Louis Cheikho

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Le père Louis Cheikho, jésuite chaldéen

Louis Cheikho (dont le nom de famille est: Théodore Rizqallah), né le 5 février 1859 à Mardin (Turquie) et décédé le 7 décembre 1927 à Beyrouth (Liban), était un prêtre jésuite libanais de rite chaldéen, théologien, écrivain et orientaliste arabisant de renom. Il est à l’origine de l’étude scientifique des textes arabes paléochrétiens.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années et formation[modifier | modifier le code]

Dernier des neuf fils d'une ancienne famille chaldéenne catholique, il accompagne à huit ans sa mère dans un pèlerinage à Jérusalem. Passant par Beyrouth pour y visiter à son frère ainé Stanislas qu’il ne connaissait pas encore et qui, jésuite, se trouvait au collège-séminaire maronite de Ghazir. Il voulut y rester comme élève.

Lui-même entre quelques années plus tard au noviciat des jésuites en France, à Lons-le-Saulnier (2 novembre 1874). Il y adopte le nom de ‘Louis’, souhaitant faire de saint Louis de Gonzague son modèle de vie. À la fin des premières années de formation il retourne en Orient (1877), au collège de Beyrouth où il enseigne durant sept ans et fait trois années d’études de philosophie.

Collection Majâni-al-Adab[modifier | modifier le code]

Cheikho publie en 1882 le premier volume de la collection Majâni-al-Adab : ‘Les fleurs de la littérature arabe’, qui est la première anthologie de littérature arabe adaptée à l’enseignement. Les morceaux sont intelligemment choisis, et le livre devient rapidement un manuel scolaire apprécié. Quatre autres volumes d’accompagnement du manuel scolaire suivent. Destinés aux enseignants ils sont une véritable petite encyclopédie de littérature arabe. Par la suite de nombreuses écoles, même à La Mecque, adoptent le manuel. Fréquemment réédité et souvent imité ce manuel change radicalement l’enseignement de la littérature arabe dans les écoles du Proche-Orient.

Création de la Bibliothèque orientale[modifier | modifier le code]

À la fin des études de théologie (1888-1892) faites à Mold (Pays de Galles) il est ordonné prêtre le 8 septembre 1891. Le Troisième An est fait à Vienne. Il passe ensuite une année à Paris. Revenu à Beyrouth il ne quittera plus la ville sauf pour des voyages de recherches dans les bibliothèques et dépôts d’archives du Moyen-Orient d’où il ramenait un grand nombre de manuscrits.

Cheikho est le véritable fondateur de la Bibliothèque orientale de Beyrouth : d'une douzaine d'étagères qu’elle comptait à son arrivée, la bibliothèque s’enrichit et contient, à son décès, plus de 30 000 volumes et 3 000 manuscrits. Il découvre et publie un grand nombre de manuscrits inconnus, particulièrement de la période préislamique, et quelques œuvres de première importance, telle l’Histoire de Beyrouth’ de Sâlih ibn Yahya.

Orientalisme chrétien arabe[modifier | modifier le code]

Il révèle par ailleurs aux orientalistes européens la nouvelle littérature arabe des XIXe et début du XXe siècles (le mouvement ‘Al Nahda’), renaissance arabe animée en grande partie par des auteurs chrétiens du Liban peu connus des orientalistes d’Europe.

Cheikho est surtout le directeur et rédacteur principal de la revue trimestrielle Al-Machriq fondée en 1898. Des 25 000 pages de la collection complète les trois-cinquièmes sont dus à sa plume ! Ses articles ont un ton apologétique. S’il polémique parfois avec dureté (surtout contre la franc-maçonnerie) il respecte toujours les personnes.

Tout en étant le directeur de la Bibliothèque (de 1903 à 1915) Cheikho dirige également la faculté orientale de l’Université Saint-Joseph, créée à son initiative (1902). Tout cela lui demande un travail considérable ; mais il s’adonner également volontiers à la prédication et à l’apostolat du confessionnal, jusqu’au jour où une surdité grandissante rend cet exercice difficile.

Première Guerre mondiale et après[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale (1914-1918) est pour lui une grande épreuve. Il a pu croire que son œuvre disparaissait. L'Université Saint-Joseph est fermée et il craint pour sa bibliothèque orientale. Des démarches faites à Istanbul, auprès des ambassadeurs d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie et des États-Unis lui obtiennent des garanties. Et à Beyrouth même il obtient le soutien d’un membre influent du parti des Jeunes-Turcs, homme de grande culture qui souhaite le voir s’atteler à l’écriture d’une histoire de la ville de Beyrouth, ce que le jésuite accepte à condition de pouvoir travailler librement dans sa bibliothèque: ainsi veille-t-il également sur elle!

Devant le conseil de guerre de Djemal Pacha, alors qu’on délibère son cas, il continue sa lecture de vieux documents arabes. Cela irrite un fonctionnaire qui lui reproche son attitude : ‘«Laisse-le tranquille, rétorque un autre, c’est le sultan de la langue arabe...!»

Lorsqu’est formée à Damas (en 1920) une académie de langue et littérature arabe Cheikho en est un des premiers membres élus. Infatigable, il fait encore un voyage en Égypte (en 1927). Il en revient cependant malade et meurt peu après son retour à Beyrouth, le 7 décembre 1927.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les poètes arabes chrétiens. Poètes antéislamiques. Qouss, évêque de Najran, dans Études religieuses..., 1888, p. 592-611.
  • Le Christianisme et la littérature chrétienne en Arabie avant l'Islam, (3 vol.), Beyrouth, 1913, 1919, 1923.
  • La Nation maronite et la Compagnie de Jésus aux XVI et XVII siècles, Beyrouth, 1923. (Traduction française par Y. Moubarac, Beyrouth, 1984).
  • (en arabe) Les vizirs et secrétaires arabes chrétiens en Islam (622-1517), (texte établi et annoté par Camille Hechaïmé), Beyrouth, 1987.
  • Les Saints particulièrement honorés des Libanais, Beyrouth, 1914 (trad. française par Y. Moubarac)
  • (en arabe) Les savants arabes chrétiens en Islam (622-1300), (Ed par C. Héchaïmé), Jounieh, 1983.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Lammens: Le P. Louis Cheikho, Lyon, 1929.
  • Camille Hechaïmé: Louis Cheikho et son livre ‘le christianisme et la littérature chrétienne en Arabie avant l’Islam', Dar el-Machreq, Beyrouth, 1967.
  • R.B. Campbell: The Arabic Journal `al-Machriq'... under the editorship of Père L. Cheikho, University of Michigan, Ann Arbor, 1972.