Lucas Cranach l'Ancien

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Lucas Cranach l'Ancien

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Portrait de Lucas Cranach l'Ancien à l'âge de 77 ans, par son fils Lucas Cranach le Jeune, Galerie des Offices, Florence

Nom de naissance Lucas Cranach l'Ancien
Naissance 4 octobre 1472
Kronach
Décès 16 octobre 1553 (à 81 ans)
Weimar
Activités Peintre, Graveur
Maîtres Hans Cranach (1503-1537)
Élèves Lucas Cranach le Jeune
Mouvement artistique Renaissance
Mécènes Frédéric III de Saxe, Jean Ier de Saxe (1468-1532), Jean Frédéric de Saxe (1503-1554)

Lucas Müller, dit Lucas Cranach l’Ancien, né le 4 octobre 1472 à Kronach en Haute-Franconie (Allemagne) et décédé le 16 octobre 1553 à Weimar (Allemagne), est un peintre et graveur de la Renaissance allemande. Son patronyme dérive de celui de sa ville natale. Il est le père de Lucas Cranach le Jeune (1515 - 1586).

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses origines et ses années de formation sont presque totalement inconnues. Son nom provient de celui de sa ville natale. Son père, Hans (1448-1491 ou 1492), aurait été peintre[1].

Entre 1501 et 1504, il voyage dans la vallée du Danube jusqu’à Vienne, où il fréquente alors les milieux humanistes. Il peint durant cette période des tableaux d’inspiration religieuse (Saint-Jérôme - 1502, Crucifixion - 1503, Le Repos pendant la fuite en Égypte - 1504) ainsi qu’un portrait, le « Portrait de Dr. Cuspinian et sa femme » — un humaniste viennois — en 1504.

À cette époque, son style, proche de celui d'Albrecht Dürer, ou d’Albrecht Altdorfer, se caractérise par la prédominance des paysages agités, aux couleurs fastes, emplis d’une quantité de détails et de symboles, d’un lyrisme exacerbé, paysages quasi surréalistes où la tension psychologique est palpable, espaces vitaux dans lesquels s’insèrent avec harmonie des personnages élaborés et à l’expression énigmatique. Les trois artistes ont d'ailleurs l'occasion de travailler ensemble, lors de la réalisation d'un « livre d'heure » en 1515 pour l'empereur Maximilien[1].

Il s’établit à Wittenberg en 1505 et devient peintre de cour auprès de l’électeur de Saxe Frédéric le Sage. Il est anobli en 1509 et reçoit du prince-électeur des armoiries représentant un dragon ailé portant un rubis, qui sera sa signature et celle de son atelier sur de très nombreux tableaux. Son activité change. Ses protecteurs, comme le cardinal Albert IV de Brandebourg attendent de lui non seulement des retables et des portraits, mais aussi des œuvres décoratives pour leurs fêtes et les intérieurs de leurs nombreuses demeures. Pour faire face aux nombreuses demandes, Cranach met sur pied un atelier où ses deux fils travaillent[2]. À partir de cette date, il tourne le dos à la spontanéité de sa période viennoise et son art s’oriente alors vers un style s’approchant du maniérisme : les formes s’allongent, deviennent plus souples, les personnages prennent de l’importance par rapport au paysage devenu simple décor et leurs différentes poses sont élaborées et codifiées, l’habillage raffiné.

Vénus (1532), Das Städel Museum, Frankfurt.

Certains historiens de l'art voient dans ce changement le début de la décadence qui va s'accentuant après 1525 alors que d'autres jugent la production des années 1505 à 1525 d'égale valeur, quoique très différente de celle des années viennoises[3].Cette simplification voulue des formes, des compositions et des couleurs lui permet à l'atelier de copier à la demande avec de simples variantes les créations du maitre[2]. Il crée ainsi une figure féminine idéale et stylisée sur des canons anti-classiques. Cette figure gracile, représentée le plus souvent avec des déformations onduleuses (La nymphe à la source, 1518 ; Lucrèce, 1532), a été interprétée comme une persistance du gothique ou une participation au maniérisme international[2]. Le pouvoir de séduction de l'artiste réside dans l'utilisation du pouvoir suggestif de la ligne sinueuse et du contraste des couleurs disposées en larges surfaces[3].

Dans La Vénus de 1529, Cranach reprend un sujet très classique de la Renaissance pour en faire une œuvre d'un érotisme ambigu. Représentée nue comme le veut la tradition, la Vénus est une jeune fille oblongue aux formes prépubères. Mais loin d'être pudique, elle porte un collier à la manière des courtisanes, elle montre son sexe d'un doigt et regarde le spectateur d'un œil aguicheur. Le paysage stylisé renvoie à l'Allemagne de son époque[4].

À Wittenberg, durant la même période, il fait la connaissance de Martin Luther avec qui il se lie d’amitié (et dont il réalisera de nombreux portraits). Acquis aux idées luthériennes, Cranach participera dès lors à la création de l’iconographie protestante, représentant des thèmes chers à la Réforme, tirés de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, introduisant quelquefois des citations de la Bible. Il peint également de nombreux portraits et scènes religieuses qui lui assurent la célébrité dans toute l’Europe, et à partir de 1525, intensifie son activité avec l’aide de ses fils, Hans et Lucas, et probablement d’un atelier important.

Propriétaire d’une pharmacie et d’une imprimerie, il est élu à trois reprises bourgmestre de Wittenberg et conserve sa charge de peintre de la cour sous les électeurs Jean-Constant et Jean-Frédéric, cour pour laquelle il peint d’innombrables nus bibliques et mythologiques à l’érotisme allusif.

Son protecteur Jean-Frédéric ayant été capturé après la bataille de Mühlberg, Cranach accompagne sa captivité de 1550 à 1552 avant de revenir à Weimar, nouvelle résidence électorale, pour y mourir l’année suivante.

Il a produit de nombreuses œuvres dont l'attribution est parfois difficile, les signatures différant et l'activité de son atelier étant importante (près de 600 œuvres)[5]. Après sa mort, son fils Lucas Cranach (dit le Jeune) continue l’activité de son père et de son atelier.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Salomé avec la tête de Saint Jean-Baptiste. Musée des beaux-arts de Budapest
Courtisane et Vieillard (1530), musée de Besancon.
La Vierge allaitant l'enfant

Peintures[modifier | modifier le code]

Gravures[modifier | modifier le code]

  • 1520 : Portrait de Martin Luther, burin, 14 × 9,7 cm, monogrammé et daté (MDXX).

Galerie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thieme-Becker, Allgemeines Lexikon der Bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart, Leipzig, vol. 8, 1913, p. 55-58.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Librairie Gründ, 1976, tome III, p. 256-259.
  • Les peintures de Lucas Cranach Max J. Friedlaender et Jakob Rosenberg, Flammarion, Paris 1978.
  • Spectacle : Les dernières hallucinations de Lucas Cranach L'Ancien, de Patrick Bonté et Nicole Mossoux, Tilburg, Pays-Bas et Bruxelles, 1991.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Renard de Bussiere S, L'art de Cranach, en émulation avec Dürer, L'Objet d'art, Hors série n°54, février 2011, p16-23
  2. a, b et c Les grands maitres de la Renaissance allemande de Dürer à Holbein, Cranach l'Ancien, un parcours singulier, Les dossiers de l'Art, n°148, p 58
  3. a et b Pierre Vaisse, Article Cranach l'Ancien, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  4. Les grands maitres de la Renaissance allemande de Dürer à Holbein, p. 59
  5. Messling G, Cranach l'ancien dévoilé sous ses multiples facettes, L'objet d'art Hors série n° 54, février 2011
  6. Le Louvre cherche des mécènes pour l'achat des Trois Grâces de Lucas Cranach, journal Libération, édition du 15/11/2010. « Pour acquérir cette œuvre, le Musée du Louvre lance un appel aux dons » (www.troisgraces.fr).
  7. Lucas Cranach l'Ancien Musée d'Unterlinden