Mémoires du sous-développement

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Mémoires du sous-développement

Titre original Memorias del subdesarrollo
Réalisation Tomás Gutiérrez Alea
Scénario Edmundo Desnoes (roman)
Acteurs principaux

Sergio Corrieri
Daisy Granados

Pays d’origine Drapeau de Cuba Cuba
Sortie 1968
Durée 97 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Mémoires du sous-développement (titre original : Memorias del subdesarrollo) est un film cubain de Tomás Gutiérrez Alea sorti en 1968.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La Havane, après la chute de la dictature militaire de Fulgencio Batista. La famille de Sergio, un intellectuel cubain d'origine bourgeoise, s'est enfuie à Miami (États-Unis). Pourtant, il décide de rester dans l'île. Solitaire et incompris, Sergio « promène sur la capitale un regard à la fois désabusé et lucide, auto-ironique et réfléchi, traitant avec franchise les contradictions des intellectuels et d'une société marquée par le sous-développement. »[1]

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre du film : Mémoires du sous-développement
  • Titre original : Memorias del subdesarrollo
  • Réalisation : Tomás Gutiérrez Alea
  • Scénario : T. Gutiérrez Alea, Edmundo Desnoes d'après son roman Memorias inconsolables.
  • Photographie : Ramón F. Suárez - Noir et blanc, 35 mm
  • Musique : Leo Brouwer
  • Montage : Nelson Rodriguez
  • Décors : Julio Matilla
  • Costumes : Elba Pérez
  • Production : Miguel Mendoza (ICAIC)
  • Pays d'origine : Drapeau de Cuba Cuba
  • Langue originale : Espagnol
  • Durée : 97 minutes
  • Dates de sortie : 19 août 1968 à La Havane ; 16 octobre 1974 en France

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Sergio Corrieri : Sergio Carmona
  • Daisy Granados : Elena
  • Eslinda Núñez : Noemi
  • Omar Valdés : Pablo
  • René de la Cruz : le frère d'Elena

Commentaire[modifier | modifier le code]

  • Issu d'une famille privilégiée, ayant étudié lui-même à l'étranger, Tomás Gutiérrez Alea compose, dans Mémoires du sous-développement, un personnage auquel il aurait pu ressembler. « À travers Sergio, explicite alter ego du réalisateur, l'on assiste à la décomposition personnelle et morale d'un individu qui décide de vivre à contre-courant. Un "monsieur" qui reste dans l'"île du peuple", sans autre occupation que d'analyser ce qui l'entoure. »[2]
  • Mais, c'est moins la vision personnelle de Sergio qui intéresse le réalisateur, que sa situation sociale et sa condition d'homme dans une société qui a changé. « Spectateur passif de la réalité, Sergio vit avec le "nouveau Cuba" sans descendre de son statut de bourgeois. Il ne lutte pas contre le nouveau système, mais il ne peut guère se défaire de la mentalité que lui-même critique », écrit encore Antxon Salvador[3].
  • Il préfère une culture étrangère à celle de son propre pays qu'il sous-estime ou raille. Il perçoit, à juste raison, le sous-développement auquel est exposé Cuba. Mais n'est-il pas, lui aussi, victime d'une autre forme de sous-développement ? Edmundo Desnoes, l'auteur du roman qui sert de cadre au film, décrit son personnage ainsi : « Son ironie, son intelligence sont un système défensif qui l'empêchent de se sentir concerné par la réalité... Il n'assume pas sa destinée historique... »[4] « Il est le produit d'une classe qui accorde trop d'importance à l'individu et qui nie toute responsabilité collective », dit Gilles Vannier[5].
  • En réalité, Mémoires du sous-développement est doublement critique. Le regard finement observateur de Sergio est la vision sans complaisance d'une société encore à naître, vision effectuée par un être pourtant totalement aliéné. La réalisation de Gutiérrez Alea est, sans doute, pour ces raisons-là, « le grand film du cinéma cubain et l'un des plus grands tributs de l'Amérique latine au septième art - l'œuvre d'une maturité totale d'un artiste qui sut rester fidèle à ses convictions sans jamais verser dans ce qu'il reprochait, avec justesse, au système. »[6]

Notes de travail de Gutiérrez Alea[modifier | modifier le code]

  • Pourquoi avoir choisi comme titre Mémoires du sous-développement ? Le réalisateur cubain répond ainsi : « [...] La nouvelle vérité est radicale. Elle présuppose non seulement une nouvelle économie, une nouvelle vision politique, une nouvelle société [...], mais aussi un homme nouveau ; et cela réclame plus de temps. En attendant, il nous faut dépouiller le vieil homme et continuer de lutter... C'est là qu'intervient, la notion de sous-développement, mais à des niveaux beaucoup plus polémiques (moral, esthétique...), et qu'actuellement, nous nous contentons de mentionner sans les soumettre à discussion. [...] (Or), la connaissance du terrain qui nous attend permet de progresser plus sûrement et nous garantit contre les périlleuses mystifications et idéalisations. C'est pour toutes ces raisons [...] que j'ai été conduit à travailler sur le roman de Desnoes qui met l'accent sur le facteur sous-développement de notre réalité et qui, à partir d'une structure simple, élémentaire, de journal intime [...], permet une grande liberté d'action au travers de l'anecdote et offre de larges possibilités du point de vue du langage cinématographique. »[7]
  • Par ailleurs, Tomas Gutiérrez Alea décrit le protagoniste principal, incarné par Sergio Corrieri, de cette façon : « Dans son besoin de se retrancher dans son monde (sa chambre, les femmes conformes à ses fantaisies, à ses rêves) s'exprime son incapacité d'assumer une réalité plus vaste : la Révolution, le sous-développement. [...] Pour lui tout est arrivé trop tôt ou trop tard. Et il est incapable de prendre des décisions. Pourtant, à travers ce personnage, dont nous repoussons presque tous les sentiments, nous pouvons découvrir de nouveaux aspects de la réalité qui nous entoure. Parfois avec lui. Parfois en contraste avec lui. Son attitude de spectateur avec un minimum de lucidité maintient éveillé notre sens critique. [...] Et d'autre part, la confrontation de son univers avec le monde documentaire que nous montrons (notre monde subjectif, pas celui du personnage) peut être riche en suggestions. »[8]

Références[modifier | modifier le code]

  1. in : Dictionnaire mondial du cinéma, Éditions Larousse, 1986 pour la première édition.
  2. Antxon Salvador in : Le cinéma espagnol, Gremese, 2011.
  3. A. Salvador : op. cité.
  4. Cité par Gilles Vannier pour Association Tortillapolis, 18/10/2010.
  5. Association Tortillapolis.
  6. Antxon Salvador : op. cité.
  7. T.G. Alea in : Ciné cubano, n° 45-46, 1968, traduction : Ambrosio Fornet.
  8. T.G. Alea : op. cité.