Médecine médiévale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Anatomie humaine, enluminure des Très Riches Heures du duc de Berry(début XVe siècle).l’Astrologie a joué un rôle important dans la médecine médiévale; les médecins les plus savants connaissaient au moins les rudiments d'astrologie nécessaires à leur pratique.

La médecine médiévale s'entend dans le contexte propre à l'Occident chrétien. Elle persiste jusqu’à la fin de l'Ancien Régime.

Pour la pratique de la médecine dans d’autres pays et pendant la même période historique, voir les articles suivants :

La médecine médiévale en Europe occidentale était issue d’un mélange d'idées héritées de l'Antiquité, d’influences spirituelles diverses et, de ce que Claude Lévi-Strauss a délimité comme le champ du chamanisme ainsi que d’un consensus social.[1] À l’époque, il n'y avait pas de tradition de médecine scientifique et les points de vue ont évolué en fonction de diverses influences spirituelles. Il faudra attendre le siècle des Lumières pour voir éclore une rigueur minimale faite de rationalisme teinté de pragmatisme empirique.

Au début du Moyen Âge, à la suite de la chute de l'Empire romain, les connaissances médicales reconnues se fondaient principalement sur les textes médicaux de l’Antiquité grecque et romaine ayant échappé à la destruction et conservés dans les monastères ou diverses bibliothèques. Les idées sur l'origine des maladies et leur traitement n'étaient toutefois pas purement d’ordre séculier, mais étaient également basés sur une vision du monde, dans laquelle des facteurs tels que le Destin, le Péché et les influences astrales jouaient un rôle aussi important que les causes physiques. L'efficacité des traitements était également liée aux croyances du patient et du médecin, davantage fondées sur des données empiriques que sur des faits rationnels, de sorte que l’utilisation des Remedia physicalia (remèdes physiques) était souvent subordonnée à une intervention spirituelle.

Influences[modifier | modifier le code]

Trépanation

Dans la première période du Moyen Âge, il n'y avait pas de réseau organisé de médecine. À défaut de structure adaptée, quelqu'un qui était victime d’une blessure ou d’une maladie pouvait se tourner vers la médecine traditionnelle, la prière, l’astrologie, la magie, le mysticisme ou vers un médecin, s'il y en avait un de disponible. Les frontières entre chaque profession étaient imprécises et mouvantes. Les textes médicaux classiques comme, par exemple, ceux de Galien, étaient largement fondés sur le principe d'autorité plutôt que sur une confirmation expérimentale.

Lorsque l'influence du christianisme a augmenté, une tension est apparue entre l'Église et la médecine populaire, du fait qu’une grande partie de la médecine populaire était fondée sur la magie ou le mysticisme et puisait son origine à des sources qui n'étaient pas compatibles avec la foi chrétienne. La magie et les incantations étaient utilisées en association avec les herbes et les remèdes. Ces formules magiques et ces sortilèges ont dû être distingués des remèdes physiques ou remplacés par des prières ou des dévotions chrétiennes. De même, cette dépendance à l'égard du pouvoir des herbes ou des pierres précieuses trouve une explication à travers le christianisme.

L'Église enseigne que Dieu envoie parfois la maladie comme punition et que, dans ces cas, le repentir pourrait amener à la guérison. Cette croyance a conduit à recourir à des pratiques comme la pénitence et le pèlerinage, comme étant des moyens de guérir d’une maladie. Au Moyen Âge, certaines personnes ne considéraient pas la médecine comme une profession convenable pour les chrétiens, du fait qu’ils croyaient que la maladie était souvent une punition du ciel. Dieu était considéré comme le médecin divin qui envoyait la maladie ou la guérison selon sa volonté. Toutefois, de nombreux ordres monastiques, en particulier les bénédictins, considéraient les soins aux malades comme une œuvre de miséricorde.

La médecine médiévale européenne s’est davantage développée au cours de la Renaissance du XIIe siècle, lorsque de nombreux textes médicaux en arabe provenant à la fois de la médecine grecque et de la médecine arabo-musulmane ont été traduits au cours du XIIe siècle. Parmi ces textes, celui qui a eu le plus d’influence a été le Canon de la médecine d’Avicenne, une encyclopédie médicale écrite vers 1030 qui fait la synthèse entre la médecine grecque, la médecine de l’Inde ancienne et la pratique des médecins musulmans jusqu'au moment de sa rédaction. Le Canon est devenu un texte faisant autorité pour l'enseignement de la médecine en Europe jusqu'à l’époque moderne. D'autres textes médicaux importants ont été traduits à la même époque dont le Corpus hippocratique attribué à Hippocrate, le De Gradibus d’Al-Kindi, le Liber pantegni d’Haly Abbas et Isaac Israeli ben Salomon, le Al-Tasrif d’Abulcasis, ainsi que les écrits de Galien.

Contexte : le système médiéval[modifier | modifier le code]

Un dentiste avec une pince d'argent et un collier de dents, arrachant une dent à un homme assis. Londres -Angleterre, 1360-1375.

Dans les zones les moins touchées par les bouleversements de la chute de l'empire occidental, une théorie unifiée de la médecine a commencé à se développer, en grande partie fondée sur les écrits des médecins grecs tels qu’Hippocrate, 460 av. J.-C. - 377 av. J.-C., et Galien, né en 130. Hippocrate a écrit des textes sur les maladies, la chirurgie et les fractures ainsi que sur l’anatomie humaine. Galien a écrit plus de cinq cents traités sur la physiologie, l’hygiène, la diététique, la pathologie, la pharmacologie, et est crédité d’avoir découvert la façon dont la moelle épinière contrôle les différents muscles. À partir de ses dissections, il a décrit les valves du cœur, et déterminé le rôle de la vessie et des reins.

Galien de Pergame, grec lui aussi, était le plus important médecin de cette période, et le second après Hippocrate, dans l'histoire de la médecine dans l'Antiquité. Compte tenu de son autorité incontestée sur la médecine au Moyen Âge, ses principales doctrines nécessitent d’être développées. Galien a décrit les quatre symptômes classiques de l'inflammation (rougeur, douleur, chaleur et œdème) et beaucoup contribué à la connaissance des maladies infectieuses et de la pharmacologie. Ses connaissances anatomiques de l'homme étaient entachées d’erreurs, car fondées sur la dissection des singes. Certains enseignements de Galien ont eu tendance à freiner les progrès de la médecine. Sa théorie, par exemple, selon laquelle le sang transportait le pneuma, ou l'esprit de vie, et qui lui donnait sa couleur rouge, associée à la notion erronée selon laquelle le sang traversait une paroi poreuse entre les ventricules du coeur, a retardé la compréhension de la circulation sanguine et a beaucoup contribué à décourager la recherche en physiologie. Ses travaux les plus importants cependant, ont concerné la structure et la fonction des muscles ainsi que la fonction des aires de la moelle épinière. Il a aussi excellé dans le diagnostic et le pronostic. L'importance du travail de Galien ne peut être sous estimée, car à travers ses écrits, les acquis de la médecine grecque été transmis au monde occidental par les Arabes.

L'importance de la diététique conduit Anthimus, au VIe siècle à rédiger un traité, sous forme de lettre, où de nombreuses notices constituent des recettes de cuisine.

Les traductions anglo-saxones des œuvres classiques comme celle de Dioscoride sur les herbes ayant traversé le seuil du Xe siècle, montrent la persistance des éléments de la connaissance médicale classique. Des recueils comme le Leechbook de Bald (vers 900)[2]comportent des citations provenant d'œuvres classiques, et transmettent des remèdes populaires enracinés dans les traditions locales.

Bien que dans l 'Empire byzantin la pratique organisée de la médecine n'ait jamais cessé (voir médecine dans l'Empire byzantin), la renaissance de l'enseignement médical méthodique à partir des textes classiques en Occident peut être attribuée à la Schola Medica Salernitana, fondée par des moines dans le sud de l'Italie, au XIe siècle. À Salerne les textes médicaux de Byzance et du monde arabe étaient facilement disponibles, traduits du grec et de l’arabe dans un monastère situé à proximité, au Mont Cassin. Les maîtres Salernitains ont progressivement mis en place un corpus de textes, connu sous le nom d’ars medicinae (l'art de la médecine) ou articella (art mineur), qui est devenu la base de l'enseignement de la médecine en Europe pour plusieurs siècles.

À partir de la fondation de l 'Université de Paris (1150), de l’Université de Bologne (1158), de l’Université d'Oxford (1167), de l’Université de Montpellier (1220) et de l’Université de Padoue (1222), les œuvres des précurseurs de Salerne ont été diffusées à travers l'Europe entière et, à partir du XIIIe siècle, la position dominante dans l’enseignement de la médecine a été transférée à ces nouvelles universités. Pour être reconnu docteur en médecine il fallait dix ans de formation, en incluant la formation initiale aux arts, de sorte que le nombre de médecins ainsi qualifiés est resté relativement faible.

Au cours des croisades, la médecine européenne a commencé à être influencée par la médecine arabe. Beaucoup d'encre a coulé sur le supposé dégoût d’Oussama Ibn Mounqidh pour la médecine européenne, mais quiconque lit le texte intégral de son autobiographie constatera que son expérience de première main de la médecine européenne est positive — il décrit un médecin européen traitant avec succès des plaies infectées avec du vinaigre, et recommande un traitement pour les écrouelles, qui lui a été enseigné par un Franc anonyme[3].

Au cours du XIIIe siècle, de nombreuses villes européennes exigeaient que les médecins suivissent plusieurs années d'études ou de formation avant de pouvoir pratiquer leur art. La chirurgie avait un statut inférieur à celui de la médecine proprement dite, depuis ses débuts comme tradition artisanale, jusqu'à ce que Roger Frugardi, à Parme, compose son traité de chirurgie aux environs de 1180. Une profusion de travaux italiens d'une grande portée ont été réalisés au cours du siècle suivant, et leur enseignement s’est propagé plus tard dans le reste de l'Europe. Entre 1350 et 1365 Théodoric Borgognoni a élaboré un traité exhaustif de chirurgie en quatre volumes, la Cyrurgia, qui a fait connaître des innovations importantes, et a été à l’origine de l’utilisations des antiseptiques dans le traitement des blessures, ainsi que de l’anesthésie à l’aide d’un mélange d'opiacés et d'herbes, lors des interventions chirurgicales.

La grande crise de la médecine européenne est survenue avec l’épidémie de peste noire, au XIVe siècle. Les théories médicales en vigueur évoquaient pour sa cause davantage des explications religieuses plutôt que des données scientifiques – le tout en pure perte puisque près d'un tiers de la population de l'Europe a été décimé.

Doctrines médicales[modifier | modifier le code]

Illustration du XIIIe siècle montrant les veines.
Articles détaillés : Théorie des humeurs et Quatre éléments .

Le principe sous-jacent de la médecine médiévale a été la Théorie des humeurs. Elle trouve son origine dans les ouvrages médicaux de l’antiquité et a dominé la médecine occidentale jusqu'au XIXe siècle.

Dans le contexte de l’époque la doctrine médicale s’inspire de la théorie des quatre éléments qui remonte à Aristote, et qui a été reprise par Saint Thomas d'Aquin (XIIIe siècle) : les scientifiques d'une physique-chimie débutante pensaient que le monde n'était formé que de quatre éléments : terre, eau, feu et air.

La théorie dite des « humeurs » professait que, chez chaque individu, il existait quatre humeurs, ou fluides principaux - la bile noire, la bile jaune, le flegme et le sang, qui étaient produits par différents organes du corps et qui devaient être en équilibre pour qu’une personne restât en bonne santé. Trop de flegme dans le corps, par exemple, provoquait des troubles pulmonaires et l'organisme tentait de tousser et de cracher le flegme pour rétablir l’équilibre. L’harmonie des humeurs chez l'homme pouvait être obtenue par un régime alimentaire ou des médicaments et par la saignée, en utilisant les sangsues. Les quatre humeurs ont également été associées aux quatre saisons, la bile noire à l’automne, la bile jaune à l'été, le flegme à l’hiver et le sang au printemps.

HUMEUR TEMPERAMENT ORGANE NATURE ELEMENT
Bile noire Mélancolie Rate Froid et sec Terre
Flegme Flegmatique Poumon Froid humide Eau
Sang Sanguin Tête Chaud et humide Air
Bile jaune Colérique Vésicule biliaire Chaud et sec Feu

Les signes astrologiques du Zodiaque ont également été associés à certaines humeurs. De nos jours on utilise encore les mots colérique, sanguin, phlegmatique et mélancolique pour décrire les personnalités ou tempéraments.

L'utilisation d'herbes s’imbriquait parfaitement et naturellement avec ce système, l’efficacité des plantes médicinales étant attribuée à leur action sur les humeurs de l'organisme. L'utilisation d'herbes a également suscité l’émergence d’une doctrine chrétienne médiévale, la théorie des signatures, qui enseignait que Dieu avait fourni le moyen de guérir chaque malade, et que les substances capables de soigner, qu'elles soient animales, végétales ou minérales, portaient une marque ou une signature qui donnait une indication sur leur utilité. Par exemple, les graines de Scutellaria (utilisées comme remède pour les maux de tête) peuvent apparaître comme ressemblant à des crânes miniatures et les feuilles tachetées de blanc de Pulmonaria longifolia (utilisées contre la tuberculose) ont une ressemblance avec les poumons d'un patient malade. On croyait à l’existence d’un grand nombre de ces ressemblances.

La plupart des monastères ont entretenu des jardins d'herbes médicinales pour produire des remèdes à base de plantes et ceux-ci constituent encore une partie de la médecine populaire, tout en étant utilisés par certains médecins. Des livres sur les remèdes à base de plantes ont été édités, un des plus célèbres d’entre eux étant un livre gallois, le Livre Rouge de Hergest (Red Book of Hergest), datant des années 1400[4].

Pratique de la saignée et hygiène médiévale[modifier | modifier le code]

Les saignées médicinales apparurent en 1130. Pratiquées à satiété (et parfois même de façon délirante, puisque des patients gravement blessés par faits de guerre se sont vu saignés davantage encore, aggravant trop souvent leur épuisement jusqu'à sa suite logique, le trépas), par les médecins, quelle que soit la nature du mal dont le patient était atteint, elles persisteront jusqu'au XVIIIe siècle. Il suffisait d'ailleurs parfois qu'un médecin de champ de bataille (mais installé dans un lieu abrité et éloigné) s'abstienne d'utiliser la technique de la saignée, par simple bon sens, pour se forger une réputation de bon médecin, le reste de la profession, expédiant généralement ad patres, dans des circonstances analogues, la majorité de ses patients. Le nettoyage des plaies à l'eau vinaigrée, le maintien des pansements propres fraîchement repassés (donc involontairement stérilisés), le lavage des mains des servantes à la cendre de bois (disponible à foison, et presque aussi efficace que le savon), dans le but de netteté dans les tâches de repassage des bandages et autres chemises, suffisant à maintenir une relative asepsie, la prescription des reconstituants de l'époque (vin au miel, viandes épicées, raisinés, confitures, etc.), suffisant à hâter la récupération. Une place très importante pour ce qui concerne le thème de l'hygiène dans la médecine médiévale occupe le traité, connu avec le titre de "Régime du corps", d'Aldebrandin de Sienne, médecin italien lié à la cour de Provence de Raimonde Berengario IV et à la cour de France du roi Louis IX le Saint[5].

Zodiaque et corps humain[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Zodiaque, corps humain, Thaumaturgie et Alchimie.

Le corps de l'homme était vu comme lié au macrocosme et chaque signe relié à une partie de son corps (du haut en bas en partant du Bélier jusqu'aux Poissons).

Ainsi nous avons :

Les guérisseurs[modifier | modifier le code]

Une caractéristique de cette période est la multiplicité de guérisseurs. Contrairement à d'autres professions, il n'y avait pas d'élite chargée du contrôle. En fait la profession n’existait pratiquement pas car il n'y avait pas de consensus sur les règles ou les méthodes de la discipline. De nombreux praticiens exerçaient à temps partiel, et tous avaient d’autres activités professionnelles et n’étaient pas seulement des médecins. Ceux qui promettaient la guérison étaient indifféremment des hommes ou des femmes, se recommandaient de toutes les religions et étaient issus de tous les milieux sociaux, allant des serfs aux universitaires les plus instruits et les plus riches. Pour de nombreux praticiens — infirmières, dentistes, pharmaciens, sages-femmes, etc. — ce travail était un métier. Ce n'est qu’au XVIe siècle que divers organismes commencèrent à s’accorder pour établir un encadrement légal des pratiques médicales. Il est intéressant de classer ces médecins en deux catégories principales, en notant le caractère flou et mouvant des frontières entre les deux groupes. Le principal comprend les clercs et l'élite formée par l’université (médecins[6]) et commerçants.

Les praticiens ordinaires vendaient une assistance médicale et des potions. Ils travaillaient comme membres d’une Guilde, avec une licence des autorités locales, ou étaient attachés à une grande maison ou peut-être à un monastère. Ils étaient rémunérés, soit au cas par cas pour leurs services ou par une rente, les paiements étaient souvent en nature — nourriture, vêtements — plutôt qu’en argent.

La médecine cléricale, souvent appelée médecine monastique, était pratiquée dans le cadre d'un devoir religieux, avec le paiement des soins et la rétribution des soignants par l'intermédiaire de l’église plutôt que directement par le patient. La règle de saint Benoît a professé que : « avant et au-dessus de toutes choses, il faut prendre soin des malades, car en vérité c’est lorsqu’ils sont honorés que le Christ est honoré.[7] ». La quasi-totalité des monastères avait une infirmerie pour les moines ou moniales, ce qui les a conduit à avoir à leur disposition tout ce dont ils avaient besoin pour la prise en charge des patients laïques. Presque la moitié des hôpitaux de l'Europe médiévale étaient directement affiliés à des monastères, prieurés ou autres institutions religieuses. La plupart des autres établissements imitaient les communautés religieuses, en formulant des règles de conduite précises, exigeant un uniforme type pour l’habillement des soignants, et intégraient les services du culte dans leur pratique quotidienne.

Les médecins, qui ont étudié les livres des maîtres grecs dans les universités, constituaient l'élite auto proclamée de la profession médicale. Leur rôle était limité ; selon une étude du XIIIe siècle il n'y avait que trois médecins à Worcester pour une population de dix mille habitants[8], et peu de personnes, en dehors des riches ou des nobles, avaient un accès régulier à ces praticiens. Les médecins établissaient leur diagnostic par un examen minutieux du sang, des urines et des selles de leurs patients pour déterminer leur complexion ou l’équilibre des humeurs. Ils pouvaient prescrire des médicaments, ou procéder à des saignées pour retirer du sang de diverses parties du corps et rectifier l'équilibre des humeurs. Les médecins pouvaient également tenter des opérations étonnamment complexes comme la trépanation, pour atténuer la pression sur le cerveau, ou l’extraction des cataractes.

Les guérisseurs populaires se transmettaient leurs connaissances de maître à apprenti, et étaient plus accessibles que les médecins pour les paysans ou les ouvriers. Exerçant une activité non réglementée, mais bons connaisseurs des herbes et des remèdes populaires, ils ont été progressivement exclus du système médical.

Les Saints ont été également sollicités pour guérir les malades. Bien que la guérison par l’imploration des saints (miracles) ne soit pas considérée de nos jours comme une pratique médicale, à l'époque médiévale, cette méthode était un recours aussi couramment employé que toute autre méthode thérapeutique. Environ deux tiers des personnes qui avaient recours aux saints pour obtenir la guérison étaient des paysans. On implorait souvent les saints lorsqu'aucun autre recours n’était disponible rapidement (par exemple, en cas d’accident). Ils étaient rarement sollicités pour des maladies connues de longue date, telles que les malformations congénitales. Dans ces cas, on avait souvent recours aux saints lorsque tout le reste avait échoué. En instituant la canonisation, l'église a voulu ne plus reconnaître que les seuls saints canonisés comme faiseurs de miracles légitimes. Toutefois, cela n'a pas toujours empêché les gens de s’adresser à des saints non-canonisés.

Femme médecin : au Moyen Âge les femmes pratiquent toutes les branches de la médecine.

Les femmes. Au début du Moyen Âge, il est probable qu'il y avait autant de femmes que d’hommes impliqués dans la pratique de la médecine. Toutefois, la professionnalisation de la médecine durant la période médiévale tardive et le développement des facultés de médecine a exclu progressivement les femmes de la profession. L’abbesse Hildegarde de Bingen a écrit le Liber simplicis medicinae (abrégé de médecine) aux environs de 1160. Une autre femme médecin célèbre était l'Italienne Trotula de Salerne, dont les travaux sur les maladies des femmes ont été diffusés dans toute l'Europe. Une Sœur Ann a été décrite comme une medica au St Leonard's Hospital, de York, en 1276.

Même après le XIVe siècle, les femmes ont continué à exercer comme sages-femmes. Une sage-femme apprenait généralement son métier comme apprentie d’une sage-femme plus expérimentée, ou encore était formée par un père ou un mari médecin. La seule qualification requise était un certificat d'un prêtre attestant qu'elle était de bonne moralité.

Les femmes ont également servi comme infirmières dans les ordres monastiques, mais il y avait aussi des infirmières laïques, en charge des soins aux patients.

Le système hospitalier[modifier | modifier le code]

Dans la période médiévale, le terme hôpital englobait les auberges pour les voyageurs, les dispensaires pour l’accueil des pauvres, les cliniques chirurgicales pour les blessés, et les maisons accueillant les aveugles, les boiteux, les personnes âgées et les malades mentaux. Les hôpitaux monastiques ont développé de nombreux modes de prise en charge, à la fois thérapeutiques et spirituels. Les patients étaient censés s’aider les uns les autres par la prière et le calme, bénéficiant peut-être davantage d’un réconfort que d’un traitement réel. Certains hôpitaux n’avaient pas plus de dix lits, mais d'autres étaient beaucoup plus importants. L’hôpital St Leonard d’York avait enregistré 225 malades et pauvres accueillis et nourris en 1287. Et à Florence en 1400, il y avait plus de trente hôpitaux dont l'un, l'hôpital de Santa Maria Nuova, disposait, vers 1500, d’une équipe de dix médecins, d’un pharmacien et de plusieurs autres professionnels, dont des femmes chirurgiens.

Le XIIe siècle a vu la création de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui associait de façon unique la vie monastique, militaire et médicale. L’ordre dirigeait des hôpitaux à Jérusalem et ailleurs dans les États latins d'Orient, et leur activité s'est finalement étendue à toute l'Europe.

James Joseph Walsh a écrit ce qui suit au sujet de la contribution de l’Église au système hospitalier :

Au cours du treizième siècle un très grand nombre d'hôpitaux ont été construits. Les villes italiennes ont été à la pointe du mouvement. Milan n'avait pas moins d'une douzaine d'hôpitaux, et Florence avant la fin du quatorzième siècle disposait d’une trentaine d'hôpitaux. Certains d'entre eux étaient de très beaux bâtiments. À Milan, une partie de l'hôpital général a été conçue par Donato Bramante, et une autre partie de ce même établissement a été dessinée par Michel-Ange. L'hôpital de Sienne, construit en l'honneur de Sainte Catherine, est resté célèbre depuis sa construction. Ce mouvement hospitalier s’est propagé partout en Europe. Virchow, le grand pathologiste allemand, dans un article sur les hôpitaux, a montré que toute ville Allemande de plus de cinq mille habitants avait son hôpital. Il a attribué l'ensemble de ce mouvement hospitalier au Pape Innocent III, et bien qu'il n’ait pas été réputé pour être papiste, Virchow n'a pas hésité à tenir des propos très élogieux à l’égard de ce pape, pour tout ce qu'il avait accompli en faveur des enfants et pour soulager les souffrances de l'humanité [9].

Les hôpitaux ont commencé à apparaître en grand nombre en France et en Angleterre. Après la Conquête normande de l'Angleterre, l'expansion des idéaux français a conduit la plupart des monastères médiévaux à développer un hôpital ou un hospice pour les pèlerins. Cet hôpital s’est finalement transformé en ce que nous considérons maintenant comme un hôpital, avec des moines et des auxiliaires laïcs prodiguant des soins médicaux aux malades et aux pèlerins victimes des nombreuses épidémies et maladies chroniques qui ont frappé l'Europe occidentale au Moyen Âge. Benjamin Gordon soutient la théorie selon laquelle l'hôpital - comme nous le croyons - est une invention française, mais qu'il a été développé à l'origine pour isoler les lépreux et les victimes de la peste, et seulement plus tard a été modifié pour soigner les pèlerins[10].

Grâce à un rapport en bon état de conservation datant du XIIe siècle écrit par le moine Eadmer de la cathédrale de Cantorbéry, on dispose d’un excellent compte rendu des efforts de l'évêque Lanfranc pour établir et maintenir en état de fonctionnement certains de ces premiers hôpitaux :

Mais je ne dois pas conclure mon travail en omettant ce qu'il a fait pour les pauvres en dehors des murs de la ville de Canterbury. En bref, il a construit une belle et grande maison de pierre… pour différents besoins et convenances. Il a divisé le bâtiment principal en deux, réservant une partie pour les hommes affligés de divers types de handicaps et l'autre pour les femmes en mauvais état de santé. Il a également pris des dispositions pour leur habillement et leur nourriture quotidienne, rémunérant des auxiliaires et des gardiens pour prendre les mesures nécessaires afin qu’ils ne manquent de rien[11].

Période tardive[modifier | modifier le code]

L'érudition en Occident est liée aux dogmes catholiques. Le caractère sacré du corps humain, image d'un Dieu supposé des sacerdoces imposant l'ordre moral sur les ouailles, prohibe et punit les dissections de cadavres mais, contrairement à la Rome païenne, l'Europe du Moyen Âge n’avait pas institué une interdiction totale de la dissection et les chirurgiens du Moyen Âge tardif, comme Mondino de' Liuzzi, pionnier de l'anatomie dans les universités européennes, ont effectué des dissections systématiques du corps humain. Toutefois, l’influence galénique était encore si prépondérante que Mondino et ses contemporains ont tenté d’adapter leurs découvertes chez l’homme aux conceptions galéniques de l’anatomie.

Au cours de la période de la Renaissance artistique, à compter du milieu des années 1450, de nombreux progrès ont été réalisés dans la pratique médicale. L’italien Girolamo Fracastoro, 1478 - 1553, a été le premier à entrevoir que les maladies épidémiques pouvaient être provoquées par des agents extérieurs à l’organisme qui pouvaient être transmis par contact direct ou indirect. Il a également découvert de nouveaux traitements pour des maladies telles que la syphilis.

En 1543 l’universitaire flamand André Vésale a écrit le premier manuel complet d’anatomie : De Humani Corporis Fabrica, qui signifie Sur les tissus du corps humain. Beaucoup plus tard, en 1628, William Harvey a expliqué la circulation sanguine à travers le corps dans les veines et les artères. On pensait auparavant que le sang était produit par la nourriture et absorbé par le tissu musculaire.

Pendant les années 1500, Paracelse, ainsi que Girolamo Fracastoro, ont découvert que certaines maladies étaient provoquées par des agents extérieurs au corps tels que les bactéries et non pas par un déséquilibre à l’intérieur de l'organisme.

Léonard de Vinci a également eu un impact important sur les progrès de la médecine au cours de la Renaissance. Né le 15 avril, 1452, De Vinci avait une approche de la science qui se fondait sur l'observation détaillée. Il a participé à plusieurs autopsies et a réalisé de nombreux dessins anatomiques minutieux qui comptent parmi les œuvres majeures de l’anatomie humaine.

Un médecin de l'armée française, Ambroise Paré, né en 1510, a remis à l’ordre du jour une méthode de l'antiquité grecque, celle de la ligature des vaisseaux sanguins. Après une amputation la procédure usuelle était de cautériser l'extrémité du membre amputé pour arrêter l'hémorragie. Cela était réalisé avec de l’huile ou de l’eau bouillante, ou avec un instrument de métal incandescent appliqué sur la plaie pour obturer les vaisseaux sanguins. Paré a également ordonné d’envelopper les blessures dans des bandages propres avec des onguents, qu'il avait fabriqués lui-même à base d’œufs, d’essence de rose, et de térébenthine. Il fut le premier à concevoir des mains artificielles pour les patients amputés d’un membre. Sur l'une des mains artificielles, deux doigts pouvaient être mobilisés pour des tâches consistant à prendre et à relâcher des objets et, sous un gant, la main semblait parfaitement naturelle.

Les catastrophes médicales étaient plus fréquentes à la Renaissance qu’aujourd'hui. À cette époque, les routes commerciales étaient le moyen par excellence de propagation des maladies. Huit cents ans après la peste de Justinien, la peste bubonique est réapparue en Europe. À partir de l’Asie, la peste noire a atteint la Méditerranée et l'Europe occidentale en 1348 (peut-être apportée par des marchands italiens fuyant les combats en Crimée) et tué vingt-cinq millions d'Européens en six ans, environ un tiers de la population totale et jusqu'à deux tiers dans les zones urbaines les plus touchées. Avant que les mongols de la Horde d'or ne lèvent la siège de Théodosie, une ville de Crimée, les morts ou les corps des soldats infectés avaient été chargés sur des catapultes et lancés au-dessus des murs de la cité assiégée pour infecter les personnes réfugiées à l'intérieur. Cet épisode a été l’un des premiers exemples connus de guerre biologique et est considéré comme étant à l’origine de la propagation de la peste noire en Europe.

La peste est revenue à maintes reprises hanter l’Europe et la Méditerranée du XIVe au XVIIe siècles. Parmi les épidémies plus tardives, notons la peste Italienne de 1629-1631, la Grande Peste de Séville (1647-1652), la grande peste de Londres (1665-1666), la Grande Peste de Vienne (1679), la peste de Marseille en 1720-1722 et la Peste de Moscou en 1771.

Avant que les Espagnols arrivent en Amérique et au Mexique, les germes mortels de la variole, de la rougeole et de la grippe étaient inconnus du nouveau monde. Les Amérindiens n'avaient pas l’immunité des Européens développée à la suite du contact avec les maladies. Christophe Colomb a mis fin à l'isolement des Amériques en 1492 par son expédition sous le pavillon castillan de l’Espagne. Des épidémies meurtrières ont balayé les Caraïbes. La variole décimait des villages entiers en l’espace d’un mois. L’île d’Hispaniola avait une population indigène de 250 000 habitants. Vingt ans plus tard, la population avait considérablement diminué pour atteindre 6000 personnes. Cinquante ans plus tard, on estimait qu'il restait environ cinq cents Amérindiens. La variole s'est ensuite propagée au Mexique où elle a contribué à détruire l’Empire aztèque. Au cours du premier siècle de domination espagnole au Mexique, de 1500 à 1600, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, les autochtones sont morts par millions. En 1650, la majorité de la population mexicaine avait péri à cause de ces épidémies.

Disciplines connexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Anthropologie structurale, Lévi-Strauss, Claude (1958, Structural Anthropology, trans. Claire Jacobson and Brooke Grundfest Schoepf, 1963)
  2. CRAWFORD Sally , RANDALL Tony, « Bald's leechbook and archaeology: Two approaches to Anglo-Saxon health and healthcare », BAR International series, Archaeopress, Oxford, ROYAUME-UNI (2002) (Monographie), vol. 1046 « Congrès The Archaeology of Medecine : ( Birmingham, 20 December, 1998 ) »,‎ 20/12/1998, p. 101-104
  3. [1], Usmah Ibn Munqidh (1095-1188): Autobiography, excerpts on the Franks
  4. ROBERTS B. F., The Red Book of Hergest Version of Brut y Brenhinedd, vol. 12-13,‎ 1977, 147-186 p.
  5. Serena Modena, Aldobrandino da Siena http://www.rialfri.eu/rialfriWP/autori/aldobrandino-da-siena, Régime du corps http://www.rialfri.eu/rialfriWP/opere/regime-du-corps, dans RIALFrI (Repertorio Informatizzato dell'Antica Letteratura Franco-Italiana) www.rialfri.eu.
  6. désignés au XVe siècle comme ffecissian ou fiscisien, entre autres orthographes, mot souvent abrégé en leche, sangsue. Les autres titres utilisés étaient barbier-chirurgien (également barbier tout court, probablement pour faire une distinction entre ceux qui étaient capables d’exercer la chirurgie et ceux qui se limitaient à la saignée (eubotomarius) ou la petite chirurgie cutanée) lemire, medicus, chirurgus ou sururgicus, archiater, et physicus.
  7. Ch. 36, à propos des frères malades cf. Galatians 4:14 où Saint Paul écrit : Même si ma maladie était une épreuve pour vous, vous ne m’avez pas traité avec dédain ou avec mépris. Au lieu de cela, vous m'avez accueilli comme si j'étais un ange de Dieu,comme si j'étais le Christ Jésus lui-même Galatians 4:14
  8. The Medical Practitioners in Medieval England: A Biographical Register, Talbot, C.H. and E.A. Hammond, Wellcome Historical Medical Library, 1965, p. 106
  9. (en) James Joseph Walsh, The world's debt to the Catholic Church, The Stratford Company,‎ 1924, p. 244
  10. (en) Benjamin Gordon, Medieval and Renaissance Medicine, New York: Philosophical Library,‎ 1959, p. 341
  11. (en) Nicholas Orme, The English Hospital: 1070-1570, New Haven: Yale Univ. Press,‎ 1995, p. 21-22

Sur les autres projets Wikimedia :