Low (album)
Low
| Sortie | 14 janvier 1977 |
|---|---|
| Enregistré | Château d'Hérouville, Pontoise Hansa Studio, Berlin-Ouest 1976 |
| Durée | 38:48 |
| Genre | New Wave |
| Producteur | David Bowie Tony Visconti |
| Label | RCA |
| Critique |
Albums par David Bowie
Station to Station
(1976) "Heroes"
(1977)
Low, sorti en 1977, est le premier album de la « trilogie berlinoise » de David Bowie.
Sommaire |
Historique [modifier]
David Bowie quitte les États-Unis en 1976 pour s'installer à Berlin. Il y croise Iggy Pop et Brian Eno. C'est dans cette ville encore meurtrie par les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale qu'il va produire les albums les plus singuliers de sa carrière. Low en est la première pierre.
La pochette du disque montre une photo de David Bowie de profil. D'où la signification cachée : low profile (« profil bas »). Cette photo a été prise lors du tournage de L'Homme qui venait d'ailleurs. En réponse à cet album, Nick Lowe a publié un disque intitulé Bowi[1].
En 2003, l'album est classé 249e des 500 plus grands albums de tous les temps par le magazine Rolling Stone[2].
L'influence de l'album [modifier]
Bien qu'à priori aucun tube ne se retrouve dans cet album, son influence dépassera largement les frontières des années 1980, avec certains effets repris par Nirvana ou Guns N' Roses plus de dix années plus tard. D'un point de vue commercial, il s'agit d'un demi-échec, puisque Low ne dépasse pas la deuxième place des ventes au Royaume-Uni et la sixième aux États-Unis (sans promotion cependant).
Mais l'intérêt est ailleurs. Véritablement reconnu par le milieu de la musique, certains dirent que Bowie a bâti là en deux albums ce que certains auraient fait en une carrière. Bien qu'exagérée, cette constatation exprime bien l'avant-gardisme de Low et "Heroes", qui seront plus ou moins rejetés à leur sortie avant d'être régulièrement «pillés» dans la décennie 80. Bowie fut influencé pour l'écriture de cet album par la musique minimaliste de Philip Glass et Steve Reich à cette époque. En hommage, Glass compose en 1992 sa Première Symphonie dite « Low » en reprenant des motifs de cet album de Bowie ainsi que les titres de trois chansons pour les trois mouvements de la composition.
Les « stratégies obliques » de Brian Eno [modifier]
Et pour cause : par son anti-conformisme et sa musique déformée, Low peut rebuter le public (même averti) dès les premières notes. L'atmosphère globale semble héritée de sa relation complexe avec Brian Eno (ex-Roxy Music) qui produit l'album avec Bowie. L'album exprime bien la tension entre Bowie, star impulsive qui apprend de nouveaux « langages musicaux » et Eno, minimaliste, inventif, volontaire et soucieux de créer ce qu'il appelle des « environnements ».
Eno mit en place sa fameuse technique des « stratégies obliques » : chaque musicien qui devait exécuter un segment de chanson recevait une carte au hasard sur laquelle il lui était dit comment il devait jouer (« joue comme si tu venais d'échapper à une catastrophe » par exemple)[3].
Bowie reprit quant à lui la technique des cut-ups de Burroughs (écrire des paroles, puis les segmenter pour les redistribuer de façon aléatoire). Ainsi, les paroles peuvent parfois etre assez aberrantes, le but étant le timbre sonore.
Enregistré au Château d'Hérouville, il ne ravit pas vraiment les délégués de RCA (sa maison de disques) de par son côté « anti-commercial ».
Musiciens [modifier]
- David Bowie – chant, guitare, saxophones, xylophone, vibraphone, harmonica, percussions, claviers, piano
- Brian Eno – chant, Minimoog, piano, claviers, synthétiseurs
- Carlos Alomar – guitare rythmique
- Dennis Davis – percussions
- George Murray – basse
- Ricky Gardiner – guitare
- Roy Young – piano
- Peter Himmelman – piano, synthétiseur
- Mary Visconti – chœur
- Iggy Pop – chœur sur "What in the World"
- Eduard Meyer – violoncelle
Titres [modifier]
Toutes les chansons sont écrites et composées par David Bowie, sauf mention contraire.
Analyse des titres [modifier]
Speed of Life [modifier]
Elle ouvre l'album dans une atmosphère garage que l'on retrouvera dans les années 85-90, avec une batterie « sourde » reprise par tous les groupes de metal plus tard. Les paroles écrites pour cette chanson ont été supprimées, apparaissant sans intérêt.
Breaking Glass [modifier]
Étrange et très fragmenté, ce titre fait penser au principe des « fulgurances » de Jean Genet. Basé sur une gageure, Carlos Alomar et Bowie voulurent la retoucher, mais Eno la trouvait intéressante dans sa version brute.
What in the World [modifier]
Iggy Pop est aux chœurs, ce qui apporte un grain de folie. Les paroles sont une nouvelle fois très singulières.
Sound and Vision [modifier]
Seul titre plus ou moins conventionnel de l'album (avec tout de même deux minutes d'introduction), c'est son seul véritable « tube ». Ses paroles renvoient à la détresse traversée par Bowie deux ans plus tôt sur Station to Station (« les stores pâles baissés toute la journée, rien à faire, rien à dire, je vais m'asseoir par terre et attendre le don du son et de la lumière »). Composé au départ de huit couplets, Bowie n'en conserva que trois.
Be my Wife [modifier]
Bâti sur un rythme de piano prononcé, il est agrémenté d'un clip où Bowie apparaît sur fond blanc sans maquillage, avec une saturation de couleurs non réglées créant des sortes de taches confuses.
Warszawa [modifier]
Pour beaucoup le sommet de l'album, cette chanson est censée décrire la misère de Varsovie sous l'ère communiste, avec une fin où Bowie invente un langage pour s'exprimer, ce qui rajoute au côté dramatique. Mais se cache bien derrière l'expression du déracinement psychologique que subit Bowie.
Art Decade [modifier]
Une introduction étonnante qui nous transporte ensuite dans les décadences de l'art berlinois selon Bowie. De nouveau on peut aussi l'interpréter comme les errements de ses propres expériences artistiques.
Weeping Wall [modifier]
Ce titre exprime le désarroi qu'a créé le mur de Berlin, les déchirements familiaux, les déracinements, la perte d'identité (les Berlinois de l'Est lancent un appel à l'Occident à la fin du titre).
Subterraneans [modifier]
Conçue pour le film L'Homme qui venait d'ailleurs, elle n'avait pas été retenue. L'élément de base proposé pour le film semblait bien faible et très mal ficelé, de l'aveu même de Bowie. Cette version exprime la fin d'un monde ou la naissance d'un autre. L'interprétation est relativement libre.
Notes et références [modifier]
- Gilles Verlant, Je me souviens du rock, Actes Sud, 1999
- (en) The RS 500 Greatest Albums of All Time
- David Bowie : une étrange fascination, David Buckley, Flammarion, 2004