Louise d'Épinay

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Louise d’Épinay

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Portrait par Jean-Étienne Liotard

Activités Femme de lettres
Naissance 11 mars 1726
Valenciennes
Décès 15 avril 1783 (à 57 ans)
Paris
Genres Mémoires

Louise d’Épinay, née Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, née à Valenciennes le 11 mars 1726 et morte à Paris le 15 avril 1783, est une femme de lettres française.

Les premières années[modifier | modifier le code]

Louise Florence Pétronille Tardieu d'Esclavelles est la fille unique de Louis-Gabriel Tardieu, baron d'Esclavelles (1666-1736) et de Florence Angélique Prouveur de Preux (1695-1762), mariés à Valenciennes, le 25 avril 1725. Le baron est alors âgé de 58 ans et son épouse, 30 ans.

Le père de Louise est issu de la noblesse d'épée normande. Il est l'un des plus brillants officiers du règne de Louis XIV. Louis-Gabriel Tardieu est page du roi dans la Grande Écurie en 1682, mousquetaire en 1686, lieutenant en 1689, brigadier des Armées du roi en 1719, lieutenant-colonel en 1721 et gouverneur de la citadelle de Valenciennes en 1723[1]. Nommé Commandeur de l'ordre de Saint-Louis par Louis XV, il meurt le 7 décembre 1736 au château de La Briche à Épinay, lorsque sa fille a dix ans. L'éducation de Louise est lamentablement négligée par sa mère, laquelle se montre par ailleurs, bien peu aimante. L'œuvre de Louise vient tout entière des regrets et des frustrations suscités par cette éducation. Elle est envoyée, comme cela se fait fréquemment à l'époque, au couvent de 1737 à 1739, dans l'attente du mariage[2].

Louise est mariée à l'âge de dix-neuf ans, le 23 décembre 1745 en l'église Saint-Roch à Paris, à son cousin germain, Denis Joseph Lalive d'Épinay (1724-1782), fermier général[3]. Il est l'aîné des fils du financier Louis Denis Lalive de Bellegarde qui prend en 1742, le titre d'Épinay. Par ce mariage, elle devient marquise Lalive d’Épinay et belle-sœur de la femme du monde et épistolière, Sophie Lalive de Bellegarde, comtesse d'Houdetot.

Les premières années de cette union sont heureuses et le couple a deux enfants dont une fille morte en bas âge. Mais Louise souffre vite des infidélités de son époux et de ses dépenses inconsidérées. Pour tous ces motifs, Louise demande une séparation de biens, qu'elle obtient le 14 mai 1749 et lui assure une position financière moins inconfortable.

L'amie de Rousseau[modifier | modifier le code]

Louis Dupin de Francueil
avec qui, Louise entretient une relation après sa séparation avec son époux, Denis Joseph Lalive d'Épinay.

Fréquentant les salons littéraires de l’époque et recevant elle-même des écrivains illustres, son amant Louis Dupin de Francueil, futur grand-père de George Sand, lui présenta, vers 1747, Jean-Jacques Rousseau avec qui elle se lia d’amitié.

Elle fit construire pour lui, près de son parc de la Chevrette, dans la vallée de Montmorency, la petite maison restée célèbre sous le nom d’Ermitage où elle lui donnera refuge en avril 1756 avant que le baron Grimm, que Rousseau avait présenté à sa bienfaitrice, entre dans l’intimité de celle-ci.

Mais Grimm se tourna contre Rousseau brouillé avec Louise, notamment à cause de la violente passion (non partagée) qu'il éprouvait alors envers sa belle-sœur Sophie d’Houdetot. Grimm parvint à forcer Rousseau à quitter l'Ermitage, le 15 décembre 1757.

Il est difficile de dire jusqu’à quel point Rousseau a exagéré, dans ses Confessions, les torts de ses ennemis, et si ses récriminations contre Louise d’Épinay elle-même sont exagérées mais, malgré cette brouille définitive, Rousseau et Louise d’Épinay auront eu l’un sur l’autre une influence très importante, notamment sur les sujets de l’éducation des enfants, du lien parent-enfant et de l’allaitement maternel.

Le salon de Louise d’Épinay[modifier | modifier le code]

Le Château de la Chevrette
à Deuil-la-Barre

Peu après sa rupture avec Rousseau, Louise d’Épinay se mit à vivre dans la retraite et dans un cercle restreint de lettrés et de philosophes. Elle accueillait régulièrement à Montmorency puis, à partir de 1770, à Paris, les beaux-esprits du siècle, au premier rang desquels son amant Grimm, son mentor et son conseiller moral, Diderot, D’Alembert, Marivaux, Charles Pinot Duclos, Marmontel, Montesquieu, Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Michel-Jean Sedaine, le marquis Jean-François de Saint-Lambert, Jean-Baptiste-Antoine Suard, Damilaville, Francueil, Aimable le Roy, Raynal, D’Holbach, l’abbé Galiani, Voisenon et Bernard-Joseph Saurin, le baron de Greutz, le marquis de Mora, le comte de Fuentès, le baron danois Gleichen et Stormont.

Les Contre-confessions[modifier | modifier le code]

Lorsque l’on apprit que Jean-Jacques Rousseau avait entrepris la rédaction de ses Confessions, on pensa, à tort, que l’écrivain réglerait ses comptes avec le tout-Paris en livrant au public des ragots divers. Louise d’Épinay, afin de parer à des attaques sur sa vie privée de la part de son ancien ami rédigea ses « Contre-confessions » (Mémoires et correspondance de madame d'Epinay), ouvrage copieux dans lequel elle détaille et justifie, entre autres, pourquoi elle en est un jour venue à tromper son époux. Il s’agit de pseudo-mémoires puisque les noms sont modifiés. Grimm et Diderot aideront Louise d’Épinay à rédiger son livre, notamment en faisant un portrait à charge de Jean-Jacques Rousseau sous les traits du personnage de René. Cet ouvrage, paru de manière posthume en 1818, est désormais connu comme un des chefs-d’œuvre de la littérature féminine du XVIIIe siècle.

La première édition reprend bien les noms fictifs, mais dès les rééditions de 1818, les noms réels sont imprimés, il s'agit d'une « manipulation marchande ». En 1951, Georges Roth s'oppose à celle-ci et publie une édition de l'Histoire de Madame de Montbrillant, sous-titrée Pseudo-Mémoires de Madame d'Epinay[4].

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Louise d’Épinay a contribué anonymement à la Correspondance littéraire dirigée par Grimm qui a fait d’elle ce portrait : « Ce qui distinguait l’esprit de Louise d’Épinay, dit Grimm, c’était une droiture de sens fine et profonde. Elle avait peu d’imagination ; moins sensible à l’élégance qu’à l’originalité, son goût n’était pas toujours assez sûr, assez difficile, mais on ne pouvait guère avoir plus de pénétration, un tact plus juste, de meilleures vues avec un esprit de conduite plus ferme et plus adroit. »

En 1773, elle publie les Conversations d’Émilie, un dialogue mère-fille judicieux et bien écrit composé en vue de l’éducation de sa petite fille, Émilie de Belsunce, qu’elle éleva comme sa propre fille, et dont la seconde édition recevra le prix d’utilité de l’Académie française en 1783, peu de temps avant la mort de l’auteur. On a encore d’elle : Mes moments heureux (Genève, 1752, in-12) ; Lettres à mon fils (Genève, 1758, in-8°).

Louise d’Épinay a par ailleurs laissé une abondante correspondance adressée à Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Buffon, D’Alembert, Denis Diderot, Richardson, l’abbé Galiani

Décès[modifier | modifier le code]

Le 15 avril 1783, Mme d'Épinay s'éteint des suites d'une longue maladie, probablement un cancer[2]. Elle est inhumée le 17 avril suivant, dans la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine de la Ville-l'Evêque à Paris[5].

Descendance[modifier | modifier le code]

Louise d'Épinay a eu quatre enfants :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ambroise Tardieu, Histoire généalogique des Tardieu, Herment (Puy-de-Dôme), Éditions de l'auteur A. Tardieu,‎ 3 avril 1893, 310 p. (lire en ligne), « Filiations - Les Tardieu, marquis de Maleyssye », p. 38
  2. a et b Élisabeth Badinter, Mme du Châtelet, Mme d'Épinay : ou l’ambition féminine au XVIIIème siècle, Paris, Éditions Flammarion, coll. « Histoire »,‎ 28 février 2006, 492 p. (ISBN 978-2-08210-563-7, présentation en ligne)
  3. Denis Joseph Lalive d'Épinay, sera destitué de son poste de fermier général en 1762.
  4. Odette David, L'autobiographie de convenance de Madame d'Epinay, L'Harmattan, p 27
  5. Archives nationales : « Testament de Louise-Florence-Pétronille Tardieu d'Esclavelles, marquise d'Épinay »
  6. François-Xavier de Feller (dir.), Claude-Ignace Busson (dir.) et Charles Weiss (dir.), Biographie universelle : ou dictionnaire des hommes qui se sont faits un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, Paris, Éditions J.Leroux, Jouby et Cie,‎ 1847 (1re éd. 1781), 642 p. (lire en ligne), « Beaulieu », p. 504