Luisa Casati

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La marquise Luisa Casati, par Giovanni Boldini

Luisa Amann, épouse du marquis Casati Stampa di Soncino, marquise romaine (28 janvier 1881 - 1er juin 1957) fut la muse et mécène d'un grand nombre d'artistes ayant marqué le début du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Luisa Adele Rosa Maria von Amann est née à Milan en 1881. Elle est la plus jeune fille d'Alberto von Amann, d'origine autrichienne, et de sa femme Luisa Bressi, d'origine italienne et autrichienne. Le père de Luisa est faitcomte par le roi Humbert Ier d'Italie. La comtesse Amann meurt alors que Luisa a treize ans, et le comte Amann meurt deux ans plus tard. Ce double décès fait de Luisa et de sa sœur aînée Francesca (1880-1919, mariée à Giulio Padulli) les deux femmes les plus fortunées d'Italie.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

"Pearls",
Portrait de Luisa Casati par Adolf de Meyer

En 1900, Luisa épouse Camillo, Marquis Casati Stampa di Soncino (né le 12 août 1877 à Muggiò et mort le 18 septembre 1946 à Rome). Un an plus tard naît leur unique enfant. Les époux Casati vivent dans des résidences séparées durant la totalité de leur mariage. Ils se séparent légalement en 1914, et leur mariage prend fin à la mort de la marquise.

La fille née de cette union, Cristina Casati Stampa di Soncino (1901-1953) épouse Francis John Clarence Westenra Plantagenet Hastings, connu sous le nom du Vicomte Hastings puis sous le nom du 16e Comte d'Huntingdon dès 1925. Ils ont un seul enfant, Lady Moorea Hastings (4 mars 1928 - 21 octobre 2011) et divorcent en 1943. Les années suivantes, la vicomtesse d'Hastings épouse Wogan Phillips ; ils n'ont aucun enfant.

La seule petite-fille de Luisa Casati, Lady Moorea Hastings, épouse d'abord le politicien et chroniqueur Woodrow Wyatt en 1957, dont elle divorce en 1966, puis le publicitaire Brinsley Black, désigné comme l'une des personnalités anglaises les plus élégantes par l'édition homme de Vogue en 1965[1]. Elle a un fils de chacune de ces unions :

  • The Hon. Pericles Plantagenet James Casati Wyatt (né en 1963)
  • Octavius Black (Octavius Orlando Irvine Casati Black, né en 1968)

Moorea Hastings était si peu maternelle que, lorsqu'elle s'aperçut qu'elle était enceinte, elle décida avec son premier mari que des cousins de son époux prendraient soin du bébé. Lorsque Woodroy Wyatt demanda le divorce pour cause d'adultère de sa femme, il reçut la garde complète de l'enfant, fait assez inhabituel pour l'époque[2].

Muse et mécène[modifier | modifier le code]

Portrait de Luisa Casati portant un costume intitulé "Lumière", réalisé par Worth

La marquise Luisa Casati est une grande figure de la société européenne du début du XXe siècle. Elle a marqué son temps par ses extravagances, son allure théâtrale et son goût pour les sciences occultes ; donnant de grands bals masqués placés sous le signe du faste, elle a côtoyé ainsi à la fois le milieu mondain et les artistes d'avant-garde. Ses excentricités et sa beauté lui forgèrent une réputation de femme fatale et contribuèrent à sa célébrité. Elle devint une légende parmi ses contemporains, notamment en hébergeant les Ballets russes. Elle époustoufla l'assemblée en se promenant avec des guépards en laisse, et en portant des serpents vivants en guise de bijoux.

On raconte également qu'elle donna des dîners au Vésinet où la seule lumière provenait du collier d'ampoules qu'elle portait autour du cou[3].

En 1910, Luisa Casati prit ses quartiers dans le Palazzo Venier dei Leoni, sur le Grand Canal à Venise (aujourd’hui devenu la résidence de la Collection Peggy Guggenheim). Ses soirées y étaient légendaires. Casati y rassembla une ménagerie d'animaux exotiques, et devint mécène de grands créateurs de mode comme Fortuny et Poiret. De 1919 à 1920, elle vécut dans la Villa San Michele à Capri, en tant que locataire imposée à Axel Munthe. Son séjour sur l'île de Capri où elle hébergea de nombreux artistes, mais aussi gays et lesbiennes en exil, est décrit dans le journal intime de l'auteur britannique Compton Mackenzie.

Le 30 mai 1923, elle acquit le Palais Rose du Vésinet, ancienne demeure de l'écrivain et esthète Robert de Montesquiou. Comme lui, elle y reçut le Tout-Paris de l'époque. Elle y fit construire un terrarium chauffé, pour accueillir sa collection de reptiles, dans le jardin d'hiver de la résidence. Le soleil lumineux sur le sol du grand salon pourrait lui être attribué : elle aurait tenu à ce que ses dîners ne soient éclairés que par les ampoules constituant son collier. En 1932, ruinée, elle dut l'abandonner à ses créanciers[3].

Œuvres inspirées par Luisa Casati[modifier | modifier le code]

Luisa Casati fut la muse de nombreux artistes, de Giovanni Boldini à Léon Bakst et Man Ray, en passant par Guiglio de Blaas, Gabriele D'Annunzio, Umberto Brunelleschi, Catherine Barjansky, Kees van Dongen, Augustus John, Marinetti, Alberto Martini, le baron Adolf de Meyer, Roberto Montenegro, Joseph Paget-Fredericks, Hans-Henning von Voigt (plus connu sous son pseudonyme en tant qu'illustrateur, Alastair), Cecil Beaton et Salvador Dalí.

  • En littérature

Elle fut une source d’inspiration pour de nombreux écrivains, comme Robert de Montesquiou, Romain de Tirtoff (dit Erté) et Jean Cocteau. Sa relation passionnée avec l'écrivain Gabriele D'Annunzio lui valut d'inspirer à ce dernier le personnage d'Isabella Inghirami dans Forse che si, forse che no (1910). Elle inspira également le personnage de La Casinelle, qui apparaît dans deux romans de Michel Georges-Michel, La fête de Venise (1922) et Nouvelle Riviera (1924).

  • En peinture et sculpture

Il existe un grand nombre de portraits peints et sculptés de la marquise, comme ceux de Giovanni Boldini, Paolo Troubetzkoy, Romaine Brooks (avec qui elle eut une liaison), Kees van Dongen ou encore Man Ray. Nombre de ces œuvres étaient des commandes qu'elle passa pour réaliser son vœu de "contribuer à sa propre immortalité"[4]. Elle fut également la muse de futuristes italiens, tels que F. T. Marinetti, Fortunato Depero, et Umberto Boccioni. Son portrait par Augustus John est l'un des tableaux les plus populaires du Musée des beaux-arts de l'Ontario. Robert Fulford fut très impressionné en le voyant alors qu'il n'était encore qu'un écolier, et Jack Kerouac accrocha une reproduction sur carte postale de ce portrait au-dessus de sa table de travail. En 1954, il dédia le poème "San Francisco Blues" à Casati[5].

  • En photographie

Adolf de Meyer, Cecil Beaton et Man Ray réalisèrent des portraits connus de Casati.

  • Au cinéma

Les personnages joués par Vivien Leigh dans “La Contessa” (1965), et par Ingrid Bergman dans “A Matter of Time” ou “Nina” en français (1976) furent également inspirés par la marquise Casati.

  • Dans le monde de la mode

En 1998, John Galliano s'inspire de son personnage pour la collection printemps/été de Christian Dior. Des robes issues de cette collection ont été présentées au Metropolitan Museum of Art dans la section de l'institut de la mode. Casati fut également une source d'inspiration pour Galliano pour ses créations de la collection automne/hiver 2007/2008, “Bal des Artistes” chez Dior. Son nom a également été choisi par les designers de mode britanniques Georgina Chapman et Keren Craig lors de la fondation de leur Marchesa fashion house. En mai 2009, Karl Lagerfeld lance la collection “Chanel croisière”, très influencée par la figure de Luisa Casati, sur le Lido de Venise.

Dettes, fuite et mort[modifier | modifier le code]

Tombe de Luisa Casati au cimetière de Brompton à Londres

En 1930, la dette de Luisa Casati avait atteint les 25 millions de dollars. Incapable de rembourser ses créditeurs, ses effets personnels furent vendus aux enchères. Des rumeurs dirent à l'époque que Coco Chanel était parmi les acquéreurs[6].

Casati s'enfuit à Londres où elle vécut alors dans une relative pauvreté. On dit même l'avoir vue fouiller les poubelles, à la recherche de plumes pour décorer ses cheveux[7]. Elle mourut au 32 Beaufort Gardens à Knightsbridge, le 1er juin 1957, à l'âge de 76 ans. Suite à un requiem à l'Oratoire de Londres, elle fut inhumée au cimetière de Brompton. L'épitaphe sur sa tombe est une citation de la pièce Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare : "L'âge ne peut la flétrir, ni l'habitude épuiser l'infinie variété de ses appas"[8].

Elle fut enterrée vêtue d'une parure noire et en peau de léopard, ainsi que portant des faux-cils. Elle partage son cercueil avec l'un de ses pékinois préférés empaillé. Sa tombe est une statue en forme d'une urne drapée et fleurie. L'inscription indique son prénom orthographié "Louisa" et non "Luisa". Cette tombe est relativement difficile à trouver malgré la célébrité de Luisa Casati, et est très modeste en comparaison avec les monuments funéraires qui l'entourent.

Artistes inspirés par la Marquise Casati (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Scot D. Ryersson et Michael Orlando Yaccarino, La Casati, Paris, Assouline, 2002
  • Camille de Peretti, La Casati, Stock, 2011

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur le site Magforum.
  2. « To Move and To Shake » par Geraldine Bedell, The Independent on Sunday, 24 novembre 1996.
  3. a et b Histoire du Palais Rose
  4. to "commission her own immortality"
  5. Kerouac l´évoque dans le 74è chorus de son poème San Francisco Blues: "Marchesa Casati / is a living doll / Pinned on my Frisco / Skid row wall // Her eyes are vast / Her skin is shiny / Blue veins / And wild red hair / Shoulders sweet & tiny // Love her / Love her / Sings the sea / Bluely / Moaning / In the Augustus John / de John /background"
  6. Nevill, Bernard. The World of Interiors (London), janvier 2001.
  7. Jullian, Philippe. "Extravagant Casati," Vogue (New York), 1er septembre 1970.
  8. Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare, Acte II scène 2 : « Age cannot wither her, nor custom stale her infinite variety »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]