Louis Éconches Feuillée

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Louis Éconches Feuillée

Le père Louis Éconches Feuillée (parfois écrit Feuillet) est un explorateur, botaniste, géographe et astronome français, né en 1660 à Mane près de Forcalquier et mort le 18 avril 1732 à Marseille.

Les voyages[modifier | modifier le code]

Il fait ses études au couvent des Minimes de Mane et se consacre aux sciences. Jean Mathieu de Chazelles (1657-1710) lui enseigne l'astronomie et la cartographie, tandis que Charles Plumier, qui a décrit quelque 6 000 plantes lors d'un voyage aux Caraïbes, lui enseigne la botanique.

Il attire l'attention des membres de l'Académie des sciences et, en 1699, est envoyé par ordre du roi au Levant en compagnie de Jacques Cassini afin de déterminer la position géographique d'un certain nombre de ports maritimes et de villes. La réussite de cette entreprise le conduit à effectuer un voyage similaire aux Antilles en 1703 : il quitte Marseille le 5 février 1703 et arrive à la Martinique le 11 avril.

Une grave maladie le retarde, mais en septembre de l'année suivante, il navigue le long de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud et effectue de nombreuses observations.

Durant son séjour aux Antilles, il recueille de nouvelles espèces de la flore locale et dessine la carte de la Martinique. Il explore aussi la côte vénézuélienne avant de retourner en France en 1706. Son travail lui vaut la reconnaissance du gouvernement, et il entame immédiatement les préparatifs pour un voyage de plus longue durée le long de la côte occidentale de l'Amérique du Sud afin de poursuivre ses observations. Nommé « mathématicien royal » par Louis XIV et pourvu de lettres de recommandation émanant du ministère, il s’embarque à Marseille le 14 décembre 1707 à bord du Saint-Jean-Baptiste commandé par le capitaine Jean Doublet.

Il fait route vers ce qui est aujourd'hui l'Argentine, franchit le cap Horn et après un voyage mouvementé, arrive à Concepción au Chili le 20 janvier 1709. Il reste un mois dans cette ville, procède à des observations astronomiques, botaniques et zoologiques, puis fin février il se rend à Valparaíso. Il voyage ensuite au Pérou et, en août 1711, retourne en France où il publie un inventaire complet de ses observations en trois volumes (1714-1725). Louis XIV lui accorde une pension et fait construire un observatoire pour lui au couvent des Minimes sur la plaine Saint-Michel à Marseille.

Les colonies espagnoles d'Amérique Centrale et du Sud semblent avoir été explorées par de nombreux scientifiques français pendant cette période. Ces hommes étaient à la fois des « conseillers scientifiques » non officiels et des espions. Entre 1735 et 1744, des scientifiques tels que Louis Godin (1704-1760), Charles Marie de La Condamine (1701-1774) et Pierre Bouguer (1698-1758) prendront part à de semblables expéditions.

Les découvertes[modifier | modifier le code]

Lors de son voyage en Amérique du Sud, il décrit et dresse la carte des îles de Trinité-et-Tobago, le Río de la Plata, les Malouines, la baie de Coquimbo, Arica, Lima, les routes de Callao, et la ville de Pisco. Il dessine également de nombreux paysages sud-américains. Dans son Journal des observations physiques, mathématiques, et botaniques, Vol. I, il évoque le fraisier de Concepción (Fragaria chiloensis) :

« Plusieurs fruits, comme les poires, les pommes, les fraises, &c. étaient en maturité ; on nous servit au dessert des fraises d’un goût merveilleux, dont la grosseur égalait celle de nos plus grosses noix, leur couleur est d’un blanc pâle ; on les prépare de la même manière que nous faisons en Europe ; & quoi qu’elles n’aient ni la couleur ni le goût des nôtres, elles ne laissent pas d’être excellentes. »

Il n’inclut aucun exemplaire de fraisier dans la collection de spécimens botaniques qu’il rapporte en France. Quatre mois après son retour, Louis XIV envoie Amédée-François Frézier en Amérique du Sud pour une mission d'inspection des fortifications espagnoles. Il devient ainsi le premier à rapporter des plants de ce nouveau fruit sur le Vieux Continent. Frézier est par ailleurs en désaccord avec Feuillée quant aux mesures de latitudes et longitudes de la côte sud-américaine et des principaux ports du Chili et du Pérou. Il signale de fait plusieurs erreurs dans le récit de Feuillée, ce qui crée un climat de polémique entre les deux explorateurs.

Grâce à un hydromètre de son invention, Feuillée démontre que la Méditerranée est plus salée que l'Atlantique, indiquant que l'eau douce de l'Amazone se jette très avant dans l'Atlantique. Il dessine une carte de l’Amérique du Sud, ce qui permet de localiser précisément les contours des côtes pacifiques et atlantiques du continent sud-américain. Il découvre également trois nébuleuses sombres sur la Voie lactée australe. En matière de botanique, Feuillée étudie le fuchsia, la grande capucine, l'oxalis, l'alstroemeria, la papaye, la cherimoya et le solanum.

Un siècle avant Alexander von Humboldt (1769-1859), Feuillée découvre l'existence du large courant circulaire qui longe les côtes chiliennes et péruviennes aujourd'hui appelé courant de Humboldt. Il observe aussi l'inversion des saisons au sud et au nord de l'équateur.

En 1724, lors de son quatrième et dernier voyage, il se rend aux îles Canaries et détermine la position du méridien de l'île de Fer.

Le cratère Feuillée sur la Lune porte son nom ainsi que le genre Fevillea (ou Feuillea).

Le monstre de Feuillée[modifier | modifier le code]

Le monstre de Feuillée

Feuillée décrit scientifiquement de nombreuses plantes sud-américaines pour la première fois. Il dépeint aussi un monstre né d'une brebis qu'on lui a permis de voir (Journal, Vol. I).

« Le monstre dont on voit ici la figure, parut à Buenos Aires le 26 du mois d’août. Le contraste de trois ressemblances qu’il avait avec un enfant, un cheval, & un veau, surprit étrangement tous ceux qui le virent. Je le demandai à celui qui me le montra, dans le dessein d’en examiner toutes les parties, & d’en faire un fidèle rapport ; mais il ne voulut jamais me l’abandonner. Je l’examinai d’assez près, & j’en dessinai, sans qu’on s’en aperçût, les traits principaux. (...)
Ce monstre avait onze pouces de longueur, il avait sur la tête un poil naissant, & sur le reste du corps une peau de couleur de chair lisse, marquant que ce fœtus était venu au monde avant son terme ; il avait un tête d’homme, le dessus du crane était sphérique, à la naissance de la partie supérieure du front sortait une corne mollasse, qui pendait en bas, et cachait un œil de taureau bien formé, qui était au milieu du visage, où nous avons le nez, & se terminait un peu au-dessus de la lèvre supérieure ; je ne la dessinai pourtant pas si longue, pour ne pas cacher l’œil qu’avait ce fœtus. Le front était parfaitement proportionné, il n’avait pas de nez, sa bouche était placée comme à nous, le menton de même ; les oreilles à côté de la tête étaient semblables à celles d’un cheval, de même que le col, & tout le reste du corps ne différait pas de celui d’un veau. La figure qui le représente ici, gravée sur l’original, en démontre régulièrement toute la forme extérieure. »

Louis Feuillée et la collection Mariette[modifier | modifier le code]

À son retour de voyage, Louis Feuillée fait présent à Pierre II Mariette (1634-1716,), grand-père du célèbre collectionneur Pierre-Jean Mariette(1694-1774)d'un album relié de parchemin constitué de 142 feuillets, dont 109 sont dessinés représentant principalement des animaux qu'il a pu observer au cours de ses voyages[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques, Faites par l'ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale, & dans les Indes Occidentales, depuis l'année 1707. jusques en 1712. (Paris, 1714) - Deux volumes.
  • Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques, Faites par l'ordre du Roi sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale, & aux Indes Occidentales. Et dans un autre Voyage fait par le même ordre à la Nouvelle Espagne, & aux Isles de l'Amérique. (Paris, 1725). - Troisième volume.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les dessins de la collection Mariette. École française, volume 2 (pp. 674-741) - Pierre Rosenberg Electa, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

Feuillée est l’abréviation botanique officielle de Louis Éconches Feuillée.
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