Louis de Salgues de Lescure

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Louis de Salgues
Marquis de Lescure
Louis de Lescure, peinture de Robert Lefèvre, 1818.
Louis de Lescure, peinture de Robert Lefèvre, 1818.

Surnom Le saint du Poitou
Naissance 13 octobre 1766
Versailles
Décès 4 novembre 1793 (à 27 ans)
La Pellerine
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Grade Général
Années de service 17821793
Conflits Guerre de Vendée
Faits d'armes Combat des Tuileries
Bataille de Thouars
Bataille de La Châtaigneraie
1re bataille de Fontenay-le-Comte
2e bataille de Fontenay-le-Comte
Bataille de Montreuil-Bellay
Bataille de Saumur
Bataille de Parthenay
1re Bataille de Moulin-aux-Chèvres
1re Bataille de Châtillon
Bataille de Martigné-Briand
2e Bataille de Luçon
3e Bataille de Luçon
Bataille de Tiffauges
Bataille de Montaigu
Bataille de Saint-Fulgent
2e Bataille de Moulin-aux-Chèvres
2e Bataille de Châtillon
Bataille de La Tremblaye
Famille Salgues de Lescure

Emblème

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, né à Versailles le 13 octobre 1766, mort à La Pellerine, (Mayenne), le 4 novembre 1793, était un militaire français, opposant à la Révolution française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Il naquit de Marie-Louis-Joseph de Lescure et de Jeanne de Durfort de Civrac (fille de Aimeric Joseph de Durfort-Civrac). La famille de Lescure est originaire de la terre de Lescure en Albigeois, où l'on voyait encore avant la Révolution française son château sur les bords du Tarn.

Au commencement du XVIIIe siècle un abbé de Lescure, évêque de Luçon, attira près de lui son neveu, qui épousa mademoiselle de Surgères ; le fils de celui-ci se maria aussi en Poitou et fut tué à la bataille de Plaisance[Laquelle ?][Quand ?], étant encore fort jeune. Son fils, père de l'illustre chef de la Vendée mourut en 1784 ; c'était un homme fort dissipé, qui laissa sa fortune en grand désordre (il avait dilapidé toute sa fortune au jeu).

Issu d'une famille désargentée, Louis Marie de Lescure réussit toutefois un beau mariage en épousant en 1791 sa cousine Victoire de Donissan. Il était le cousin de Henri de La Rochejaquelein, autre héros de la Guerre de Vendée.

Avant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Il fut élève de l'École militaire. En entrant dans le monde à l'âge de seize ans, il y parut bien différent de ce qu'étaient alors les jeunes gens de son rang et de son état. Il était gauche, timide et taciturne ; il vivait, pour ainsi dire, isolé au milieu d'une société brillante, frivole et animée : sa piété était grande et presque austère, sans nulle, ostentation ; ce qui était le contraire de la mode de ce temps-là : aussi le mérite de son caractère et l'étendue de son savoir étaient-ils fort méconnus. On le trouvait bizarre et sauvage, ses manières et jusqu'à sa toilette le faisaient taxer d'une singularité qu'on lui pardonnait cependant à cause de son inaltérable douceur et de la bienveillance qu'il mettait dans toutes ses relations ; seulement on regrettait qu'un homme de sa naissance et dans sa position, fait, comme on disait alors, pour aller à tout, s'écartât de la route qui menait au succès.

Il obtint, peu de temps avant la Révolution française, une compagnie de cavalerie dans le régiment de Royal-Piémont.

Pendant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Aux débuts de la Révolution, ce jeune officier, au goût très prononcé pour les études, parlant trois langues et d'une très grande culture, n'est pas tout à fait hostile aux idées nouvelles.

Déjà, à cette époque, l'émigration avait commencé. M. de Lescure et beaucoup de gentilshommes du bas-Poitou ne trouvaient pas à propos de suivre cet exemple. Cependant, après la fuite manquée de Varennes, sa fidélité à la famille royale lui fait craindre une arrestation et il émigre, pour une courte durée, en juin 1791. À son retour, il fut l'un des impuissants défenseurs de Louis XVI aux Tuileries, lors de la Journée du 10 août 1792. Il se retire alors dans son château de Clisson (commune de Boismé (79)), en Poitou. Là, il accueille nombre de ses parents et amis qui fuient Paris et la Terreur.

Bientôt les paysans du Poitou, déjà blessés dans leur foi religieuse, inquiets de voir la persécution qu'éprouvaient les grands propriétaires, se trouvèrent atteints à leur tour par un recrutement de trois cent mille hommes. Ils ne voulurent point obéir et se révoltèrent ; leur première pensée fut de prendre pour chefs leurs seigneurs : les paysans des environs de Châtillon vinrent à Clisson (commune de Boismé), chez M. de Lescure, chercher M. de la Rochejaquelein, son cousin, qui avait ses propriétés dans une de leurs paroisses.

L'engagement royaliste[modifier | modifier le code]

Il n'hésita point sur le parti qu'il devait prendre, et M. de Lescure l'y encouragea. M. de la Rochejaquelein se rendit vers Châtillon ; mais les paysans des environs de Clisson ayant commencé par se soumettre, M. de Lescure, qui ne pouvait s'éloigner du canton où son influence devait être utile, resta exposé aux poursuites des autorités républicaines : il fut, avec toute sa famille, emmené en prison à Bressuire. Quoiqu'il fût vénéré des habitants de cette bourgade, et que les principaux d'entre eux n'eussent d'autre désir que de le sauver, ce fut presque par miracle qu'il échappa aux violences des soldats accourus en hâte pour combattre les insurgés. Au bout de quelques jours il fut délivré par l'armée vendéenne qui s'empara de Bressuire. Dès lors il fut compté parmi les premiers chefs de cette armée, à laquelle se joignirent les paysans de son canton. Il prit la part là plus active aux travaux et aux dangers de cette vaste insurrection.

La Vendée[modifier | modifier le code]

Lorsque le triomphe de la Révolution fut décidé, il alla organiser la première insurrection vendéenne. Dès le début du soulèvement de la Vendée, et à la demande de ses paysans, il se met à la tête de l'insurrection.

Dès les premiers jours il étonna les Vendéens par son intrépidité, en se précipitant le premier, et seul, sur un pont barricadé et gardé par les troupes républicaines devant Thouars (25 mai 1793). À Fontenay (16 mai 1793), il entra aussi dans la ville sans que personne osât d'abord le suivre, tant il était pressé d'aller délivrer des prisonniers vendéens qui y étaient enfermés. À Saumur dont il s'empare, il fut blessé ; enfin, en toute affaire ; nul ne fut plus empressé et plus dévoué que lui. Au combat de Torfou, qui fut le dernier succès des Vendéens sur la rive gauche de la Loire, et où leurs efforts héroïques parvinrent à repousser pour quelques jours les troupes aguerries du général Kléber, on vit M. de Lescure mettre pied à terre et crier aux paysans découragés : «Y a-t-il quatre cents hommes assez braves pour venir périr avec moi? - Oui, monsieur le marquis !» répondirent les gens de la paroisse des Echaubrognes ; et, à leur tête, il se maintint pendant deux heures. Après l'attaque infructueuse de Nantes (29 juin 1793) qui marque un tournant dans la guerre de Vendée, il s'installe à Bussières où il tente en vain de rassembler les troupes dispersées de l'Armée catholique et royale.

Le Général Lescure blessé passe la Loire à Saint-Florent, peinture de Jules Girardet, 1882.
Musée Birkenhead.

La Virée de Galerne[modifier | modifier le code]

Chassé de son quartier général par le général François-Joseph Westermann, il prend sa revanche à Tiffauges. Blessé grièvement, atteint d'une balle à la tête, à la bataille de La Tremblaye, il est porté agonisant par ses hommes, tout au long de la retraite de l'armée vendéenne après le désastre de la bataille de Cholet (la Virée de Galerne), emmenant avec elle une population éploree et fugitive.

M. de Lescure, dont la blessure laissait quelque espérance, aida encore de ses conseils et de sa constance ses compagnons. Il contribua à faire nommer M. de la Rochejaquelein chef de l'armée. Après le passage de la Loire, il suivit la marche pénible des Vendéens à travers l'Anjou et la Bretagne. Les soins touchants de sa femme, les hommages de l'armée, ne pouvaient empêcher l'effet de tant de douleurs accablantes qui venaient à chaque instant envenimer sa blessure.

Calvaire Les Besnardières

Il séjourna à l'hôtel de Montfrand à Laval, soigné par son chirurgien Baguenier Desormeaux et d’où il salua, malgré sa blessure, l’armée vendéenne, qui défila sous sa fenêtre durant quatre heures.

Calvaire Les Besnardières - détail

Il faut lire, dans les Mémoires de sa veuve, la peinture déchirante de cette lente agonie, de cette mort. Celui qu'on appelait le "Saint du Poitou" mourut le 4 novembre 1793 dans la voiture dans laquelle on le transportait, au lieu-dit Les Besnardières près de La Pellerine sur la route entre Ernée et Fougères, après un long et douloureux calvaire. Son beau-père, le général Guy Joseph de Donnissan, le fit enterrer dans un lieu qui est resté inconnu. Ce fut sans doute afin d'épargner à son cadavre les outrages dont celui de Bonchamps avait été l'objet.

Sa veuve, qui l'avait suivi dans la Vendée, acquit plus tard une grande célébrité, sous le nom de Madame de La Rochejaquelein. Cette femme a connu l'exil jusqu'en 1816. Elle a publié ses Mémoires au commencement de la Restauration.

Regards contemporains[modifier | modifier le code]

« M. de Lescure avait une bravoure qui ne ressemblait pas à celle de son cousin; elle ne l'écartait jamais de son sang-froid accoutumé; et même, lorsqu'il se montrait téméraire, il ne cessait pas d'être grave et réfléchi. Il était l'officier le plus instruit de l'armée. Toujours il avait eu du goût pour les études militaires, et s'y était livré avec zèle. Il avait lu tous les livres de tactique. Lui seul entendait quelque chose à la fortification; et quand on attaquait les retranchements des républicains, ses conseils étaient nécessaires à tout le monde. Il était aimé et respecté mais on lui trouvait de l'obstination dans les conseils. Pour son humanité, elle avait quelque chose d'angélique et de merveilleux. Dans une guerre ou les généraux étaient soldats et combattaient a corps à corps, pas un homme n'a reçu la mort de la main de M.Lescure; jamais il n'a laissé périr ou maltraiter un prisonnier, tant qu'il a pu s'y opposer, même dans un temps ou les massacres effroyables des républicains entraînaient les plus doux de nos officiers à user quelquefois de représailles. Un jour, un homme tira sur lui à bout portant; il écarta le fusil et dit « Emmenez ce prisonnier. » Les paysans indignés le massacrèrent derrière lui. Il se retourna et s'emporta avec une colère que jamais on ne lui avait vue. C'est la seule fois, m'a-t-on dit, qu'il avait proféré un jurement. Le nombre des gens à qui il a sauvé la vie est prodigieux : aussi sa mémoire est-elle chérie et vénérée de tous les partis dans la Vendée. De tous ceux qui se sont illustrés dans cette guerre, aucun n'a acquis une gloire plus pure. MM. de La Rochejaquelein et de Lescure étaient unis comme deux frères; leur noms allaient toujours ensemble; leur amitié était célèbre dans l'armée. Avec un caractère différent, ils avaient la même simplicité, la même douceur, la même absence d'ambition et de vanité. Henri disait : « Si nous rétablissons le roi sur le trône, il m'accordera bien un régiment de hussards. » M. de Lescure ne formait pas des souhaits moins modestes[1]. »

— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.

« Il unissait à une admirable piété une grande bravoure, ce qui faisait que, tout en s'exposant avec intrépidité, il évitait toujours de verser du sang. Il portait souvent pendu à son côté un grand sabre remarquable par son ancienneté. Ses pistolets étaient rarement chargés. S'il poursuivait les fuyards, il les excitait à fuir promptement, pour éviter d'être tués. Personne n'était plus humain. Il a sauvé infiniment de prisonniers de la mort. S'il donnait son avis, c'était toujours par de bon motif ; mais on lui reprochait la chaleur avec laquelle il soutenait son opinion dans le conseil, ce qui peut quelquefois entraîner autant que la solidité des raisons[2]. »

— Comtesse de La Bouëre, Mémoires.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille anonyme à l'effigie de Lescure a été réalisée à la Monnaie des médailles dans le cadre de la série dite "Galerie de la fidélité" en 1824. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0346).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, sixième édition, 1848. p.152-153.
  2. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, librairie académique Perrin,‎ 1936, p.40.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]