Louis Kahn (architecte)

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Louis Isadore Kahn
Image illustrative de l'article Louis Kahn (architecte)
Phillips Exeter Library (atrium)
Présentation
Nom de naissance Itze-Leib Schmuilowsky
Naissance 20 février 1901
Kuressaare, île d'Osel (aujourd'hui Saaremaa), Gouvernement d'Estland, Empire russe.
Décès 17 mars 1974 (à 73 ans)
New York, États-Unis.
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité(s) Architecte, enseignant
Formation École d'architecture de l'université de Pennsylvanie
Œuvre
Réalisations Centre de recherches médicales Newton-Richards (Philadelphie, 1958-1961)
Salk Institute for Biological Studies (La Jolla, Californie, 1966)
Bibliothèque d'Exeter (New Hampshire, 1972)
Assemblée nationale du Bangladesh (Dhaka, 1974)
Kimbell Art Museum (Fort Worth, Texas)

Louis Isadore Kahn, (né Itze-Leib Schmuilowsky, le 20 février 1901 à Kuressaare - mort le 17 mars 1974 à New York) , est un architecte américain, d'origine estonienne. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands architectes du XXe siècle. Ses principales œuvres sont aux États-Unis, en Inde et au Bengladesh. Souvent monumentales, elles marquent une attention particulière à la vie communautaire. Son langage personnel, relayé par son enseignement et ses écrits, traduit un travail rigoureux sur le plan, l’épaisseur de la paroi, la lumière et le matériau, particulièrement la brique et le béton armé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Salk Institute, La Jolla

Né sur l'île estonienne d'Osel, aujourd'hui Saaremaa, Louis I. Kahn a quatre ans lorsque sa famille, d'origine juive, émigre aux États-Unis et s'installe dans un quartier pauvre de la périphérie de Philadelphie. Il est naturalisé américain le 15 mai 1914. Doué pour le dessin et la musique, il obtient une bourse lui permettant de suivre des études de dessin parallèlement à l'école publique et d'entrer à l'école d'architecture de l'université de Pennsylvanie dans les années 1920. Il y suit les cours d'un professeur français, Paul Philippe Cret, gagnant un temps sa vie en jouant du piano dans les cinémas. Puis il découvre et admire Le Corbusier. Kahn a aussi reçu un enseignement classique dont Auguste Choisy et Julien Guadet étaient la référence. Il voyage un an en Europe, dessine beaucoup, puis travaille comme dessinateur dans divers agences de Philadelphie. Intéressé par le logement social, il crée un groupe de recherche sur les problèmes d'urbanisation et de logement social à Philadelphie. Il fonde sa propre agence à la fin des années 1940, à près de 50 ans, avec sa partenaire Anne Tyng, tandis qu'il est nommé professeur d'architecture à Yale (1947-1957), avant d'enseigner jusqu'à sa mort à l'université de Pennsylvanie (1957-1974).

Il connut la notoriété en tant qu'architecte après la Seconde Guerre mondiale, avec des bâtiments comme le Centre de recherches médicales Newton-Richards (à Philadelphie, 1958-1961), le Salk Institute for Biological Studies (La Jolla, Californie, 1966), la bibliothèque d'Exeter (New Hampshire, 1972) ou l'Assemblée nationale du Bangladesh à Dhaka (1974). Il dessina de nombreux plans de bâtiments sur les campus universitaires américains, avec l'exigence de l'éclairage par la lumière naturelle.

Il est lauréat en 1951 du prix de Rome américain (Rome Prize) en architecture, il est élu en 1971 membre de l'Académie américaine des arts et des lettres.

Un documentaire sur Louis Kahn intitulé My Architect a été réalisé par son fils, Nathaniel Kahn, en 2003.

Caractéristiques de l'œuvre[1][modifier | modifier le code]

Louis Kahn appartient à la génération qui suit les fondateurs du Modernisme (il a 15 ans de moins que Ludwig Mies van der Rohe et 14 de moins que Le Corbusier). À ce titre, il prend la suite du mouvement moderne et le dépasse.

Il a étudié l'ouvrage Vers une architecture de Le Corbusier et est tributaire de nombreux principes miesiens (visible par exemple dans la conception de la façade métallique de l'Art gallery de l'université Yale).

Mais le fonctionnalisme de ses édifices aboutit à la définition de concepts nouveaux: l'opposition entre le servant & le servi et la notion d'architecture creuse.

Servant/Servi: Aux laboratoires de l'université de Pennsylvanie à Philadelphie (1957-1965), les tours des circulations (espaces servants) se distinguent clairement des plateaux des laboratoires (espaces servis). De même, le Salk Institute for Biological Studies de La Jolla est doté de niveaux techniques intermédiaires (espaces servants), plus bas que les plateaux des laboratoires (espaces servis).

Architecture creuse: Louis Kahn est soumis, comme ses contemporains, à un autre problème fonctionnel: l'intégration des conduites et réseaux techniques qui se multiplient dans les bâtiments modernes (eau, ventilation, électricité...). Pour ce faire, il va générer une architecture creuse : les conduites, mais aussi les circulations, seront intégrées dans des espaces interstitiels ménagés dans l'épaisseur des murs (ou dans les planchers comme on l'a vu au Salk Institute for Biological Studies). Cette idée est déjà développée à l'Art gallery de l'université Yale où Kahn place l'escalier dans un cylindre de béton, à l'image d'un fût de colonne qui serait creux[2].

Par ailleurs, Kahn renouvelle l'emploi des formes géométriques. Le cercle, le triangle, le carré étaient déjà employés par les Modernistes des années 1920 mais Kahn en fait un usage esthétique nouveau, notamment dans ses réalisations en Inde (Institut de gestion d'Ahmedabad) et au Bangladesh (Capitole de Dhaka). Dès sa première réalisation d'importance, la Yale University Art Gallery, on perçoit le complet renouvellement en cours : les plafonds sont formés d'un réseau de caissons triangulaires en béton, la cage d'escalier est un cylindre dont la lumière zénithale modèle une forme triangulaire. Cet usage des formes géométriques élémentaires correspond également à un héritage classique (Rappelons que cet héritage classique est aussi présent sous d'autres formes chez Le Corbusier ou chez Mies van der Rohe).

L'un des apports majeurs de Louis Kahn est sa recherche de monumentalité et de spiritualité. La massivité de ses édifices, le choix des matériaux, l'emploi esthétique de formes géométriques élémentaires concourent à cela. La position du Salk institute face à l'océan Pacifique ou les immenses volumes du capitole de Dhaka émergeant d'un lac artificiel en sont deux exemples. Cette monumentalité rompt avec les principes du Modernisme (Notons qu'à la même époque, Le Corbusier fait évoluer son art dans la même direction avec la chapelle de Ronchamp ou les édifices de Chandigarh).

L'emploi particulier que fait Louis Kahn de la brique, du bois et du béton brut en fait un initiateur du Brutalisme. En effet, l'architecte laisse apparaître les défauts de ses matériaux (texture irrégulière, scories…) et crée de forts contrastes entre eux. Le Salk institute oppose le bois au béton brut, la bibliothèque d'Exeter le bois à la brique, le Kimbell Art Museum le béton brut au travertin, etc.

Enfin, Louis Kahn est un maître de la lumière. Venant souvent du haut par des percements géométriques, la lumière ajoute à la monumentalité des espaces. L'éclairage zénithal du Kimbell Art Museum est exemplaire de ce point de vue : deux demis-berceaux plein-cintre sont juxtaposés au-dessus de chaque travée intérieure pour laisser entrer la lumière dans la fente interstitielle ; cette lumière est alors renvoyée sur l'intrados du voûtement par des réflecteurs. Un jour de plusieurs centimètres permet un autre apport de lumière entre le couvrement et les murs.

La singularité de l'œuvre de Louis Kahn a influencé une partie des architectes émergeant à la fin des années 1970, et toujours en activité, tels Tadao Ando, Mario Botta, Livio Vacchini ou Ieoh Ming Pei.

Réalisations[modifier | modifier le code]

Maisons[modifier | modifier le code]

Norman Fischer House (1967)

Oeuvres isolées ou faisant partie d'un ensemble comme le Greenbelt Knoll Project, elles sont toutes situées en Pennsylvanie[3]:

Réalisations majeures[modifier | modifier le code]

Assemblée nationale du Bangladesh, à Dhaka. (2014)

Projets non réalisés[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Silence et lumière : Kahn, Louis Isadore (choix de conférences et d'entretiens, 1955-1974) (trad. Mathilde Bellaigue et Christian Devillers), Silence et Lumière [« Between Silence and the Light »], Paris, Les Editions du Linteau,‎ 1996, 21 cm, 299 p. (ISBN 2-910342-04-2, notice BnF no FRBNF35821318)
  • The Louis I. Kahn archive, Dessins(œuvres complètes en 7 volumes) : (en) Kahn, Louis Isadore (Personnal drawings : the completely illustrated catalogue of the drawings in the Louis I. Kahn collection / University of Pennsylvania and Pennsylvania historical and museum commission), The Louis I. Kahn archive, New York, London, Garlang publ.,‎ 1996, 32 cm (notice BnF no FRBNF37329912)
  • Louis Kahn, textes essentiels : (en) Kahn, Louis Isadore (réunis par Robert Twombly), Louis Kahn : essential texts, New York, W.W. Norton & co.,‎ 2003, 21 cm, 288 p. (ISBN 0-393-73113-8, notice BnF no FRBNF39151978)
  • Light is the theme, à propos du Kimbell art museum : (en) Kahn, Louis Isadore (Louis I. Kahn and the Kimbell art museum : comments on architecture. compiled by Nell E. Johnson ; foreword by Eric M. Lee ; édition originale en 1975), Light is the theme, Fort Worth, Kimbell art museum,‎ 2011, 21 cm x 26 cm, 79 p. (ISBN 0300179405, notice BnF no FRBNF42716408)
  • Writings, lectures, interviews  : (en) Kahn, Louis Isadore (introduction and edition by Alessandra Latour), Writings, lectures, interviews, New York, Rizzoli,‎ 1991, 27 cm, 352 p. (ISBN 0-8478-1331-2, notice BnF no FRBNF36674328)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Louis I. Kahn : la construction poétique de l'espace : Rivalta, Luca (trad. Sylvie Duvernois), Louis I. Kahn : la construction poétique de l'espace, Paris, Le Moniteur,‎ 2003, 27 cm, 253 p. (ISBN 2-281-19154-0, notice BnF no FRBNF39099909)
  • Dix-huit années avec Louis I. Kahn : Komendant, August (trad. Mathilde Bellaigue), Dix-huit années avec Louis I. Kahn, Paris, Les Editions du Linteau,‎ 2006, 21 cm, 222 p. (ISBN 2-910342-41-7, notice BnF no FRBNF40937306)
  • Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte : Brownlee David B., De Long David G., Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte, Paris, Centre Georges Pompidou,‎ 1992, 24 cmx30 cm, 318 p. (ISBN 2-85850-647-7, notice BnF no FRBNF35504530)
  • Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte, carnet du visiteur : Hubert, Bruno Jean, Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte, carnet du visiteur, Paris, Centre Georges Pompidou,‎ 1992, 22 cm, 16 p. (ISBN 2-85850-624-8, notice BnF no FRBNF36960781)
  • Louis I. Kahn : building art, building science : (en) Leslie, Thomas, Louis I. Kahn : building art, building science, New York, G. Braziller,‎ 2005, 24 cm, 274 p. (ISBN 0-8076-1540-4, notice BnF no FRBNF39978297)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Elie Villette, « La dernière œuvre de Louis Kahn  », dans AD Magazine, novembre, 2012, [lire en ligne]
  • Adelyn Perez, « Exeter Library (Class of 1945 Library) / Louis Kahn», AD Architecture Classics, juin, 2010, [lire en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William Curtis, L'Architecture moderne depuis 1900, Phaidon, 1982
  2. FANELLI Giovanni & GARGIANI Roberto, Histoire de l'architecture moderne, Structure et revêtement, PPUR, 2008
  3. « Modern Homes », sur modernhomesphiladelphia.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]