MacGuffin

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Hitchcock apparaissant brièvement dans Les Enchaînés.

Le MacGuffin est un prétexte au développement d'un scénario[1]. C'est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l'expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l'a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films. Pour Yves Lavandier (dans La Dramaturgie), le MacGuffin n'est pas toujours un objet, c'est un secret qui motive les méchants (mais pas nécessairement le protagoniste) et qui est de peu d'intérêt pour le spectateur. Car celui-ci ne doute pas que les méchants ont d'excellentes raisons de mettre le protagoniste dans l'embarras.

Hitchcock[modifier | modifier le code]

Selon le Oxford English Dictionary, Hitchcock a défini le MacGuffin lors d'une conférence donnée en 1939 à l'université Columbia : « Au studio, nous appelons ça le MacGuffin. C'est l'élément moteur qui apparaît dans n'importe quel scénario. Dans les histoires de voleurs c'est presque toujours le collier, et dans les histoires d'espionnage, c'est fatalement le document. »

Il se peut que le créateur de l'expression soit Angus MacPhail, scénariste et ami de Hitchcock[2].

Hitchcock emploie ce concept à maintes reprises : par exemple les formules secrètes des 39 marches, l'uranium dans les bouteilles de vin dans Les Enchaînés, la somme d'argent volée dans Psychose et Pas de printemps pour Marnie, le couple d'inséparables dans Les Oiseaux ou bien les bijoux dans La Main au collet. Pour Hitchcock lui-même, son meilleur MacGuffin était celui de La Mort aux trousses car les « secrets du gouvernement » dont il est question durant tout le film n'existent même pas sous la forme de documents : ils restent une pure abstraction[3].

Dans son œuvre, le MacGuffin et les convoitises qu'il suscite entraînent les héros dans moult péripéties, si bien que l'élément lui-même perd de son importance et est vite oublié.

Il a raconté l'histoire suivante à François Truffaut[4] :

Deux voyageurs se trouvent dans un train allant de Londres à Édimbourg. L'un dit à l'autre : « Excusez-moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre que vous avez placé dans le filet au-dessus de votre tête ? — Ah ça, c'est un MacGuffin. — Qu'est-ce que c'est un MacGuffin ? — Eh bien c'est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d'Écosse — Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Écosse. — Dans ce cas, ce n'est pas un MacGuffin ».

Hitchcock utilisait souvent cette anecdote pour se moquer de ceux qui exigent une explication et une cohérence parfaite pour tous les éléments d'un film, qu'il appelle les vraisemblants. Ce qui l'intéressait était de manipuler le spectateur, sans attacher trop d'importance aux petites approximations. Il considérait les films comme un spectacle en soi et non une copie conforme de la réalité. C'est pourquoi le MacGuffin est totalement anecdotique dans son œuvre : c'est un élément de l'histoire qui sert à l'initialiser, voire à la justifier, mais qui se révèle, en fait, sans grande importance.

Dans Le Grand Frisson (1977), film parodique de l'œuvre de Hitchcock, Mel Brooks met en scène un appel téléphonique que passe un certain « Mr MacGuffin ».

Autres réalisateurs[modifier | modifier le code]

  • Dans Le Faucon maltais (1941), de John Huston, le MacGuffin est la statuette nommée le Faucon maltais.
  • Dans Le Passager de la pluie (1969) de René Clément on trouve un certain passager Mc Guffin.
  • Dans La Formule (1980), de John G. Avildsen, une formule chimique découverte par les nazis sert de prétexte à l'intrigue.
  • Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino, dans lequel un attaché-case, dont le contenu mystérieux ne se manifeste que par une lumière dorée, passe entre les mains des protagonistes. Il s'agit d'une citation transparente de la mallette d'uranium, le MacGuffin de En quatrième vitesse (1955) de Robert Aldrich.
  • La Prisonnière espagnole, de David Mamet (1997), raconte une arnaque sur un procédé industriel que l'on ne connaîtra jamais.
  • Dans Ronin de John Frankenheimer (1998), des espions russes et irlandais se disputent un mystérieux paquet ; celui-ci n'est jamais ouvert, ce qui n'enlève rien au suspens et à l'action intense du film, au contraire puisque la question du contenu est régulièrement posée tout au long du film, jusqu'à la dernière scène.
  • Dans La Demoiselle d'Honneur (2004), Claude Chabrol, lui-même grand admirateur d'Hitchcock, introduit une statue de Flore qui lance le film, mais dont l'importance décroît progressivement.
  • La plupart des épisodes des Simpsons reprennent ce concept. Ainsi chaque épisode commence par un élément qui va lancer l'histoire de l'épisode puis cet élément sera soit effacé soit relayé au second plan.
  • Dans Frantic de Roman Polanski, Richard Walker (Harrison Ford), devra mettre la main sur le krytron, élément essentiel au fonctionnement d'une bombe atomique qui, convoité par des terroristes, lui sera nécessaire afin de retrouver sa femme.
  • Dans Night and Day de James Mangold, Roy Miller (Tom Cruise) doit conserver le « Zéphyr », objet convoité à qui est attribué une grande puissance énergétique (il peut éclairer une ville ou un sous-marin).
  • Dans Snatch (2000) de Guy Ritchie, le MacGuffin est un diamant de 84 carats.
  • Dans Mission impossible 3 (2006) de J. J. Abrams, le McGuffin est la « patte de lapin », un McGuffin « parfait » puisque, de tout le film, il ne sera jamais montré, et sa nature jamais révélée.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Le philosophe Slavoj Žižek, grand admirateur de Hitchcock, utilise le concept du MacGuffin comme illustration de principes structurels de la psychanalyse de Jacques Lacan dans son livre Everything You Always Wanted to Know About Lacan (But Were Afraid to Ask Hitchcock). En 2003, Žižek a comparé les supposées armes de destructions massives d'Irak au MacGuffin[5].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le MacGuffin a été repris dans la pièce de théâtre absurde de Eugène Durif, Mais où est donc MacGuffin ?, qui, sous le prétexte d'une bague perdue, tente de comprendre ce qu'est le théâtre et ce que signifie jouer.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour le Chambers Dictionary, le MacGuffin appartient au domaine du cinéma mais aussi de la littérature. Il « détermine (ou donne prétexte à) l'action et se révèle d'une importance capitale pour les personnages principaux » mais « demeure largement ignoré par le spectateur ou le lecteur ».
  2. Telle est l'hypothèse de Donald Spoto, The Life of Alfred Hitchcock, 1983, p. 145 (La Face cachée d'un génie : La Vraie Vie d'Alfred Hitchcock, Albin Michel, 2004), et de Ken Mogg, The Alfred Hitchcock Story, 1999, p. 101. Voir l'article de Ken Mogg.
  3. Voir l'article de Ken Mogg.
  4. François Truffaut, Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, Laffont, 1967.
  5. Texte sur Lacan.com.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]