Lynx boréal en France

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Lynx boréal

Le lynx boréal en France est un animal protégé et l'un des plus gros prédateurs du pays. Pourtant discret et ne s'attaquant jamais à l'homme, il a été piégé depuis le XIVe siècle puis totalement éradiqué au XIXe siècle. Revenant naturellement ou ayant été réintroduit, le Lynx boréal commence à recoloniser la France, non sans provoquer des tensions avec les deux principaux opposants à son retour : les éleveurs de petit bétail et les chasseurs.

Historique[modifier | modifier le code]

Présence passée[modifier | modifier le code]

Le lynx était présent partout en Europe, sauf en Grande-Bretagne[1]. La chasse du lynx commence au XVIe siècle en Europe et s’intensifie au XVIIIe. L’intensification de la chasse fut menée par la démocratisation des armes à feu, l’accroissement des populations réduisant l’espace disponible pour le lynx, et la favorisation de la chasse par l’obtention de primes de l’État pour supprimer la vermine[1].

En France, il disparaît des Vosges vers 1830, du Massif central vers 1875 et du Jura vers 1885. Il persiste dans les Alpes jusqu'en 1940. Sa présence passée et actuelle dans les Pyrénées, seul ou en compagnie du lynx d'Espagne, est discutée dans la mesure où on ne dispose guère que de témoignages, nombreux mais fragiles[2].

Le Lynx commun a été totalement éradiqué de France au XIXe siècle. Le lynx a disparu de l’ouest de l’Europe et des Alpes avant l’ours et le loup, bien qu’il ait été chassé moins intensivement. L’explication réside dans une plus grande sensibilité du lynx face à la destruction de son habitat et à la diminution des effectifs de ses proies naturelles.

En France, il est réintroduit dans les Vosges et le Jura. Mais nombre d'entre eux proviennent sans doute d'Allemagne et de Suisse. Il y aurait environ une centaine d'animaux dans ces régions. Il réapparaît aussi dans les Alpes de manière passive (arrivée d'individus de Suisse) et dans les Ardennes. Le lynx doit faire face à l'hostilité des chasseurs, qui peuvent le voir comme un concurrent, certains chasseurs n'hésitent d'ailleurs pas à tirer des lynx ou encore à les empoisonner. En 2006, il y aurait moins de deux cents animaux sur les trois massifs[3].

Présence actuelle[modifier | modifier le code]

Le lynx en France.

Le Lynx boréal est revenu naturellement dans les Alpes (pour l'instant surtout le Nord des Alpes françaises) et le Jura (suite à des opérations de réintroduction effectuées en Suisse) et a été réintroduit dans les Vosges.

À la fin de 2004, la population française était estimée entre 135 et 180 animaux, la tendance étant à l'augmentation à la fois numérique et en termes de territoires occupés[4].

  • Le Jura représente le noyau principal de population avec 85 à 100 individus. Le dernier décompte de population publié par l'ONCFS pour les années 2002-2004 montre que celle-ci croît plus doucement que sur les périodes 1996-1998 et 1999-2001. La colonisation de nouveaux territoires se produit essentiellement sur la partie Nord de l'aire de répartition, probablement parce que la partie Sud est déjà occupée[4].
  • Dans les Vosges, 30 à 40 animaux ont été décomptés entre 2002 et 2004. Constitué à partir d'un faible nombre de fondateurs, la population se répand vers le nord et l’ouest au même rythme que pour la période 1996-1998. Quelques indices de présence semblent montrer un début de jonction démographique entre les populations vosgiennes et jurassiennes[4].
  • Dans les Alpes, 20 à 40 animaux représentent la colonisation la plus récente. Des contacts avec la population jurassienne sont notés ; la colonisation est active, bien qu'encore incertaine en termes de superficie dans le Sud de l'aire de répartition[4].

Dans le Jura, le lynx a reconstitué un noyau de population qui semble pérenne, et il est devenu avec le tétras un des indicateurs de qualité des forêts et parfois le symbole d'une volonté de réparer les dégâts environnementaux.

Dans les Vosges, les derniers lynx auraient été tués au début du XVIIe siècle, ou ont été victimes de la déforestation, de la raréfaction de leur nourriture (les grands mammifères ont fortement régressé après la Révolution française) pour ne retrouver des populations importantes qu'à la fin du XXe siècle. Le projet vosgien de réintroduction a été initié en 1983, avec la création d'un noyau de population complémentaire de celle qui s'était déjà reconstituée dans le proche Jura. De 1983 à 1993 ce sont 12 mâles et 9 femelles qui ont été relâchés. En 2006, on estime qu'il y aurait 30 à 40 individus dans la région, sur environ 2 000 km2 (densité : 1,5 à 2 lynx/100 km2). La population vosgienne se reconstitue très lentement. Elle semble plus fragile et vulnérable que la population jurassienne, notamment en raison d'un braconnage persistant, des risques liés à la chasse ou à la circulation automobile.

En Moselle, des scientifiques et des naturalistes[5] ont confirmé en 2000 les descriptions faites par des promeneurs depuis les années 1980, établissant la présence de lynx dans l’ouest et le nord-ouest de l’agglomération messine[6]. La réappropriation de ce vaste territoire propice à leur développement (forêts broussailleuses, terrains militaires interdits à la chasse et vallées étroites) riche en gibier (daims et chevreuils) peut être la conséquence directe de la réintroduction menée dans les Vosges en 1983, l'action individuelle d'un naturaliste connaisseur étant aussi tout à fait plausible. D'après les observations, ces félidés, estimés à une cinquantaine d'individus, seraient dans une phase de migration vers l’ouest.

Dans le Beaujolais, une observation visuelle sérieuse d'un lynx était enregistrée le 1er mars 2011 sur la commune de Vaux-en-Beaujolais[7]. Après plusieurs jours d'investigations, en liaison avec un éleveur dont un agneau a été tué et un chasseur, la présence du lynx a été confirmée dans le département du Rhône par la prise de photographies.

Réintroduction[modifier | modifier le code]

Dès le début des années 1970, des lynx ont été réintroduits dans le Jura et les Alpes suisses, puis dans les années 1980, dans les Vosges, le Jura et les Alpes françaises. En France, le suivi des populations de lynx est effectué par le réseau Lynx qui relève les indices de présence du félin. En Suisse, des captures ont lieu pour déplacer les individus à problème[8].

Pour capturer des lynx à des fins de réintroduction, les scientifiques utilisent la tendance des félins à emprunter toujours les mêmes passages. Une cage à deux portes coulissantes est placée de telle manière que le félin puisse voir sa piste au-delà du piège, sur un chemin fréquemment utilisé. Le lynx est souvent capturé au début ou à la fin de l’hiver, il subit ensuite une période de quarantaine avant d’être relâché, de préférence en couple, à la belle saison. Les individus capturés sont souvent des jeunes, généralement des mâles[9].

Protection[modifier | modifier le code]

En 2009, le lynx boréal en France a été placé dans la catégorie « espèce en danger » par l'IUCN[10].

En France, le Lynx boréal bénéficie d'une protection totale depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux mammifères protégés sur l'ensemble du territoire[11]. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Le félin fait également partie des « espèces déterminantes » qui doivent être retenues pour l'élaboration du maillage des corridors biologiques à protéger, restaurer et gérer pour construire la trame verte et bleue régionale. Le Lynx est ainsi déterminant en Auvergne[12], en région Centre[13] ou en région Midi-Pyrénées[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chez nous Le Lynx ? Mythes et réalité, op. cit., « Historique des populations », p. 83-120
  2. Le cas des Pyrénées
  3. Jean-Claude Genot, Vivre avec le Lynx,‎ 2006-08-31 (ISBN 2-911272-88-9, lire en ligne)
  4. a, b, c et d E. Marboutin, C. Duchamp, J. Boyer, F. Léger, Y. Léonard, M. Catusse, « Situation du Lynx en France : bilan 2002-2004 », sur [ttp://www.oncfs.gouv.fr/ oncfs.gouv.fr], ONCFS (consulté le 14 mai 2012)
  5. Des lynx aux portes de Metz paru le 10 novembre 2000 sur le journal en ligne Infodujour.com.
  6. Notamment dans les forêts de Châtel-Saint-Germain, de Scy-Chazelles, Plappeville, ou les environs du mont Saint-Quentin et de Lorry-lès-Metz d'après Infodujour.com.
  7. Un lynx repéré dans le Beaujolais
  8. Larousse des félins, op. cit., « La réintroduction du lynx en France », p. 212-213
  9. (fr) C. Kempf, A. Balestri, U. Wotschikowsky et M. Fernex, Chez nous Le Lynx ? Mythes et réalité, Les guides Gesta,‎ 1979 (ISBN 2-903191-01-8), « Écologie du lynx », p. 33-74
  10. Le lynx en danger - site du FERUS.
  11. (fr) « Liste des mammifères protégés sur l'ensemble du territoire », Journal officiel de la République française,‎ 19 mai 1981 (lire en ligne)
  12. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la région Auvergne (2010). Avis N°1-2010 - Séance du 30 juin 2010 du CSRPN Auvergne - Propositions concernant les espèces déterminantes pour l’établissement de la Trame Verte et Bleue. 18 pages.
  13. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la région centre (2010). Projet de liste d’espèces déterminantes « Trame verte et bleue » pour la région Centre – Proposition du CSRPN de la région Centre. 7 pages
  14. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la région Midi-Pyrénées (2010). Contribution du CSRPN Midi-Pyrénées aux listes d’espèces déterminantes Trame verte et bleue. 10 pages.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Article principal : Lynx boréal.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]