Louis-Auguste Sabatier

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le théologien protestant Louis-Auguste Sabatier. Ne pas confondre avec l'homme politique Auguste Sabatier (1883–1944)
Auguste Sabatier

Auguste Sabatier (1839-1901) est un théologien protestant français, né à Vallon-Pont-d'Arc en Ardèche. Il est le principal fondateur de la Faculté de théologie protestante de Paris, avec Frédéric Lichtenberger.

Carrière[modifier | modifier le code]

Auguste Sabatier est né dans une famille de petits commerçants, fortement marquée par la piété du Réveil religieux. Il fait ses études secondaires à l'Institution Olivier de Ganges (dans l'Hérault) où, avec quelques camarades, il fonde une « union chrétienne ». De 1863 à 1864, il étudie à la Faculté de théologie protestante de Montauban, au séminaire protestant de Tübingen et à l'Université de Heidelberg.

D'abord pasteur à Aubenas, en Ardèche, de 1864 à 1868, il est élu à la chaire réservée à un professeur de dogmatique reformée, à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, pour lequel il avait été le candidat des protestants «orthodoxes» sur le plan doctrinal. Ses positions ouvertement francophiles pendant la guerre de 1870 conduisent à son expulsion de Strasbourg en 1872.

Au bout de cinq ans d'efforts en 1877, il a réussi à fonder, avec Frédéric Lichtenberger la Faculté de théologie protestante de Paris dont il devient professeur, puis doyen en 1895. Il y côtoiera un autre professeur luthérien, Eugène Ménégoz. La particularité de cette faculté, depuis sa fondation, consiste à donner la même formation aux étudiants luthériens et réformés.

En 1886 il est nommé comme professeur au département de sciences religieuses nouvellement fondé à l'École pratique des hautes études de la Sorbonne. Selon Auguste Sabatier, la jeune science des religions ne gênait en rien le théologien puisque l'expression de la foi sous forme d'énoncés qui varient avec l'histoire n'atteint en rien le cœur de l'expérience religieuse. Il n'y a donc pas pour lui de problème à ce que les facultés de théologie protestante fassent partie de l'enseignement public.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Selon lui, la foi religieuse naît d'une aspiration de l'esprit humain vers un idéal qui s'exprime sous la forme d'un certain nombre de croyances pouvant prendre la forme de dogmes religieux, et que ceux-ci se succèdent dans un ordre non quelconque. On le considère comme le fondateur du symbolo-fidéisme, courant de pensée dû à son association avec Eugène Ménégoz qui trouve un écho chez Charles Wagner, son contemporain.

Il insiste sur le fait que le monde a changé depuis les débuts du christianisme en sorte que la terminologie décrivant la foi biblique sont incompréhensibles pour le peuple d'aujourd'hui. Il soutient que le christianisme a toujours adapté ses formes et son langage aux situations culturelles particulières qu'il rencontrait et aux modernismes de chaque époque. Dans le même temps, l'épistémologie catholique soutenait que, dès la Révélation faite à Adam, les principales doctrines du catholicisme sont déjà nettement enseignées ce qui conduit à la surdétermination théologique du commentaire. L'affirmation maîtresse de la science catholique consiste à soutenir qu'il n'y a pas eu d'évolution substantielle de la foi (F. Laplanche, introduction au Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Tome 9, Les sciences religieuses, Beauchesne, 1996.)

Un deuxième point clef de sa pensée est le rejet d'une croyance religieuse fondée sur la seule autorité biblique. Toute la croyance doit passer le filtre de la raison et de l'expérience, et l'esprit doit s'ouvrir aux faits nouveaux, aux événements et aux vérités, quelle qu'en soit la source. Aucune question n'est close ou déterminée et la religion ne peut être un domaine protégé contre l'examen critique. Si la Bible est l'œuvre d'auteurs intégrés et déterminés par leurs contextes historique et social, ce texte n'est ni surnaturel ni l'infaillible dépôt de la révélation divine ; le livre n'a rien d'inhérent et ne possède aucune autorité absolue. L'essence du christianisme remplace l'autorité de l'écriture et des institutions ecclésiales.

Il en conclut qu'il n'y a aucune contradiction inhérente entre les royaumes de la foi et des lois de la physique, de la révélation et de la science, du sacré et du séculier, non plus qu'entre la religion et la culture. La théologie se mue en science de l'expérience religieuse, ce qui conduit certains lecteurs de son œuvre à considérer qu'il rejette le caractère transcendant de Dieu au profit de l'immanence. Au contraire, fortement influencé par Kant, il pense que la connaissance religieuse est symbolique. Dieu se situe au-delà de nos idées, de nos représentations, et de nos formules : elles orientent vers quelque chose qui les dépasse et qui relève de l'inexprimable.

En 1880, Auguste Sabatier rédige l'article Jésus-Christ dans l'encyclopédie des sciences religieuses où il développe la thèse du caractère spirituel de la résurrection. Un scandale se produit, et une réaction terrible est orchestrée par la Société des missions évangéliques de Paris et Edouard de Pressensé. À cette occasion avait été fondée la Faculté de théologie de Lausanne (des Mômiers), destinée à attirer les étudiants de la Faculté de théologie protestante de Paris . L'offensive échoue, grâce à la situation d'Auguste Sabatier au journal « Le Temps », dont il était le no 3, immédiatement après les deux directeurs, Hébrard père et fils, situation due au talent de Sabatier, à sa générosité incroyable envers les contradicteurs les plus malhonnêtes, et à l'assentiment d'une masse dont la foi était certes dérangée, mais qui faisait confiance à son authenticité spirituelle. Maurice Goguel peut être compté au nombre des bénéficiaires de cet héritage spirituel. Sabatier a toujours tenu à rester au-dessus des problèmes de l'Église et des querelles de partis, comme le montre sa participation aux tentatives de réconciliation après la réunion du synode national de 1872 qui entérine la rupture entre les protestants orthodoxes, liés au Réveil, et les protestants libéraux.

Il a longtemps dirigé l'école du dimanche de l'Église réformée de l'Étoile à Paris dont Eugène Bersier était pasteur[1]. L'échec de Sabatier fut de ne pas avoir réussi à faire un catéchisme. Peu avant sa mort il avait tenu à Crest, dans la Drôme, à l'invitation de Paul Sabatier (sans lien de parenté) une série d'entretiens avec une quarantaine de pasteurs sur ce problème de l'enseignement élémentaire de la foi chrétienne. Cette tentative n'eut pas de lendemain, Auguste Sabatier étant mort en 1901.

Ami de Gustave Flaubert, il semble avoir lancé la pensée du jeune Jean Piaget dans la direction de l'étude de la genèse psychologique des idées si l'on en croit Piaget lui-même : J'eus la bonne fortune de trouver dans la bibliothèque de mon père « La philosophie de la religion fondée sur la psychologie et l'histoire » d'Auguste Sabatier.

L'action républicaine[modifier | modifier le code]

Compte tenu de l'affrontement des deux France, à savoir la France cléricale et la France laïque, Sabatier considère que le protestantisme est l'allié naturel de la République, comme le montre la participation de ses membres :

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai sur les sources de la vie de Jésus, Les Trois premiers Évangiles et le quatrième (1866), [2]
  • L'Apôtre Paul (1870) (3e ed. 1896) [3]
  • Mémoire sur la notion hébraïque de l'Esprit (1879)
  • Les Origines littéraires de l'Apocalypse (1888)
  • De la vie intime des dogmes et de leur puissance d'évolution (1890)
  • L'Évangile de Pierre et les évangile canoniques (1893) [4]
  • Religion et culture moderne (1897)
  • Évolution historique de la doctrine du salut (1903)
  • Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire (1897) [5]
  • Les Religions d'autorité et religion de l'esprit (1904, posthume), préfacé par un court mémoire de son collègue Jean Réville.
  • Un choix de ses articles hebdomadaires parus dans le Journal de Genève a été publié sous le titre Lettres du dimanche (1900)..

Cet article utilise quelques éléments copyleft de la revue de mai 1999 Évangile et Liberté (revue libérale protestante)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]Auguste Sabatier et Eugène Bersier, Musée virtuel protestant]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Cardon-Bertalot, « Auguste Sabatier, théologien du Saint-Esprit », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 2001, t.81, no 3
  • Émile Poulat, «Auguste Sabatier (1839-1901)», Encyclopædia Universalis, consulté le 17 mai 2014, Notice en ligne
  • Bernard Reymond, Auguste Sabatier et le procès théologique de l'autorité, Éditions L'Âge d'Homme, 1976
  • John Viénot, Auguste Sabatier. 1.La jeunesse, 1839-1879, Paris, Fischbacher 1927.

Liens externes[modifier | modifier le code]