Luis Molina

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Luis Molina

Luis de Molina, né le 29 septembre 1535 à Cuenca (Espagne) et mort le 12 octobre 1600 à Madrid, fut l'un des plus célèbres théologiens jésuites espagnols du XVIe siècle. Il est à l'origine d'une théorie particulière des relations entre la grâce divine et la liberté humaine qui est depuis appelée 'Molinisme'.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de la noblesse castillane en 1535, il rejoignit à l'âge de 18 ans à Alcalà la Compagnie de Jésus, récemment fondée par Ignace de Loyola (1540). Il étudia la théologie et la philosophie à Université de Coimbra au Portugal.

Il devint par la suite professeur à l'université d'Évora, université confiée aux jésuites du Portugal. En 1590, après vingt ans d'enseignement, particulièrement dédiés à l'approfondissement de la Somme de Saint Thomas d'Aquin, il se retira à Cuenca.

On lui attribua en 1592 une chaire de théologie morale à Madrid.

Oeuvres[modifier | modifier le code]

Il écrivit entre autres Concordia de liberi arbitrii cum gratiae donis, divina praescientia, praedestinatione et reprobatione (4 vo., Lisbonne, 1588) ; Commentaria in primam partem divi Thomae, un commentaire sur la première partie de la Summa Theologiae de Saint-Thomas d'Aquin (2 vols., fol., Cuenca, 1593) ; et un traité politico-juridique De jure et justitia (6 vols., 1593-1609).

Le théologien[modifier | modifier le code]

C'est au premier ouvrage mentionné (Accord du libre arbitre avec les dons de la grâce...) que sa renommée est due. Il voulait par ce livre essayer de réconcilier, au moins par les mots, les doctrines augustiniennes de prédestination et de grâce avec les enseignements de Baïus, alors condamnés par l'Église catholique. En partant du principe qu'un homme est libre de commettre ou de ne pas commettre un acte, Molina avance que les circonstances rendent la grâce de Dieu ni inutile ni impossible : pas impossible, car Dieu accorde toujours sa grâce à ceux qui la demandent avec sincérité ; et pas inutile, car la grâce, bien que pas efficace, est une cause suffisante de salut. Pour Molina, la doctrine de libre arbitre n'exclut pas la prédestination. Le Dieu omniscient, par sa scientia media (la phrase est de Molina, bien qu'on retrouve aussi l'idée chez Fonseca), ou sa capacité de connaître les évènements futurs, prévoit comment sera utilisé notre propre libre arbitre.

Ces doctrines, bien qu'en accord avec les doctrines dominantes de l'Église catholique à l'époque, et recommandées car en opposition totale avec les enseignements de Martin Luther et Jean Calvin, causèrent de violentes controverses dans certains ordres, en particulier chez les Dominicains, ce qui obligea finalement le pape Clément VIII à intervenir. En premier lieu (1594), il invita simplement les deux parties au silence ; mais finalement, en 1598, il nomma la "Congregatio de auxiliis divinae gratiae" pour trancher sur la dispute, qui devenait de plus en plus une querelle entre les ordres. Après de nombreuses séances, la congrégation se révéla incapable de trancher, et ses rassemblements furent suspendus en 1607 par Paul V; en 1611 il interdit toute nouvelle discussion sur la question de auxiliis, et de gros efforts furent faits pour contrôler les publications, même celles des commentaires sur Saint-Thomas d'Aquin.

Les Molinistes passèrent alors à la controverse janséniste.

Une vue complète de la théologie de Molina peut être trouvée dans l'Entstehung der thomistisch-molinistischen Controverse, de Schneeman publié dans l'Appendix (N° 9, 13 et 14) dans le journal jésuite, Stimmen aus Maria Laach. Pour les lecteurs non-initiés, on peut recommander l'article d'Ernest Renan, Les congrégations de auxiliis dans ses Nouvelles études d'histoire religieuse.

L'économiste[modifier | modifier le code]

De iustitia et iure, ouvrage de philosophie politico-juridique, contient également de nombreuses réflexions en matière économique qui ont été partiellement traduites en espagnol : La teoría del justo precio, éd. et trad. Francisco Gómez Camacho (Madrid, 1981); Tratado sobre los préstamos y la usura, éd. et trad. Francisco Gómez Camacho (Madrid, 1989); Tratado sobre los cambios, éd. et trad. Francisco Gómez Camacho (Madrid, 1990).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Smith, Gerard (ed): Jesuit thinkers of the Renaissance, Milwaukee (USA), 1939, pp.75-132.
  • Ernest Renan, Nouvelles études d'histoire religieuse,Les congrégations De auxiliis.
  • (en) Bernard Dempsey, Interest and usury, Dobson, 1943, rééd. 1948.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]