Lymphome de Burkitt

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Lymphome de Burkitt
Classification et ressources externes
Burkitt lymphoma, touch prep, Wright stain.jpg
Lymphome de Burkitt au microscope. Coloration de Wright.
CIM-10 C83.7
CIM-9 200.2
OMIM 113970
DiseasesDB 1784
eMedicine med/256 
MeSH D002051
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Le Lymphome de Burkitt est une tumeur (lymphome non-hodgkinien) qui provient de l'évolution maligne et de la prolifération de cellules lymphoïdes de type B. Elle est souvent d'origine virale. Classiquement, on définit trois variantes cliniques[1] : la forme endémique, la forme associée à l'immunodéficience et la forme sporadique.

Autres noms[modifier | modifier le code]

Différentes dénominations décrivent la même affection[2] :

  • LAL à cellules de Burkitt ;
  • LAL-B ;
  • LAL-L3 ;
  • LAL3 ;
  • leucémie aigüe lymphoblastique B ;
  • leucémie aiguë lymphoblastique de type Burkitt ;
  • leucémie aigüe lymphoblastique de type Burkitt ;
  • leucémie de Burkitt ;
  • leucémie lymphocytaire aiguë B ;
  • leucémie lymphocytaire aigüe B ;
  • leucémie lymphoïde aiguë à cellules B ;
  • leucémie lymphoïde aigüe à cellules B ;
  • LLA-B ;
  • maladie de Burkitt ;
  • tumeur de Burkitt.

Causes[modifier | modifier le code]

Le virus Epstein-Barr est associé aux trois formes de lymphome de Burkitt, de manière constante dans la forme endémique, de manière inconstante dans les deux autres formes[3]. L'infection précède le développement tumoral[4]. le mécanisme de la transformation tumorale n'est pas clair. Plusieurs protéines synthétisées par le génome du virus Epstein-Barr seraient impliquées, entraînant des altérations au niveau de l'ADN de la cellule contaminée[5].

Le rôle favorisant du paludisme a été suspecté dans la forme endémique pour des raisons épidémiologiques. Certains antigènes du parasite pourrait réactiver le virus Epstein-Barr présent de manière latente chez un hôte[6].

Particularités génétiques[modifier | modifier le code]

Structure cristalline de c-Myc.

Le lymphome de Burkitt est généralement associé à une translocation du gène c-myc (le gène MYC fut d'ailleurs découvert pour la première fois chez des patients atteints du lymphome de Burkitt). Cette translocation est souvent provoquée par l'oncogène viral EBV.

  • Emplacements les plus courants dans le génome : t(8;14)(q24;q32) chromosome 8, région q24 vers chromosome 14, région q32[7]
  • Variantes : du chromosome 8 vers les chromosomes 2 ou 22 t(8;2)(q24;p12); t(8;22)(q24;q11)
  • Intégration du génome EBV : 100 % en Afrique, 30 % ailleurs[8]

Anatomo-pathologie[modifier | modifier le code]

Lymphocytes B touchés par un lymphome de Burkitt.

Il s'agit de la tumeur à la croissance la plus rapide avec un temps de doublement cellulaire compris entre 1 et 2 jours[3].

Histologiquement, on décrit ce cancer comme présentant une apparence de "ciel étoilé"[9]. Les cellules lymphoïdes, particulièrement similaires les unes aux autres, s'organisent en couches de cellules ayant de très forts taux de prolifération et d'apoptose.

Apparence caractéristique de cellules en cas de lymphome de Burkitt.

Ces lymphocytes ont un noyau de forme ronde ou ovale, aux contours réguliers, la chromatine, localisée dans la partie centrale du noyau, se trouvant réticulée avec plusieurs nucléoles de taille ordinaire. Le cytoplasme est basophile à l'examen. Chez les patients immunodéprimés, on peut également découvrir parfois une importante différenciation du cytoplasme avec un noyau à nucléole unique.

Symptômes[modifier | modifier le code]

Garçon nigérian de sept ans avec une tumeur de la mâchoire traitée par antibiotiques.

On pourra souvent découvrir soit une large lésion ostéolytique du maxillaire ou de la mandibule soit une masse abdominale en croissance rapide.

Il n'existe pas de délimitations cliniques claires entre les trois formes, la distinction se situant plutôt au niveau épidémiologique.

Formes cliniques[modifier | modifier le code]

Forme endémique liée au virus d'Epstein-Barr (EBV)[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Deux EBV au microscope.

Cette pathologie tire son nom de Denis Parsons Burkitt (1911-1993), le chirurgien militaire qui l'a décrite en 1958 en Ouganda[10]. Il avait remarqué des tumeurs de la mâchoire jamais décrites et pourtant courantes chez les enfants de la région. Néanmoins, ce ne sera que six ans plus tard au Zaïre (aujourd'hui RDC) que seront effectuées les premières descriptions cliniques de ce lymphome. Initialement pris pour un sarcome, elle est correctement classée dans les lymphomes à partir de 1960[11]. La cause virale a été suspectée en 1964 par Epstein, Barr et Achong devant la présence de corpuscules viraux dans les échantillons de lymphomes[12].

Il s'agit de la première tumeur découverte associée à un virus et l'une des premières associées à une translocation chromosomique[3].

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

On le retrouve essentiellement chez les enfants africains avec un pic de fréquence entre 6 et 7 ans. Tumeur enfantine la plus courante en Afrique équatoriale, dans la fameuse Lymphoma Belt[13], elle est liée à l'énorme prévalence de l'EBV dans cette région. La zone de prévalence de la maladie recouvre celle du paludisme[14]. La maladie touche plus souvent les garçons que les filles et s'attaque régulièrement à la mâchoire. Elle peut aussi toucher les autres os du visage ou l'abdomen mais les proportions de ces différentes formes varient selon les sources[15],[16] (région rétropéritonéale, ovaires ou mésentère).

Le lymphome de Burkitt représente actuellement dans le monde 2 % de tous les syndromes lymphoprolifératifs[17] (c'est-à-dire l'ensemble contenant les lymphomes, les leucémies, les myélomes, etc).

Forme liée au VIH[modifier | modifier le code]

Schéma du VIH.

L'épidémie de SIDA a fait du VIH une cause du lymphome de Burkitt à rechercher systématiquement quand il est associé à une immunodéficience[18] , bien que les immunosuppresseurs utilisés à l'occasion d'une greffe puissent aussi être incriminés. La forme de de lymphome liée au VIH apparaît cliniquement difficile à distinguer de la forme classique.

Forme sporadique ou « non-africaine »[modifier | modifier le code]

Maladie rare que l'on peut trouver partout dans le monde, elle touche aussi bien des adultes que des enfants surtout au niveau de l'abdomen. Elle ne semble pas associée au virus d'Epstein-Barr[3].

Facteurs pronostiques[modifier | modifier le code]

L'extension (locale, loco-régionale ou généralisée) est un facteur pronostique important. Certaines anomalies chromosomiques ont une évolution plus péjorative[19].

Traitement[modifier | modifier le code]

Après la ponction de la masse tumorale et le bilan d'extension (radiographie, myélogramme, ponction lombaire), une chimiothérapie progressive et exclusive doit être envisagée. Celle-ci guérit 80 % des cas. En cas de rechute ou de non-efficacité, on doit élargir le traitement (immunothérapie, radiothérapie) mais le pronostic s'assombrit (seulement 10 à 20 % de guérison).

Comme pour tous les cancers, la précocité de la prise en charge est primordiale pour diminuer la mortalité.

La prise en charge de ce lymphome dans les pays pauvres est beaucoup plus limitée.

Prévention[modifier | modifier le code]

La lutte contre le virus d'Epstein-Barr (EBV) et le VIH est, bien évidemment, la base de la prévention. Il n'existe pas encore de vaccin disponible contre l'EBV mais des essais cliniques sont en cours[20],[21]. La prévention en amont de ces deux pathologies est donc considérée comme la clé de la prévention contre le lymphome de Burkitt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ferry JA, « Burkitt's lymphoma: clinicopathologic features and differential diagnosis », Oncologist, vol. 11, no 4,‎ avril 2006, p. 375–83 (PMID 16614233, DOI 10.1634/theoncologist.11-4-375, lire en ligne)
  2. Page dédiée et dénominations MeSH sur le CISMeF
  3. a, b, c et d (en) Molyneux EM, Rochford R, Griffin B. et al. « Burkitt's lymphoma » Lancet 2012;379(9822):1234-44. PMID 22333947
  4. (en)Neri A, Barriga F, Inghirami G et al. Epstein-Barr virus infection precedes clonal expansion in Burkitt's and acquired immunodeficiency syndrome-associated lymphoma, Blood, 1991;77:1092-1095
  5. (en)Kamranvar SA, Gruhne B, Szeles A, Masucci MG, Epstein-Barr virus promotes genomic instability in Burkitt's lymphoma Oncogene 2007;26:5115-5123
  6. (en)Chene A, Donati D, Orem J et al. Endemic Burkitt's lymphoma as a polymicrobial disease: new insights on the interaction between Plasmodium falciparum and Epstein-Barr virus, Semin Cancer Biol, 2009;19:411-420
  7. (en) Liu D, Shimonov J, Primanneni S, Lai Y, Ahmed T, Seiter K, « t(8;14;18): a 3-way chromosome translocation in two patients with Burkitt's lymphoma/leukemia », Mol. Cancer, vol. 6,‎ 2007, p. 35 (PMID 17547754, DOI 10.1186/1476-4598-6-35)
  8. Cours de l'université de Rouen, diapositive.
  9. (en) Fujita S, Buziba N, Kumatori A, Senba M, Yamaguchi A, Toriyama K, « Early stage of Epstein-Barr virus lytic infection leading to the "starry sky" pattern formation in endemic Burkitt lymphoma », Arch. Pathol. Lab. Med., vol. 128, no 5,‎ mai 2004, p. 549–52 (PMID 15086279, lire en ligne)
  10. (en) Burkitt D, « A sarcoma involving the jaws in African children », The British journal of surgery, vol. 46, no 197,‎ 1958, p. 218–23 (PMID 13628987, DOI 10.1002/bjs.18004619704)
  11. (en) O'Connor GT, Davies JN. « Malignant tumors in African children. With special reference to malignant lymphoma » J Pediatr. 1960;56:526-35. PMID 14428045
  12. (en) Epstein MA, Achong BG, Barr YM. « Virus particles in cultured lymphoblasts from Burkitt's lymphoma » Lancet 1964;1(7335):702-3. PMID 14107961
  13. (en)viral cancers : EBV sur le site de l'OMS
  14. (en)Kafuko GW, Burkitt DP Burkitt's lymphoma and malaria, Int J Cancer, 1970;6:1-9
  15. Lymphome de Burkitt et lymphomes viro-associés(2006) sur un site consacré à la médecine tropicale
  16. Burkitt sur le dictionnaire des cancers
  17. (en) Turgeon, Mary Louise, Clinical hematology: theory and procedures, Hagerstown, MD, Lippincott Williams & Wilkins,‎ 2005, 4e éd. (ISBN 978-0-7817-5007-3, LCCN 2004017961), p. 283 :

    « Frequency of lymphoid neoplasms. (Source: Modified from WHO Blue Book on Tumour of Hematopoietic and Lymphoid Tissues. 2001, p. 2001.) »

  18. (en) Bellan C, Lazzi S, De Falco G, Nyongo A, Giordano A, Leoncini L, « Burkitt's lymphoma: new insights into molecular pathogenesis », J. Clin. Pathol., vol. 56, no 3,‎ mars 2003, p. 188–92 (PMID 12610094, PMCID 1769902, DOI 10.1136/jcp.56.3.188, lire en ligne)
  19. (en) Nelson M, Perkins SL, Dave BJ. et al. « An increased frequency of 13q deletions detected by fluorescence in-situ hybridization and its impact on survival in children and adolescents with Burkitt lymphoma: results from the Children's Oncology Group study CCG-5961 » Br J Haematol. 2010;148:600-10. PMID 19895612
  20. (en) Sokal EM, Hoppenbrouwers K, Vandermeulen C. et al., « Recombinant gp350 vaccine for infectious mononucleosis: a phase 2, randomized, double-blind, placebo-controlled trial to evaluate the safety, immunogenicity, and efficacy of an Epstein-Barr virus vaccine in healthy young adults », J. Infect. Dis., vol. 196, no 12,‎ décembre 2007, p. 1749–53 (PMID 18190254, DOI 10.1086/523813, lire en ligne)
  21. (en) Crawford DH, Macsween KF, Higgins CD, et al., « A cohort study among university students: identification of risk factors for Epstein-Barr virus seroconversion and infectious mononucleosis », Clin. Infect. Dis., vol. 43, no 3,‎ août 2006, p. 276–82 (PMID 16804839, DOI 10.1086/505400, lire en ligne)

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