Machine infernale

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Machine infernale de Fieschi, conservée aux Archives Nationales.

L'expression machine infernale désigne une arme à feu unique construite par Giuseppe Fieschi et le droguiste Pépin en 1835, mais elle renvoie également à l’Attentat de la rue Saint-Nicaise, dit « complot de la machine infernale » (24 décembre 1800).

Description[modifier | modifier le code]

Faite de vingt-cinq canons de fusils juxtaposés disposés sur un châssis incliné, l'arme pouvait être mise à feu par un seul individu, tirant simultanément vingt-cinq projectiles de mitraille.

On peut actuellement voir l'original au musée Carnavalet à Paris, ainsi qu'une copie au musée de la préfecture de police[1].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Attentat de Fieschi, le 28 juillet 1835. Par Eugène Lami, 1845. Château de Versailles.
Exécution de Fieschi, Pépin et Morey.

Placée sur l'appui de la fenêtre d'un immeuble au 50 boulevard du Temple, la machine infernale est utilisée par le républicain corse Giuseppe Fieschi à l'occasion d'un attentat contre le roi Louis-Philippe le 28 juillet 1835.

À l'occasion du cinquième anniversaire de la révolution de Juillet, Louis-Philippe doit passer en revue la garde nationale sur les grands boulevards. Malgré les rumeurs d'attentat, il refuse d'annuler la revue à laquelle il se rend à la Bastille dans un cortège parti des Tuileries et qui impressionne les foules sur son passage : le maréchal Mortier chevauche en tête, suivi du roi également en cheval et de la reine en carrosse avec ses trois aînés – d'Orléans, Nemours, Joinville –, accompagné de plusieurs ministres, parmi lesquels le duc de Broglie et Thiers, ainsi que de nombreux maréchaux et officiers.

Au 50, boulevard du Temple, au troisième étage, la jalousie d'une fenêtre se soulève et le Corse Fieschi, qui loue cette chambre depuis plusieurs mois, approche une allumette phosphorique de la traînée de poudre qui court à la hauteur des lumières des canons, faisant feu. La « machine infernale » explose vers midi, à hauteur du « Jardin turc ». Le roi s'étant penché pour recevoir une pétition des mains d'un garde national n'a qu'une éraflure au front alors que son cheval, touché, s'est cabré. Ses fils sont indemnes. Treize personnes sont tuées sur le coup. Parmi les dizaines de blessés, six meurent dans les jours suivants. Le bilan est de 19 morts (deux maréchaux dont le maréchal Mortier, un général d'armée, un lieutenant-colonel, un comte et cinq gardes nationaux) et 42 blessés. Alors qu'on se se précipite sur les victimes, une seconde explosion retentit. Des gardes nationaux se précipitent au troisième étage de l'immeuble dont une fumée épaisse s'échappe de la fenêtre, brisent la porte barricadée et trouvent la machine. Ils arrêtent Fieschi, la gueule fracassée, le front ouvert, le flanc sanguinolent, blessé par sa propre arme[2].

La plupart des victimes sont transportées jusqu'au café Turc pour y recevoir les premiers soins. Le roi et le cortège reprennent leur marche pour s'éloigner au plus vite du lieu de l'attentat. Fieschi est pansé et descendu au deuxième étage où le procureur du roi, assisté de deux commissaires, entame son enquête. Il s'avère que lors de la première salve, cinq des des vingt-cinq canons de fusil ont explosé (trop chargés, probablement par son complice Pierre Morey[3] dont le sabotage voulait éliminer le Corse, témoin gênant, et faire accuser les légitimistes, Morey ayant épinglé dans la chambre de Fieschi une image du comte de Chambord[4]), le blessant grièvement. Les deux principaux complices de Fieschi sont arrêtés quelques jours plus tard, Pierre Morey, l'initiateur du complot, et Théodore Pépin, épicier-droguiste, l'artificier et le financier de l'attentat[5]. Le procès s'ouvre le 30 janvier 1836. Fieschi apparaît comme un pur caractériel, sans motivations politiques ou idéologiques mais, contrairement à ses complices, reconnaît sa culpabilité et réclame la mort[6]. Jugés et condamnés à mort, ils sont guillotinés à l'aube, le 19 février 1836, barrière Saint-Jacques[7].

Le roi exploite cet attentat pour faire passer à la Chambre une série de lois répressives connues sous le nom de lois de septembre 1835, appelées aussi « les lois infernales »[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

La machine infernale aurait inspiré les ingénieurs soviétiques créateurs de la Katioucha (appelé l'« orgue de Staline »), un lance-roquettes en rafales de la Seconde Guerre mondiale[9]. On dit également qu'un ingénieur russe fit célébrer une cérémonie d'hommage à Giuseppe Fieschi comme martyr révolutionnaire républicain[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denis Caillaud, Les Grands boulevards, Musées de la Ville de Paris,‎ 1985, p. 238.
  2. Claire Béchu, « Louis-Philippe échappe à un attentat », Historia, no 765,‎ septembre 2010, p. 93.
  3. Pierre Morey, sellier-bourrelier, est comme Fieschi membre de la Société des Droits de l’Homme, organisation républicaine interdite à la fin de l’année 1833, et a l'a recueilli deux mois chez lui.
  4. Luc Mary, Ils ont échappé à la mort. Les tentatives d'assassinat qui ont changé l'histoire de France, Tallandier,‎ 2014, p. 107.
  5. Jean Lucas-Dubreton (en), Louis-Philippe et la machine infernale (1830-1835), Amiot-Dumont, 1951, p. 340-345.
  6. Alain Bauer, Christophe Soullez, Une histoire criminelle de la France, Odile Jacob,‎ 2012, p. 78.
  7. Jean Lucas-Dubreton, op. cit., p. 346.
  8. Aurélien Fayet, Michelle Fayet, L'Histoire de France, Éditions Eyrolles,‎ 2011, p. 271.
  9. Kalinov, Les maréchaux soviétiques parlent, Plon, 2013, p. 225-226.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Eric Anceau, Feu sur le roi ! in Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste 2008 (ISBN 9782913366206)

Articles connexes[modifier | modifier le code]