M le maudit

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M le maudit

Titre original M – Eine Stadt sucht einen Mörder
Réalisation Fritz Lang
Scénario Fritz Lang
Thea von Harbou
Paul Falkenberg
Adolf Jansen
Acteurs principaux

Peter Lorre
Otto Wernicke
Gustaf Gründgens
Ellen Widmann
Inge Landgut
Theodor Loos
Friedrich Gnass

Pays d’origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Sortie 1931
Durée 117 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

M le maudit (titre original : M – Eine Stadt sucht einen Mörder) est un film allemand réalisé par Fritz Lang, sorti en 1931.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un meurtrier d'enfant jette les habitants d'une grande ville allemande dans la terreur et l'hystérie si bien que la police et la pègre se mettent toutes les deux à sa poursuite. Des avis de recherches sont lancés et une récompense est promise.

Dans une cité ouvrière, une mère attend impatiemment le retour de sa fille de l'école, mais un inconnu (dont le visage n'est pas montré à l'écran) réussit à l'attirer avec des sucreries. Après avoir découvert le cadavre, la police intensifie ses efforts de recherche, en vain. Les habitants en viennent à se soupçonner les uns les autres. Les dénonciations anonymes font croître la tension et les policiers sont à bout de forces.

Cependant, les rafles et les contrôles incessants dérangent les bandes criminelles dans leurs « affaires ». Aussi la pègre décide-t-elle, sous la direction de Schränker, de chercher elle-même le meurtrier et utilise dans ce but le réseau des mendiants. Alors que la police a identifié le meurtrier, celui-ci est reconnu par un vendeur de ballon aveugle (grâce à la chanson que le tueur siffle : Dans l'antre du roi de la montagne). Un « collègue » marque alors un « M » à la craie sur le manteau du meurtrier, après que le vendeur de ballons aveugle lui a indiqué où il se trouvait ; le meurtrier s'enfuit dans un bâtiment de bureaux que les bandes cernent. En se servant de leur attirail de cambriolage, ils fouillent la maison, attrapent le meurtrier d'enfants et l'emmènent dans une distillerie abandonnée. Là, toute la pègre rassemblée lui fait un procès macabre. Alors, il exprime d'une façon désespérée son aliénation et son dédoublement intérieur :

« Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu'il y a quelqu'un derrière moi. Et c'est moi-même ! […] quelquefois c'est pour moi comme si je courais moi-même derrière moi ! Je veux me fuir moi-même mais je n'y arrive pas ! Je ne peux pas m'échapper ! […] quand je fais ça, je ne sais plus rien… Ensuite je me retrouve devant une affiche et je lis ce que j'ai fait, et je lis. J'ai fait cela ? »

Le commissaire Lohmann arrive sur les lieux à la dernière minute et empêche le « tribunal » de lyncher le meurtrier. La sentence finalement prononcée par le tribunal légal n'est pas dite, Schränker ayant déjà évoqué le scénario le plus probable.

Le film se termine sur un plan filmant la mère de l'enfant assassinée, qui dit que tout ceci ne lui ramènera pas sa fille, et qu'il faut seulement faire plus attention à ses enfants.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Il s'agit du premier film parlant de Fritz Lang qui avait jusqu'alors dirigé plus d'une douzaine de films muets y compris Metropolis. Avec le temps, M le maudit est devenu un classique reconnu, rivalisant avec les autres œuvres de Lang pour le titre d'opus magnum. Pendant des années après la sortie du film, Peter Lorre est resté catalogué comme un méchant pour y avoir été un meurtrier d'enfant (et, c'est sous-entendu, un pédophile). M le maudit a été aussi un pionnier dans l'utilisation du leitmotiv (Dans l'antre du roi de la montagne, extrait de Peer Gynt d'Edvard Grieg) pour donner plus d'intensité à l'accompagnement musical.

La ville où se déroule l'action n'est pas nommée, et on pourrait croire qu'il s'agit de Düsseldorf, d'après les titres en italien et espagnol M, le monstre de Düsseldorf. Pourtant, Fritz Lang décide de faire se dérouler le film à Berlin. Plusieurs indices dans le film permettent au spectateur de comprendre qu'ils sont à Berlin : une publicité pour un journal berlinois, la carte de Berlin dans le bureau du commissaire, le fait que le commissaire parle d'une ville de 4 millions d'habitants (ce qui ne pouvait correspondre qu'à Berlin à l'époque), le nom « Alex » qui fait référence à l'Alexanderplatz est également cité plusieurs fois.

Dans Les Films clés du cinéma, Claude Beylie décrit « M » comme « […] un magistral exercice de style, un modèle absolu de mise en scène, considérée comme une mise en équation de tous les éléments constitutifs du film. Le moindre détail est chargé de sens, les plans s'imbriquent selon un ordre infaillible[1]. »

Pour son film, Fritz Lang s'est inspiré des Heimatklänge, Hand in Hand et des Deutsche Kraft, des clubs qui, sous couvert de promotion du sport vivaient en partie de revenus provenant du chantage ou de la prostitution. À la fin des années 1920, ils comptaient environ 1 000 membres. Ces clubs avaient un code d'honneur très strict[2].

Pour l'historien Marc Ferro, cette œuvre de Fritz Lang est représentative de la montée du nazisme en Allemagne.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film devait d'abord s'appeler Mörder unter uns (Les Assassins sont parmi nous)[5]. C'est sous ce titre que Lang sollicita la location de l'ancien hangar à zeppelins de Staaken, reconverti en studio de cinéma. Il se vit répondre par le directeur qu'il ne l'aurait pas. Lang comprit pourquoi : dans la discussion, il avait vu l'insigne nazi épinglé au revers de la veste du directeur. Celui-ci craignait que le titre concerne le mouvement nazi. Aussi bien, l'autorisation fut-elle accordée dès qu'il comprit que l'histoire concernait un assassin d'enfants.
  • Le tournage du film dura seulement six semaines, de janvier à mars 1931[6].
  • Le film ne s'inspire pas seulement du cas de Peter Kürten, le « Vampire de Düsseldorf », mais se base sur une vague de meurtres d'enfants qui ensanglanta l'Allemagne durant les années 1920, dont celle de la ville de Breslau qui se déroula en 1929, et outre Kürten, sur les meurtriers Fritz Haarmann, Karl Grossman, Karl Denke[7].
  • Peter Lorre est né en Slovaquie, dans les Carpates, fief de Dracula. M le maudit est son film le plus connu, dont la renommée lui ouvrira les portes d'Hollywood, où il jouera surtout de remarquables seconds rôles, aux interprétations inoubliables, notamment dans L'Homme qui en savait trop, Le Faucon maltais, Casablanca, et surtout Arsenic et vieilles dentelles.
  • C'est Fritz Lang, et non Peter Lorre qui siffle dans le film.
  • La production avait embauché de véritables malfrats pour le tournage, pour que cela « fasse vrai ».
  • Remake américain en 1951 : M de Joseph Losey avec David Wayne et Howard Da Silva.
  • Le personnage du commissaire Lohmann apparait dans un autre film de Fritz Lang : Le Testament du docteur Mabuse (1933).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Beylie, Les Films clés du cinéma, Larousse-Bordas, Paris, 1997 (ISBN 2-03-320170-8), pp. 123-125
  2. Avocats sans droits - Deutsche Juristentag (Association des juristes allemands), 2008, page 3 [PDF] (voir archive)
  3. http://www.kinolorber.com/film.php?id=398
  4. http://a.giscos.free.fr/cinema/DomainePublic.html
  5. Lotte Eisner, Fritz Lang, Flammarion, Contre-Champs, 1984, page 127
  6. Aurélien Ferenczi, Fritz Lang, Le Monde, Cahiers du cinéma, coll. « Grands cinéastes »,‎ 2007, 98 p. (ISBN 978-2-86642-487-9)
  7. Michel Marie M le Maudit

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]