Lutte anti-sous-marine

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La lutte anti-sous-marine (ASM, en anglais : anti-submarine warfare - ASW) désigne l'ensemble des tactiques de combat et de protection contre la menace représentée par les sous-marins. Elle met en œuvre plusieurs moyens complémentaires :

Le dispositif est dirigé depuis une des frégates anti-sous-marine, sur laquelle est embarqué le Commandant de lutte anti-sous-marine de l'opération.

Types d'opérations[modifier | modifier le code]

Bouées sonar chargées à bord d'un avion P-3 Orion de l'US Navy
Le USNS Stalwart (T-AGOS-1) en 1986, navire non-armé du Military Sealift Command, est spécialisé dans la détection des sous-marins

Préventives[modifier | modifier le code]

Les opérations préventives consistent à surveiller a priori une zone dans laquelle sont susceptibles d'opérer ou de transiter des sous-marins. Les unités ASM effectuent une recherche dans cette zone ou établissent des barrages dans les zones de passage obligé. Par exemple, pendant la Guerre froide, les débouchés de la mer de Norvège sur l'Atlantique (les détroits entre le Groenland, l'Islande et les îles Britanniques, le GIUK pour les anglophones) étaient des zones de patrouille pour les unités de l'OTAN, pour essayer d'intercepter les sous-marins de la marine soviétique.

Ces opérations sont longues, fastidieuses et souvent décevantes, mais elles réduisent les capacités d'action des sous-marins.

Le principal outil de ces opérations est l'avion de patrouille maritime. Les systèmes fixes de surveillance acoustique des océans (SOSUS) participent aussi à ce genre d'action.

Défensives[modifier | modifier le code]

Les opérations défensives consistent à protéger des unités précieuses (un groupe aéronaval ou un groupe amphibie) ou un convoi de navires marchands contre la menace sous-marine.

Ce type d'opérations a particulièrement été illustré dans l'histoire par l'escorte des convois pendant les deux guerres mondiales (voir les articles sur les batailles de l'Atlantique).

Les navires d'escorte, complétés si possible par des hélicoptères et des avions et éventuellement par des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) sont disposés en écrans mobiles autour des unités à protéger, de préférence placés de telle façon que le sous-marin attaquant ait à franchir une succession d'obstacles (défense en profondeur) avant d'être en position de tir.

Ces dispositifs de protection nécessitent beaucoup d'unités ASM. Relativement efficaces contre des sous-marins classiques, car alors les cinématiques respectives n'imposent qu'un écran sur l'avant[1], ces dispositifs le sont beaucoup moins contre des SNA, rapides, qui nécessitent également une protection sur l'arrière. Par ailleurs, les progrès techniques réalisés sur les torpilles des sous-marins, dont les portées ont beaucoup augmentées, et surtout l'avènement du missile à changement de milieu antinavire font que la balance tactique ne penche pas aujourd'hui du côté de l'escorte.

Offensives[modifier | modifier le code]

Les opérations offensives sont menées par des groupes de frégates ASM, avec leurs hélicoptères (groupes « Hunters-Killers »), éventuellement complétés par un avion de patrouille maritime, qui agissent sur alerte, soit au sein d'une escorte, soit indépendamment à la suite d'une détection lors d'une opération préventive.

Tactiques[modifier | modifier le code]

La tactique du commandant de lutte anti-sous-marine consiste, d'une manière générale, à conduire le sous-marin dans un piège, en utilisant des sonars actifs pour le contraindre à fuir vers des sonars passifs.

Il va donc employer les sonars actifs des frégates (de coque ou remorqués), celui de ses hélicoptères (sonars trempés) et les bouées acoustiques actives larguées par l'avion de patrouille maritime pour détecter l'adversaire ou le faire fuir vers les sonars passifs d'un sous-marin d'attaque ou les bouées acoustiques passives de l'avion de patrouille maritime, qui eux sont indétectables par le sous-marin.

En cas de contact avec les sonars actifs des frégates, celles-ci restent à distance et font décoller ou rallier leurs hélicoptères pour vérification et éventuellement attaque à la torpille. De même, l'avion de patrouille maritime, après détection sur ses bouées passives, vérifie le contact avec son détecteur d'anomalie magnétique, attaque lui-même ou fait rallier en les guidant, des hélicoptères ASM ou des frégates qui l'aident au pistage et à l'attaque.

Les tactiques anti-sous-marines sont multiples : elles nécessitent un entraînement très poussé, un esprit d'équipe et beaucoup de persévérance et d'habileté. Les conditions de l'environnement sont très variables : petits fonds ou grands fonds, conditions de propagation du son dans l'eau, météorologie, bruits biologiques ou du trafic commercial. C'est le domaine de l'aléatoire et des probabilités.

Pour coordonner les opérations anti-sous-marines, les marines de l'OTAN mettent en œuvre sur les plates-formes anti-sous-marines, la liaison 11. En raison de l'abandon des liaisons de données tactiques de la série-M (liaison 11) au profit de celles de la série-J (dont les données sont plus pertinentes en regard des nouvelles technologies), la liaison 11 devrait être remplacée rapidement par la liaison 22 ; Si les conditions opérationnelles le permettent, la liaison 16 peut être mise également à contribution.

Acteurs et équipements[modifier | modifier le code]

La frégate ASM[modifier | modifier le code]

Frégate ASM De Grasse, de la marine française; on notera la forme du cul en tableau pour permettre la mise à l'eau du « poisson » du sonar remorqué, en blanc.

La frégate ASM est, depuis les années 1960/1970, un bâtiment de combat d'un tonnage de l'ordre de 4 000 à 6 000 tonnes, dont le système d'armes principal est dédié à la lutte ASM :

Ces bâtiments possèdent aussi des moyens de lutte de surface (missiles mer-mer) et une forte capacité d'auto-défense anti-aérienne (missiles mer-air à courte et moyenne portée).

Article détaillé : frégate (navire).

L'hélicoptère ASM[modifier | modifier le code]

Hélicoptère ASM Westland Lynx, porteur d'une torpille Mark 46.

L'hélicoptère ASM est un hélicoptère moyen armé de torpilles et muni d'un sonar. Ce sonar est suspendu à un treuil et l'hélicoptère, en vol stationnaire, vient le « tremper » (d'où l'appellation de « sonar trempé ») à l'immersion la plus favorable à la détection. Au contact d'un sous-marin, il procède par bonds (stations) pour le pister.

Les hélicoptères ASM embarqués sur frégate représentent une grande menace pour le sous-marin. Agissant en groupe de deux ou trois si ils proviennent d'une flottille, invulnérables vis-à-vis du sous-marin non doté de missiles antiaériens, ils ont une grande capacité de tenue de contact et de pistage. Ils sont également utilisés par la frégate pour vérifier un contact obtenu à grande distance et pour l'attaque, la frégate restant alors hors de portée des armes du sous-marin.

L'avion de patrouille maritime[modifier | modifier le code]

L'avion de patrouille maritime en lutte ASM est capable de rester plusieurs heures sur sa zone de patrouille, qu'il va explorer systématiquement avec plusieurs senseurs avant d'attaquer le sous-marin avec des torpilles.

Article détaillé : Avion de patrouille maritime.

Le sous-marin[modifier | modifier le code]

Le meilleur chasseur de sous-marins est certainement le sous-marin d'attaque lui-même : il a « l'ouïe » beaucoup plus fine que les frégates et les aéronefs. En patrouille à vitesse réduite, remorquant à trois kilomètres derrière l'antenne d'un sonar passif à très basse fréquence, il est à l'affût de la moindre indiscrétion du sous-marin adverse (vitesse trop élevée, changement brusque d'immersion, bruits d'installations à bord). Pour peu qu'il soit plus silencieux que son adversaire, il a sur lui un avantage décisif. En revanche, si les deux sous-marins sont aussi silencieux l'un que l'autre, la lutte s'apparente à un combat dans l'obscurité la plus totale.

Cependant, la coopération avec les autres unités ASM est difficile et contraignante pour le sous-marin : elle l'oblige à venir à l'immersion périscopique pour communiquer, donc à commettre une indiscrétion, et éventuellement à quitter l'immersion de meilleure écoute. C'est pourquoi, généralement, le SNA sera en soutien indirect de la force à protéger. En plongée jusqu'à 70 mètres, il reçoit l'image tactique en restant à l'écoute de la liaison 11 ou de la liaison 22 sur une antenne flottante radio HF remorquée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. la vitesse du sous-marin attaquant étant plus lente que celle de la formation, le sous-marin doit se placer sur l'avant de la route de celle-ci pour être en position de tir

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Lutte anti-sous-marine.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]