Luigi Cadorna

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Luigi Cadorna.

Luigi Cadorna, né le 4 septembre 1850 à Pallanza (Verbania) dans le Piémont et mort le 21 décembre 1928 à Bordighera, était un militaire italien qui réorganisa l'armée italienne à la veille de la Première Guerre mondiale, et en fut le chef d'état major durant les trente premiers mois du conflit.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils du général Raffaele Cadorna.

Commandant en chef des troupes italiennes[modifier | modifier le code]

Militaire italien de l'état-major général, il est cependant conscient des implications de la politique louvoyante de l'Italie entre les deux blocs d'alliance, insistant, en 1902, sur la modification des obligations du Royaume d'Italie envers ses alliés de la Triplice induite par le traité de 1902 avec la France[1].

À la suite du décès subit de son prédécesseur, il devient chef de l'état-major général italien en juillet 1914[2]. À ce poste, conscient du caractère provisoire de la neutralité italienne et partisan de l'entrée de l'Italie dans le conflit contre la double monarchie[3], il met en place les conditions d'une mobilisation accrue, faisant passer les effectifs de 250 000 soldats sous les drapeaux à 550 000 hommes en quelques mois, même si il ne peut suppléer au manque d'équipements des unités[4], puis, en1916, crée, grâce aux productions de l'industrie de guerre, treize nouvelles divisions parfaitement équipées[5]

Une fois la guerre déclarée, il installe son quartier général à Udine, où le roi vient rapidement le rejoindre[6]. Mais sa conduite de la guerre génère dans le royaume un certain nombre de critiques, aussi bien de la part des hommes politiques que de ses subordonnés[7]. En effet, il concentre dans ses mains un pouvoir immense, est flanqué d'un ministre sans portefeuille[5].

À ce poste, il participe à la mise en place de la stratégie alliée, décidée conjointement à partir de l'été 1917 et défend le point de vue de son gouvernement dans la conduite de la guerre, parfois contre l'avis des commandants en chefs des autres armées de l'Entente[8]. Cependant, dès le printemps 1916, pour faire face à une offensive autrichienne, il demande à ses alliés de lancer des offensives, en Russie et en France[9].

Cependant, au printemps 1917, il tente une négociation avec la double monarchie, proposant la sortie de l'Italie du conflit moyennant la cession par l'Autriche-Hongrie du Trentin et de la côte dalmte jusqu'à Aquilée[10].

Opérations menées sous sa direction[modifier | modifier le code]

Alors qu'il a une attitude défensive dans le Trentin, il lance des offensives le long de la rivière Isonzo entraînant peu de succès et beaucoup de pertes humaines; en effet, il se montre partisan d'attaques frontales, privilégiant le choc à la manœuvre[11]. Ses principaux succès furent l'arrêt de l'offensive autrichienne dans le Trentin, la capture de Gorizia et la victoire de Bainsizza. Cependant, ses succès sont amoindris par le manque de réactions des Serbes, informés des conditions du Traité de Londres[11], par la combattivité des soldats de la double monarchie et par l'efficacité de ses services de renseignements[12].

En 1916, en lien avec les offensives menées sur les autres fronts, il coordonne les attaques italiennes sur le front de Isonzo, dans un premier temps avec succès, notamment en raison de la nécessité du redéploiement d'unités austro-hongroises face aux Russes[13]. Il lance ainsi les sixième, septième et huitième batailles de l'Isonzo[14]. Au cours de l'année suivante, il lance d'autres offensives sur l'Isonzo selon le modèle mis en place en 1915, avec guère plus de succès[15].

La participation de troupes allemandes aux côtés de troupes de l'Autriche-Hongrie contre l'Italie en 1917 change les rapports de force et conduisit à la défaite de Caporetto. Ses choix d'une défense statique, avec l'artillerie, aboutissent à la débâcle, notamment en raison du manque de coordination entre les différentes unités placées sous ses ordres, ainsi que de l'absence de liaison entre l'infanterie et l'artillerie[16]. De plus, sa mauvaise appréciation de la situation contribue à transformer la défaite qui se profile en déroute[17].

Il doit démissionner et est remplacé par le général Armando Diaz. En 1919 il fit partie de la délégation italienne à Versailles, mais une enquête officielle sur la défaite de Caporetto, qui le mettait en cause, l'obligea à retourner en Italie. Il fut néanmoins nommé maréchal en 1924, quand Mussolini prit le pouvoir.

Style de commandement[modifier | modifier le code]

Sous sa direction, l'armée italienne avait recours massivement aux pelotons d’exécution et aux décimations des soldats qui souhaitaient arrêter la guerre. Il serait à l'origine de 750 condamnations et 270 exécutions sommaires[18].

Divers[modifier | modifier le code]

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Après le désastre de Caporetto, le général Cadorna s'est retiré au palais de Zara, à Trévise.

Une chanson rappelle la haine des soldats pour Luigi Cadorna. Il en existe plusieurs versions aux différences marginales[19] :

« Il general’ Cadorna mangia le buon’ bistecche
Ma il povero soldato mangia castagne secche.
 »

« Le général Cadorna mange de bons beefsteacks
Mais le pauvre soldat mange des châtaignes sèches. »

Selon un témoin cité par Del Boca, « Cadorna : lui était notre véritable ennemi. Pas les Autrichiens »[20]. Des civils slovènes furent fusillés en nombre sur le front de l’Isonzo. Il y eut l’enfer de Gorizia (Ô Gorizia, tu sei maledetta ! - « O Gorizia, toi tu es maudite ! »). Ceci fait référence aussi aux horreurs de l’Isonzo, avec notamment le «téléphérique de la mort» desservant le front, qui charriait cadavres et blessés déchiquetés - depuis le haut vers bas - en échange d’approvisionnements - de bas en haut…

Hommages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Clark, Les somnambules : Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre, Paris 2013, Flammarion,‎ , 668 p. (ISBN 978-2-0812-1648-8).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Angelo Tasca, Naissance du Fascisme : L'Italie de l'armistice à la marche sur Rome, Paris, Gallimard, coll. « Tel »,‎ (1re éd. 1938), 503 p. (ISBN 978-2-0707-6419-8).Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 100, note 1
  2. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 106, note 2
  3. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 107
  4. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 106
  5. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 127
  6. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 110
  7. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 113
  8. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 549
  9. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 129
  10. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 167
  11. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 111
  12. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 112
  13. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 371
  14. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 130
  15. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 176
  16. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 510
  17. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 180
  18. (fr)[PDF][1] Renaissance d’une polémique. 2014 : Les fusillés de la Grande Guerre de l’armée italienne en débat - Par Marco PLUVIANO - Observatoire du centenaire, Université Paris I.
  19. Gilbert Meiner, «Mémoires italiennes de la colonisation, à propos de : Italiani, brava gente ? d’Angelo Del Boca» dans : Esprit, janvier 2008, p.36-51.
  20. Angelo Del Boca, Italiani, brava gente?: un mito duro a morire, N. Pozza, 2005, p.133.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]