Maître-assistant en France

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Dans le système d'enseignement supérieur français entre 1960 et 1984, les maîtres-assistants étaient des enseignants universitaires chargés de l'enseignement en petit groupe et pouvant également donner des cours en premier cycle. Ils préparaient généralement un doctorat d'Etat. Leur création permit d'ouvrir une voie de promotion et de titularisation[1] aux assistants doctorants tout en institutionnalisant en grand nombre des « carrières subalternes »[2] au sein du corps universitaire. Le corps des maître-assistants dépendant du ministère de l'enseignement supérieur a disparu en 1984 par intégration dans le nouveau corps des maîtres de conférences. Il existe par contre toujours des maîtres-assistants dans les écoles des mines, les écoles d'architectures et les écoles de vétérinaires mais leurs activités et statuts sont devenus sensiblement semblables à ceux des maîtres de conférences.

La création en 1960 de cette catégorie intermédiaire d'enseignants universitaires, formant avec les assistants et les chefs de travaux les enseignants dit « de rang B », fut un moyen de gérer budgétairement l'accroissement massif du nombre d'étudiants tout en contenant l'accroissement du nombre d'enseignants magistraux (professeurs titulaires et maîtres de conférences de l'époque). Ainsi, parallèlement à la multiplication très rapide du nombre de postes de maîtres-assistants, « la proportion des enseignants de rang magistral [dit « de rang A »] diminuait considérablement» [3]. Lors de la fusion des corps des enseignants de rang magistral en 1979, on comptait déjà plus de maîtres-assistants (15468) que de d'enseignants de rang magistral (11000) et les maîtres-assistants représentaient 40,6 % des enseignants du supérieur public en 1980 (les professeurs des universités 29,3 %)[4]. Cette tendance a continué jusqu'à aujourd'hui où l'on compte plus du double de maîtres de conférences (34500 en 2005) que de professeurs des universités (15600 en 2005). Cette importante transformation de la composition du corps enseignant universitaire et des modes de recrutement conduisirent à partir de 1968 à une «crise des hierarchies universitaires [se cristallisant] autour de l'opposition entre professeurs et maîtres-assistants»[2]. Dans l'état ancien du système et de son mode de recrutement, les assistants « n'étaient pas plus nombreux que les professeurs titulaires»[5] et n'étaient donc différents que par la génération, dans le cadre d'un système « fondé sur la reproduction simple »[5] « Le mode de recrutement ancien était une forme de cooptation anticipée par laquelle les anciens choisissaient non des subordonnés voués à une carrière subalterne (institutionnaliée [à partir de 1960] sous la forme de la position de maître-assistant) mais des pairs potentiels, susceptibles d'être appelés à leur succeder.» . «La croissance du nombre de professeurs ne suivant pas celle des étudiants, [...] les maîtres-assistants [furent] appelés à faire des cours au-delà du premier cycle et à exercer des fonctions qui [n'étaient] pas celles de leur grade, ce qui [assit] leurs revendications »[6]

Les maîtres-assistants du ministère de l'enseignement supérieur[modifier | modifier le code]

Sciences et lettres[modifier | modifier le code]

Le corps des maîtres-assistants fut créé en 1960[7] dans les facultés des sciences, dans les facultés des lettres et sciences humaines, dans les écoles normales supérieures et dans certains grands établissements d'enseignement supérieur. Les maîtres-assistants avaient pour mission d'encadrer les étudiants en petit groupe afin d'organiser et de diriger les travaux pratiques et les exercices et de dispenser un enseignement d'appoint dans les propédeutiques sous le contrôle des professeurs et maîtres de conférences chargés de la partie fondamentale de cet enseignement. Ils devaient d'autre part contribuer aux travaux de recherche dans les services de recherche auxquels ils étaient affectés. Leurs services d'enseignement étaient initialement de 4 séances de travaux pratiques ou 5 séances d'exercices ou 6 heures d'enseignement en propédeutique[8]. Ils exerçaient leurs fonctions sous l'autorité du chef du département ou, à défaut, du professeur ou maître de conférences responsable.

« L'institution de cette catégorie intermédiaire d'enseignants-chercheurs a été rendue indispensable par l'avènement d'un enseignement supérieur de masse (80 000 étudiants en 1939, 350 000 en 1964, 509 000 en 1968, 704 000 en 1972, 845 000 en 1980, plus de 900 000 en 1984) » [9]

Les candidats à un poste de maître-assistant devaient être inscrit sur une liste d'aptitude établie par le comité consultatif des universités. Pouvaient être candidats à l'inscription sur la liste d'aptitude : les docteurs ès sciences ou ès lettres, les ingénieurs-docteurs, les titulaires d'un doctorat de troisième cycle, les professeurs agrégés, les assistants des facultés ayant exercé leurs fonctions depuis au moins trois ans.

Pour accéder à la premiere classe du corps il fallait être inscrit sur la liste d'aptitude à l'enseignement supérieure (ensuite liste spéciale d'aptitude à la première classe) ou bien avoir été lauréat d'un concours d'agrégation de l'enseignement secondaire.

Droit, sciences économiques et sciences politiques[modifier | modifier le code]

Un corps de maître assistant fut également créé dans les facultés de droit et des sciences économiques en 1962[10]. Ils avaient pour mission d'encadrer les assistants, les chargés de travaux pratiques, les moniteurs et les étudiants en petits groupes. Il devaient participer à l'organisation et à la direction des travaux pratiques et exercices et, sur designation annuelle de l'assemblée, à l'enseignement dans les années de capacité et éventuellement dans les années de licence, sous le contrôle des professeurs et agrégés chargés de la partie fondamentale de cet enseignement. Ils devaient en outre contribuer aux travaux de recherche dans les établissements ou les services de recherche auxquels ils étaient affectés. Ils exerçaient leurs fonctions sous l'autorité du doyen et sous la direction du professeur ou agrégé responsable. Leurs services d'enseignement étaient de quatre séances dirigées d'études et de recherches au niveau du doctorat ou cinq séances d'exercices de licence ou six heures d'enseignement dans les années de licence ou de capacité.

Les candidats à un poste de maître-assistant dans les facultés de droit devait être inscrit sur une liste d'aptitude établie par le comité consultatif des universités. Pouvaient être candidats à l'inscription sur la liste d'aptitude : les docteurs en droit[11], en sciences économiques ou sciences politiques qui ont exercé les fonctions d'assistant, de chef de travaux ou de chargé d'enseignement durant deux ans au moins.

Pour accéder à la 1re classe il fallait être inscrit sur la liste spéciale d'aptitude à la 1re classe ou avoir été admissible au concours d'agrégation des facultés de droit.

En 1978 fut créée l'appellation de « chargé de conférences » dont pouvaient bénéficier les maîtres-assistants de 1re classe titulaire du doctorat d'État.

Pharmacie[modifier | modifier le code]

En 1969[12] fut créé un corps de maîtres-assistants pour les disciplines pharmaceutiques. Ils avaient pour mission d'encadrer les assistants, les moniteurs et les étudiants en petits groupes. Ils étaient chargés des travaux dirigés et des exercices, participaient à l'organisation et à la direction des travaux pratiques et à l'enseignement en première année et, éventuellement, dans les autres années d'études, sous le contrôle des professeurs et maîtres de conférences agrégés chargés de la partie fondamentale de cet enseignement. Ils devaient également contribuer aux travaux de recherche. Ils exerçaient leurs fonctions sous l'autorité du doyen ou du chef d'établissement responsable et sous la direction du professeur ou maître de conférences agrégé intéressé. Leur service d'enseignement hebdomadaire était de quatre séances de travaux pratiques, cinq séances de travaux dirigés ou six heures de cours.

Réforme de 1979[modifier | modifier le code]

Les modalités de recrutement et de titularisation pour les trois corps de maîtres-assistants ont été substantiellement modifiées par le décret 79-686[13]. Celui-ci supprima la liste d'aptitude aux fonctions de maître-assistant, supprima la possibilité pour les assistants de plus de 3 ans non docteurs de postuler pour devenir maître-assistant et instaura une procédure de concours nationale sur emplois affectés aux établissements. L'examen des candidatures fut confié aux commissions de spécialistes créée en 1977 qui devaient arrêter une liste de classement de deux à quatre candidats transmise au conseil de l'université devant formuler un avis. La liste de classement était ensuite examinée par la section compétente du conseil supérieur des corps universitaires qui auditionnait chaque candidat après avoir entendu deux rapports sur chacun d'eux et proposait un candidat au ministre des universités en vue de sa nomination.

Pour être titularisé, les maîtres-assistants issus du corps des professeurs agrégés ou des corps de professeurs et de professeurs techniques de l'école nationale supérieure des arts et métiers et des écoles normales nationales d'apprentissage devaient soutenir avec succès dans un délai de deux ans une thèse de doctorat (d'État, 3e cycle ou docteur-ingénieur).

Suppression en 1984[modifier | modifier le code]

Les trois corps de maîtres-assistants furent mis en extinction par le décret 84-431 et les maîtres-assistants eurent la possibilité d'être intégrés dans le nouveau corps des maîtres de conférences.

Les maîtres-assistants du ministère de l'agriculture[modifier | modifier le code]

En 1964 furent créés un corps de maîtres-assistants pour l'institut national agronomique et les autres écoles nationales supérieures agronomiques[14], et un autre pour les écoles nationales vétérinaires[15].

Les maîtres-assistants du ministère de l'industrie[modifier | modifier le code]

Dans les écoles des mines de Paris et de Saint-Etienne, un corps de maîtres-assistants fut créé en 1969. Ils étaient chargés d'organiser et diriger les exercices et les travaux pratiques, de participer à l'activité des laboratoires et, éventuellement, de dispenser un enseignement d'appoint. Ils exerçaient leurs fonctions sous l'autorité des professeurs responsables des enseignements. Ils étaient aidés par les assistants.

Le statut des maîtres-assistants des écoles des mines a été reformé en 2007[16] afin de le rendre similaire aux statuts des maîtres de conférences du ministère de l'enseignement supérieur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. seuls les assistants des facultés des sciences étaient titulaires
  2. a et b P. Bourdieu, Homo Academicus, p. 198
  3. 90 maîtres-assistants en droit en 1963 pour 530 professeurs titulaires et maîtres de conférences; 1260 maîtres-assistants en droit en 1983 pour 1158 professeurs des universités. 340 maîtres-assistants en lettres pour 740 professeurs et maîtres de conférences en 1963; 4626 maîtres-assistants en lettres pour 2122 professeurs des universités en 1983. Cf. Les universités après la loi sur l'enseignement supérieur, Jacques Minot Ed. Berger-Levrault
  4. Tiré de Mosella, Université de Metz, 1982
  5. a et b Ibid.
  6. François Mayeure, Les carrières de l'enseignement supérieur en France depuis 1968, Voyages en histoire, Presses Univ. Franche-Comté, 1995
  7. décret 60-1027
  8. L'arrêté qui devait fixer la durée des séances de travaux dirigés ou de travaux pratique
  9. Les universités après la loi sur l'enseignement supérieur du 26 janvier 1984, Jacques Minot
  10. décret 62-114
  11. À partir de 1966 également les titulaires du doctorat de 3e cycle, arrêté du 6 mars 1966
  12. décret 69-526
  13. puis ultérieurement par le décret 82-742
  14. décret 64-957
  15. décret 64-958
  16. décret 2007-468