Louis Renault (industriel)

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Louis Renault

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Louis Renault en 1926.

Naissance 12 février 1877
Paris
Décès 24 octobre 1944 (à 67 ans)
Paris
Nationalité France Française
Profession
Industriel fondateur de Renault

Louis Renault, né le 12 février 1877 à Paris où il est mort le 24 octobre 1944, est un inventeur français, pilote de course et chef d'entreprise pionnier fondateur emblématique de l'industrie automobile française avec l'empire industriel Renault. Accusé de collaboration économique avec l'occupant, il est arrêté en septembre 1944 et mourra en détention. Cette condamnation et les causes de son décès font pourtant débat et ont donné lieu à des procédures judiciaires posthumes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Généalogie de Louis Renault[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Ascendance de Louis Renault
Louis Renault Père : Alfred Renault
né le : 27 octobre 1828
à : Saumur, Maine-et-Loire
décédé le : 7 juin 1892
à : Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine
Grand-père paternel : Alexandre Renault
né le : 4 janvier 1799
à : Doué-La-Fontaine, Maine-et-Loire
décédé le : 9 décembre 1848
Arrière-grand-père paternel : Pierre Renault
né le : 10 janvier 1761
à : Louresse-Rochemenier, Maine-et-Loire
décédé le : 31 octobre 1841
à : Saumur, Maine-et-Loire
Arrière-grand-mère paternelle : Jeanne Saillant
née le : 21 avril 1762
à : Louresse-Rochemenier, Maine-et-Loire
décédée le : 17 février 1821
à : Doué-La-Fontaine, Maine-et-Loire
Grand-mère paternelle : Eugénie Bardet
née le : 24 août 1800
à : Saumur, Maine-et-Loire
Arrière-grand-père paternel : Louis Bardet
né le : 29 mars 1771
à : Saumur, Maine-et-Loire
Arrière-grand-mère paternelle : Victoire Angibau
née en : 1770
à : Saumur, Maine-et-Loire
Mère : Louise Berthe Magnien
née le : 8 janvier 1842
à : Tours, Indre-et-Loire
Grand-père maternel : François Zozime Magnien
né en : 1817
Arrière-grand-père maternel :
Arrière-grand-mère maternelle :
Grand-mère maternelle : Louise Adélaïde Fougery Arrière-grand-père maternel :
Arrière-grand-mère maternelle :

Descendance[modifier | modifier le code]

  • Maurice Boullaire (24 mai 1868- 22 mars 1906, Paris) épouse le 30 mai 1892, Alice Goupil (1870-??)
    • Leur fille Christiane Boullaire (17 février 1895- 28 mars 1979) épouse le 26 septembre 1918 à Herqueville, Normandie Louis Renault. Ils ont un fils :
      • Jean-Louis Renault (1920-1982) qui a eu huit enfants issus de trois mariages (avec Jeanine Godon, Anne-Marie Menesguen et Claire Lieux).

Enfance de Louis Renault[modifier | modifier le code]

Les trois frères Renault : Marcel, Louis et Fernand.

Il naît le 12 février 1877 au 14 place de Laborde à Paris (8e arrondissement)[1] dans une famille bourgeoise parisienne dont il est le dernier enfant sur cinq. Il a une sœur, Marie Berthe (1868-1889), et trois frères, Marie Joseph (1863-1886), Fernand (1865-1909) et Marcel (1872-26 mai 1903).

Par son arrière-grand-mère paternelle, Victoire Angibau, elle-même, petite-fille de Marie Abraham, il descend d'une ancienne famille juive alsacienne.

Son père, Alfred Renault avait construit une solide fortune dans le commerce de tissus et de boutons. Sa mère, Louise Berthe Magnien était fille de grands commerçants.

En 1891, alors que Louis est âgé de 14 ans, passionné de mécanique et d'électricité, timide et solitaire, peu bavard, il installe un atelier au fond du jardin de la résidence secondaire familiale à Boulogne-Billancourt près de Paris. Il modifie un moteur Panhard, multiplie les inventions, dessine inlassablement des plans, dépose ses premiers brevets et s’enferme dans sa solitude créative. Sa passion le pousse à négliger ses études. Il passe une grande partie de son temps dans l’atelier où Léon Serpollet fabrique des moteurs de voiture à vapeur.

Il étudie au lycée Condorcet dans le 9e arrondissement, abandonne les études qui ne sont pas son fort après le baccalauréat et compte sur son imagination prolifique, son intuition et son pragmatisme.

Première automobile[modifier | modifier le code]

Louis Renault et sa première voiturette Renault Type A en 1903

Avant cette date, Renault a tout de même essayé de créer sa première entreprise, mais ce n'est qu'en 1898, à l'âge de 21 ans, qu'il construit sa première voiturette, la Renault Type A, en modifiant un tricycle De Dion-Bouton pour y ajouter une quatrième roue, une transmission par cardan, une boîte à 3 vitesses avec la troisième en « prise directe » de son invention, et une marche arrière, le tout capable d'une vitesse de 50 km/h.

Le 24 décembre 1898, lors du réveillon de Noël avec ses frères et des amis, en gravissant au volant de sa petite voiture devant une foule épatée, toute la rue Lepic, il empoche ses 12 premières commandes fermes assorties d'un acompte de soixante louis d’or et décide de devenir constructeur d’automobiles. Quelques mois plus tard, il dépose le brevet de la boite de vitesse à « prise directe » - elle sera à l'origine de sa fortune et sera adoptée par tous les constructeurs automobiles de l'époque.

Fondation de Renault Frères[modifier | modifier le code]

Entrée de l'usine Renault Frères, rue du Cours (actuelle avenue Émile Zola) à Boulogne-Billancourt au début du XXe siècle

Le 25 février 1899, ses deux frères Marcel et Fernand, qui gèrent la firme de textile paternelle « Renault Fils, tissus en gros » fondent la société Renault Frères au 10 rue du Cours à Boulogne-Billancourt (actuelle avenue Émile Zola) en apportant chacun la moitié d'un capital de 60 000 francs-or et 60 employés sans croire véritablement ni à l'automobile ni au génie de leur frère. Louis n'est pas associé, simple salarié mis à l'épreuve et bénéficiaire de son brevet. Marcel se charge de l'administratif et Louis se consacre complètement à la conception et la construction des voitures. À la fin de la première année, 76 voiturettes sont produites et vendues.

Pilote de course automobile[modifier | modifier le code]

La voiture de Marcel Renault dans le course automobile Paris-Madrid en 1903

En août 1899, il s'aligne avec son frère Marcel, au départ de la course Paris-Trouville et obtient sa première victoire d'une longue série de courses de ville à ville. Dans leur catégorie, les Renault n’ont pas de rivaux. Ils gagnent dans la foulée Paris-Ostende, Paris-Rambouillet et Toulouse-Paris. La même année, il achève la construction de sa première voiture à conduite intérieure. Ses grands succès en compétition automobile font sa célébrité et le succès de ses commandes vendues 3 000 francs or, soit dix ans d'un salaire moyen de l'époque.

Louis participe avec Marcel à une épreuve non officielle aux Jeux olympiques d'été de 1900. Louis a remporté, seul, le 1er Grand Prix de Pau dans la catégorie voiturettes, en 1901.

En 1902, les usines Renault s'étendent sur 7 500 m² à Boulogne-Billancourt avec plusieurs modèles au catalogue. Louis présente son premier moteur Renault, 24 ch, 4 cylindres.

Disparition accidentelle de Marcel Renault[modifier | modifier le code]

En 1903, Louis perd son frère Marcel, âgé de 31 ans, victime d’une sortie de route près de Couhé-Vérac en Poitou-Charentes lors de la course automobile Paris-Madrid. Traumatisé par cette mort, il abandonne la compétition et recrute des pilotes expérimentés pour piloter ses voitures partout dans le monde. Il rachète les parts de société de son frère disparu et Fernand développe le réseau commercial de Renault Frères en France, en Europe et aux États-Unis.

En 1905, la société reçoit sa première grosse commande : 250 taxis. Louis transforme ses installations artisanales en industrie de production de série et devient le premier constructeur automobile français. Deux ans plus tard, un taxi sur deux en France et en Angleterre est une Renault qui s'exporte avec succès jusqu'à New York et Buenos Aires.

En 1906, Louis se lance avec succès dans sa seconde passion avec la fabrication de moteurs d'avion performants qui battent record sur record dans les airs.

En 1908, Fernand Renault vend ses parts de société à Louis et prend sa retraite. Il meurt des suites d'une longue maladie en 1909. Louis Renault devient alors à 32 ans seul héritier de la fortune familiale et seul maître de sa société qu'il rebaptise « Société des Automobiles Louis Renault ». Il est très inventif et ses voitures sont de plus en plus performantes.

En 1911, il effectue un voyage aux États-Unis pour étudier les méthodes industrielles de son concurrent Henry Ford avec son modèle unique et pas cher, la Ford T. Sa tentative d'appliquer le chronométrage pour augmenter la productivité (taylorisme) en France se heurte à de sérieux problèmes sociaux et il essuie un mouvement de grève en 1913 dans son usine de plus de 136 000 m2. Souvent autoritaire et colérique, parfois intransigeant, Louis Renault sait aussi faire preuve d'ouverture d'esprit et de souplesse dans la gestion des affaires sociales. S'il a recours au lock-out, comme la plupart des industriels de cette période, il est pourtant l'un des premiers à autoriser la délégation ouvrière dans ses usines (1912) et à introduire d'importantes réformes sociales, de concert avec son ami, le socialiste Albert Thomas, pendant la Grande Guerre. Le bureau d'étude reste son domaine réservé ; il s'y montre acharné au travail surdoué, prolifique, inventif plein de génie.

Après une longue liaison avec la cantatrice Jeanne Hatto, le 26 septembre 1918, Louis Renault (41 ans) épouse à Herqueville (Eure)[2] la sœur de Jacques Boullaire, Christiane Boullaire (1895-1979). Le couple aura un fils Jean-Louis. Christiane deviendra la maîtresse de Drieu La Rochelle qui décrira leur liaison dans son roman Béloukia et qui l'entraînera vers le fascisme.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les usines de Billancourt sont en partie fermées au moment de la mobilisation, en août 1914. Mais les exigences de la Défense Nationale et la rapide avancée de l'armée allemande contraignent les autorités à rouvrir l'entreprise. Louis Renault, lui-même mobilisé comme sapeur-aérostier, et quelques-uns de ses ouvriers et collaborateurs sont mis en sursis d'appel ou rappelés du front. En août 1914, il est convoqué par l'état-major, puis envoyé à Bordeaux pour y rencontrer le ministre Millerand, replié avec le gouvernement Poincaré depuis le 2 septembre. Il reçoit l'ordre de fabriquer des obus en grande quantité pour l'armée[1]. En septembre, 1 200 taxis Renault sont réquisitionnés par le général Joseph Gallieni pour envoyer des renforts à la VIe armée du général Michel Joseph Maunoury et stopper ainsi l'avancée allemande ; ils entreront dans la légende sous le nom de taxis de la Marne.

Pendant quatre ans, Louis Renault participe intensivement à l'effort de la guerre. En plus des voitures, camions, tracteurs, obus et fusées, il construit des éléments de fusils et de canons, des moteurs d'avion et même des appareils de reconnaissance (avion AR). Du torpédo 11 CV type « guerre » à la 6 cylindres du maréchal Joffre, Renault livre à l'armée à peu près tous les types de voitures de sa gamme 1914. En 1917, avec l'appui du général Jean-Baptiste Eugène Estienne, l'industriel dessine et construit le premier char mitrailleur léger Renault FT 17 dont les qualités remarquables contribuent à la victoire finale de 1918.

Cette participation à l'effort de guerre aurait été impossible sans le travail intensif du personnel des usines Renault. En plus des ouvriers mobilisés, rappelés du Front, l'entreprise bénéficie d'un contingent important de main d'œuvre féminine, étrangère et coloniale. La pénibilité des conditions de travail (onze heures par jour, sept jours sur sept chez Renault jusqu'en 1917), la lassitude de la guerre et le coût de la vie, entraînent d'importants mouvements sociaux, surtout en 1917, à Paris, Billancourt et dans toute la région parisienne[3]. C'est à cette époque que Renault introduit, en concertation avec Albert Thomas, d'importantes réformes sociales, tels que l'institution des délégués ouvriers ou encore l'établissement d'un salaire minimum[4]. Déjà, avant ce mouvement de grève, Renault avait favorisé à Billancourt la création d'une grande coopérative ouvrière (1916) et dès avant la guerre, une société de secours mutuels, qui assuraient à une partie de son personnel des indemnités en cas de maladie[5]. D'après l'historien Patrick Fridenson, Louis Renault fut l'un des pères des allocations familiales en France[6]. Les conditions de travail pendant la Grande Guerre n'en demeuraient pas moins très pénibles et souvent dangereuses. L'effondrement d'un atelier provoqua ainsi la mort de 26 personnes, en juin 1917.

C'est à la fin de la guerre que Louis Renault imagina plusieurs projets sociaux, notamment l'accession à la propriété de la classe ouvrière, le développement des transports péri-urbains, la création de cités-jardins ou encore l'institution de commissions régionales paritaires, patronales et ouvrières[7]. La contribution exceptionnelle de Louis Renault à la victoire des Alliés fit de lui un héros international et décupla l'image de Renault dans le monde. En 1918, il est le seul civil à être décoré de la Grand-Croix de la Légion d'honneur.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

En 1919, les Américains, épargnés par la guerre, ont pris une considérable avance économique, industrielle et technologique sur l'Europe et sont entrés dans l'ère de la consommation, grâce surtout à Ford qui produit en série des véhicules bon marché démocratisés, moteurs de l'économie nationale américaine. L'âge d'or des voitures françaises est terminé. Louis est un des trois cofondateurs de la Compagnie des messageries aériennes.

L'empire Renault se développe et en 1928 Louis Renault est le patron autoritaire et emblématique de 20 000 employés, une place qu'il occupe presque 20 ans.

En 1921, Louis développe avec succès la Société anonyme des usines Renault (SAUR) en empire industriel et fait entrer une banque dans son capital pour tenir tête à la concurrence mondiale. À l'image de Ford, Renault acquiert l'ensemble des éléments utiles à son développement : fonderies, forges, carrières de sable, domaine forestier, scierie, aciers, carton, caoutchouc, huiles, lubrifiants, matériel électrique, etc.

Louis Renault passa beaucoup de temps et investit beaucoup d'argent dans l'archipel Chausey, au point d'en être considéré comme un bienfaiteur[8],[9].

Île Seguin à Boulogne-Billancourt, symbole des luttes sociales ouvrières[modifier | modifier le code]

En 1922, Louis lance sa première chaîne de montage moderne et en 1929 il démarre sa grande usine historique de fabrication moderne sur l'île Seguin à Boulogne-Billancourt, symbole et emblème de progrès industriel et symbole de luttes sociales. Il entre également en compétition effrénée dans tous les domaines industriels et techniques avec son grand rival André Citroën aux dépens des petits constructeurs qui disparaissent. Face à la forte progression de la marque Citroën, un constructeur bien plus récent que Renault, il affirme : « Je suis très heureux d’avoir Monsieur Citroën comme concurrent, car il fait travailler et oblige à la lutte »[10].

En 1928, Jean Mermoz franchit la cordillère des Andes à bord d'un Latécoère 25 à moteur Renault.

En 1929, la marque est présente dans 49 pays partout dans le monde mais les États-Unis assurent 85 % de la production automobile mondiale. Louis Renault rachète la société des avions Caudron, entre dans le capital d'Air France et participe à la création d'Air Bleu pour le transport postal aérien en France.

En 1934, Citroën lance avec succès la révolutionnaire Citroën Traction Avant, mais André Citroën doit déposer le bilan à la suite d'une gestion hasardeuse et meurt en 1935. Malgré les sollicitations du gouvernement, Louis refuse de reprendre son concurrent par peur des difficultés de fusion au profit de l'industriel Michelin.

Le 21 février 1935 sur son initiative il rencontre à Berlin Adolf Hitler pendant deux heures à la Chancellerie du Reich après une brève rencontre protocolaire sur le stand Renault au salon de l'automobile à Berlin. Pacifiste convaincu et fasciné par la modernisation de l'Allemagne nazie, il tente de convaincre le chancelier allemand que le seul moyen de préserver la paix en Europe est une entente économique entre les deux pays dans le cadre d'un accord franco-allemand[11].

En 1936, à la suite de la victoire du Front populaire aux élections législatives d'avril, les ouvriers de Renault Boulogne-Billancourt deviennent les leaders de l'amélioration des conditions de travail et de vie et de la lutte ouvrière syndicale en France. La production atteint en même temps le chiffre record de 61 146 véhicules.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1939, les usines de Billancourt sont parmi les premiers fournisseurs de matériel de guerre pour l'armée française[12]. En mai 1940, Louis Renault s'envole pour les États-Unis afin d'y accélérer la production de chars de combat et résister à l'avancée allemande[13]. Il y rencontre le président F. D. Roosevelt ainsi que plusieurs industriels et généraux américains. Mais il est trop tard. En son absence, ses usines sont réquisitionnées par la Wehrmacht et, une fois qu'il est de retour à Paris, deux ateliers, détachés de l'usine, sont contraints de réparer des chars de combat (Renault), à la suite d'un accord intervenu entre François Lehideux, neveu par alliance de Louis et administrateur des usines Renault, le baron Petiet, président de la Chambre syndicale des constructeurs d'automobiles et le ministre allemand Schmidt. Les usines Renault sont en effet passées sous administration allemande sous tutelle de Daimler-Benz. L'usine fonctionne au ralenti, notamment en raison du manque de matières premières, des pénuries d'énergie, des conséquences des différents bombardements (3 mars 1942, 4 avril et 15 septembre 1943), mais aussi du manque d'entrain de Renault, de ses ouvriers et collaborateurs à satisfaire les exigences de l'occupant. La production des usines Renault pendant l'Occupation représentera environ 60 % de la production de la seule année 1939 pour la France, et 29 % de celle du mois de mai 1940 pour la Défense Nationale. Renault fabriquera moins de camions que Citroën avec un effectif pourtant deux fois supérieur.[réf. nécessaire]

Louis Renault à Washington en juin 1940

Au cours de l'Occupation, les très sérieux problèmes de santé dont souffre Louis Renault (insuffisance rénale majeure) s'aggravent. Il devient aphasique, ne parvient plus à tenir de conversation, ni à écrire.

Incarcération et disparition[modifier | modifier le code]

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Après la libération de Paris, il est accusé de collaboration et la presse écrite se déchaîne contre lui. Un mandat est délivré contre lui le 19 septembre 1944 pour "atteinte à la sûreté extérieure de l'État". Le 23 septembre 1944, malade, il se rend librement à la convocation d'un juge qui l'inculpe et le fait aussitôt incarcérer à la prison de Fresnes, où il est mis au secret et battu à maintes reprises par des FTP qui l'incriminent de « commerce avec l'ennemi ». Sa santé se dégrade rapidement, il est laissé sans soins et se plaint d’être battu pendant la nuit. Sa femme, Christiane Renault, réussit à le faire examiner début octobre par un médecin qui diagnostique une vertèbre cervicale fracturée ainsi qu'une crise d'urémie aiguë. Il est alors transféré dans l'hôpital psychiatrique de Ville-Évrard à Neuilly-sur-Marne où il est « passé à tabac », puis le 9 octobre à la clinique Saint-Jean-de-Dieu, rue Rousselet à Paris, où il serait sorti un instant du coma pour murmurer à son épouse : « Et l’usine ? » Il décède le 24 octobre 1944 à l'âge de 67 ans, un mois après son incarcération.

L'instruction menée en 1956-1957, à la suite de la plainte contre X pour assassinat déposée par Christiane Renault, n'a permis de connaître que partiellement les conditions de sa détention et les mauvais traitements subis à la prison de Fresnes. Dans le contexte de l'épuration, la mort de Louis Renault ne causa que peu d'émotion.

Louis Renault est inhumé à Herqueville dans l'Eure.

Nationalisation[modifier | modifier le code]

Le 16 janvier 1945, trois mois après la mort de Louis Renault, une ordonnance du Gouvernement provisoire de la République française présidé par le général de Gaulle prononce la dissolution de la société Renault et sa nationalisation sous le nom de « Régie nationale des usines Renault »[14]. Dans l'exposition des motifs, Louis Renault était accusé de manière vague. Les auteurs de l'ordonnance avaient estimé, lors de la préparation du texte, qu'un tel acte serait « exorbitant du droit commun ». Avant même la publication de l'ordonnance, le directeur, René de Peyrecave, qui avait eu la responsabilité effective de l'usine pendant l'occupation, et qui la revendiquait, est mis en liberté provisoire. En 1949, il obtient un non-lieu.

Le 29 juillet 1967 une loi a reconnu le droit à l'indemnisation partielle de Jean-Louis Renault, unique héritier direct de Louis Renault vis-à-vis de biens personnels non industriels (aucune référence).

En 1982, un résistant de l'Organisation civile et militaire et cadre de l'entreprise, Robert de Longcamps, réclame en vain la réhabilitation de Louis Renault « injustement accusé de collaboration avec l'ennemi », mais sa lettre au garde des Sceaux, Robert Badinter, reste sans réponse. Le centralien Pierre Lefaucheux, ingénieur membre de la résistance, est nommé directeur général de la nouvelle régie nationale.
D'après l'acte de nationalisation, « C’est en connaissance de ces faits (prestations pour l’armée allemande) et en pleine connaissance des préjudices qu’ils ont causés au pays, que le gouvernement a décidé de procéder à la nationalisation de ces usines… ». Et pourtant, au même moment, le commissaire du gouvernement met René de Peyrecave, P-DG des usines Renault, en liberté provisoire, en estimant que « l'entreprise avait travaillé sous la contrainte et sans zèle pour l'occupant » [15].

En 2011, sept des petits-enfants de Louis Renault engagent une procédure afin d'obtenir une indemnisation du préjudice causé par la nationalisation. Ils tentent de faire valoir la question prioritaire de constitutionnalité, en arguant du fait que l'ordonnance N° 45-68 du 16 janvier 1945 qui institue la nationalisation serait contraire aux droits fondamentaux, de la propriété notamment. Ils sont déboutés le 11 janvier 2012 : Le Tribunal de grande instance de Paris se déclare incompétent pour statuer sur leur demande. Leurs avocats ont annoncé qu'ils feraient appel. Le 21 novembre 2012, la cour d'appel de Paris confirme la décision du tribunal de grande instance de Paris et se déclare incompétente[16].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Louis Renault est titulaire de la Grand-croix de la Légion d'honneur pour sa contribution exceptionnelle à la victoire de la Première Guerre mondiale en 1918. Il est démissionné du conseil de l'ordre par le gouvernement de Vichy[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Extrait du registre d'état civil du 8e arrondissement de Paris (1877): Du quinze février mil huit cent soixante dix-sept à une heure et demie du soir. Acte de naissance de Louis, par nous reconnu du sexe masculin, né à Paris place Delaborde 14 le douze du courant à une heure un quart du soir, fils de Albert Renault, propriétaire, quarante huit ans, et de Louise Berthe Magnier, son épouse, sans profession, trente cinq ans, demeurant tous deux au domicile susdit. Déclaration faite devant nous officier de l'état civil du huitième arrondissement par le père de l'enfant, en présence de François Lozime Magnier, propriétaire, soixante ans, rue Saint-Florentin 17, aïeul de l'enfant, et de Jacques Gustave Sandoz, négociant, quarante ans, Palais Royal 147 et 148, lesquels ont signé avec nous après lecture. Signé : A. Renault, Magnien, G. Sandoz et l'officier de l'état civil. Archives de Paris.
  2. Mention marginale de l'acte de naissance de Louis Renault extraite du registre d'état civil du 8e arrondissement de Paris (1877) : Marié à Herqueville (Eure) le 26 septembre 1918 avec Christiane Boullaire. Le quinze octobre suivant, signé : Le maire. Archives de Paris.
  3. Sur ces questions, voir J.-L. Robert, Ouvriers et mouvement ouvriers parisiens pendant la Grande Guerre et l'immédiat après-guerre, Paris, Thèse Lettres, 10 vol., 1989.
  4. Laurent Dingli, Louis Renault, Paris, 2000, pp. 72-99.
  5. Vincent Clément, La Mutuelle Renault - Entre idéaux et réalités. Préface de Louis Schweitzer, SHGR, Boulogne-Billancourt, 2005
  6. P. Fridenson, Histoire des usines Renault, T. I, Paris, 1972, rééd. 1999.
  7. Laurent Dingli, Louis Renault, Paris, 2000, p. 104 et suiv.
  8. Louis Renault, bienfaiteur de Chausey, article de La Manche Libre
  9. Extrait de la biographie de Louis Renault
  10. Citation de Louis Renault au sujet d'André Citroën sur www.autocult.fr
  11. Dominique Barjot, Michèle Merger dir., les entreprises et leurs réseaux: hommes, capitaux, techniques et pouvoirs, XIXe - XXe siècles chapitre:la première rencontre de L.Renault avec Hitler Patrick Fridenson réd. p.93 et suiv., 1998 Presses de l'Université Paris-Sorbonne
  12. Les usines Renault seront citées à l'ordre de l'Armement par le ministre Raoul Dautry, le 3 juin 1940. G. Hatry, Louis Renault patron absolu, Paris, 1982, p. 359
  13. G. Hatry, op. cit., p. 359 et suiv. ; L. Dingli, Louis Renault, Paris, 2000, p. 367 et suiv.
  14. Loi n° 90-560 du 4 juillet 1990 relative au statut et au capital de la Régie nationale des usines Renault institué par l'article 7 de l'ordonnance n° 45-68 du 16 janvier 1945
  15. Archives Nationales Z6 NL9 (3)
  16. Renault a-t-il été un collabo ? sur le site www.estrepublicain.fr consulté le 27 novembre 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Jussiaux. Biographie Louis Renault. CD audio MP3, 2009. (ISBN 978-2-9529205-5-1)
  • Jean-Noël Mouret, Louis Renault, Gallimard/Folio, 2009 (ISBN 978-2070338221)
  • Laurent Dingli, Louis Renault, Paris, Flammarion, 2000.
  • Emmanuel Chadeau, Louis Renault, Paris, Plon, 1998.
  • Gilbert Hatry, Louis Renault, patron absolu, Paris, Lafourcade, 1982, 1990.
  • Patrick Fridenson, Histoire des usines Renault, Paris, Seuil, 1972, 1998.
  • Anthony Rhodes, Louis Renault. A biography, Londres, Cassel, 1969.
  • Saint-Loup, Renault de Billancourt, Paris, Le Livre Contemporain, 1961.
  • Emile Fuchs, Louis Renault, Paris, 1935.
  • Chevée Julian & Paul Crepin, Paris, Léonard de Vinci, Levallois, 2013.
  • Industriels et banquiers sous l'Occupation, Annie Lacroix-Riz, Armand Colin, 1999.

Liens externes[modifier | modifier le code]