Madeleine Charnaux

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Madeleine Charnaux

Madeleine Charnaux (Vichy, 18 janvier 1902 - Vichy ou Paris selon les sources, 10 octobre 1943) est issue d'une famille d'intellectuels (père et frères médecins).

D'abord orientée vers la sculpture, élève du maître Bourdelle, Madeleine Charnaux se tourne vers l’aviation, activité dans laquelle elle excellera jusqu'à ce que la tuberculose ne l'emporte en 1943.

Biographie[modifier | modifier le code]

Madeleine Charnaux, modèle debout à grandeur d'exécution, 1917 (Antoine Bourdelle)

Madeleine Charnaux est une femme plutôt grande mais fine, voire frêle ; teint de blonde, chevelure châtain. Elle a une santé fragile mais une volonté de fer et un grand charisme.

À 20 ans, en 1922, elle épouse l'écrivain très en vue, et depuis peu divorcé, Pierre Frondaie. Ce mariage durera cinq ans.

Elle prend l'avion pour la première fois à l'occasion d'un voyage de Palerme à Naples à bord d'un hydravion. Elle écrira plus tard dans son livre La passion du ciel, souvenirs d'une aviatrice que sa vocation est née ce jour-là. .

En 1938[1], elle épouse Jean Fontenoy, un communiste passé au Parti populaire français, le parti de Jacques Doriot, et l'ex-rédacteur en chef du Journal de Shangaï[2], auteur de plusieurs romans dont L'École du Renégat et Cloud ou le Communiste à la Page. Il part pour la Finlande comme correspondant de guerre lors de l’invasion de ce pays par l’Union soviétique et ne revient en France que pour assister à la fin de sa femme atteinte de tuberculose.

Madeleine Charnaux, collaborationniste et proche des occupants nazis, comme son mari (Voir le Journal 1940-45 de Jean Cocteau ; NRF ) s'éteint à Paris en 1943, elle est inhumée à Vichy.

L'aviatrice[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

En 1934, Madeleine Charnaux, encore amateur, tente sur un Miles Hawk, avec une passagère, de battre le record de vitesse aux douze heures d'Angers. Encore débutante, elle est largement surclassée par des pilotes tels que Hélène Boucher, débutante elle aussi mais déjà connue et reconnue dans le monde de l'aviation, et qui après une carrière fulgurante, trouvera la mort cette même année. D'autres pilotes de renom participent à cette course comme Legendre et Signerin (tué en vol en 1934), Lacombe et Trivier, Arnoux et Brabant.

Hélène Boucher part la première, rattrapée au cours de la quatrième heure de course par Lacombe. Puis c'est l'heure d'avitailler. Presque aussitôt, on redécolle, Lacombe toujours en tête est suivi de près par Hélène Boucher. Les deux pilotes opèrent des virages serrés et volent bas tandis que les autres concurrents, moins téméraires, optent pour une altitude plus élevée et des virages plus larges.

Arrive la douzième heure de course. Hélène se pose, vaincue de quelques secondes par Lacombe. Elle a battu tout de même deux records de vitesse sur 1000 km. Trois femmes finissent le parcours : Hélène Boucher, Madeleine Charnaux et Viviane Helder (plus certainement Viviane Elder)[3].

Caudron[modifier | modifier le code]

Madeleine Charnaux, après quelques voyages en Afrique du Nord, entraînée par Maurice Arnoux, bat deux records d'altitude. Elle se fait engager par Caudron-Renault en tant que professionnelle. Elle fait partie de l'Escadrille qui représente la marque au cours d'un Tour de France. On lui a confié un appareil de tourisme : le Luciole mais Madeleine Charnaux s'ennuie, elle regrette le temps où elle volait jusqu'en Afrique.

À la fin du Tour de France, au sol, elle chute de l'aile de son avion et, blessée, doit rester alitée plusieurs mois. Elle cesse de voler pendant plus d'un an.

Un avion qui l'attendait chez Potez pendant son absence est confié à Maryse Hilsz. Celle-ci bat le record d'altitude féminin et le porte à 14 000 m. La même adversaire tente de piloter les Caudron pour battre des records de vitesse et manque de se tuer à bord d'un Caudron Rafale. Éjectée de la carlingue, elle déploie son parachute au-dessus de l'étang de Berre. Maryse Hilsz, la championne, n'insistera pas : cet avion n'est pas fait pour elle, elle se lance dans les records de distance.

Dès les débuts de l'aventure, quand Hélène Boucher était venue frapper à sa porte pour piloter le Caudron Rafale, le patron de Renault avait hésité à employer une femme à cause de la mauvaise publicité que pourrait provoquer la mort d'une aviatrice comparée à la mort d'un aviateur. Mais il a engagé Hélène Boucher... qui se tue en 1934 aux commandes de son Caudron Rafale. Puis il y a eu l'accident de Hilsz. Renault décide alors de ne plus employer de femmes pilotes.

Le Rafale[modifier | modifier le code]

1936. Madeleine Charnaux ne se décourage pas. Elle assiste au quinzième salon du Bourget où elle revoit Maryse Bastié, son aînée, et l'équipe Caudron-Renault dont elle a fait partie si peu de temps... Sa motivation grandit. Si personne ne veut lui confier d'avion, elle en achètera un. Elle acquiert un appareil identique à celui sur lequel s'est tuée Hélène Boucher deux ans auparavant. On eut beau la mettre en garde, rien n'y a fait. L'aviatrice Amy Johnson a tenté elle aussi de décourager Madeleine Charnaux. L'engin est fabriqué sur mesure, seuls six exemplaires sont sur le marché, le prix n'est pas exorbitant. Mais cet avion est un défi en lui-même, il a déjà trois morts à son actif. L'appareil demande une grande finesse dans le pilotage. Cette finesse, Maryse Hilsz n'en a peut-être pas fait preuve. En 1934, on lui avait d'ailleurs préféré Hélène Boucher. En effet, Riffard, l'ingénieur du Rafale, considérait qu'une championne expérimentée, ayant battu des records d'altitude, aurait du mal à perdre ses habitudes pour faire de la vitesse, ce qui pourrait lui être fatal. Quant à Hélène Boucher, c'était une débutante et on s'attendait à ce qu'elle fasse des merveilles. Après un test surprise, c'est elle qu'on avait engagée.

L'hiver de l'année 1936 arrive et Madeleine Charnaux s'entraîne sur son Rafale. Madeleine Charnaux est abandonnée par ses pairs et ses confrères, trop marqués par la mort d'Hélène Boucher et l'accident de Maryse Hilsz. Ils l'ont presque oubliée. Mais elle se prépare calmement tout en poursuivant son lent rétablissement. Elle vole sur des distances de cent et deux cents kilomètres et envisage aussi de plus longues distances comme le mille et le deux mille kilomètres. Elle s'entraîne sur le plateau d'Étampes, des lieux qui ont connu les débuts de l'aviation en 1910 et le haut lieu de la voltige aérienne. Elle vole en fin de matinée quand les cieux sont libérés de la plupart des acrobates.

En 1937, Madeleine Charnaux est la première aviatrice à obtenir un brevet de pilotage sans visibilité.

Madeleine Charnaux s'entraîne heure après heure sur le parcours qu'elle devra accomplir à la vitesse la plus élevée possible entre des balises. Pour le cent et le mille kilomètres, ces balises sont placées à Villesauvage et La Marmogne qu'elle n'arrive pas à bien localiser ; après plusieurs vols, un homme qui en connaît la localisation se propose de l'accompagner. La balise, détrempée par les intempéries n'est, à sa décharge, que peu visible. Comme Hélène Boucher, elle placera un repère dans un champ voisin pour être sûre de ne pas manquer la balise.

Le jour du record arrive. C'est un soir de mai. Elle installe sa passagère et décolle. Elle parcourt cent kilomètres en quelques minutes et bat un premier record en biplace. Ensuite, elle repart seule et bat de nouveau les records établis.

Elle a ainsi battu cinq records. Maryse Bastié lui remet la croix de la Légion d'honneur à Orly.

Elle s'entraîne maintenant pour le mille et ses amis sont revenus. Elle baptise le Rafale « Long Museau ». Elle espère battre de nouveaux records, pour que Renault revienne sur sa décision et lui confie un nouveau Caudron.

On est en septembre 1937. Elle parcourt le trajet Villesauvage - La Marmogne dix fois aller et retour et est encore couronnée de succès. Il s'en est fallu de peu : l'examen du moteur révèle une fuite à un joint de culasse.

Elle fut la propriétaire du Caudron immatriculé F-ANAR, précédemment possédé par Henri Bouquillard.

La fin[modifier | modifier le code]

Elle se préparait pour le deux mille kilomètres quand la guerre éclate. Affaiblie par la tuberculose, elle meurt en 1943.

Records[modifier | modifier le code]

D'après le site de la Fédération aéronautique internationale, Madeleine Charnaux a battu les records suivants :

Records d'altitude[modifier | modifier le code]

  • 29 janvier 1935, Orly, Madeleine Charnaux aux commandes, secondée de Mlle Clarck atteint cette fois-ci 6 115 m. L'appareil utilisé était le Farman 357 immatriculé F-AMGU équipé d'un moteur Renault Bengali de 120 ch.
    Record féminin d'Altitude pour un appareil biplace entre 280 et 560 kg, sans avitaillement en vol. Le record tient jusqu'en 1937. Le 4 juillet 1937, la Soviétique Irina Vishnevskaya secondée de Katya Mednikova atteint 6 518 m à Tushino dans la région de Moscou à bord d'un appareil baptisé N 9-bis équipé d'un moteur Shvetsov M-11-F de 150 ch.

Records de vitesse[modifier | modifier le code]

  • 8 mai 1937, Villesauvage - La-Marmogne, France, Madeleine Charnaux aux commandes, secondée de Mme Mahe. La vitesse atteinte est 283,24 km/h. L'appareil utilisé est un Caudron Rafale C-530 équipé d'un moteur Renault Bengali de 140 ch.
  1. Record féminin de vitesse sur 100 km pour un avion léger biplace entre 280 et 560 kg sans avitaillement en vol. Ce record était auparavant détenu par l'Américaine Helen MacCloskey assistée de G. Moore Savage, record établi le 15 janvier 1935 à Miami à 268,17 km/h.
  2. Record féminin de vitesse sur 100 km en circuit fermé sans chargement.
  3. Record féminin de vitesse sur 100 km sur un biplace léger - moteur quatre temps - 6,5 L, sans avitaillement en vol.
  4. Record (mixte) de vitesse sur 100 km sur un biplace léger - moteur < 2 L, sans avitaillement en vol.
  • 8 mai 1937, elle bat aussi le record suivant en étant seule à bord du même appareil atteignant une vitesse de 285,26 km/h :
    Record (mixte) de vitesse seule à bord sur 100 km - moteur quatre temps - 6,5 L, sans avitaillement en vol. Ce record lui sera enlevé par Maurice Arnoux le 13 novembre 1937 à Étampes, France, aux commandes d'un Caudron Rafale C-660 équipé d'un moteur Renault Bengali de 140 ch. Le pilote Henry Boris atteindra la vitesse de 331,74 km/h un mois et demi plus tard, le 24 décembre 1937 sur le parcours Bernay - Quillebeuf - Berville - Thiberville à bord d'un appareil similaire.
  • 8 septembre 1937, Villesauvage - La-Marmogne, Madeleine Charnaux seule aux commandes. La vitesse atteinte est 263,99 km/h. L'appareil utilisé est un Caudron Rafale C-530 équipé d'un moteur Renault Bengali de 140 ch.
    Record féminin de vitesse sur 1 000 km pour un avion biplace léger - moteur quatre temps - 6,5 L, sans avitaillement en vol.
  • 16 octobre 1937, elle bat un autre record aux commandes du même appareil, secondée de G. Lallus, avec 268,74 km/h
  1. Record de vitesse seule à bord sur 1 000 km - moteur quatre temps - 6,5 L, sans avitaillement en vol. Ce record lui sera aussi enlevé par Maurice Arnoux le 13 novembre 1937 à Étampes, France, aux commandes d'un Caudron Rafale C-660 équipé d'un moteur Renault Bengali de 140 ch. Le pilote Henry Boris chef-pilote à l'aéro-club de Bernay atteindra la vitesse de 309,35 km/h un mois et demi plus tard, le 30 décembre 1937 sur le parcours Bernay - Quillebeuf - Berville - Thiberville à bord d'un appareil similaire.
  2. Record de vitesse féminin sur 1000 km pour un avion biplace léger - moteur quatre temps - 6,5 L, sans avitaillement en vol.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Qui a tué Marina Sturm ?, Éditions France-Empire, 1944.
  • La Passion du Ciel, Souvenirs d'une aviatrice, Éditions Hachette, Paris, 1944 ; réédition en 1962

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Aviatrices aux destins tragiques et glorieux, Jean Romeyer, éditions du Cercle d'Or, 1946, pages 79 à 91
  • Les Français du Ciel, dictionnaire historique, sous la direction de Lucien Robineau, Académie Nationale de l'Air et de l'Espace, éditions du Cherche Midi, 2005 (ISBN 2-74910-415-7) p.125
  1. Gérard Guégan, Fontenoy ne reviendra plus, Gallimard, Folio, 2013, p 312 + photo 26 du dossier hors texte
  2. Numéros du Journal de Shangaï accessibles dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF
  3. Aviatrices aux destins tragiques et glorieux, Jean Romeyer, éditions du Cercle d'Or, 1946, pages 66-67
  4. Musée Antoine Bourdelle, MT TE.2853

Liens externes[modifier | modifier le code]

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