Madame Ngo Dinh Nhu

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Madame Ngo Dinh Nhu
Madame Nhu et le vice-président des États-Unis, Lyndon B. Johnson, en mai 1961.
Madame Nhu et le vice-président des États-Unis, Lyndon B. Johnson, en mai 1961.
Première dame du Viêtnam
26 octobre 1955 – 2 novembre 1963
(8 ans, 0 mois et 7 jours)
Successeur Madame Khánh
Biographie
Nom de naissance Trần Lệ Xuân
Date de naissance 15 avril 1924
Date de décès 24 avril 2011 (à 87 ans)
Conjoint Ngo Dinh Nhu frère de Ngô Đình Diệm

Tran Lê Xuân (du vietnamien Trần Lệ Xuân), appelée communément Madame Nhu, née le 15 avril 1924 à Hanoï en Indochine française, et morte le 24 avril 2011 à Rome en Italie[1], est l'épouse de Ngô Dinh Nhu et la belle-sœur du président de la République du Viêt Nam Ngô Dinh Diêm (de 1955 à 1963), qui était célibataire. Elle fut ainsi la Première dame du Viêtnam, pendant cette période.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, enfance, études et mariage[modifier | modifier le code]

Tran Lê Xuân est issue d'une riche famille aristocratique. Son grand-père paternel était proche des autorités françaises et son père, Trần Văn Chương, partit étudier le droit en métropole, avant d'épouser un membre de la famille impériale du Viêtnam et de devenir ambassadeur du Sud-Viêt Nam aux États-Unis[2]. La mère de Tran Lê Xuân, Thân Thị Nam Trân alias Nam Tran Chuong[2], cousine de l'empereur Bao Dai et petite-fille de l'empereur Dong Khanh, servit comme représentant permanent de la république du Viêt Nam aux Nations unies[3].

Élève plutôt médiocre, Tran Lê Xuân abandonne le prestigieux lycée Albert Sarraut de Hanoï avant le baccalauréat. Elle ne parle que français en famille et est incapable d'écrire en vietnamien. Elle a alors la réputation d'être un garçon manqué. Elle apprécie cependant la danse et le piano, allant jusqu'à danser seule sur la scène du théâtre national de Hanoï.

Elle refuse tout mariage de convenance[2] et se convertit au catholicisme, pour se marier avec Ngô Dinh Nhu, son aîné de quinze ans en 1943. Ils ont quatre enfants ; deux filles et deux garçons[2].

Arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

En décembre 1946, après un soulèvement Viêt Minh au début de la guerre d'Indochine, Madame Nhu est faite prisonnière avec sa fille aînée et sa belle-mère[2]. Elles sont retenues dans un village pendant quelques mois avant d'être libérées par les forces du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO). Son mari est renvoyé de son poste de la bibliothèque nationale par les autorités françaises, à cause de l'implication de son beau-frère Ngô Dinh Diêm dans les mouvements nationalistes. Ils vivent donc ensuite quelques années paisibles à Dalat où naissent leurs trois derniers enfants[2].

Cependant, l'armée française est défaite à la bataille de Điện Biên Phủ et l'empereur Bao Dai appelle Ngô Dinh Diêm au poste de Premier ministre. S'ensuivront la fin de la monarchie et le référendum truqué par Nhu d'octobre 1955 qui porte son frère Diêm à la présidence de la république du Sud-Vietnam dont la capitale est Saïgon (renommée officiellement Hô-Chi-Minh-Ville en 1976).

Diem, irrité par Madame Nhu, l'exile dans un couvent à Hong Kong avant de changer d'avis[2]. Elle s'installe alors au palais présidentiel en tant qu'épouse de Ngô Dinh Nhu, dont le pouvoir grandit au sein de l'entourage du président. Elle est ainsi considérée comme la Première dame du pays, de 1955 à 1963.

Femme calculatrice et sophistiquée alliant controverse, influence politique et déclarations fracassantes, les historiens et experts lui prêtent une influence énorme sur le président Diem.

Elle impose notamment l'adoption d'un code de la famille faisant des femmes les égales des hommes, et bannissant la polygamie, rendant plus difficiles le divorce et l'adultère[4].

Chute du pouvoir[modifier | modifier le code]

En février 1962, elle survit à une tentative d'assassinat du président Diem par bombardement aérien du palais présidentiel, tombant deux étages par un trou créé par les bombes[5]. Avec la révolte bouddhiste et l’immolation publique par le feu des bonzes en juin 1963, l'impopularité de Diệm éclate au grand jour et s’amplifie dans le monde, surtout lorsque Madame Nhu parle avec désinvolture de « barbecue ». Le scandale est fatal pour toute la famille Ngô.

Sur les ordres du président américain John Kennedy, l’ambassadeur à Saïgon Henry Cabot Lodge refuse de rencontrer Diệm afin de ne pas l'avertir d’un coup d’État préparé par ses généraux sous la conduite du général Dương Văn Minh, dit « Big Minh » pour sa taille, celui-là même que Nguyễn Văn Thiệu propose comme interlocuteur valable et acceptable pour signer la capitulation inconditionnelle des forces sud-vietnamiennes le 30 avril 1975, qui met fin à la Guerre du Việt Nam.

L'arrestation et l'assassinat de Ngô Đình Diệm, alors président de la République du Việt Nam, marque l'apogée d'un coup d'État organisé par la CIA et mené par le général Dương Văn Minh, en novembre 1963. Le 2 novembre 1963, au matin, Diem et son jeune frère Ngo Dinh Nhu, qui est aussi son conseiller, alors qu'ils sortent de la messe à l'église Saint-François-Xavier, sont arrêtés par l'Armée de la République du Viêt Nam (ARVN) qui prend le palais Gia Long. Le coup d'État marque la fin de ce régime de neuf ans.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Elle rejoint son beau-frère, l'archevêque Ngo Dinh Thuc (1897-1984), à Rome, avec son fils Ngô Đinh Trác et sa fille Ngô Đinh Lê Quyên. Elle y vit retirée de la vie publique, ne donnant que quelques rares interviews (voir liens externes) et écrivant ses mémoires.

En 1986, son frère Khiem est accusé du meurtre de leurs parents dans leur maison de Washington. Il est libéré en 1993 après sept ans d'internement dans un hôpital psychiatrique[2].

Début avril 2011, elle est emmenée à l'hôpital, où elle meurt trois semaines plus tard, le 24[6].

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Whoever has the Americans as allies does not need enemies »[7].
    • « Quiconque a les Américains pour alliés n'a pas besoin d'ennemis ».
  • « Power is wonderful. Total power is totally wonderful »[2].
    • « Le pouvoir est merveilleux. Le pouvoir absolu est absolument merveilleux ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (vi) Annonce du décès sur le site du journal Nguoi Viet Daily News
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) « Dragon Lady of Southeast Asia », South China Morning Post, vol. 67, no 116,‎ 28 avril 2011, A16
  3. (en) Margie Mason, « Ngo Dinh Nhu, Former First Lady of South Vietnam dies in Rome at 86 »,‎ 2011 (consulté le 4 mai 2011)
  4. « "Mme Nhu", ex-Première dame du Sud-Vietnam, est décédée »
  5. (en) Elizabeth Fitzgerald, « South Viet Nam: Joan or Lucrezia », Time,‎ 23 mars 1962 (lire en ligne)
  6. (en) Robert Templer, « Madame Nhu obituary », The Guardian,‎ 26 avril 2011 (lire en ligne)
  7. (en) Howard Jones, Death of a Generation, Oxford University Press, New York City, New York, (ISBN 0-19-505286-2), p. 407.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]