morte, judicio, inferno et paradiso meditationes
  • Vita sancti Bernardi Senensis : vie de saint Bernardin de Sienne
  • Sanctae Monicae translationis ordo. Item de sanctae Monicae vita et ejus officium proprium : hagiographie de sainte Monique.
Œuvres morales
  • Disceptatio inter solem, terram, et aurum, débat à caractère allégorique entre le Soleil, la Terre et l'Or.
  • Dialogus Veritatis et Philalethis, dialogue entre la Vérité et Philalethes (celui qui aime le vrai), adressé à son frère Eustacio, qui montre la détresse de la Vérité dans un monde qui lui est hostile[5].
  • Palinurus sive de felicitate et miseria, en 1445[6] : dialogue sur les misères de la vie humaine et la mort entre Charon, le passeur de l'Achéron, et Palinure qui arrive aux Enfers après sa noyade accidentelle[7]. Vegio s'inspire des Dialogues des morts de Lucien de Samosate[8].

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Textes historiques
  • De rebus antiquis memorabilibus Basilicae sancti Petri Romae, terminé vers 1455-1457, est une étude à caractère archéologique sur Saint-Pierre de Rome, qui montre, comme les œuvres de Giovanni Dondi (Iter Romanum) et Poggio Bracciolini (De fortunae varietate urbis Romae) l'intérêt naissant en Italie pour l'archéologie chrétienne[9].

Deux de ses œuvres ont eu une postérité importante :

  • De educatione liberorum et eorum claris moribus : traité d’éducation en six livres, imprimé en 1491. Les trois premiers livres sont consacrés aux responsabilités des parents et des enseignants dans l’éducation des enfants, les trois autres aux devoirs des enfants, aux bonnes manières, etc. Vegio affirme clairement la compatibilité entre l’esprit chrétien et l’étude des classiques païens. Au début du XVIe siècle, ce traité est réimprimé en France et attribué à Francesco Filelfo, francisé en Philelphe[10]. En 1513, Jean Lode le traduit en français en l’attribuant toujours à Philelphe et le publie à Paris chez Gilles Gourmont sous le titre Le Guidon des parens en instruction et direction de leurs enfans. Aultrement appelé François Philelphe de la manière de nourrir, instruire et conduire jeunes enfans[11].
  • en 1428, à l’âge de 22 ans, Vegio écrit une continuation de l’Énéide de Virgile, qui était considérée comme inachevée[12]. Cette suite, désignée sous le titre de Aeneidos supplementum (supplément à l’Énéide) ou Aeneidos Liber XIII (13e livre de l’Énéide), en 611 hexamètres latins, raconte les funérailles de Turnus, le mariage d’Énée et de Lavinia, la fondation de Lavinium, la mort de Latinus, puis celle d'Énée et sa divinisation. Ce texte fut particulièrement apprécié ; il est imprimé pour la première fois en 1471 à la suite du texte de l’Énéide[13], et il est ainsi très régulièrement inclus dans les éditions de l’Énéide au cours du XVe et du XVIe siècle. Il fait l’objet de commentaires par Josse Bade en 1501 puis par Nicolaus Erythraeus en 1538-1539.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions critiques
  • (en) Maffeo Vegio short epics, éd. Michael C. J. Putnam et James Hankins, Harvard University Press, coll. « The I Tatti Renaissance Library », 2004 ISBN 0-674-01483-9 (édition et traduction en anglais de la continuation de l’Énéide, de La mort d'Astyanax, de la Toison d'or et de l’Antoniade), partiellement consultable sur Google livres.
  • (de) Das Aeneissupplement des Maffeo Vegio. Eingeleitet, nach den Handschriften herausgegeben, übersetzt und mit einem Index versehen, éd. Bernd Schneider, VCH Verlagsgesellschaft, coll. « Acta Humaniora », Weinheim, 1985.
  • (en) Maphei Vegii Laudensis de educatione liberorum et eorum claris moribus libri sex : A critical text of books I-III, éd. Maria Walburg Fanning ; of books IV-VI, éd. Anne Stanislaus Sullivan, Catholic University of America, Washington, 1933 et 1936.
  • (de) Velleus Aureum : Das goldene Vlies (1431) : Einleitung, kritische Edition, übersetzung, éd. Reinhold F. Glei et Markus Köhler, VWT Wissenschaftliches Verlag, coll. « Bochumer Altertumwissenschftliches Colloquium », Trèves, 1998.
  • (it) De rebus antiquis memorabilibus Basilicae S. Petri Romae, éd. R. Valentini et G. Zuchetti, dans Codice topografico della citta di Roma, IV, 1953, p. 375-398.
Études
  • (en) Brinton, Anna Cox, Maphaeus Vegius and his Thirteenth Book of the Aeneid : A Chapter on Virgil in the Renaissance, Stanford University Press, 1930 ; rééd. Garland Publishing, New York, 1978.
  • (en) Charles S. Ross, « Maffeo Vegio's short Cristyn wark, with a Note on the Thirteenth Book in Early Editions of Vergil », Modern Philology, 78, 1981, p. 215-226.
  • (fr)F. Chatillon, « Sur Maffeo Vegio de Lodi, continuateur de Virgile au XVe siècle », Revue du Moyen Âge latin, 40 : 3-4, 1984, p. 213-217.
  • (it) Andrea Franzoni, L'Opera Pedagogica de Maffeo Vegio, Lodi, 1907.
  • (en) Vincent Joseph Horkan, Educational theories and principles of Maffeo Vegio, Washington, 1953.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son année de naissance n'est pas certaine.
  2. Luce Giard, « Lorenzo Valla : la langue comme lieu du vrai », dans Histoire, épistémologie, langage, 1982, p. 5-19.
  3. Charles L. Stinger, The Renaissance in Rome, Indiana University Press, 1985, p. 33-34.
  4. Sur les tribulations de la pierre tombale de Vegio, voir Philippe Sénéchal, « Le tombeau de Melchiorre Baldassini retrouvé à Chaalis », Revue de l'Art, vol. 124, n° 124, 1999, p. 59.
  5. Édition de 1480 du Philalethes numérisée
  6. David Marsh, Lucian and the Latins: humor and humanism in the early Renaissance, University of Michigan Press, 1998, p. 67-71.
  7. Pilote du navire d'Énée, il tombe à la mer durant son sommeil : Virgile, Énéide, livre V, vers 833-871.
  8. Pascale Hemeryck, « Les traductions latines du Charon de Lucien au quinzième siècle », Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen Age, Temps modernes, vol. 84, n° 84-1, 1972, p. 129-200.
  9. Charles L. Stinger, The Renaissance in Rome, Indiana University Press, 1985, p. 179-183.
  10. Poitiers, vers 1500 ; Paris, 1505 ; Paris, par Gilles Gourmont, 1508.
  11. C’est l’un des plus anciens traités de pédagogie en français
  12. Une première tentative de compléter le poème avait été faite par Pier Candido Decembrio en 1419, mais il avait abandonné au bout de 89 vers.
  13. peu de temps après l'editio princeps des douze livres de Virgile, datée de 1469