Macaque crabier

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Macaca fascicularis • Macaque à longue queue

Le macaque crabier (Macaca fascicularis) est un singe catarhinien de la famille des cercopithécidés, originaire d'Asie du Sud-Est.

Étymologie et dénominations[modifier | modifier le code]

L'espèce est connue sous le nom de macaque crabier[1]. Il est également appelé macaque à longue queue[2], car il se distingue des autres macaques par la longueur de sa queue, comparable à celle de son corps. On rencontre encore les noms macaque de Buffon[3], macaque de Java et macaque d'Indonésie[3].

Le mot latin fascicularis signifie « petite rayure ». Sir Thomas Stamford Bingley Raffles, qui a donné à l'animal son nom scientifique en 1821, ne précise pas ce qu'il entend par l'utilisation de ce mot mais il est présumé qu'il y avait un lien avec l'observation de l'animal.

Morphologie générale[modifier | modifier le code]

Selon les sous-espèces, la longueur du corps de l'adulte singe est de 38 à 55 cm, relativement court avec des bras et des jambes. La queue est plus longue que le corps, généralement 40 à 65 cm. Les mâles adultes pèsent environ 6 kg, et sont généralement plus imposants que les femelles, qui pèsent de 3 à 6 kg.

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Groupe de macaques crabier (Lopburi, Thaïlande)

Macaca fascicularis est un animal social qui vit en groupes de 5 à 60 individus. Ces groupes sont multi-mâles, avec généralement 2 à 5 mâles et des femelles 2 à 3 fois plus nombreuses. Le nombre de jeunes est souvent comparable à celui des femelles. La taille du groupe dépend souvent du risque de prédation et de la disponibilité de la nourriture. Les groupes sont centrés sur les femelles : elles sont philopatriques (c'est-à-dire qu'elles restent dans un même groupe à travers les générations) tandis que les mâles changent de groupes. Les mâles quittent leur groupe d'origine généralement dès l'âge de 4 à 6 ans. Ils intègrent un autre groupe pendant 4 à 5 années avant d'émigrer, et ce à plusieurs reprises tout au long de leur existence. Ces singes sont despotiques et exercent une stricte hiérarchie de dominance. Les rangs des mâles adultes sont plus élevés que ceux des femelles. Les rangs des femelles sont plus stables, les mâles pouvant perdre leur statut. Les mâles de haut rang ont généralement plus de chances de se reproduire, et les femelles de haut rang ont plus de chances de faire survivre progéniture. Les femelles sont regroupés en matrilignes, c'est-à-dire en familles composées avec leur progéniture. Le matrilignage est maintenu sur plusieurs générations, certaines familles ayant plus de pouvoir social que d'autres. Le matrilignage est rarement renversé, et lorsqu'il se produit, il entraîne des conséquences sur les chances de reproduction dans les familles déchues.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Femelle et son petit à la Forêt des singes d'Ubud (Bali, Indonésie).

La durée de gestation est d'environ 165 jours. Le poids du bébé à la naissance est d'environ 350 grammes. Les bébés naissent avec un fourrure noire qui, à partir de 3 mois, tourne à une teinte jaune-vert, gris-vert ou brun-rouge selon la sous-espèce. Cette teinte est supposée être un indicateur du statut de l'enfant. Des mâles récemment immigrés commettent parfois des infanticides sur des nourrissons qui ne sont pas les leurs, et les femelles de haut rang kidnappent parfois les enfants des femelles de rang inférieur. Ces enlèvements font généralement suite aux décès des nourrissons. Les plus jeunes restent surtout avec la famille de leur mère. En grandissant, les jeunes mâles tendent à se tourner vers la périphérie du groupe. Ils y forment des liens qui peuvent être cruciaux lors de leur migration hors de leur groupe natal. Les mâles qui émigrent avec un partenaire semble avoir plus de succès que les solitaires.

Les résultats d'une étude montrent que les mâles soignent le pelage des femelles pour obtenir leurs faveurs sexuelles[4].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Individu mâle mangeant une pomme dans une forêt du Sabah (Bornéo, Malaisie).

Bien que cette espèce soit souvent désignée sous l'appellation de macaque crabier, ce nom est mal choisi car son alimentation est loin de se limiter aux crabes. C'est un omnivore opportuniste, c'est-à-dire qu'il peut manger une grande variété de nourriture carnivore et végétale. Bien que les fruits et les semences représentent 60 à 90 % de son apport alimentaire, il se nourrit aussi de feuilles, de fleurs, de racines et d'écorce. Des vertébrés font aussi partie de ses proies (poussins d'oiseaux, lézards, grenouilles et poissons), ainsi des invertébrés et des œufs. Même s'il est écologiquement bien adapté à son milieu d'origine et ne constitue pas une menace particulière pour la survie des espèces qu'il chasse ou cueille dans les zones où il est non-autochtone, il peut constituer une menace importante à la biodiversité.

Le macaque crabier est parfois désigné sous le nom de "crop-raider", car il peut jeter aussi son dévolu sur les récoltes agricoles. Ainsi, le riz fraîchement séché, les feuilles de manioc, le caoutchouc, les fruits, les plants de taro, la noix de coco, la mangues et d'autres cultures font partie de son menu, ce qui provoque parfois des pertes importantes sur les revenus des agriculteurs locaux. Il s'intéresse aussi aux poubelles et aux dépôts d'ordures. L'espèce ne craint pas les humains et fréquente de nombreuses villes et villages. Il est parfois impliqué dans des actes d'agression contre des personnes.

Répartition géographique et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition géographique

Cette espèce vit essentiellement en Asie du Sud-Est, dont les îles de l'Archipel Malais de Sumatra, Java et Bornéo, les îles des Philippines, et les îles Nicobar. Elle a été introduite dans d'autres régions, dont Hong Kong, la Nouvelle-Guinée occidentale, Anguar et l'île Maurice. Là où elle n'est pas d'origine – en particulier dans les écosystèmes insulaires qui ont permis à des espèces d'évoluer à l'abri des grands prédateurs – Macaca fascicularis est considéré comme une menace pour de nombreuses espèces indigènes. Ce constat a amené l'union internationale pour la conservation de la nature à répertorier Macaca fascicularis parmi les « cent pires espèces exotiques invasives[5] »

Étant donnée son adaptabilité, Macaca fascicularis fréquente une grande variété d'habitats, notamment les forêts humides, les forêts tropicales, les forêts qui bordent les marais ou les cours d'eau, et la mangrove. Ils s'adaptent également aux installations humaines et sont considérés comme sacrés dans certains temples hindous et de certaines petites îles, même s'ils constituent une nuisance autour des fermes et des villages.

Classification et taxinomie[modifier | modifier le code]

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Il existe une importante diversité génétique au sein de cette espèce, et les différences sont classées en dix sous-espèces, selon la troisième édition de Mammal Species of the World de 2005 :

Relation avec les humains[modifier | modifier le code]

Deux macaques en pleine rue près du temple Phra Prang Sam Yod (Lopburi, Thaïlande).

Macaca fascicularis a été largement utilisé dans des expériences médicales, en particulier celles liées aux neurosciences. Il a également été identifié comme un vecteur possible des virus Ebola et monkeypox, et est connu comme porteur de l'herpès virus B (Herpesvirus simiae). Nafovanny est le plus grand élevage en captivité de primates non humains dans le monde, et héberge 30 000 macaques[6]. Le macaque crabier fait partie des singes qui ont été utilisés dans l'expérimentation des vols spatiaux habités.

Menaces et conservation[modifier | modifier le code]

Depuis que les programmes d'élevage en captivité se sont substitués à la capture des macaques crabiers à des fins d'expérimentation animale, leur population à l'échelle mondiale n'est pas menacée. La liste rouge de l'UICN le classe dans la catégorie « Préoccupation mineure ». La sous-espèce Macaca fascicularis umbrosa est considérée comme étant d'une importante signification biologique. Il a été recommandé comme candidat aux mesures de protection dans les îles Nicobar, où sa faible population d'origine a été sérieusement entamée[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nikitopoulos E, Arnhem E, van Hooff JAR & Sterck EHM, 2004. Influence of Female Copulation Calls on Male Sexual Behavior in Captive Macaca fascicularis. International Journal of Primatology 25 : 659-677.
  • Chapais B & Gauthier C, 2004. Juveniles Outrank Higher-Born Females in Groups of Long-Tailed Macaques with Minimal Kinship. International Journal of Primatology 25 : 429-447.
  • Umapathy G, Singh M & Mohnot SM, 2003. Status and Distribution of Macaca fascicularis umbrosa in the Nicobar Islands, India. International Journal of Primatology 24 : 281-293.
  • Brent L & Veira Y, 2002. Social Behavior of Captive Indochinese and Insular Long-Tailed Macaques (Macaca fascicularis) Following Transfer to a New Facility. International Journal of Primatology 23 : 147-159.
  • Das M, Penke Z & van Hooff JA, 1998. Postconflict Affiliation and Stress-Related Behavior of Long-Tailed Macaque Aggressors. International Journal of Primatology 19 : 53-71.
  • Das M, Penke Z & van Hooff JA, 1997. Affiliation Between Aggressors and Third Parties Following Conflicts in Long-Tailed Macaques (Macaca fascicularis). International Journal of Primatology 18 : 159-181.
  • Palombit RA, 1992. A preliminary study of vocal communication in wild long-tailed macaques (Macaca fascicularis). I. Vocal repertoire and call emission. International Journal of Primatology 13 : 143-182.
  • Palombit RA, 1992. A preliminary study of vocal communication in wild long-tailed macaques (Macaca fascicularis). II. Potential of calls to regulate intragroup spacing. International Journal of Primatology 13 : 183-207.
  • Moser R, Cords M & Kummer H, 1991. Social influences on grooming site preferences among captive long-tailed macaques. International Journal of Primatology 12 : 217-230.
  • Rodman PS, 1991. Structural differentiation of microhabitats of sympatricmacaca fascicularis andM. nemestrina in East Kalimantan, Indonesia. International Journal of Primatology 12 : 357-375.

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Diversité génétique et évolution des Gammaherpesvirinae de primates. Dans la revue Virologie. Volume 11, Numéro 1, 43-62, Janvier-Février 2007. Lire le résumé en ligne
  2. Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  3. a et b (en) Murray Wrobel, Elsevier's Dictionary of Mammals : in Latin, English, German, French and Italian, Amsterdam, Elsevier,‎ 2007, 857 p. (ISBN 978-0-444-51877-4, lire en ligne), entrée N°3382
  4. Gumert, Michael D. (December 2007). "Payment for sex in a macaque mating market". Animal Behavior 74 (6): 1655–1667. doi:10.1016/j.anbehav.2007.03.009.
  5. 100 of the world's worst invasive alien species (pdf)
  6. http://en.wikipedia.org/wiki/Nafovanny
  7. Umapathy et al., 2003