Louis-Auguste Sabatier

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Auguste Louis Sabatier (1839 - 1901) est un théologien protestant français, né à Vallon (Ardèche i.e. Cévennes) dans une famille de petits commerçants fortement marquée par la piété du Réveil.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il fait ses études secondaires à l'Institution Olivier de Ganges (dans l'Hérault) où, avec quelques camarades, il fonde une « union chrétienne ». De 1863 à 1864, il étudie à la faculté de théologie protestante de Montauban et aux universités de Tubingue et Heidelberg.

D'abord pasteur à Aubenas dans l'Ardèche (France) de 1864 à 1868 il est élu professeur de dogmatique reformée à l'université de Strasbourg pour laquelle il avait été le candidat des orthodoxes (ou évangéliques). Ses sympathies nettement francophiles pendant la guerre de 1870 conduisent à son expulsion de Strasbourg en 1872.

Au bout de cinq ans d'efforts en 1877, il a réussi à fonder, avec Frédéric Lichtenberger la Faculté de théologie protestante de Paris dont il devient professeur, puis doyen en 1895. Il y côtoiera avec Étienne Ménégoz [1]. La particularité de cet institut depuis sa fondation consiste à donner la même formation aux étudiants luthériens et réformés.

En 1886 il devient professeur au département de sciences religieuses nouvellement fondé à l'École pratique des hautes études de la Sorbonne. Selon Auguste Sabatier, la jeune science des religions ne gênait en rien le théologien puisque l'expression de la foi sous forme d'énoncés qui varient avec l'histoire n'atteint en rien le cœur de l'expérience religieuse. Il n'y a donc pas pour lui de problème à ce que les facultés de théologie protestante fassent partie de l'enseignement public.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Selon lui, la foi religieuse naît d'une aspiration de l'esprit humain vers un idéal qui s'exprime sous la forme d'un certain nombre de croyances pouvant prendre la forme de dogmes religieux, et que ceux-ci se succèdent dans un ordre non quelconque. On le considère comme le fondateur du symbolo-fidéïsme, courant de pensée dû à son association avec Ménégoz qui trouve un écho chez Charles Wagner, son contemporain.

Il insiste sur le fait que le monde a changé depuis les débuts du christianisme en sorte que la terminologie décrivant la foi biblique sont incompréhensibles pour le peuple d'aujourd'hui. Il soutient que le christianisme a toujours adapté ses formes et son langage aux situations culturelles particulières qu'il rencontrait et aux modernismes de chaque époque. Dans le même temps, l'épistémologie catholique soutenait que, dès la Révélation faite à Adam, les principales doctrines du catholicisme sont déjà nettement enseignées ce qui conduit à la surdétermination théologique du commentaire. L'affirmation maîtresse de la science catholique consiste à soutenir qu'il n'y a pas eu d'évolution substantielle de la foi (F. Laplanche, introduction au Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Tome 9, Les sciences religieuses, Beauchesne, 1996.)

Un deuxième point clef de sa pensée est le rejet d'une croyance religieuse fondée sur la seule autorité. Toute la croyance doit passer le filtre de la raison et de l'expérience, et l'esprit doit s'ouvrir aux faits nouveaux, aux événements et aux vérités, quelle qu'en soit la source. Aucune question n'est close ou déterminée et la religion ne peut être un domaine protégé contre l'examen critique. Si la Bible est l'œuvre d'auteurs intégrés et déterminés par leurs contextes historique et social, ce texte n'est ni surnaturel ni l'infaillible dépôt de la révélation divine ; le livre n'a rien d'inhérent et ne possède aucune autorité absolue. L'essence du christianisme remplace l'autorité de l'écriture et des institutions ecclésiales.

Il en conclut qu'il n'y a aucune contradiction inhérente entre les royaumes de la foi et des lois de la physique, de la révélation et de la science, du sacré et du séculier, non plus qu'entre la religion et la culture. La théologie se mue en science de l'expérience religieuse ce qui conduit certains lecteurs de son œuvre à considérer qu'il rejette le caractère transcendant du Dieu au profit de l'immanence. Au contraire, fortement influencé par Kant, il pense que la connaissance religieuse est symbolique. Dieu se situe au-delà de nos idées, de nos représentations, et de nos formules : elles orientent vers quelque chose qui les dépasse et qui relève de l'inexprimable.

En 1880, Auguste Sabatier rédige l'article Jésus-Christ dans l'encyclopédie des sciences religieuses où il développe la thèse du caractère spirituel de la résurrection. Un scandale se produit, et une réaction terrible est orchestrée par la Société des Missions évangéliques et Edouard de Pressensé. À cette occasion avait été fondée la faculté de théologie de Lausanne (des Mômiers) destinée à vider la faculté de Paris de ses étudiants. L'offensive échoue, grâce à la situation d'Auguste Sabatier au journal « le Temps », dont il était le no 3, immédiatement après les deux directeurs, Hébrard père et fils, situation due au talent de Sabatier, à sa générosité incroyable envers les contradicteurs les plus malhonnêtes, et à l'assentiment d'une masse dont la foi était certes dérangée, mais qui faisait confiance à son authenticité spirituelle. Maurice Goguel peut être compté au nombre des bénéficiaires de cet héritage spirituel. Sabatier a toujours tenu à rester au-dessus des problèmes de l'Église et des querelles de parti, comme le montre sa participation aux tentatives de réconciliation après la réunion du synode national de 1872 qui scelle un schisme entre les conservateurs (liés au Réveil) et les libéraux.

Il a longtemps dirigé l'école du dimanche de l'Église réformée de l'Étoile à Paris. L'échec de Sabatier fut de ne pas avoir réussi à faire un catéchisme. Peu avant sa mort il avait tenu à Crest, dans la Drôme, à l'invitation du franciscanisant Paul.Sabatier (aucun rapport de parenté) une série d'entretiens avec une quarantaine de pasteurs sur ce problème de l'enseignement élémentaire de la foi chrétienne. Cette tentative n'eut pas de lendemain, Auguste Sabatier étant mort en 1901.

Ami de Gustave Flaubert, il semble avoir lancé la pensée du jeune Jean Piaget dans la direction de l'étude de la genèse psychologique des idées si l'on en croit Piaget lui-même : J'eus la bonne fortune de trouver dans la bibliothèque de mon père « La philosophie de la religion fondée sur la psychologie et l'histoire » d'Auguste Sabatier.

L'action républicaine[modifier | modifier le code]

Compte tenu de l'affrontement des deux Frances, à savoir celle des cléricaux et celle des laïcs, Sabatier considère que le protestantisme est l'allié naturel de la République, comme le montre la participation de ses membres :

  • à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905,
  • à la création des salles d'Asile ancêtres de nos écoles maternelles,
  • à la création de l'école publique laïque et gratuite, sous l'influence des petites écoles de Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826),
  • à l'émancipation des femmes par leur accession au baccalauréat puis aux études supérieures sous le ministère Ferdinand Buisson.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai Sur Les Sources De La Vie De Jesus Les Trois Premiers Evangiles Et Le Quatrième (1866), [2]
  • L'Apôtre Paul (1870) (3e ed. 1896) [3]
  • Mémoire sur la notion hébraïque de l'Esprit (1879)
  • Les Origines littéraires de l'Apocalypse (1888)
  • De la vie intime des dogmes et de leur puissance d'évolution (1890)
  • L'Évangile de Pierre et les évangile canoniques (1893) [4]
  • Religion et culture moderne (1897)
  • Évolution historique de la doctrine du salut (1903)
  • Equisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire (1897) [5]
  • Religions d'autorité et religion de l'esprit (1904, posthume), préfacé par un court mémoire de son collègue Jean Réville.
  • un choix de ses articles hebdomadaires a été publié sous le titre Lettres du dimanche (1900)..

Cet article utilise quelques éléments copyleft de la revue de mai 1999 Évangile et Liberté (mensuel du libéralisme théologique protestant depuis 150 ans)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lire aussi[modifier | modifier le code]

  • Bernard Reymond, Auguste Sabatier et le procès théologique de l'autorité
  • Philippe Cardon-Bertalot, Auguste Sabatier, théologien du Saint-Esprit, RHPR, 2001, t.81, no 3