Médiateur (métier)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Médiateur et Médiatrice.

Médiateur

Appellation
Médiateur
Secteur d'activité
Compétences requises
relations humaines, pédagogie, gestion de crise, philosophie, créativité
Niveau de formation
secteur privé
Salaire
variable selon statut

Un médiateur est une personne physique qui intervient pour faciliter une communication, rétablir une relation, ou transmettre une doléance, transférer un savoir ou une connaissance. Ces différents champs de l'intervention de cet intermédiaire relationnel, entre des personnes mêmes (impliquant personnes morales) ou des personnes et des choses, nécessitent chez le médiateur des compétences en communication (diplomatie, pédagogie, empathie...) et, notamment pour les relations directes, plus spécifiquement en rhétorique. Ces compétences constituent un ensemble de savoir-faire transversaux qui se retrouvent, avec plus ou moins de nuances, dans toutes les formes de médiation.

Naissance d'une profession[modifier | modifier le code]

En France, la professionnalisation de l'activité de médiateur a commencé à la fin des années 1990. Elle a été conduite séparément. D'un côté, dans le secteur social et familial, avec une recherche d'institutionnalisation et d'une reconnaissance par l'État, d'un autre côté, dans le secteur entreprise, avec le développement d'une démarche qualité et un ancrage dans le secteur privé, associé à une organisation professionnelle, la chambre professionnelle de la médiation et de la négociation.

Médiateur institutionnel[modifier | modifier le code]

Un médiateur institutionnel est une personne nommée pour favoriser le règlement de différends, de type juridico-techniques, apparus entre des administrés, des usagers ou des consommateurs, avec une institution ou plus généralement une organisation.

Dans cet esprit, il existe le médiateur de la république ainsi que le médiateur national de l'énergie et tous les ombudsmans...

Médiateur conventionnel[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un médiateur intervenant à la demande des parties, ou à l'initiative d'une seule, pour accompagner la résolution d'un différend, l'accompagnement d'un changement, la définition d'une stratégie ou l'élaboration d'un projet comportant des présupposés de difficultés relationnelles, comme par exemple les fusions, reprises d'entreprises...

Les désignations de cette activité sont diverses :

  • médiateur civil,
  • médiateur privé,
  • médiateur indépendant.

L'expression médiateur professionnel est rattaché, en France, à l'appartenance à la CPMN, sous l'égide de laquelle le Certificat d'Aptitude à la Profession de Médiateur - CAP'M - est délivré.

Pour la CPMN, la posture d'un médiateur professionnel se définit selon trois engagements :

  • impartialité : il doit être attentif aux phénomènes de sympathie qui se créent naturellement entre des personnes ;
  • indépendance : il ne saurait être le représentant d'une autorité quelle qu'elle soit ;
  • de sa neutralité : il ne doit pas influencer les parties quant au choix de la solution (temporaire, intermédiaire ou définitive...) ; il ne doit pas en être juge et ne saurait se référer à des valeurs morales ou de droit qui relèvent de l'appréciation des professions juridiques et judiciaires ;
  • et de la confidentialité : les propos tenus en médiation doivent rester dans le cadre de la médiation et le médiateur ne saurait être appelé à témoigner en raison des propos tenus ou éléments présentés lors des entretiens et réunions qu'il aurait animés.

Dans l'exercice professionnel civil - qui concerne l'ensemble des relations contractuelles écrites ou non - son rôle consiste à accompagner les parties d'un différend à trouver la solution la plus satisfaisante possible pour les parties elles-mêmes - non pour lui.

Selon les contextes et les professions qui utilisent le terme de médiateur, une grande confusion persiste entre la neutralité et l'impartialité, l'indépendance est moins affirmée et la confidentialité souvent réinterrogée.

Médiateur judiciaire[modifier | modifier le code]

Pour être désigné en tant que médiateur judiciaire en matière civile (à distinguer de la matière pénale), et prétendre figurer sur des listes cautionnées par des magistrats, il faut (Art.131-5 du NCPC- FR) :

  1. ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation, d’une incapacité ou d’une déchéance mentionnées sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire ;
  2. n’avoir pas été l’auteur de faits contraires à l’honneur, à la probité et aux bonnes mœurs ayant donné lieu à une sanction disciplinaire ;
  3. posséder, par l’exercice présent ou passé d’une activité, la qualification requise eu égard à la nature du litige ;
  4. justifier d’une formation ou d’une expérience adaptée à la pratique de la médiation ;
  5. présenter les garanties d’indépendance nécessaires à l’exercice de la médiation.

Dans la pratique, c'est le juge qui apprécie les critères 3 à 5.

La médiation peut être confiée à une personne physique ou à une association. (Art. 131-4 du NCPC - FR).

Une médiation judiciaire peut être proposée par un juge du tribunal d’instance, de grande instance, juge des référés, conseil de prud’hommes, commerce...

En France :Les constatations du médiateur et les déclarations qu'il recueille ne peuvent être ni produites ni invoquées dans la suite de la procédure sans l'accord des parties, ni en tout état de cause dans le cadre d'une autre instance. - Art.131-14 du NCPC (FR).

Exemples de litiges, entre :

  • voisins (nuisances, tapage nocturne…) ;
  • un propriétaire et un locataire (pour le paiement des loyers et des charges, la restitution du dépôt de garantie…) ;
  • un commerçant et un consommateur (vente, prestation de service…) ;
  • un employeur et un salarié ;
  • deux professionnels, dans des relations client-fournisseur ou de concurrence - comme nous l'avons vu dans une affaire opposant par exemple Chanel à World Tricot, devant le Tribunal de Commerce de Paris.
  • les membres d’un couple sur les conséquences d’un divorce ou d’une séparation ou sur les modalités de l’autorité parentale (médiation familiale).

Médiateur dans les relations du travail[modifier | modifier le code]

Les textes prévoient également la possibilité de recours au médiateur, comme une incitation préalable à toute procédure judiciaire :

  • Harcèlement moral
  • conflit collectif du travail - où il apparaît dans le Code Civil Français de nombreuses contradictions avec la conception de l'intervention d'un médiateur. Dans ce domaine, le médiateur fait des propositions, et, notamment, produit un rapport qui peut être rendu public par le Ministre de tutelle (Travail)...

Le médiateur et les professions juridiques[modifier | modifier le code]

Un médiateur intervient souvent avant, pendant ou après une procédure judiciaire.

L'accord de médiation peut revêtir le caractère d'une transaction au sens de l'article 2044 du Code civil français, sans nécessairement être enregistré chez un avocat ou un notaire ou homologué par un juge.

Tout accord de médiation revêt le caractère d'un contrat privé. Il relève donc de la liberté contractuelle. Mais le médiateur, facilitateur, ne peut en aucun cas prétendre valider le contrat ou même en garantir la qualité, tant relativement à l'ordre public qu'aux bonnes mœurs, ceci relevant des juristes.

La limite de l'exercice professionnel de la médiation est précisément là où commence le droit codé et codifié qui permet le conseil juridique.

Contrairement à l'avocat, le médiateur ne prend pas la parole de son client pour la rendre audible par des spécialistes du droit ; ne prenant pas parti, il ne va pas privilégier un type d'information qui pourrait altérer une thèse à défendre. Le médiateur reste neutre et impartial.

  • s'il reprend le propos de l'un de ses clients sur la forme, ne prenant pas parti, c'est pour permettre à une autre partie de mieux recevoir le message ;
  • s'il énonce la même chose, usant de redondance, c'est pour permettre aux parties de réfléchir aux différentes manières d'aborder la situation qui les fait éventuellement s'affronter ;
  • s'il prend des précautions oratoires, notamment en amenant les parties à anticiper les risques d'une décision, c'est pour leur permettre de s'approprier la résolution ou la définition d'un projet, en étant plus autonome, contrairement au système judiciaire qui dépossède les parties de toute décision.

Tandis que du point de vue de la médiation, le droit pourrait être considéré comme un archaïsme, un héritage de la difficulté humaine à se comporter en toute responsabilité, la médiation pourrait être considéré du point de vue du droit comme utopiste, faisant trop confiance dans la capacité de chaque personne à s'engager et à maintenir son engagement.

Il reste que l'émergence de la profession de médiateur à l'aube du XXIe siècle témoigne de changements du point de vue de la relation de la société avec la personne physique. Nombre d'avocats cherchent à s'appropier les compétences de la médiation, notamment la médiation familiale, laquelle exige cependant d'eux qu'ils changent leur mode d'approche de parti pris auquel ils ont été formés pour la défense des causes et la soumission de ces dernières à la réflexion et décision du juge.

« Le parti pris du médiateur est la médiation. »[1]

Différences de prise en charge entre médiateur, avocat, expert et juge[modifier | modifier le code]

  • Selon l'approche des médiateurs de la chambre professionnelle de la médiation et de la négociation, le médiateur prend en charge le conflit et la résolution de l'ambiance conflictuelle laquelle peut entraîner la résolution globale d'un différend
  • l'avocat prend en charge un dossier pour la défense juridique d'un point de vue
  • l'expert rend un avis sur les aspects techniques d'un différend
  • le juge et l'arbitre rendent une décision visant la résolution juridique et technique du différend.

Techniques et compétences du médiateur généraliste intervenant dans les changements et conflits[modifier | modifier le code]

Les différentes écoles de médiation divergent inévitablement quant aux compétences des médiateurs. Il convient de rattacher les types de formation aux différentes conceptions de la personne.

Pour les uns un médiateur doit avoir des connaissances :

  • en droit, ce qui revient à fournir une information juridique ou à se positionner en tant que juriste
  • en psychologie, ce qui conduit à utiliser les grilles de lecture de l'approche psychologique
  • dans le domaine du différend qui oppose les parties, ce qui implique une approche plus ou moins avisée comme un expert du domaine.

La médiation des conflits est souvent associée à une dynamique de type religieuse ou moraliste[2], associant à cette orientation une approche juridique et psychologique.

Pour les médiateurs professionnels, le médiateur est tenu à un ensemble de règles éthiques et déontologiques qui ont fait l'objet de l'adoption d'un code d'éthique et de déontologie des médiateurs, le Codeome[3] la médiation est une discipline à part entière qui accompagne la liberté relationnelle et contractuelle. Cette pratique de la médiation est aux antipodes de l'approche juridique, psychologique et spiritualiste. Les principales compétences sont les suivantes :

  • l'accueil des positionnements et des points de vue, ce qui diffère de la tolérance impliquant des interdits, des tabous, et un comportement d'acceptation lequel implique un seuil où s'affirme le jugement implicite véhiculé par la tolérance
  • la reconnaissance de la légitimité des points de vue, des sentiments, des attentes...
  • l'altérité - reconnaissance fondamentale du droit à la différence
  • l'altérocentrage (néologisme [4] = se centrer sur l'autre) - qui se traduit par la distanciation indispensable pour le médiateur de ne pas se sentir impliquer par identification, et par là de "s'égocentrer" ;
  • la distanciation : "ne pas prendre pour soi ce qui n'est pas soi", en appuyant sa pensée sur la démarche de Descartes (Méditation seconde, 5 et suiv.)
  • la maîtrise de l'art d'une rhétorique pacificatrice et pour exprimer de manière acceptable ce qui ne l'était pas jusqu'alors ;
  • la connaissance de l'éristique (la polémique), pour être vigilant aux formulations conflictuelles ;
  • la maïeutique : pour accompagner l'expression et faciliter la réflexion des parties ;
  • la pédagogie : pour transmettre des savoir-faire et savoir-être facilitateur du changement
  • la créativité : en étant accompagnateur sans être porteur d'une solution qu'il défendrait ;
  • la lucidité : ne pas prendre pour des faits les mots qu'il est amené à écouter. Ce sont des mots et parfois que des mots.

Un médiateur ne cherche pas à analyser les personnes pour les catégoriser, ou classifier leurs attitudes ou comportements, mais plutôt à diversifier son langage quand il veut transmettre une information à une ou toutes les parties, pour conduire cette inimaginable discussion - que donc les parties ne pensaient souvent ne plus pouvoir avoir.

Choix d'un Médiateur[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

S'il s'agit d'un différend avec une administration, une structure d'État, il conviendra de se tourner vers le médiateur de la République. S'il s'agit d'un différend entre personnes privées, physiques ou/et morales, un médiateur privé est compétent.

Pour les problèmes de voisinage, des bénévoles accomplissent le rôle de médiateur avec bonne volonté. Certaines municipalités ont également mis en place des services de médiation dont le rôle est d'intervenir pour l'apaisement des insatisfactions citoyennes, sans pour autant les résoudre, puisque ces "médiateurs" portent seulement la parole du "raisonnement" et de la moralisation.

Le choix d'un professionnel[modifier | modifier le code]

Un médiateur privé est de plus en plus considéré comme le prestataire d'un service. Il se fait rémunérer selon le choix des parties. Il peut intervenir à la demande de personnes en conflit, en dehors de toute action judiciaire, dans ce cas il s'agit de médiation conventionnelle (la médiation porte sur tout ou partie d'un contrat - un contrat est fait de conventions).

Un médiateur peut aussi intervenir en cours de procédure ou après une procédure (après jugement), lorsque le jugement n'est pas accepté par une des parties et qu'il est préférable, plutôt que de poursuivre une insolvabilité organisée par exemple, d'engager une médiation pour rediscuter tout ou partie du jugement - ce qui peut faire remonter à l'origine du différend et, par là, le résoudre.

Il existe donc au moins trois possibilités. Le médiateur peut :

  • être choisi par les parties,
  • nommé par une autorité - juge ou gouvernement
  • ou agir spontanément en présence d'un conflit, pour aider à sa résolution.

Dans certaines situations, de médiation judiciaire, le médiateur est désigné (par une ordonnance). Il peut aussi être imposé, comme c'est le cas dans les conflits sociaux où le gouvernement impose de facto un médiateur - en étant cependant attentif à ce qu'il trouve un consensus d'acceptation. Les parties sont cependant libres d'accepter la médiation et de refuser le médiateur.

Quoi qu'il en soit, la médiation - pour avoir une chance d'aboutir - doit faire l'adhésion des parties et le choix du médiateur leur agrément.

Recours contractuel à un Médiateur[modifier | modifier le code]

Les entreprises ne peuvent pas imposer leur médiateur interne (service consommateur) comme recours préalable avant toute procédure judiciaire. Dans le cas d'une clause obligeant un consommateur au recours au médiateur interne, il s'agit d'une clause abusive - donc réputée non écrite et sans valeur.

Néanmoins, la médiation peut être prévue contractuellement (la médiation conventionnelle), par une clause de médiation insérée dans les contrats, comme l'arbitrage ou la conciliation, et prévoir le recours à un médiateur professionnel indépendant. Dans ce cas, la médiation, étant anticipée et faisant partie du contrat, constitue une étape obligatoire pour les parties en cas de différend.

Affaire pénale

En médiation pénale, le médiateur est désigné d'office par le Procureur de la République, habituellement par le biais des associations d'aide aux victimes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pratique de la Médiation, édition ESF, 2003, Jean-Louis Lascoux
  2. Le prêtre Jean-François Six, président du Centre national de la médiation (France), a été le formateur de nombreux dirigeants de structures associatives de médiation.
  3. Codeome
  4. cf.Jean-Louis Lascoux

Autres situations de médiation[modifier | modifier le code]

Dans la formation, l'accompagnement de groupe en projet de changement, l'animateur peut être désigné par le terme de médiateur. Celui de facilitateur est également utilisé.

Liens externes[modifier | modifier le code]