Julien Gracq
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| Julien Gracq | |
| Naissance | 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil |
|---|---|
| Décès | 22 décembre 2007 à Angers |
| Activité | Écrivain |
| Nationalité | |
| Langue | français |
| Genre | Divers |
| Œuvres principales | Le Rivage des Syrtes, Un balcon en forêt, En lisant en écrivant, etc. |
| Éditeurs | José Corti, Gallimard (Pléiade) |
| Récompenses | prix Goncourt 1951 (refusé) pour Le Rivage des Syrtes |
Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) est un écrivain français, né le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil et mort le 22 décembre 2007 à Angers.
Si Au château d'Argol, son premier roman, fortement influencé par le romantisme noir et par le surréalisme, avait attiré l'attention d'André Breton, c'est avec Le Rivage des Syrtes, et surtout le spectaculaire refus de son auteur de recevoir le prix Goncourt en 1951, que Julien Gracq s'est fait connaître du public. Reconnaissance paradoxale pour cet écrivain discret, voire secret, qui s'est effacé derrière une œuvre protéiforme et originale, en marge, voire en opposition vis-à-vis des courants dominants de la littérature de son époque, qu'il s'agisse de l'existentialisme ou du Nouveau roman. Après avoir abandonné l'écriture de fiction, les livres que publie Julien Gracq à partir de 1970 mélangent bribes d'autobiographie, réflexions sur la littérature et méditations géographiques.
Traduites dans vingt-six langues, étudiées dans des thèses et des colloques, proposées aux concours de l'agrégation, publiées dans la Bibliothèque de la Pléiade, les œuvres de Julien Gracq ont valu à leur auteur une consécration critique presque sans équivalent à son époque.
Sommaire |
[modifier] Biographie
[modifier] Les années de formation
Second enfant d'un couple de commerçants aisés (qui ont eu une fille, Suzanne, née neuf ans plus tôt, et à laquelle Julien Gracq restera très attachée), Louis Poirirer est né le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil, petite ville des bords de Loire située entre Angers et Nantes, où ses ancêtres paternels sont installés depuis plusieurs siècles[1]. Il y passe une enfance heureuse et campagnarde, expliquerait-il plus tard, dont les premiers souvenirs sont associés à la lecture (il découvre très jeune les œuvres de Fenimore Cooper, d'Erckmann-Chatrian, d'Hector Malot, et surtout de Jules Verne, qui « a été la passion de lecture de toute [s]on enfance ») et à la présence, en arrière-plan, de la guerre, qui ne le touche pas directement, personne dans sa famille n'étant mobilisé[2].
En 1921, à l'issue de ses études primaires, il est envoyé à Nantes, où il devient interne au Lycée Georges-Clemenceau. Immédiatement, il se prend à détester la vie d'internat, qui lui apparaît comme pesante et odieuse[3]. La découverte du Rouge et le noir de Stendhal, dont la lecture le bouleverse, lui donne le modèle et le mode d'emploi de la révolte qui resterait la sienne tout au long de son existence : une fin de non-recevoir, froide et délibérée, mais purement intérieure, assénée à l'ordre du monde social[4].
Louis Poirier est toutefois un élève brillant, qui est admis en classe préparatoire en 1928 au Lycée Henri-IV à Paris, où il suit les cours de philosophie d'Alain. Il découvre à cette époque l'art moderne, le cinéma, et la littérature contemporaine (Paul Valéry, Paul Claudel...[5]). Enfin, en 1929, il a la révélation de l'opéra wagnérien, découvert lors d'une représentation de Parsifal[6]. En 1930, Louis Poirier est admis à l'École normale supérieure. C'est à cette époque qu'il découvre l'existence du surréalisme, à travers quelques ouvrages d'André Breton : Nadja, le Manifeste du surréalisme, peut-être aussi Les Pas perdus[7]. Autre découverte, d'une toute autre nature, mais elle aussi marquante à sa façon : celle de l'idéologie nazie, par l'intermédiaire d'un groupe d'étudiants allemands à l'occasion d'un voyage scolaire à Budapest en 1931[8].
Louis Poirier suit en parallèle des cours à l'École libre des sciences politiques (il en sera diplômé en 1933). Choisissant d'étudier la géographie, en hommage à Jules Verne, dira-t-il par la suite[9], il est élève d'Emmanuel de Martonne et d'Albert Demangeon[10]. En 1934, Louis Poirier publie son premier texte, un article en partie issu d'un mémoire universitaire : « Bocage et plaine dans le sud de l'Anjou » parait dans les Annales de géographie[11]. La même année, il est reçu à l'agrégation d'histoire et géographie, et est affecté, d'abord à Nantes, au lycée Clémenceau où il avait été élève, puis à Quimper.
[modifier] Un écrivain « tardif »
À Quimper, Louis Poirier anime le cercle d'échecs[12], ainsi qu'une section syndicale de la CGT[13]. Il est également, depuis 1936, adhérent au Parti communiste français. Son engagement politique le pousse à prendre part à la grève – illégale – de septembre 1938, ce qui lui vaut une suspension temporaire de traitement[14]. Mais il a des difficultés à concilier cet engagement politique avec sa pratique de l'écriture, dont l'esthétique est très éloignée du réalisme socialiste.
En effet, en 1937, après avoir obtenu un congé sans solde d'une année pour se rendre en URSS afin d'y préparer une thèse de géographie (projet avorté pour cause de non-réception du visa d'entrée dans ce pays[15]) Louis Poirier s'est lancé dans l'écriture d'un roman : il s'agissait là, expliquera-t-il plus tard, de son premier acte d'écriture. Il n'y a pas eu chez lui de « tentatives précoces », d'ébauches avortées rédigées au sortir de l'adolescence[16]. Ce qui le conduirait à expliquer qu'il se considère comme un « écrivain tardif » : « mon premier livre a été Au château d'Argol ; une heure avant de le commencer, je n'y songeais pas[17]. » Ce premier roman, « plus abstrait, plus violent et plus révélateur[18] » que ceux qui le suivront, met en scène les relations ambiguës, fortement teintées d'érotisme et de violence, entre trois jeunes gens (deux hommes et une femme), dans un style inspiré d'Edgar Allan Poe et de Lautréamont[18]. Une fois l'écriture d'Au Château d'Argol achevée, Louis Poirier le fait parvenir aux éditions de la NRF, qui refusent le manuscrit. Il le laisse alors dans un tiroir, jusqu'à ce qu'il rencontre José Corti, l'éditeur des surréalistes, qui apprécie l'ouvrage et accepte de le publier à condition que son auteur participe aux frais d'édition. Le roman paraît augmenté d'un « Avis au lecteur » rédigé après-coup, dans lequel l'auteur revendique les influences de Wagner et du surréalisme, et récuse par avance toute interprétation symbolique du roman[18]. Plus tard, Gracq expliquera que cet « Avis » avait pour fonction première de brouiller les pistes[19].
C'est à cette époque que Louis Poirier décide de prendre un pseudonyme littéraire, afin de « séparer nettement [s]on activité de professeur de [s]on activité d'écrivain ». Voulant que l'ensemble du nom et du prénom fasse trois syllabes et contiennent des sonorités qui lui plaisent[20], il se décide pour Julien Gracq. Le prénom est sans doute un hommage à Julien Sorel, le héros du Rouge et le Noir, tandis que le nom peut faire référence aux Gracques de l'histoire romaine, même s'il a peut-être surtout été choisi pour sa brièveté, sa voyelle grave et sa finale explosive[20].
La diffusion du Château d'Argol est confidentielle (130 exemplaires vendus en un an, sur un tirage de 1200[21]), mais celui-ci est remarqué par Edmond Jaloux, Thierry Maulnier, et surtout André Breton, à qui Gracq avait envoyé un exemplaire du roman (mais il le connaissait déjà[22]), et qui lui adresse en réponse une lettre enthousiaste. Lors d'une conférence prononcée à Yale en décembre 1942, Breton précisera l'importance qu'il accorde à ce roman « où sans doute pour la première fois le surréalisme se retourne librement sur lui-même pour se confronter avec les grandes expériences sensibles du passé, et évaluer, tant sous l'angle de l'émotion que sous celui de la clairvoyance, ce qu'a été l'étendue de sa conquête[23]. »
Les deux hommes se rencontrent à Nantes en août 1939, et immédiatement est réglée la question de la non-appartenance de Gracq au groupe surréaliste, auquel il ne souhaite pas se joindre[24].
Il rompt la même année avec le Parti communiste, à la suite de l'annonce du pacte germano-soviétique. « Depuis, je n'ai jamais pu ni mêler quelque croyance que ce soit à la politique, ni même la considérer comme un exercice sérieux pour l'esprit », avouera-t-il plus tard, tout en précisant qu'il « li[t] les journaux » et « vote régulièrement[25]. »
[modifier] La période de la guerre
On a souvent dit que les fictions de Julien Gracq se caractérisent par l'attente d'un évènement, dont la nature est généralement catastrophique, à l'orée duquel se concluent ses récits[26]. À la fin de l'année 1939, cette situation dans laquelle il se plait à se trouver en imagination rejoint l'atmosphère générale dans laquelle baigne la France de la « drôle de guerre », cette époque « très étrange » où « tout était en suspens ». « La débâcle était dans l'air, expliquerait-il plus tard, mais il était absolument impossible de prévoir sur quoi allait déboucher cette attente très anxieuse[27]. » Cette période très particulière d'une guerre déjà déclarée mais pas encore commencée lui fournirait la matière du Rivage des Syrtes (1951) et du Balcon en forêt (1958)[28]. Louis Poirier est mobilisé à la fin du mois d'août 1939 dans l'infanterie, avec le grade de lieutenant au 137e régiment.
Le régiment, d'abord cantonné à Quimper, est envoyé à Dunkerque, puis en Flandres, avant de revenir à Dunkerque, où, au mois de mai 1940, il affronte l'armée allemande durant huit jours, autour de la tête de pont de Dunkerque[29]. Gracq est fait prisonnier et envoyé dans un stalag en Silésie, où sont également internés Patrice de la Tour du Pin, Raymond Abellio, ou encore Armand Hoog, qui devait plus tard décrire l'attitude du prisonnier Gracq en ces termes : « [il était] le plus individualiste, le plus anticommunautaire de tous, le plus férocement antivichyssois, il passait là-dedans comme soutenu par son mépris, sans se laisser atteindre[30] ». Ayant contracté une infection pulmonaire, Julien Gracq est libéré en février 1941. Il retourne alors à Saint-Florent-Le-Vieil, juste à temps pour revoir son père, gravement malade, qui décède peu après[31].
Julien Gracq reprend alors ses activité d'enseignement, au lycée d'Angers d'abord, puis, à partir de 1942, à l'université de Caen en qualité d'assistant de géographie, où il entame une thèse sur la « morphologie de la Basse Bretagne », qu'il n'achèvera pas[32].
En décembre 1943, Gracq achète à la gare d'Angers un exemplaire de Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger, qu'il lit d'une traite, sur un banc, dans la rue[33]. Il raconterait dans Préférences (« Symbolique d'Ernst Jünger », 1959) quel bouleversement fut pour lui la découverte de ce « livre emblématique ». Les deux hommes se rencontreront à Paris en 1952, et deviendront amis. Jünger écrira dans son journal qu'il considère Gracq comme étant celui qui, « après la mort de [s]on cher Marcel Jouhandeau, écrit la meilleure prose française[34] ». La critique universitaire a par ailleurs relevé, entre les œuvres du Français et celles de l'Allemand, des similitudes stylistiques et thématiques[35].
[modifier] De 1945 au Rivage des Syrtes
En 1945 paraît le second roman de Julien Gracq : Un beau ténébreux, publié lui aussi aux éditions José Corti, auxquelles Gracq restera fidèle tout au long de sa carrière littéraire. Écrit en deux temps (une première partie a été rédigée en Silésie, durant la captivité de Gracq, tandis que la seconde a été écrite en même temps que les poèmes de Liberté grande en 1942[37]), le roman raconte la rencontre entre un groupe de personnages à « l’Hôtel des Vagues », sur la côte bretonne, et un mystérieux jeune homme, Allan, dont on comprendra à la fin de l'histoire qu'il était venu là pour se suicider avec sa compagne. Outre une méditation sur la mort volontaire (derrière laquelle se devine l'évocation des « suicidés » du surréalisme, Jacques Rigaut et Jacques Vaché), le roman développe, sous la forme de longs dialogues, une réflexion sur la littérature qui sera développée dans les grandes œuvres théoriques ultérieures[37]. Proposé pour le Prix Renaudot, Un Beau ténébreux obtient trois voix, ce qui attire Le château d'Argol[38], qui est rééditée la même année. Tous les comptes-rendus ne sont d'ailleurs pas élogieux : Étiemble notamment exécute dans Les Temps modernes la première œuvre de l'écrivain, en laquelle il dénonce un exercice de style artificiel et prétentieux[39]. À l'inverse, Maurice Blanchot est déçu par le second roman, lui qui avait apprécié Argol[40].
L'année suivante paraît un recueil de poèmes en prose, Liberté grande, d'inspiration surréaliste et rimbaldienne, écrits entre 1941 et 1943, qui pour certains ont été publiés dans des revues proches de la mouvance surréaliste. L'ouvrage sera augmenté de plusieurs textes lors de rééditions ultérieures, et notamment de « La sieste en Flandres hollandaise », un des chef d'œuvres de la prose gracquienne[41].
Julien Gracq quitte l'université de Caen en 1946. Il est nommé l'année suivante au lycée Claude-Bernard de Paris, où il enseigne l'histoire-géographie jusqu'à sa retraite en 1970, se montrant un enseignant d'une pointilleuse exactitude, qui « s'arrangeait pour que son discours s'achève à la seconde même où se déclenchaient les sonneries[42] ». Il habite rue de Grenelle à côté de la fontaine des Quatre Saisons.
C'est en 1948 qu'est publié le premier grand ouvrage critique de Julien Gracq : il est consacré à André Breton, envisagé non pas en tant que chef de file du mouvement surréaliste mais bien en tant qu'écrivain, ainsi que l'indique son sous-titre : Quelques aspects de l'écrivain. Pour autant, le choix de ce sujet d'étude, outre qu'il correspond à un désir ancien d'écrire sur l'auteur de Nadja, n'est pas sans arrière-pensées « politiques » : s'intéresser à la figure de Breton, c'est prendre parti contre l'idéologie littéraire de l'après-guerre qui envisage l'engagement de la littérature vis-à-vis du monde d'une toute autre manière que celle dont l'entendait le surréalisme, et qui entend rejeter ce mouvement dans le passé: « le surréalisme n'a plus rien à nous dire », écrivait Jean-Paul Sartre l'année précédent la publication du Breton de Gracq[43].
La même année est publié Le Roi Pêcheur, une adaptation théâtrale du mythe du Graal écrite entre 1942-1943. La pièce est représentée à Paris, au théâtre Montparnasse, dans une mise en scène de Marcel Herrand, avec des costumes et des décors créés par Léonor Fini. Maria Casarès et Jean-Pierre Mocky interprètent les rôles principaux. Le Roi pêcheur est éreinté par la critique, qui reproche à son auteur, ou bien d'avoir laïcisé le mythe, ou bien de ne pas l'avoir adapté au goût moderne[44] Le fait que cette « entreprise au ton scolaire et [qui] pue l'artifice » (Robert Kemp dans Le Monde[45]) ait bénéficié d'un financement public attribué par la Commission d'aide à la première pièce (dépendant du Ministère de l'Éducation nationale) renforce la virulence de certains de ces critiques, qui ne manquent pas de noter que le ministre en personne était présent à la première ; et qu'il est sorti avant la fin de la pièce[46]. Ulcéré, Gracq renonce à écrire pour le théâtre (il traduira néanmoins la Penthésilée d'Heinrich von Kleist en 1953, à la demande de Jean-Louis Barrault[47]). Il règle ses comptes avec la critique l'année suivante, en publiant dans Empédocle, la revue d'Albert Camus « La Littérature à l'estomac », un texte dont le style rappelle celui des pamphlets surréalistes[48], et dans lequel sont dénoncés les différents systèmes de promotion moderne de la littérature, accusés de dénaturer la relation intime qui doit s'établir entre l'œuvre et son lecteur[48].
Avec le Rivage des Syrtes, publié en septembre 1951, Gracq renoue avec l'écriture romanesque. L'histoire de la déclinante principauté d'Orsenna, l'atmosphère de fin de civilisation qui l'imprègne (et qui transpose sur le mode mythique les époques de la montée du nazisme et de la drôle de guerre[49]), son écriture hiératique, séduisent la critique, qui encense ce roman qui va à contre-courant d'une production littéraire dominée par l'éthique et l'esthétique existentialistes[50]. Le roman est par ailleurs souvent comparé au Désert des Tartares de Dino Buzzati, dont la traduction française a été publiée quelques temps auparavant (Julien Gracq réfutera le fait qu'il ait pu être influencé par le roman de l'écrivain italien, et évoquera comme source d'inspiration La Fille du capitaine de Pouchkine[51]). Paru en pleine rentrée littéraire, Le Rivage des Syrtes fait partie des romans sélectionnés pour le prix Goncourt, pour l'obtention duquel il fait bientôt office de favori. Peu soucieux de laisser croire « qu’après avoir sérieusement détourné peut-être quelques jeunes (peu nombreux, qu’on se rassure) de la conquête des prix littéraires, [il] songe maintenant à la dérobée à [se] servir », Gracq écrit au Figaro littéraire une lettre ouverte dans laquelle il s'affirme, « aussi résolument que possible, non candidat[52] ». Il réitère le lendemain, dans un entretien accordé à André Bourin, sa décision de refuser le prix s'il lui est attribué. Le 3 décembre, le jury du Goncourt rend son verdict : le prix 1951 est attribué à Julien Gracq pour le Rivage des Syrtes, à l'issue du premier tour, par six voix contre trois[53]. Conformément à ce qu'il avait annoncé, Gracq refuse le prix. Il est le premier écrivain à agir ainsi, ce qui engendre une importante polémique dans les médias[54]. Julien Gracq restera marqué par ce qui lui est apparu comme un abus de pouvoir, et s'abstiendra désormais de toute intervention directe sur la scène littéraire[55].
[modifier] La théorie et la pratique de la littérature
L'emploi du temps de Julien Gracq, depuis son affectation au lycée Claude Bernard, se partage entre Saint-Florent-Le-Vieil et Paris, l'enseignement, l'écriture et les voyages, qu'il effectue de préférence en fin d'été ou au début de l'automne (la période des « grandes vacances » étant de préférence dévolue à l'écriture), en France ou dans les pays voisins, parfois pour des conférences[56].
En 1953, il rencontre Nora Mitrani, sociologue et poétesse, membre du groupe surréaliste de Paris. Le couple fréquente Élisa et André Breton, visite André Pieyre de Mandiargues à Venise, etc.[57]. Gracq restera très discret sur ce sujet et n'évoquera jamais publiquement sa liaison avec la jeune femme[58], qui meurt en 1961 et dont il préfacera le recueil posthume Rose au cœur violet (1988)[59].
En parallèle, Julien Gracq continue à construire son œuvre. En 1952, il publie, dans une édition hors-commerce limitée à soixante-trois exemplaires, un texte rédigé entre 1950 et 1951 : Prose pour l'Étrangère, un poème en prose qui, par son écriture comme par sa thématique, n'est pas sans rappeler Le Rivage des Syrtes (et où se pose donc de manière aiguë la question du rapport qu'entretient l'œuvre narrative de Gracq, volontiers poétique dans son écriture, avec le genre du poème en prose[60].) Entre 1953 et 1956, il entreprend la rédaction d'un autre grand roman a-temporel, dans la lignée du Rivage des Syrtes, et qui doit évoquer le siège d'une ville dans un pays déjà tombé aux mains de l'ennemi[61]. Mais au bout de trois ans et de deux cent cinquante pages rédigées, Gracq se sent bloqué dans son processus de création, ce qui est presque une constante chez lui lorsqu'il crée une œuvre de fiction : au moment où il parvient à la dernière partie du récit, le fil « qui joint le travail fait au travail à faire » se rompt, pendant plusieurs mois, un an même dans le cas du Rivage de Syrtes[62]. Il interrompt alors – provisoirement, pense-t-il à ce moment-là – l'écriture de ce roman pour se lancer dans un autre projet d'écriture : celui d'un récit ancré dans cette période de la drôle de guerre qui l'avait tant frappé. Le roman interrompu ne sera finalement jamais repris (seules vingt pages subsisteront, qui seront publiées en 1970 dans le recueil La Presqu'île, sous le titre de « La Route. »[63]). Quant au récit sur la drôle de guerre, intitulé Un balcon en forêt, il est publié en 1958. Cette histoire des vacances oniriques de l'aspirant Grange dans la forêt ardennaise déconcerte la critique, qui ne s'attendait à ce que l'auteur du Rivage des Syrtes produise une fiction « réaliste[64] ». (ce qualificatif sera récusé par Gracq[65], qui n'envisageait pas le Balcon comme une rupture par rapport aux livres précédents[49].) Le metteur en scène Michel Mitrani, frère de Nora Mitrani, en tirera en 1979 une adaptation cinématographique qui conserve le même titre.
Le texte suivant, Préférences (1961), renoue avec la veine critique inaugurée avec André Breton, Quelques aspects de l'écrivain, et qui sera particulièrement explorée par Gracq au cours des années suivantes. L'ouvrage est en fait un recueil de textes écrits depuis 1945, qui reprend préfaces (comme « Le Grand paon » - à propos de Chateaubriand), études littéraires (« Spectre du Poisson soluble »), entretien radiophonique (« Les yeux bien ouverts »), ainsi que le pamphlet La Littérature à l'estomac et une conférence prononcée en 1960, «Pourquoi la littérature respire mal», où se remarque l'influence des thèses d'Oswald Spengler sur le « déclin de l'Occident[66]. » De cet ensemble émergent effectivement les préférences littéraires de Gracq : son goût pour Jünger, Lautréamont, Rimbaud, Poe, Breton, les romantiques allemands, et certaines œuvres marginales d'auteurs classiques (Béatrix de Balzac, Bajazet de Racine...), son refus de l'esthétique existentialiste et de la littérature techniciste que constitue selon lui le Nouveau roman[67].
Lettrines I (1967), poursuit sur la lancée des textes critiques, auxquels sont associées des évocations de lieux, le tout relié autour d'un noyau autobiographique[68], ce qui constitue un infléchissement inattendu de l'œuvre d'un auteur aussi discret que Julien Gracq. En fait, seules deux périodes de sa vie sont évoquées : l'enfance et la guerre. Et encore la seconde n'est-elle traitée qu'à travers l'épisode, empreint d'irréalité de « la nuit des ivrognes », qui revient sur la débâcle de 1940 déjà évoquée dans Un Balcon en forêt[68]. Il n'y a en fin de compte que les souvenirs d'enfance de Louis Poirier qui sont traités sur un mode réaliste[69]. La forme de ce livre est elle aussi nouvelle, constituée d'une juxtaposition de « notes » ou de « fragments[70] », extraits de cahiers sur lesquels, depuis 1954[71], Julien Gracq jette notes ou textes plus élaborés. De ces mêmes cahiers naitront Lettrines II (1974), En lisant en écrivant (1980) et les Carnets du grand chemin (1992)[68].
La Presqu'île, qui paraît trois ans plus tard, marque les adieux de Julien Gracq à la fiction. Dans ce recueil sont réunies trois nouvelles : « La Route », vestige du grand roman commencé après Le Rivage des Syrtes, qu'il semble prolonger ; « La Presqu'île », récit du désir et de l'attente dans la presqu'île de Guérande, dont le réalisme rappelle en même temps qu'il met à distance le Nouveau roman ; enfin « Le Roi Cophetua », qui peut être lu comme une variation autour du mythe de Perceval, transposé dans le cadre d'une maison de campagne dans la banlieue de Paris en 1917[72]. De cette dernière nouvelle, le cinéaste belge André Delvaux a tiré en 1971 un film intitulé Rendez-vous à Bray, considéré comme la meilleure adaptation à ce jour d'une œuvre de Gracq pour le cinéma[73].
[modifier] La consécration critique
En 1970, Louis Poirier fait valoir ses droits à la retraite et, le 30 juin, se rend pour un séjour de deux mois aux État-Unis, où il a été invité par l'université du Wisconsin en qualité de visiting professor. Il y donne des cours sur le roman français après 1945, anime un séminaire sur André Breton, et va rendre visite à August Derleth, l'ancien collaborateur de Lovecraft[74]. De retour en France, il poursuit la publication de ses cahiers, avec Lettrines II (1974), puis Les Eaux étroites (1976), où il évoque le souvenirs des promenades qu'il faisait enfant sur les bords de l'Erdre, et surtout En lisant en écrivant (1980), qui marque un tournant dans la réception critique de son travail : l'œuvre romanesque est relégué au second plan, tandis qu'est mis en avant le travail critique et réflexif du lecteur au regard précis et profond qu'est Julien Gracq[75]. Réunis en seize sections, les fragments/notes qui composent En lisant en écrivant (sans virgule entre les deux, afin de signifier l'absence de solution de continuité dans la vie d'un écrivain entre l'activité de la lecture et celle de l'écriture[76]) évoquent Stendhal, Proust, Flaubert, le surréalisme, les rapports entre la littérature et la peinture, la littérature et le cinéma, etc.
Le début des années 1980 marque également la reconnaissance officielle de Julien Gracq par l'institution universitaire : en mai 1981, un premier grand colloque est organisé autour de son œuvre à l'Université d'Angers[77]. L'année suivante, Le Rivage de Syrtes est mis au programme de l'agrégation de lettres modernes[78]. Michel Murat termine en 1983 une importante thèse sur ce roman, qui est ensuite publiée en deux volumes aux éditions José Corti[79]. À la fin de cette même décennie, c'est le milieu littéraire qui rend hommage à Julien Gracq : les éditions Gallimard entreprennent, honneur très rare, de publier, de son vivant, ses œuvres dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque de La Pléiade[80]. Les deux tomes des Œuvres complètes de Julien Gracq sont publiés respectivement en 1989 et 1995, dans une édition établie sous la direction de l'universitaire allemande Bernhild Boie, qui avait en 1966 publié (en Allemand) l'un des tous premiers livres consacré à Gracq[81], et que ce dernier choisira pour être son exécutrice testamentaire[82].
De son côté, ce dernier publie ses trois dernières œuvres, dont deux sont consacrées à des villes : La Forme d'une ville (1985), où est évoqué le Nantes des années d'internat de Louis Poirier, mais aussi celui de Jules Verne, d'André Breton et de Jacques Vaché[83] ; et Autour des sept collines (1988), qui regroupe un certain nombre de notes prises lors d'un voyage en Italie en 1976[84]. Enfin, en 1992, les Carnets du grand chemin renouent avec le veine des Lettrines , mêlant évocations de paysages, fragments autobiographiques et réflexions sur le littérature[85]. Ces Carnets marquent la fin de l'œuvre publié de Julien Gracq, si l'on excepte le recueil des Entretiens qui paraissent aux éditions José Corti en 2002 et qui réunissent des interviews données par Julien Gracq entre 1970 et 2001. Ouvrage qui, sans faire à proprement parler partie de l'œuvre, en est une forme de prolongement[86].
Après avoir longtemps vécu dans son appartement de la rue de Grenelle à Paris, Julien Gracq se retire dans la maison familiale de la Rue du Grenier-à-Sel à Saint-Florent-Le-Vieil, où il vit en compagnie de sa sœur, qui disparaît en 1997. Bien qu'ayant toujours maintenu ses distances avec les milieux littéraires, il entretient plusieurs correspondances épistolaires et reçoit écrivains et chercheurs[87] dans la maison familiale devenue trop grande pour lui et dont il ne chauffe plus toutes pièces[88].
Julien Gracq s'éteint le 22 décembre 2007. La presse est unanime à lui rendre hommage[89]. Par testament, il a légué la totalité de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale (une copie devant en être adressée à la Bibliothèque universitaire d'Angers.) Ceux-ci comprennent notamment l'ensemble de 29 cahiers de fragments intitulé Notules, soit trois mille cinq cents pages qui n'ont que partiellement été publiées, notamment dans les deux volumes de Lettrines. La partie inédite ne pourra être divulguée que vingt ans après la mort de l'écrivain[90].
Les œuvres de Julien Gracq ont été traduites en vingt-six langues[91].
[modifier] Œuvres
Tous les ouvrages de Julien Gracq ont été publiés aux éditions José Corti – il a toujours refusé que ses livres soient publiés au format poche – à l'exception de Prose pour l'étrangère, publié à 63 exemplaires dans une édition hors-commerce, et qui n'est repris que dans l'édition de Bibliothèque de la Pléiade. Celle-ci compte deux volumes, publiés en 1989 et 1995 sous la direction de Bernhild Boie. Elle regroupe l'ensemble des textes mentionnés dans la bibliographie suivante, à l'exception des deux derniers entretiens parus dans le recueil publié en 2002.
- Au château d'Argol, (1939)
- Un beau ténébreux, (1945)
- Liberté grande, (1946)
- André Breton, quelques aspects de l'écrivain, (1948)
- Le Roi pêcheur, (1948)
- La Littérature à l'estomac, (1950)
- Le Rivage des Syrtes, (1951)
- Prose pour l'étrangère, (1952)
- Un balcon en forêt, (1958)
- Préférences, (1961)
- Lettrines I, (1967)
- La Presqu'île, (1970)
- Lettrines II, (1974)
- Les Eaux étroites, (1976)
- En lisant en écrivant, (1980)
- La Forme d'une ville, (1985)
- Autour des sept collines, (1988)
- Carnets du grand chemin, (1992)
- Entretiens, (2002)
[modifier] Discographie
- Les Préférences de Julien Gracq. Entretiens avec Jean Daive et Jean Paget, Ina/France Culture/scam, coll. « Les grandes heures », 211873, 2006 (entretiens radiophoniques, 2 CD)
- Œuvres, Editions Des femmes-Antoinette Fouque, coll. « La bibliothèque des voix » , 2004 (lectures par l'auteur d'extraits de ses livres, 2 CD)
[modifier] Adaptations
- La Riva delle Sirti, de Luciano Chailly (opéra adapté du Rivage des Syrtes, 1959)
- Un Beau ténébreux, de Jean-Christophe Averty (téléfilm, 1971)
- Rendez-vous à Bray, d'André Delvaux (film adapté de la nouvelle « Le Roi Cophelia », 1971)
- Un Balcon en forêt, de Michel Mitrani (film, 1978)
[modifier] Annexes
[modifier] Bibliographie
Le fonds Julien Gracq de la bibliothèque universitaire d'Angers propose une bibliographie très complète des œuvres de Gracq ainsi que des ouvrages et études qui lui ont été consacré.
[modifier] Ouvrages
- Alain-Michel Boyer, Julien Gracq, Paysages et mémoire, éd. Cécile Defaut, Nantes, 2007
- Hubert Haddad, Julien Gracq. La Forme d'une vie, Éditions Zulma, 2004.
- Pierre Jourde, Géographies imaginaires de quelques inventeurs de mondes au XXe siècle. Gracq, Borges, Michaux, Tolkien, José Corti, 1991.
- Farid Laroussi, Écritures du sujet : Michaux, Jabès, Gracq, Tournier, Éditions Sils Maria, 2006, 184 pages.
- Jean-Louis Leutrat, Julien Gracq, Seuil, coll. « Les contemporains », 1991, 288 pages, (ISBN 202010699X)
- Jean-François Marquet, Gracq, la blessure du contingent, dans Miroirs de l'identité, Hermann, 1996.
- Michel Murat, L'Enchanteur réticent, essai sur Julien Gracq, éditions José Corti, 2004.
- Jean Pelletier, Julien Gracq, vérités et légendes, Éditions du Chêne, 2001, 171 pages.
- Bernard Vouilloux, Julien Gracq. La Littérature habitable, Éditions Hermann, 2007.
[modifier] Revues et ouvrages collectifs
- Julien Gracq, Cahier de l'Herne n°20, 1972 (rééd. Le Livre de poche, coll. « Biblio-essais », 1997)
- Revue 303, n° 93, novembre 2006, numéro entièrement consacré à l'écrivain.
- Le Magazine littéraire, n°179, décembre 1981 et n° 465, juin 2007, dossiers consacrés à Julien Gracq.
- La Revue des Lettres modernes (Université de Caen) a publié cinq numéros consacrés à l'œuvre de Julien Gracq.
[modifier] Liens externes
- Dossier Julien Gracq sur le site des éditions José Corti
- Présentation de l'œuvre de Julien Gracq par Michel Murat, sur le site « CulturesFrance »
- Hommage à Julien Gracq par Monique Canto-Sperber et Michel Murat, sur le site « Diffusion des savoirs de L'Ecole Normale Supérieure »
- « Julien Gracq / Devant nous oeuvre et nom de poète... », dossier consacré à Julien Gracq sur le site de la web-revue littéraire « remue.net »
[modifier] Notes et références
- ↑ Alain-Michel Boyer, Julien Gracq, Paysages et mémoire, p.42.
- ↑ Entretien avec Jean Carrière (1986), in Julien Gracq, Entretiens, José Corti, 2002, pp. 109-111.
- ↑ Bernhild Boie, « Chronologie », in Julien Gracq, Œuvres I, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. LXIII.
- ↑ Michel Murat, Julien Gracq. L'Enchanteur réticent, Paris, José Corti, 2004, pp. 331-332.
- ↑ Michel Murat, op. cit., pp. 332-333.
- ↑ Murat, op. cit., p. 333. Un balcon en forêt (1958) s'ouvre par une épigraphe reproduisant les premiers vers de cet opéra.
- ↑ Entretien avec Jean Carrière, in Julien Gracq, op. cit., p.130.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.LXVII.
- ↑ Murat, op. cit., p. 333.
- ↑ Julien Gracq, Carnets du grand chemin, José Corti, 1992, p. 148-150.
- ↑ Alain-Michel Boyer, Julien Gracq, paysages et mémoire, p. 20.
- ↑ Jacques Boislève précise que « la familiarité de Julien Gracq avec les échecs remonte à loin » et que de 1937 à 1939 Gracq a participé à des tournois à Brest et Lorient dans « Julien Gracq joueur d'échecs : du petit théâtre au grand jeu », Revue 303, n°93, novembre 2006, p. 180-184.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., pp.LXVIII-LXIX
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p. LXIX.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., pp. LVIII-LXIX.
- ↑ Il confesserait toutefois avoir écrit de fort mauvais alexandrins vers l'âge de treize ou quatorze ans, ainsi que « quelques essais d'écriture » lorsqu'il était étudiant. Mais il n'avait jamais envisagé de devenir écrivain (Entretien avec Jean Carrière, in Julien Gracq, op. cit., p. 113.)
- ↑ Entretien radiophonique avec Gilbert Ernst du 12 juillet 1971, reproduit in Julien Gracq, Cahier de l'Herne, Paris, 1972, pp. 211-212.
- ↑ a b c Michel Murat, Présentation de Au château d'Argol, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Cf. B. Boie, in Gracq, op. cit., p.1129.
- ↑ a b Marie-Annick Gervais-Zaninger et Stéphane Bikialo, Julien Gracq. Un balcon en forêt / La presqu'île, Atlande, Paris, 2007, p. 17.
- ↑ B.Boie, in Gracq, op. cit., p.1145.
- ↑ C'est en effet lui qui plusieurs mois plus tôt avait attiré sur lui l'attetnion d'Edmond Jaloux (cf. B.Boie, in Gracq, op. cit., p.1140.
- ↑ Cité par Gérard de Cortanze, Le Monde du surréalisme, éditions Complexe, 2005, p. 60.
- ↑ Hubert Haddad, Julien Gracq, La Forme d'une vie, Zulma, 2004, p. 129.
- ↑ Entretien avec Jean Carrière, in Julien Gracq, Entretiens, José Corti, Paris, 2002, p. 118.
- ↑ Ce « on-dit » était rapporté par Gracq lui-même dans un entretien radiophonique de 1971 avec Gilbert Ernst (in Julien Gracq, Cahier de l'Herne, p. 214.).
- ↑ Entretien de 1971 avec Gilbert Ernst, in L'Herne, p. 214.
- ↑ Ces deux romans qui ont le même sujet, a indiqué Gracq (cf. Bernhild Boie, in Julien Gracq, O. C. II, p. 1278.)
- ↑ Entretien avec Gilbert Ernest, in L'Herne, p. 218.
- ↑ Cité par Bernhild Boie, in Julien Gracq, O. C. I, p. LXXI.
- ↑ Bernhild Boie, in Julien Gracq, O. C. I, p. LXXI.
- ↑ Dans Julien Gracq, Paysage et mémoire, Alain-Michel Boyer écrit qu'on « pourrait affirmer, sans grand risque d'erreur, que son œuvre littéraire est née, en partie du moins, de l'inachèvement de sa thèse de géographe, de l'impossibilité de l'écrire » (p.18.)
- ↑ M. Murat, op. cit., p. 337.
- ↑ Ernst Jünger, Soixante-dix s'efface II, Gallimard, 1985, p. 542 (à la date du 2 avril 1980. Jünger évoque quelques personnes venues fêter son quatre-vingt-cinquième anniversaire.
- ↑ Patrick Marot, « Figures de la lecture dans trois romans des années de guerre : Sur les falaises de marbre, Le Désert des Tartares et Le Rivage des Syrtes » dans Voix d'Ouest en Europe, souffles d'Europe en Ouest, colloque d'Angers 1992, Presses Universitaires d'Angers, 1993.
- ↑ Michel Murat, Présentation de La Presqu'île, sur le site CulturesFrance.
- ↑ a b Michel Murat, Présentation de Un Beau ténébreux, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Michel Murat, op. cit., p. 337.
- ↑ « "Incomparable évènement" sur "tonitruante inquiétude", "exorbitant atout" sur "incroyable méprise", "incomparable vitesse" sur "dévorante communion" [...], suffit-il donc, pour que naisse quelque beauté, d'accopuler un substantif choisi pour sa virulence avec un adjectif superlatif (de sens sinon de forme). » (cité par Bernhild Boie, in Gracq, op. cit., p.1145.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.1179.
- ↑ Michel Murat, présentation de Liberté grande sur le site CulturesFrance.
- ↑ Alain Jaubert, « L'énigmatique Monsieur Poirier », in Magazine littéraire, nº 179 (1981), cité par Mar Garcia, « Dispositifs fictionnels dans l'œuvre fragmentaire de Julien Gracq : canon réaliste et effet de fiction » in L'effet de fiction, colloque en ligne Fabula (2001)
- ↑ B. Boie, in Gracq op. cit., pp.1272-1274. La phrase de Sartre (citée p.1274) est extraite de « Qu'est-ce que la littérature ? » publié dans Les Temps modernes, janvier-juillet 1947, et repris en 1948 dans le recueil d'articles Situations II.
- ↑ [pdf] Suzanne Dettmar-Wrana, Julien Gracq et la réception du romantisme allemand, thèse de doctorat dirigée par Michel Murat et Oskar Roth, Université de Paris IV, 2000, p.II.
- ↑ Édition du 30 avril 1949, cité par Bernhild Boie, in Gracq, op. cit., p.1257
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., pp.1257-1258.
- ↑ Michel Murat précise que Gracq ne connaît pas l'allemand et que « la "traduction libre" qu'il fait en 1954 de la Penthésilée de Kleist, à la demande de Jean-Louis Barrault, est en fait une réécriture de celle de Roger Ayrault dans l'édition bilingue. Gracq lui donne du souffle et du ton, l'amplifie parfois, mais ne la corrige nulle part » dans « Gracq et l'Allemagne », Revue 303, n°93, novembre 2006, p. 89.
- ↑ a b Michel Murat, Présentation de Préférences, sur le site CulturesFrance.
- ↑ a b Julien Gracq, Entretien avec Jean Paget (1969), in Les Préférences de Julien Gracq, disque audio, Ina/France Culture/scam, coll. « Les grandes heures », 211873, 2006.
- ↑ Suzanne Dettmar-Wrana, op. cit., p. ?
- ↑ Entretien avec Jean Carrière, in Julien Gracq, op. cit., p.155.
- ↑ Lettre de Julien Gracq, publiée dans le numéro du 28 novembre 1951 du Figaro littéraire. Cette lettre est reproduite sur le site de la web-revue Terres de femmes (« 3 décembre 1951/Julien Gracq refuse le Prix Goncourt. »)
- ↑ Ces voix sont celles de Gérard Bauër, André Billy, Colette, Philippe Hériat, Pierre Mac Orlan et Raymond Queneau.
- ↑ Voir par exemple le compte-rendu du Journal de 20 heures de l'ORTF le 3 décembre 1951, sur le site de l'INA.
- ↑ Michel Murat, Présentation du Rivage des Syrtes, sur le site CulturesFrance.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.LXXIV
- ↑ M.-A. Gervais-Zaninger, op. cit., p.24.
- ↑ Cf. L'entretien accordé par Dominique Rabourdin à François Dufay pour l'hebdomaire L'Express à la mort de Julien Gracq (« Julien Gracq, "un écrivain d'un autre temps" », L'Express, 24 décembre 2007.)
- ↑ Textes recueillis par Dominique Rabourdin, éditions du Terrain vague, collection « Le désordre ». On trouve quelques informations sur Nora Mitrani, qui fut aussi la compagne et le modèle d'Hans Bellmer sur le blog de l'écrivain Orlando de Rudder, qui connut le coupe qu'ils formèrent (« Julien gracq, Nora Mitrani »)
- ↑ Lire à ce propos Ruth Amossy, « Prose pour l’Etrangère - Du récit poétique au poème en prose », in Cahiers Julien Gracq no. 2, 1994, pp. 123-147 (notamment les pages 127-129)
- ↑ Bernhild Boie, cité par Marie-Annick Gervais-Zaninger, op. cit., p.39.
- ↑ La citation et le développement sur les « pannes » de Gracq, proviennent de l'entretien qu'il a accordé en 2001 à Bernhild Boie, recueilli dans le volume d'entretiens publié aux éditions José Corti en 2002 (p. 294).
- ↑ Sylvie Vignes, « Un Balcon en forêt, une brèche vers l'enfance ? », in Julien Gracq 5, Revue des Lettres modernes, Caen, 2007, p. 115.
- ↑ Alain-Michel Boyer, Julien Gracq, Paysages et mémoire, éd. Cécile Defaut, Nantes, 2007, p. 247.
- ↑ Par exemple dans Lettrines I, p. 216, cité par Alain-Michel Boyer, op. cit., p. 246.
- ↑ Michel Murat, Présentation de Préférences, sur le site CulturesFrance.
- ↑ « [...] les valeurs d'"exil" qui sont celles de L'Étranger ou de La Nausée ne sont pas plus les siennes que l'opacité du monde extérieur des romans de Robbe-Grillet. L'œuvre gracquienne se démarque volontiers de ces univers qui lui sont contemporains » commentera Jean-Louis Leutrat dans Julien Gracq, Seuil, coll. « Les contemporains », 1991, p. 138.
- ↑ a b c Michel Murat, Présentation de Lettrines, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Mar Garcia note que dans les textes autobiographiques de Gracq « le recours au modèle se limite aux passages consacrés à la période de l'enfance. Ceux où il est question de l'adolescent de Nantes, du jeune homme à l'avenir incertain (la géographie, la littérature, la guerre), donnent lieu à l'émergence d'un autre modèle, le pastiche surréaliste » (art. cit.)
- ↑ Le choix de l'un ou de l'autre de ces qualificatifs n'est pas neutre selon que l'on rapproche ou non ces textes courts de l'esthétique du romantisme allemand : Bernhild Boie les décrit comme des « fragments-hérissons » qui obéissent à l'esthétique romantique (cf. l'article de Mar Garcia déjà cité), tandis que Michel Murat emploie le terme de « notes » et de « pages », pour marquer la distance qui sépare les uns de l'autre. (cf. Présentation de Lettrines.)
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.LXXVI.
- ↑ Cf. Michel Murat, Présentation de La Presqu'île, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Cf. Paul Léon, « Du Roi Cophetua à Rendez-vous à Bray : André Delvaux lecteur de Julien Gracq », in Loxias n°19, Autour du programme d'agrégation 2007-2008, CTEL, Nice, 2007.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.LXXX.
- ↑ Michel Murat, Présentation de En lisant en écrivant, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Entretien avec Bernhild Boie (2001), in Julien Gracq, Entretiens, p.296.
- ↑ Michel Murat, Julien Gracq, l'enchanteur réticent, p.343.
- ↑ En 2007, ce sont Un Balcon en forêt et La Presqu'île qui sont proposés au programme de l'agrégation pour l'année suivante.
- ↑ Michel Murat, Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq - Étude de style, T.1., Le Roman des noms propres ; T.2., Poétique De L'analogie, Paris, José Corti, 1983.
- ↑ Seuls Saint-John Perse et René Char ont auparavant été publiés de leur vivant dans la Pléiade.
- ↑ Bernhild Boie, Hauptmotive im Werke Julien Gracqs, Munich, Wilhelm Fink (cf. Suzanne Dettmar-Wrana, op. cit., p.IV)
- ↑ « Julien Gracq à la Bibliothèque Nationale de France et aux enchères » sur le site de La République des lettres.
- ↑ Cf. Michel Murat, Présentation de La Forme d'une ville, sur le site CulturesFrance.
- ↑ B. Boie, in Gracq, op. cit., p.LXXI.
- ↑ cf. Michel Murat, Présentation des Carnets du grand chemin, sur le site CulturesFrance.
- ↑ Michel Murat, « Conversations dans le Maine-et-Loire », sur le site Fabula.
- ↑ Cf. par exemple, François Bon, « déjeuner des bords de Loire » (revue 303, décembre 2006) ; Jérôme Garcin, « Le roi des Mauges. Hommage à Julien Gracq » (in Le Nouvel observateur, 03 janvier 2008) ; Pierre Assouline, « Pour saluer Louis Poirier et Julien Gracq » (sur son blog La République des livres, 23 décembre 2007) ; Sébastien Lapaque, « Julien Gracq, un écrivain immense et secret » (Le figaro, 24 décembre 2007), etc.
- ↑ Témoignages de Jérôme Garcin et de François (articles cités.)
- ↑ Outre les articles déjà cité de Pierre Assouline, Jérôme Garcin et Sébastien Lapaque, voir sur le blog intitulé Après Julien Gracq, où sont reproduits un certain nombre d'autres articles nécrologiques.
- ↑ Cf. Extrait du manuscrit du testament de Julien Gracq, reproduit dans « Julien Gracq à la Bibliothèque Nationale de France et aux enchères » sur le site de La République des lettres.
- ↑ « [...] à la date de mars 2006 – [il] demeure, depuis bientôt soixante-dix ans, l'objet d'une lecture multiple, jeune et fervente, si l'on en juge par l'addition des mémoires et des thèses que pourraient lui envier beaucoup des écrivains de son temps... » Georges Cesbron, « Le Fonds Julien Gracq de la Bibliothèque Universitaire d'Angers » in Revue 303, n°93, novembre 2006, p. 244.

