Louis-Victor-Léon de Rochechouart

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Louis-Victor-Léon de Rochechouart
Image illustrative de l'article Louis-Victor-Léon de Rochechouart

Naissance 1788
Paris
Décès 1858 (à 70 ans)
Jumilhac-le-Grand
Origine Français
Grade Maréchal de camp
Conflits Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Bataille de la Bérézina
Bataille de Dresde
Bataille de Leipzig
Bataille de Brienne
Bataille de Paris
Distinctions Chevalier de Saint-Louis
Commandeur de la Légion d'honneur
Autres fonctions Gouverneur militaire de Paris
Chef d'État major du ministère de la Guerre
Famille Maison de Rochechouart

Louis-Victor-Léon de Rochechouart, né à Paris en 1788, mort à Jumilhac-le-Grand en 1858, général français, fut gouverneur militaire de Paris. Sa vie, riche en aventures, est un témoignage de la période agitée et épique que fut la Révolution et l'Empire pour les hommes qui l'ont traversée.

Une enfance mouvementée[modifier | modifier le code]

Fils de Jules de Rochechouart et d'Elisabeth-Armide Durey de Morsan, Louis-Victor-Léon de Rochechouart est né à Paris le 14 septembre 1788, quelques mois seulement avant la Révolution comme marqué par le destin. Promis par sa position de cadet à entrer dans les ordres, il dut en effet fuir Paris en 1794, à l'âge de six ans, en raison de l'activisme de sa mère pour tenter de faire évader la reine Marie-Antoinette. Poursuivi par les gendarmes venus arrêter la contre-révolutionnaire, il parvint à leur échapper avec son frère Louis et sa mère. Sa sœur Cornélie n'eut pas cette chance: chassée de sa pension par les autorités, la fillette de 10 ans, livrée à elle-même, mourut d'épuisement après trois jours d'errance dans la capitale. Contrainte de quitter le pays, la comtesse de Rochechouart laissa ses deux jeunes fils en pension à Caen dans une maison de bains tenue par un couple qui exploita la situation. Logés dans de terribles conditions, les deux frères, privés souvent de nourriture, devinrent leurs serviteurs. Au bout d'un an, ils furent retrouvés par une parente et libérés de cet esclavage. Ils se rendirent en 1796 à Fribourg, en Suisse où devait les rejoindre la comtesse de Rochechouart. Mais celle-ci, toujours en exil, en fut empêchée. Les deux jeunes frères furent recueillis par un citoyen de la ville qui les hébergea généreusement. Lorsque les troupes françaises entrèrent dans Fribourg en 1798, ils durent fuir à nouveau. Ils retrouvèrent finalement leur mère à Anvers qu'ils accompagnèrent tout au long de ses pérégrinations: Rotterdam, Londres, Hambourg... La comtesse, impliquée dans des complots visant à restaurer la monarchie y perdit sa fortune et s'attira de nombreux ennuis politiques, l'obligeant à quitter ses pays d'accueil. Sans un sou, la mère et ses deux enfants, réfugiés en Allemagne, durent confectionner et vendre des sacs pour survivre. « Ce genre de vie me fit de biens tristes réflexions, confiera-t-il. C'est une terrible chose que la misère. Nul ne peut s'en faire une idée juste qui ne l'a pas souffert. Ce mal peut conduire à tout, entraîner à tout. » Âgé de 11 ans, Louis-Victor-Léon de Rochechouart décida alors d'embarquer à Hambourg pour rejoindre le régiment des émigrés commandé par son oncle, le duc de Mortemart, au Portugal. Après maintes péripéties, qui le menèrent en Hollande, en Angleterre, en Espagne, il arriva finalement à Lisbonne en décembre 1800.

Au sein de l'armée émigrée[modifier | modifier le code]

À 12 ans, Louis-Victor-Léon de Rochechouart intégra le régiment de Mortemart, l'un des régiments émigrés montés après la déroute de l'armée de Condé en 1799. Progressivement, leur mission initiale - libérer la France de la révolution - se perdit dans les besoins de la politique anglaise. Le régiment de Mortemart avait été dirigé vers le Portugal pour soutenir une manifestation de l’armée portugaise sur ses frontières face à l'avancée des troupes françaises. Louis-Victor-Léon participa en 1801 à la campagne de l’Alemtejo. Après quinze jours de face-à-face près d'Abrantès, le régiment et l'armée portugaise d'un côté, les armées espagnoles et françaises de l'autre se retirèrent sans qu'un coup de feu soit tiré. La paix fut signé à Madrid sous l’égide de Lucien Bonaparte. Entré comme enseigne, le comte de Rochechouart était sous-lieutenant lorsque le régiment fut dissous en 1802. Âgé de 14 ans, il rentra à Paris, où, pendant deux ans, il dépensa sa solde dans les plaisirs de la capitale. En 1804, il entreprit de se rendre en Russie, où il avait retrouvé la trace de sa mère et de son frère. Sans argent, il voyagea dans des conditions rocambolesques, finança en partie son périple en gagnant au casino de Milan, rencontra miraculeusement un parent à Vienne qui l'aida à rejoindre la Pologne où il retrouva sa mère en 1805. De là, ils rejoignirent la Crimée, où vivait la comtesse de Rochechouart et son fils. Les retrouvailles furent de courte durée: elle mourut quelques semaines plus tard. Louis-Victor-Léon fut alors recueilli par son oncle le duc de Richelieu, gouverneur d'Odessa, dont il devint au fil des années le fils adoptif.

Au service du tsar[modifier | modifier le code]

Le comte de Rochechouart, au sein de l'armée russe

Louis-Victor-Léon de Rochechouart entra dans l'armée russe avec le grade de sous-lieutenant et devint aide de camp du duc de Richelieu. Il gravit les échelons devenant successivement lieutenant dans la Garde impériale, puis aide de camp de l'empereur Alexandre Ier. De 1805 à 1812, il participa à la conquête de la Bessarabie et de la Circassie, combattit dans le Caucase et en Tchétchénie. Lorsqu'en 1812, la France envahit la Russie, il fut mobilisé dans l'armée du général Tormassov. Il participa à la prise de Minsk, puis à la Bataille de la Bérézina, où il fut témoin de la tragique traversée du fleuve par l'armée française. Ainsi résume-t-il la campagne de Russie: « Le plan de Napoléon était admirable et digne de son génie. La réussite, selon toutes les probabilités humaines, en était infaillible. Les décrets seuls de la Fortune, en mettant en défaut toute prévoyance, ont pu accomplir ce grand désastre. » Nommé colonel puis général-major, il participa à la campagne d'Allemagne et aux batailles de Lutzen, Dresde, Kulm et Leipzig. En septembre, il fut envoyé en mission auprès de Bernadotte, roi de Suède pour le convaincre de se ranger du côté des Alliés. Au début de l'année 1814, il franchit le Rhin avec l'armée russe, mettant ainsi le pied dans cette France qu'il n'avait pas vue depuis dix ans. Il prit contact avec les futurs Louis XVIII et Charles X et participa à la création d'un parti royaliste. Son frère Louis, avec lequel il avait partagé de nombreuses épreuves, fut tué à la Bataille de Brienne. Il devint alors le chef d'armes de la Maison de Rochechouart. Louis-Victor-Léon participa à la campagne de France et aux batailles d'Arcis-sur-Aube et La Fère-Champenoise. Il prit part également à la Bataille de Paris. Nommé commandant de la place de Paris, il s'empara de l'Hotel de Ville le 31 mars. Face aux rumeurs de contre-attaque de Napoléon, il organisa la défense de la ville. Puis face aux troubles provoqués par les troupes occupantes, il ramena l'ordre dans la capitale en mettant en place des troupes mixtes entre l'armée russe et la garde nationale. À l'arrivée de Louis XVIII, le 20 avril, le comte prit congé de l'armée russe pour se mettre à son service.

L'entrée des troupes russes à Paris

Gouverneur militaire de Paris[modifier | modifier le code]

Louis-Victor-Léon de Rochechouart est nommé maréchal de camp par Louis XVIII et incorporé dans la compagnie des mousquetaires noirs. Le 29 août, il est fait chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. Lors des Cent-Jours, il accompagne le roi à Gand. De retour en France, il devient, à la Seconde Restauration, chef d'État-major du ministre de la guerre, auprès du duc de Feltre, puis du maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, et à nouveau du duc de Feltre quand son père adoptif, le duc de Richelieu, est nommé premier ministre. Le 16 octobre 1815, le comte de Rochechouart est nommé gouverneur militaire de Paris, un poste qu'il occupe jusqu'en 1821. Il a notamment deux grandes affaires à traiter. En novembre 1815, il porte soutien au général Daumesnil, assiégé dans le Fort de Vincennes par les troupes prussiennes occupantes. Impressionné, lors de leur rencontre, par son courage et sa détermination, il intervient en sa faveur auprès du ministre. En tant que commandant de la place de Paris, le général de Rochechouart est chargé d'une mission beaucoup plus douloureuse : l'organisation de l'exécution du maréchal Ney, une décision qu'il désapprouvait. « Non seulement je fus forcé d'assister à sa mort, de plus mes devoirs m'obligèrent de faire exécuter l'arrêt de la Cour des Pairs à l'égard de cette injuste victime de nos réactions politiques ». Il place à la tête du peloton d'exécution un officier piémontais, évitant à un soldat Français de porter le poids d'une telle charge. Le général de Rochechouart accompagne ainsi les dernières heures de celui qu'il appelait le « Brave des braves », son surnom dans l'armée. Il en fait un émouvant récit dans ses Mémoires. « Voilà une grande leçon pour bien apprendre à mourir » écrit-il. En 1821, Louis-Victor-Léon de Rochechouart est nommé gentilhomme de la chambre du roi et commandeur de la Légion d'honneur et épousa Elisabeth Ouvrard, fille du banquier et homme d'affaires Gabriel-Julien Ouvrard, à la tête d'une immense fortune. La cérémonie fastueuse se déroule le 13 décembre 1821 en présence notamment du roi Louis XVIII, des futurs Charles X et Louis-Philippe Ier, et du Premier ministre, le duc de Richelieu. Il est mis en disponibilité quelques jours plus tard. En 1826, Louis-Victor-Léon de Rochechouart achète les châteaux de Jumilhac et de Rochechouart. En 1830, il participe à l'expédition d'Alger. En 1855, le général de Rochechouart est nommé par Napoléon III maire de Jumilhac, où il s'était retiré. Il mourut en 1858. Il a quatre enfants : Madeleine-Elisabeth-Gabrielle, marquise de la Garde (1822-1889) ; Valentine, comtesse de Montalembert (1825-1907) ; Aimery (1828-1897) et Louis-Jules (1830-1915).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Château de Jumilhac
  • Louis-Victor-Léon de Rochechouart est l'auteur de ses Mémoires, Souvenirs sur la Révolution et l'Empire (Plon, 1898 et 1933), un ouvrage très intéressant sur son époque. Le récit, qui se veut objectif et non partisan, est riche d'anecdotes inédites sur la Révolution, les régiments émigrés, la Russie du début du XIXe siècle, et surtout sur les guerres napoléoniennes, les Cent Jours et la Restauration.
  • Le général-comte de Rochechouart est également l'auteur de l'Histoire de la Maison de Rochechouart (872 pages, Paris, 1859) un ouvrage très riche et très complet sur sa famille, dont il était devenu le chef d'armes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Georges Martin, Histoire et généalogie de la Maison de Rochechouart, 1990 ;
  • Pierre Ortega, Louis-Victor-Léon, Comte de Rochechouart, 2002 ;
  • Jacques Wolf, Le financier Ouvrard, Taillandier, 1992.