Macaroni (mode)

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Un père découvre la tenue de son fils devenu macaroni, 1774.

Le terme de macaroni (ou maccaroni dans la littérature anglaise du XVIIIe siècle) apparaît vers 1770 en Angleterre pour désigner un mouvement de jeunes hommes qui s‘habillent de façon extravagante et outrancière. Ce terme par lequel eux-mêmes se dénomment donnera son nom au « club des Macaronis », créé à la même époque à Londres.

La tenue[modifier | modifier le code]

Comme les dandys du XIXe siècle, les macaronis naissent en Angleterre. Ce mouvement de mode est d‘abord une réaction aux normes vestimentaires et morales qui s‘installent à la Cour de Saint-James, puis dans l‘aristocratie londonienne, sous le règne du populaire « Farmer George », le roi George III : redingotes sombres, pantalons ou culottes de drap noir, étiquette réduite, vie familiale et fidélité matrimoniale privilégiées. En opposition à ces tenues et ce protocole pré-bourgeois, les macaronis réagissent par une mise exagérée, colorée et maniérée.

Leur tenue particulièrement voyante s‘inspire des petits-maîtres de la cour de Louis XIV : culottes de soie, bas immaculés, veste de brocart, fausses pierreries et rubans, escarpins garnis de boucles ostentatoires, talons rouges « à la française » et, surtout, perruque poudrée d‘une hauteur démesurée, au sommet de laquelle se perche généralement, comme un petit oiseau, un minuscule tricorne[1]. Les vêtements très serrés et l‘utilisation fréquente de rayures verticales allongent exagérément la silhouette.

La pose[modifier | modifier le code]

Ce mouvement de mode apparaît au début des années 1770[2]. Il est spontané, éphémère mais précisément codé, comme tout mouvement de mode et comme le sera au siècle suivant — de façon plus exigeante encore — le dandysme. La pose outrancière du macaroni est obligatoirement affectée, à la limite de l‘efféminé. Elle contraste avec le dédain du regard et le flegme du langage. Les contemporains parlent d‘une « langueur froide »[3].

Dès son apparition, le macaroni suscite la satire. Le Oxford Magazine note en 1770 : « Il y a en vérité une sorte d‘animal ni mâle ni femelle, une sorte de chose du genre neutre qui vient d‘émerger parmi nous. On l'appelle macaroni. Cela parle sans vouloir rien dire, cela rit sans civilité, cela mange sans appétit, cela monte à cheval sans en faire, cela court les filles sans passion[4]. »

En 1773, l‘écrivain James Boswell fait un voyage à cheval en Écosse avec le respecté auteur et essayiste Samuel Johnson. Celui-ci se disant meurtri par la selle, Boswell le plaisante : « Vous êtes un Londonien délicat, vous êtes un macaroni, vous ne pouvez voyager à cheval[5]. »

Cette pose qui suscite l‘amusement des contemporains est celle de quelques adolescents aristocrates mais surtout de jeunes anglais de la bourgeoisie moyenne émergente, contestataires de leur milieu d‘origine[6]. Leur mouvement s‘appuie sur la nostalgie d‘une aristocratie insolente et ostentatoire, en même temps qu‘il critique, par son agressivité voyante, ce qu‘ils considèrent comme une morosité de la roture enrichie[7]. Un « club des Macaronis » sera créé pour eux à Londres à cette époque[8]

Persistance du nom[modifier | modifier le code]

Bien que ce mouvement ait été passager, le souvenir des macaronis, nom dont l‘origine ne semble pas avoir été élucidée[9], perdure au XXIe siècle. Un oiseau de l‘espèce des Spheniscidae vivant en Antarctique, le gorfou doré, est communément appelé gorfou macaroni en raison de son aigrette jaune très apparente. Ce surnom, toujours en usage, lui a été donné par dérision, lors de sa découverte au XVIIIe siècle par des marins anglais[10].

Une autre persistance date du début de la Guerre d'indépendance des États-Unis en 1775. Lorsque les soldats britanniques découvrent les colons américains dépenaillés, ils composent une chanson ironique évoquant leur accoutrement, dont le premier couplet est le suivant : « Yankee Doodle went to town / A-ridin' on his pony / Stuck a feather in his cap / Anda called it macaroni »[11]. Malgré la référence vestimentaire aux macaronis, Yankee Doodle est aujourd‘hui un air patriotique américain et l‘hymne national du Connecticut.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrice Bollon et Stefano Canulli, Précis d‘extravagance, éditions du Regard, Paris 1995
  • David Tacium, Le Dandysme et la crise de l‘identité masculine à la fin du XIXe siècle : Huysmans, Pater, Dossi, thèse de doctorat, département de littérature comparée, université de Montréal, janvier 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La gravure illustrant cet article, datée du 24 juin 1774, montre un homme en tenue de campagne découvrant avec étonnement son fils macaroni à « la ville » (Londres). De la pointe de son fouet, l‘homme s‘interroge sur le chapeau lilliputien de sa progéniture.
  2. La boutique d‘imprimeurs et graveurs Darly publie à Londres, entre 1771 et 1773, une série de gravures satiriques consacrées aux macaronis. Elle est surnommée « l‘imprimerie Macaroni ». In Amelia Faye Rauser, Hair, Authenticity, and the Self-Made Macaroni, Eighteenth-Century Studies 38:1, Johns Hopkins University Press 2004
  3. In David Tacium, Le Dandysme et la crise de l‘identité masculine à la fin du XIXe siècle, thèse de doctorat, université de Montréal : « Les prédécesseurs [de Brummel], despotes de l'élégance — les Macaronis — étaient réputés pour leur langueur froide. »
  4. In Joseph Twadell Shipley, The Origins of English Words, A Discursive Dictionary of Indo-European Roots, JHU Press 1984.
  5. In James Boswell, Journal of a Tour to the Hebrides, 1785 L'anecdote est reprise par Boswell dans sa Vie du Dr. Johnson.
  6. In Amelia Faye Rauser, op. cit.
  7. In Patrice Bollon et Stefano Canulli, Précis d‘extravagance, éditions du Regard, 1995
  8. Cette création est mentionnée par plusieurs auteurs, dont ceux cités dans la présente bibliographie, mais aucune référence ou source n‘est donnée. Dans une lettre à un ami, Horace Walpole parle du « Macaroni Club, qui est composé de tous les jeunes hommes ayant beaucoup voyagé, arborant une moue dédaigneuse et des lunettes d'espion ».
  9. La proposition la plus communément admise par les auteurs l‘attribue à un souvenir du Grand Tour, voyage en Italie que faisaient au XVIIIe siècle les jeunes gens de l‘aristocratie britannique. Amelia Faye Rauser (op. cit.) signale que l‘expression favorite des macaronis pour désigner toute chose à la mode était « c‘est très macaroni ».
  10. In Oxford English Dictionary, art. « Macaroni », Clarendon Press, Londres 1989.
  11. « Yankee le bouffon est venu en ville, chevauchant son poney, une plume sur son chapeau, et je l‘ai appelé macaroni. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]