Maurice Beniowski

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Móric Beňovský

Maurice Auguste, baron Aladar de Beniowski, Benyovszky Móric ou Móric Beňovský[1] (né le 20 septembre 1746 à Vrbové, Slovaquie - mort le 23 mai 1786 à Madagascar) est un noble du Royaume de Hongrie, aventurier, voyageur, explorateur, colonisateur, écrivain, fut un des rois malgaches au nord-est de Madagascar (proclamé par les chefs des tribus locales), un colonel français, un dirigeant militaire polonais et un soldat autrichien. Il fut le premier européen à naviguer dans le Nord-Pacifique avant James Cook et Jean-François de La Pérouse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et captivité[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille noble du comitat de Nyitra du Royaume de Hongrie, il participe à la guerre de Sept Ans dans l'armée autrichienne. En 1764, il passe en Pologne après l'élection de Stanislas August Poniatowski et devient un des chefs de la confédération de Bar formée en 1768 pour résister à la Russie. Décoré du ruban de l'ordre de l'Aigle blanc, il accède au grade de colonel lorsqu'il est fait prisonnier par les Russes. Fait prisonnier et enfermé dans une forteresse du Kamtchatka il réussit à s'évader dans des conditions rocambolesques[2]. Il est soupçonné d'avoir assassiné Piotr Mikhaïlovitch Loginov (voire Loguinov) dans le Raïon d'Oust-Bolcheretsk le 11 avril 1771.


Le 12 mai 1771, il parvient à s'échapper après avoir soumis toute la garnison chargée de la garde des bagnards. En compagnie d'environ quatre-vingt-cinq personnes (dont quelques femmes, mais surtout des exilés et prisonniers comme lui), il s'empare d'une corvette, le « Saints-Pierre-et-Paul » (un 3 mâts de pêche, 36 m, 240 tonneaux) et fuit par la mer avec ses compagnons. À bord de ce vaisseau, dont il a pris le commandement, il contourne le Kamtchatka, navigue jusqu'aux côtes de l'Amérique (Alaska), puis descend jusqu'au Japon, Formose… et débarque au port de Canton.

Parvenu en Chine à Macao le 22 septembre 1771, il manifeste le désir de rentrer en Europe pour livrer à la France des plans secrets ourdis par la Russie en Europe. Quoique la réalité des plans secrets russes n'ait jamais été démontrée, la France soutient alors la Confédération de Pologne contre l'expansion russe en Europe centrale.

Le retour en Europe[modifier | modifier le code]

Parvenu en France, Beniowski impressionne par sa hardiesse. Sa fidélité à la France mérite une récompense et l'on craint qu'il aille livrer à d'autres nations les connaissances que sa longue navigation lui a procurées. Aussi, lorsque Maurice Beniowski propose un plan de conquête de Formose, le comte de Boynes, ministre de la Marine, choisit de l'envoyer fonder un établissement de traite à Madagascar.

Les moyens accordés à Beniowski sont considérables. Tout un corps de troupe - les Volontaires de Beniowski - est levé dans Paris pour accompagner le baron vers Madagascar. Mais il apparaît rapidement que les plans de Beniowski vont au-delà des intentions du ministre qui le charge d’approvisionner et de gouverner l'île de France. Le baron désire en effet établir une véritable colonie à Madagascar.

L'exploration de Madagascar[modifier | modifier le code]

Parvenu à Madagascar, Beniowski informe par courrier des progrès rapides de sa conquête. En quelques mois, il s'allie à certains chefs locaux, il assèche des marais sur lesquels une ville est fondée (Louisbourg), construit un fort à l'intérieur des terres (le fort de Boynes…), bâti des hôpitaux, lève des troupes d'indigènes qui reconnaissent le roi de France pour leur suzerain. En peu de temps l'île est conquise. Et Beniowski accompagne ses lettres d'une comptabilité détaillée des travaux, ainsi que les plans de chacun des bâtiments construits.

Dans le même temps, il demande des moyens toujours plus élevés à l'île de France en hommes, en vaisseaux, en marchandises, en argent... ce que l'intendant général Maillart refuse en l'absence de justification des dépenses. Beniowski s'indigne auprès du ministre et accuse Maillart de vouloir faire échouer son entreprise et de soutenir des intérêts privés dans le commerce avec Madagascar… Alors que des bœufs par centaines, du riz par milliers de livres, des esclaves, attendent seulement des vaisseaux pour passer à l'île de France, pourquoi le gouverneur préfère-t-il se tourner vers les Indes pour commercer à des conditions bien moins avantageuses?

À Paris, les demandes du baron Beniowski restent lettre morte. Turgot, faisant un bref passage au ministère de la Marine, tente de rappeler à Beniowski les contours de sa mission, mais sa lettre ne lui parviendra jamais. Toutefois, le destin de Beniowski finit par croiser celui de quelques noms illustres. En 1773, alors que Kerguelen mouille dans la baie d'Antongil, il ne trouve pas la moindre provision auprès de l'établissement français. En revanche, Beniowski lui demande son aide pour incendier un village d'indigènes voisins.

Deux années après l'installation de Beniowski à Madagascar, Monsieur de Sartines, le nouveau ministre finit par ordonner une commission d'enquête à laquelle participe La Pérouse. Cette commission met au jour la supercherie : les constructions dessinées par le baron dans ses lettres n'ont jamais existé; les forts se résument à quelques cabanes entourées d'une palissade pourrie, le corps des Volontaires a été décimé par les maladies, l'intérieur de l'île n'a jamais été vraiment exploré, les indigènes ont déserté le littoral et ne veulent plus commercer avec les étrangers. Même le choix de l'implantation de la ville de Louisbourg, les pieds dans l'eau, n'aurait pas pu être plus mauvais. Finalement, trois cents des hommes de Beniowski sont morts et deux millions de livres ont été dépensées.

Il faut se résigner, conclut la commission avec l'intendant Maillart, à considérer la comptabilité de notre établissement à Madagascar comme celle d'un navire perdu corps et biens.

Mort[modifier | modifier le code]

Pourtant, Beniowski n'est pas inquiété dans l'immédiat. Il émigre en Angleterre, puis en Amérique, à Saint-Domingue (Haïti). Partout, il cherche des capitaux pour reprendre son œuvre à Madagascar. C'est à cette période de sa vie qu'il écrit ses mémoires. Ses fables prennent de l'ampleur : de la chasse à l'ours blanc en Sibérie jusqu'à son sacre comme roi de Madagascar, la somme d'exploits quotidiens du baron parvient à impressionner quelques crédules. Il monte une nouvelle expédition, aborde sur la côte occidentale, où il est attaqué par les indigènes. La plupart de ses compagnons sont massacrés. On le tient pour mort, il réapparaît à l'Est de l'île, ayant réussi à faire le tour de l'île en pirogue, et c'est là qu'il s'en prend à un établissement français. Un régiment part de l'île de France à sa poursuite, et il est abattu au cours d'une brève échauffourée.

Postérité[modifier | modifier le code]

Ses Voyages et ses Mémoires, écrits par lui-même en français, ont été publiés à Paris en 1791.

Arts et Littérature[modifier | modifier le code]

Les aventures du compte de Beniowski ont inspiré plusieurs écrivains :

  • Juliusz Słowacki, le poète polonais, en a fait le héros d'un de ses poèmes les plus remarquables ;
  • Kotzebue le met en scène dans son drame : Die Verschwörung in Kamtchatka (Leipzig, 1895), qui a été plusieurs fois réimprimé et traduit en diverses langues ;
  • Louise Muhlbach l'a mis en scène dans un de ses romans.

En France,

Édition moderne[modifier | modifier le code]

Mémoires et voyages, Paris, Éditions Phébus,‎ 2010, 784 p. (ISBN 9782752904638, lire en ligne)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Variations de son nom : slovaque : (Matúš) Móric Beňovský/Beňowský ; polonais : Maurycy August Beniowski ; hongrois : Benyovszky Móric ; français : Maurice Auguste de Benyowsky/-Maurice-Auguste de Beniowski ou Benyousky ; anglais : (Matthew) Maurice Benyowsky/Benovsky ; allemand : Moritz Benjowsky/-wski/Benyowski ; latin : Mauritius Auguste de Benovensis.
  2. « Mémoires et Voyages de Maurice Auguste, Comte de Benyowsky: Composé de ses opérations militaires en Pologne, son exil dans le Kamchatka, son évasion et de voyage à partir de cette péninsule au nord de l'océan Pacifique, puis au Japon et à Formosa, à Canton en Chine, il a été nommé pour former une colonie sur l'île de Madagascar », sur World Digital Library,‎ 1790 (consulté le 2013-07-06)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Maurice Beniowski » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Beniowski, Voyages et mémoires du Comte Beniowski, contenant les opérations militaires en Pologne, son exil au Kamtchatka, son évasion, Paris, 1791, réed. 1863
  • Christophe Grosdidier, Volontaire de Beniowski, Éditions du Baobab (Mayotte), 2007
  • Maurice-Auguste Beniowski, Mémoires et Voyages (3 tomes, trad. du polonais par Eric Morin-Aguilar), Éditions Noir sur Blanc, 1999
  • Lafayette, Mémoires de Lafayette" (Tome 2, édition Fournier, 1834) A la page 192 Lafayette adresse une lettre (13 janvier 1787) à Washington ou il expose l'affaire Beniowski.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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