Louis Bourguet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bourguet.

Louis Bourguet, né le 23 avril 1678 à Nîmes et mort le 31 décembre 1742 à Neuchâtel, est un géologue, naturaliste, mathématicien, philosophe et archéologue neuchâtelois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bourguet n’avait que sept ans, lorsque la révocation de l’édit de Nantes contraignit sa famille à l’exil. Son père, Jean Bourguet, riche négociant huguenot de Nîmes, se retira d’abord à Genève, avec sa femme Catherine Rey et son fils. Dès l’année 1687, après un court séjour à Lausanne, il alla s’établir à Zurich où, associé avec Jacques Bourguet et Jean Rey, il monta une grande fabrique de bas de soie, de mousselines et d’autres étoffes de luxe. Le succès qu’il obtint en peu de temps le décida, en 1689, à élever une seconde manufacture à Castasegna. Il y emmena son fils, entré au Collège de Zurich en 1688 et, le destinant à suivre la même profession que lui, il le retira du collège, malgré ses rapides progrès favorisés par une mémoire impressionnante.

Bourguet montrait cependant peu de gout pour le commerce tendant qu’un penchant irrésistible l’entrainait en revanche vers les lettres. En 1690, il retourna à Zurich, et son oncle Rey étant mort deux ans après, il se remit avec ardeur aux études qu’il avait été forcé d’interrompre. Tout en surveillant la fabrique paternelle, il s’appliqua avec passion à la numismatique et à l’archéologie.

En 1697, il fit avec son père, dans l’intérêt de leur commerce, un voyage en Italie dont il profila pour visiter les bibliothèques de Milan, Vérone et Venise. Lors d’un second voyage, en 1699, sentant que l’hébreu ne lui était pas moins nécessaire que le latin et le grec, s’il voulait approfondir sa science de prédilection, il prit des leçons de cette langue d’un juif italien.

En 1702, il épousa, à Neuchâtel où il se fixa dès lors, Susanne Jourdan, fille de Claude Jourdan de Marvejols, réfugié dans cette ville.

Dans l’espace de quatorze ans, Bourguet retourna ainsi sept fois en Italie, en 1701, en 1703, en 1705, en 1707, en 1710, en 1711, rapportant de chaque voyage, non seulement de nouvelles connaissances acquises dans le commerce des savants les plus illustres de cette contrée, des Bianchini, des Fontanini, des Vallisnieri, des Tolomei ; mais de précieux manuscrits des rabbins, de curieux spécimens des antiquités de l’Égypte, de la Chaldée et de la Chine, des médailles rares de la Grèce et de Rome, des livres slaves ou orientaux.

En 1710, il fut naturalisé neuchâtelois[1] et devint membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin.

Après un séjour de quatre ans à Venise, de 1711 à 1715, il retourna à Berne, où sa famille s’était établie depuis 1700. L’histoire naturelle avait tout autant d’attraits pour lui que la numismatique. En 1709, il parcourut le Jura pour essayer de surprendre les secrets de la nature dans la formation des fossiles et des pétrifications. En 1710 et en 1715, il se livra, dans le même but, avec le docteur Zannichelli, à des excursions scientifiques dans les montagnes du Vicentin, du Véronais et du Bolonais.

Bourguet était de retour à Neuchâtel depuis deux ans, lorsque l’Académie de Lausanne lui offrit la place que venait de quitter Jean Barbeyrac. Il eut d’abord l’intention d’accepter, et composa même à ce sujet deux discours, l’un en français: Idée de l’histoire du droit naturel, l’autre en latin : De vero algue genuino juris naturalis studii usu, inséré dans la Tempe helvetica, t. 111, sect. i. Cependant, il ne tarda pas à revenir sur sa première résolution, et il renonça aux disputes et aux exercices publics pour se renfermer dans son cabinet avec ses livres, ses fossiles et ses médailles.

Ses travaux géologiques et archéologiques étendirent sa réputation dans les pays étrangers. En 1731, l’Académie des sciences de Berlin se l’associa. La même année, le Conseil de Neuchâtel créa pour lui une chaire de philosophie et de mathématiques. En 1733, l’Académie étrusque de Cortona l’admit en son sein. Mais la mort ne le laissa pas longtemps jouir du fruit de ses travaux. Il était veuf depuis 1738, avec quatre enfants, dont une fille seule lui survécut.

Aux qualités de l’esprit Bourguet joignait une grande pureté de mœurs et beaucoup de zèle pour sa religion ; aussi fut-il universellement regretté, selon le témoignage d’Osterwald, qui prononça son oraison funèbre. Il avait eu, dit-on, l’intention de se consacrer au ministère évangélique, et le même Osterwald l’en avait dissuadé en lui représentant que la faiblesse de sa poitrine ne lui permettrait pas de se livrer impunément à la prédication.

Ses œuvres concernant l’orogenèse sont calquées sur les théories de John Woodward, qu’il corrige et complète. Ainsi que le montre sa correspondance avec Leibniz[2], il essaya de concilier sa vision de la science avec le système religieux chrétien de l’époque. Léonce Élie de Beaumont a repris les idées de Bourguet, pour développer le concept de réseau pentagonal[3].

Les œuvres éparses de Bourguet non répertoriées dans sa bibliographie sont disséminées dans la Tempe helvetica, le Journal helvétique, le Mercure suisse et dans la Bibliothèque italique dont il fut le principal rédacteur (Genève, 1728-1734,16 vol. in 8°). Parmi les principaux, dans la Tempe helvetica (t. I, sect. ii), on remarque une dissertation De fatis philosophiæ, discours prononcé lorsqu’il prit possession de sa chaire à Neuchâtel ; dans le Journal helvétique, une Lettre au P. Bouvet, missionnaire à Pecking, sur le système de Fohi (1734) ; une Relation des progrès du christianisme dans les Indes (1734) ; une Relation de la colonie de Herrenhoui (1735) ; une Lettre sur les églises des prosélytes indiens (1736) ; des Lettres sur quelques missions de la communauté de Herrenhout (1737) ; des Lettres sur la pétrification des petits crabes de mer de la côte de Coromandel (1740) ; des Lettres sur la conversion des Juifs (1736, 1740), et sur les missions protestantes de Tranquebar et de Madras (1740) ; une Lettre sur la conversion des églises du comté de Northampton dans la Nouvelle-Angleterre (1740). Ces opuscules donnent l’idée la plus avantageuse de la sagacité, de l’érudition, de l’esprit philosophique de Bourguet ; ils prouvent encore combien il s’intéressait à la prospérité de l’Église dont il était membre. Bien qu’irréligieux, le respect extrême qu’il avait pour la Bible, l’entraina non seulement à contester la chronologie des Chinois dans une Lettre à M. Hottinger sur l’histoire de la Chine (avril 1734), mais à soutenir, dans une Lettre sur la jonction de l’Amérique avec l’Asie (1735 et 1736) que l’ancien et le nouveau monde sont réunis par un isthme. Le sentiment religieux, qui lui a valu le surnom de philosophe chrétien, se constate dans toutes ses productions, dans ses Quatre lettres sur la philosophie de Leibnitz (1738), comme dans sa Lettre à Roques (1739), servant de réponse aux quatre lettres précédentes, dans sa Lettre sur les idées innées et leur développement (1710), comme dans son Discours sur les phénomènes que les Anciens regardaient comme miraculeux.

C’est principalement dans la Bibliothèque italique que Bourguet a publié les résultats de ses recherches archéologiques. Les principales sont la Lettre sur deux prétendues inscriptions étrusques, les Litanies pélasgues des anciens habitants de l’Italie et la Lettre sur l’alphabet étrusque. C’est à lui qu’on doit la découverte de cet alphabet. Un des premiers, il s’aperçut qu’il n’était autre chose qu’un très ancien alphabet grec. S’imaginant que pour déchiffrer l’étrusque, l'ancien grec ou le phénicien, suffisait, il voulut donner l’explication de quelques inscriptions, mais il fut peu heureux dans ses essais ; cependant on ne peut lui contester la gloire d’avoir ouvert la voie, comme le reconnait l’abbé Lanzi dans son Saggio di lingua etrusca. On trouve dans la traduction faite par son ami Jean Barbeyrac, du traité des Devoirs de l’homme et du citoyen, édit. de 1718, les Réponses de Bourguet à quelques objections de Leibniz contre l’ouvrage de Pufendorf.

Bourguet a laissé aussi une volumineuse correspondance avec les hommes les plus célèbres de l’Europe littéraire et même avec les archéologues et les missionnaires de Batavia et du Malabar. Il avait également conçu le plan d’une Histoire critique de l’origine des lettres, mais il renonça à cet ouvrage, lorsque parut la Paléographie de Bernard de Montfaucon. Le plan seul en a été publié dans l’Histoire de la république des lettres.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Bourguet, Louis » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 11 juin 2007..
  2. Le maintien de la compatibilité de la science avec les religions chrétiennes en matière d’orogenèse exigeait notamment de tenir compte de l’existence du déluge et de limiter la durée d’existence de la Terre à un maximum de 8 000 ans.
  3. Concernant les idées de John Woodward et de Louis Bourguet sur les chaines de montagne, voir : François Ellenberger, Le dilemme des montagnes au XVIIIe siècle, Travaux du COFRHIGEO, 1977.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dissertation sur les pierres figurées, 1715.
    Il y combat l’opinion du docteur Lang de Lucerne.
  • Lettres philosophiques sur la formation des sels et des crystaux, et sur la génération et le méchanisme organique des plantes et des animaux, à l’occasion de la pierre bétemnite et de la pierre lenticulaire, avec un mémoire sur la théorie de la terre, Amsterdam, 1727, selon Quérard, 1729, selon les autres bibliographes ; 2e édition, 1762, in-12.
    L’auteur prévient que ce petit livre, qui ne renferme que quatre lettres, est la préface et le résumé d’un travail plus considérable qu’il se proposait de publier. Il y discute en dialecticien habile et en métaphysicien profond les systèmes philosophiques de Burnet, de Whiston, de Woodward, sur la matière, la formation et la génération des êtres, et il fait voir que la pression infinie de l’éther de Malebranche, les mouvements conspirants de Leibniz, l’attraction de Newton sont la même chose sous des noms différents. On trouve énoncées dans ce petit livre une foule de vérités essentielles dont la découverte a été attribuée à d’autres savants, quoiqu’ils n’eussent eu d’autre mérite que de les avoir réduites en système; mais à côté des principes les plus sains se rencontrent aussi bien des hypothèses hasardées. Le mémoire sur la théorie de la terre surtout est remarquable en ce qu’il assigne à Bourguet une place parmi les créateurs de la géologie scientifique.
  • Mémoire sur la théorie de la Terre.
  • Traité des pétrifications, Paris, 1742, in-4°, avec 60 planches contenant 441 fig. ; 2e édit., Paris, 1778, in-8°.
    Recueil de différents mémoires adressés à plusieurs savants. Le 1er, dédié à Réaumur, est un discours sur la nature des pierres, qui, selon l’auteur, proviennent pour la plupart soit de la formation primitive du globe, soit du changement qui s’y opéra à la suite du déluge. Le 2e est une lettre écrite à Jean Jallabert de Genève. Bourguet y confirme l’hypothèse que les pétrifications sont des corps réellement produits dans la mer et répandus par le déluge sur la surface comme dans le sein de la terre. Le 3e est adressé à quatre pasteurs du canton de Neuchâtel. L’auteur combat l’hypothèse de Newton que l’eau se convertit en terre et augmente ainsi le volume du globe. Le 5e, dédié à Garcin, docteur en médecine, traite de la pétrification des petits crabes de mer et des poissons. Le 6e sert, pour ainsi dire, d’introduction au 7e, qui ne consiste qu’en un extrait d’une lettre de Tentzelius à Magliabechi au sujet d’un squelette d’éléphant découvert à Tonnen près d’Erfurt. Le 8e enfin est une lettre écrite à Mairan sur l’origine des silex, dont l’auteur donne une description et une classification. La seconde partie contient une classification nouvelle des fossiles proprement dits. Viennent ensuite trois index : l’un donne l’explication des planches ; l’autre indique les lieux où se trouvent des pétrifications ; le troisième signale les auteurs qui ont écrit sur cette matière.
  • Opuscules mathématiques, contenant de nouvelles théories pour la résolution des équations de deux, trois et quatre degrés, Leyde, 1704, in-8°.
    Aucun des biographes de Bourguet ne fait ici mention de cet ouvrage, qu’indique M. Quérard.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Frères Haag, La France protestante ou vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l’histoire, depuis les premiers temps de la réformation jusqu’à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l’Assemblée nationale, t. 2, Genève, Joël Cherbuliez,‎ 1847, 516 p. (lire en ligne), p. 484-6.