Lola T97/30

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Lola T97/30

Lola T97/30

Ricardo Rosset à bord de la Lola T97/30 lors du Grand Prix d'Australie 1997

Présentation
Équipe Drapeau : Royaume-Uni MasterCard Lola F1 Team
Constructeur Lola Cars Limited
Année du modèle 1997
Concepteurs Eric Broadley
Chris Murphy
Spécifications techniques
Châssis Monocoque composite moulée en fibre de carbone en nid d'abeille
Suspension avant Doubles triangles superposés, poussoirs et barre de torsion, amortisseurs Koni
Suspension arrière Doubles triangles superposés, poussoirs et barre de torsion, amortisseurs Koni
Nom du moteur Ford ED4
Cylindrée 2 994 cm3
640 ch à 13 500 tr/min
Configuration V8 à 75°
Orientation du moteur Moteur longitudinal
Position du moteur Centrale arrière
Boîte de vitesses Lola transversale semi-automatique séquentielle
Nombre de rapports 6 + marche arrière
Électronique TAG
Système de freinage Freins à disque Carbone Industrie et AP Racing
Étriers AP Racing
Dimensions et Poids Empattement : 3 000 mm
Longueur : 4 500 mm
Poids : 600 kg (avec le pilote)
Carburant Carburant Pennzoil
Lubrifiant Elf
Pneumatiques Bridgestone (pneus)
OZ Racing (jantes)
Histoire en compétition
Pilotes 24. Drapeau de l'Italie Vincenzo Sospiri
25. Drapeau du Brésil Ricardo Rosset
Début Grand Prix automobile d'Australie 1997
Courses Victoires Pole Meilleur tour
2 0 0 0

Chronologie des modèles (1997)

La Lola T97/30 est une monoplace de Formule 1, conçue par Eric Broadley, fondateur de l'officine de construction de voitures de courses Lola Cars et engagée en championnat du monde de Formule 1 en 1997. Elle est pilotée par l'Italien Vincenzo Sospiri, champion 1995 de Formule 3000 qui fait ses débuts en Formule 1 et par le Brésilien Ricardo Rosset qui a débuté l'année précédente chez Arrows Racing Team où il a disputé seize Grands Prix.

Alors que la T97/30 est initialement destinée à concourir en championnat du monde de Formule 1 en 1998, le principal sponsor de l'écurie, MasterCard, fait pression pour s'engager dès 1997 ; le développement de la T97/30 est donc précipité si bien que la monoplace n'est testée ni sur circuit ni en soufflerie et que de nombreux soucis de conception nuisent à ses performances.

Après un premier Grand Prix décevant en Australie où aucune des deux monoplaces engagées ne se qualifie, MasterCard rompt son contrat avec Lola Cars, mettant ainsi un terme à sa participation et à celle de la T97/30 en Formule 1.

Contexte et développement[modifier | modifier le code]

Lola, fournisseur historique de châssis en Formule 1[modifier | modifier le code]

Lola a une longue tradition de fournisseur de châssis de course automobile depuis sa création en 1957[1]. Dès 1962, les modèles Mk4 sont alignés en championnat du monde de Formule 1 par le Yeoman Credit Racing Team pour John Surtees et Roy Salvadori[2]. Les débuts sont très satisfaisants puisque Surtees décroche la pole position au Grand Prix des Pays-Bas, première épreuve où une Lola est engagée[3]. L'année suivante, Lola fournit les châssis du Reg Parnell Racing mais les résultats ne sont pas au rendez-vous[4] et le constructeur britannique n'apparaît plus qu'épisodiquement en championnat du monde de Formule 1 (un seul engagement en 1967[5] et un seul engagement en 1968[6]).

Toutefois, en 1967, Honda confie en sous-traitance à Lola la conception d'un châssis de Formule 1. Honda souhaite en effet remplacer son « châssis maison » RA273, beaucoup trop lourd avec 743 kg[7] par un châssis plus léger. À partir d'une monoplace destinée à courir en championnat USAC[8], Lola développe la Honda RA300, de 600 kg seulement[9]. La monoplace, surnommée « Hondola » par la presse spécialisée de l'époque, fait forte impression dès sa première apparition en course à Monza lors du Grand Prix d'Italie puisque John Surtees remporte la victoire, la seconde de Honda en Formule 1[10]. En 1968, Honda développe en interne (avec les concepteurs Yoshio Nakamura et Shoichi Sano) sa monoplace RA301[11] et Lola quitte la Formule 1.

Il faut attendre 1974 pour que Lola fasse son retour en fournissant des châssis T370 à l'écurie Embassy-Hill de Graham Hill[12]. L'année suivante, Lola quitte la Formule 1 après quatre épreuves lorsque, faute de résultats, Hill décide de concevoir en interne son châssis de course[13].

En 1984 et 1985, le nom de Lola réapparaît en Formule 1 mais uniquement pour des raisons publicitaires. Carl Haas, entrepreneur américain et importateur officiel des voitures Lola Cars en Amérique du Nord, monte son écurie de Formule 1, basée à Colnbrook en Angleterre. Il la baptise Team Haas Lola car il souhaite que les retombées publicitaires liées au nom prestigieux de Lola bénéficient à son entreprise d'importation. La firme d'Eric Broadley n'est toutefois pas impliquée dans la conception des monoplaces[14].

De 1987 à 1991, Lola conçoit et construit les monoplaces de l'équipe française Larrousse[15]. La dernière collaboration entre Lola et une écurie de Formule 1 est la réalisation de la Lola T93/30 préparée pour la BMS Scuderia Italia pour la saison 1993[16].

Malgré une implication en Formule 1 s'étendant sur plus de trente-cinq ans, le palmarès de Lola n'est riche que d'une pole position (John Surtees au Grand Prix des Pays-Bas en 1962[17]) et trois podiums (Surtees aux Grand Prix d'Allemagne 1962[18] et Grand Prix de Grande-Bretagne 1962[19] et Aguri Suzuki au Grand Prix du Japon 1990[20]).

Première tentative d'engagement avortée[modifier | modifier le code]

L'ingénieur britannique et fondateur de Lola Eric Broadley, décide courant 1994, de créer une nouvelle monoplace de Formule 1 qu'il engagera sous ses propres couleurs pour la première fois depuis la création de sa firme. En effet, l'écurie BMS-Scuderia Italia, à laquelle il fournissait le châssis Lola T93/30 en 1993[21], a fusionné avec Scuderia Minardi et comme la nouvelle structure conçoit ses châssis en interne, Lola n'a plus de client en Formule 1[22].

La future Lola T95/30, conçue par Broadley, l'ingénieur Julian Cooper (ex-Benetton Formula) et l'ingénieur-aérodynamicien Chris Saunders (ex-Williams) est d'abord réalisée sous la forme d'une maquette à l'échelle 40 % testée en soufflerie à Cranfield. Un prototype propulsé par un moteur Ford-Cosworth ED3 est mis en chantier et confié au pilote de développement Allan McNish[23]. La monoplace est exposée au Salon de l'automobile de Paris mais le programme de développement est contrarié lorsque McNish démontre en piste que la monoplace réalise de maigres performances et que son potentiel de développement est limité. Le changement de réglementation du championnat du monde qui réduit la cylindrée des moteurs à 3 000 cm3 et impose de nouvelles dimensions de châssis et de carrosserie pour la saison 1995, ainsi que le manque de fonds de Lola pour entreprendre ces modifications finit d'enterrer le projet[24].

Un nouvel engagement dans la précipitation[modifier | modifier le code]

En 1996, un an après l'abandon du prototype T95/30, un nouveau projet de construction de monoplace de Formule 1 est dévoilé. Pourtant, Lola n'est pas au mieux financièrement, marquée par la rude concurrence que lui livre Reynard Motorsport en Formule 3000[25]. Lola dévoile un plan financier ambitieux et inédit de partenariat avec MasterCard, une entreprise américaine de système de paiement et envisage donc de s'engager sous la dénomination MasterCard Lola F1 Team en 1998.

Le partenariat financier repose sur la création d'un « Club MasterCard » dont les membres, suite au versement d'une cotisation de 35 000 dollars, bénéficieront de divers avantages liés à l'équipe de Formule 1 (événements VIP, invitations sur les circuits, stages de pilotage...)[26]. MasterCard s'engage à financer l'écurie à hauteur de 35 millions de dollars[27]. Lola, dont le financement dépend essentiellement de ce sponsor, prévoit de faire ses débuts en Formule 1 en 1998 mais MasterCard insiste pour que l'écurie s'engage un an plus tôt, dès 1997[28]. En conséquence, Lola doit débuter au plus tôt la conception de sa nouvelle monoplace.

La T97/30, dont l'étude débute en novembre 1996, devient la première monoplace de Formule 1 de Lola Cars depuis le prototype T95/30. La mise en œuvre de sa conception se fait de manière précipitée et Broadley a du mal à faire face aux délais imposés par son partenaire financier, d'autant plus que son officine ne compte que 35 employés[29], effectif porté peu à peu à cent[30] alors que l'autre écurie novice Stewart Grand Prix compte un peu plus d'une centaine d'employés dès sa création[31] et que les écuries de pointe tournent avec plus de deux cents employés (210 pour Williams[32], 205 chez McLaren[33] ou encore 330 chez Ferrari[34]).

Une autre preuve de la précipitation du projet Lola est que Stewart Grand Prix, écurie qui débute elle aussi en Formule 1, a annoncé son engagement dès janvier 1996 et a commencé à faire les premiers essais de sa monoplace SF01 en décembre 1996 : à ce moment-là, Lola entame seulement la conception de la T97/30[35].

Technique[modifier | modifier le code]

Moteur et boîte de vitesses[modifier | modifier le code]

La Lola T97/30 est propulsée par un moteur V8 Ford ED4 conçu par Cosworth et d'une cylindrée de 2 994 cm3[36]. Conçu en 1995, il développait à l'origine 630 chevaux mais la puissance a été portée à 640 chevaux à 13 500 tours par minute en 1997[37]. Ce bloc, qui s'adresse spécifiquement aux écuries à budget limité car ses performances sont dépassées[38], n'est qu'un moteur « compétition-client » fourni à Lola ainsi qu'à Tyrrell Racing[39]. Le moteur « officiel », le Ford Cosworth JD Zetec-R, est en effet un V10 réservé à l'écurie Stewart Grand Prix[40], tête-de-pont de Ford en Formule 1.

Lola envisage dans un premier temps d'acheter quinze blocs à Ford avant de fabriquer ses propres moteurs à partir de mars ou avril[41],[42]. Le manque de moyens financiers se fait déjà sentir lorsque Broadley renonce à acheter les moteurs et préfère se contenter d'un leasing prenant en compte les frais de révision et de maintenance[43]. Les moteurs fournis à Lola sont des blocs d'occasion utilisés par Forti Corse la saison précédente et le contrat de maintenance prévoit cinq révisions par moteur au cours de la saison[44].

Alors que Lola prévoit d'utiliser au maximum une trentaine de moteurs par an (quinze par demi-saison), Jordan Grand Prix et Stewart Grand Prix disposent de onze moteurs pour le seul Grand Prix d'Australie, Williams, Benetton, McLaren et Ferrari disposent eux de dix blocs, Prost Grand Prix, Sauber de neuf et Minardi de sept[45]. L'écart de moyens financiers entre Lola et le reste du plateau est flagrant dès le début de la saison.

La boîte de vitesses semi-automatique à six rapports est quant à elle développée en interne par Lola[46]. Sa conception et sa position sur la monoplace est une des raisons de la faible performance de la voiture. En effet, la majorité des monoplaces du plateau 1997 possède une boîte de vitesses en position longitudinale. Les seules équipes qui ont choisi de monter leur boîte transversalement, outre Lola, sont Williams, Ferrari et Prost Grand Prix mais ces écuries disposent de bureaux de design autrement plus performants que Lola et ont su tirer avantage d'une telle disposition alors que pour Lola, le design de la boîte va rapidement constituer un écueil majeur dans les tentatives d'amélioration des performances[47].

La gestion électronique de la monoplace est confiée à un boîtier TAG[48].

Châssis, freins et suspensions[modifier | modifier le code]

En raison du temps limité qu'a Lola pour concevoir sa monoplace, le châssis de la T97/30 n'est qu'une évolution du prototype T95/30 de 1995 et reprend des solutions issues de la vieille T93/30[49] développée à l'aide de la technique de conception assistée par ordinateur[50].

Le dessin de la partie arrière du plancher, directement inspiré de la Lola T93/30 fournie à la Scuderia Italia en 1995, se révèle défaillant car il diminue l'efficacité du diffuseur. Alors que l'aérodynamique est un secteur-clé de la recherche de performance en Formule 1 et que les « packages aérodynamiques » sont en constante évolution au cours de la saison, le fait de concevoir une nouvelle monoplace à partir de solutions techniques datant de plus de quatre ans montre l'amateurisme de Lola. L'équipe britannique qui, faute de temps, n'a fait aucun test en soufflerie ne peut donc pas corriger le problème[51] et ne pense pas pouvoir disposer de sa propre soufflerie à l'échelle ½ avant plusieurs mois[52].

La structure de la carrosserie monocoque en nid d'abeille en fibre de carbone et en aluminium est basée sur celles des monoplaces de Champ Car[35]. Les suspensions sont constituées de triangles superposés et de leviers et les amortisseurs sont des Koni. Carbone industrie et AP Racing, deux des trois fournisseurs du plateau avec Brembo, fournissent les disques de freins en matériaux composites à matrice métallique tandis que les étriers proviennent de AP Racing[53].

Des pilotes novices en Formule 1[modifier | modifier le code]

Pour piloter sa monoplace, Broadley n'a pas les moyens de s'offrir les services de pilotes confirmés. Bien au contraire, il est à la recherche de pilotes-payants à même de lui fournir un complément de budget pour entamer la saison de Formule 1[54].

Ricardo Rosset a fait ses débuts en Formule 1 la saison précédente au sein de l'écurie Arrows. Son palmarès en formules inférieures est modeste puisqu'il se résume à une victoire en Formule 3 et deux en Formule 3000. Toutefois, le pilote brésilien a réalisé des progrès constants puisqu'il termine second du Championnat 1995 de F3000. Rosset ne devait néanmoins son recrutement chez Arrows qu'aux moyens financiers apportés par ses commanditaires brésiliens. En seize Grands Prix chez Arrows, le Brésilien abandonne à six reprises sur sorties de piste ou accrochages et se fait surtout remarquer par un nombre impressionnant de tête-à-queue lors des séances d'essais[55]. En Formule 1, son meilleur résultat en course est une huitième place au Grand Prix de Hongrie, à trois tours du vainqueur[56]. Le pilote brésilien est considéré par les journalistes spécialisés comme le moins performant du plateau 1997, tant en rapidité qu'en capacité de mise au point de sa monoplace[57].

La seconde monoplace est confiée à Vincenzo Sospiri dont le palmarès est plus étoffé que celui de son coéquipier. Il a notamment été champion du monde de karting, a remporté le Formula Ford Festival de Brands Hatch en 1988 et remporté le championnat britannique de Formule Lotus-Opel en 1990. Son parcours devient ensuite plus chaotique : il accède au championnat international de Formule 3000 en 1991 où il ne se classe que huitième, ce qui l'oblige à redescendre en Formule 3 pour disputer en 1992 le championnat d'Italie. Il revient à la Formule 3000 en 1993 où il ne se classe que septième. Il lui faut donc plusieurs années au sein de la discipline pour progresser (4e en 1994) avant de décrocher le titre de champion en 1995[58]. Acquis au bout de sa quatrième saison de présence dans la discipline, le titre de Sospiri n'impressionne que moyennement et il ne parvient qu'à décrocher un volant de pilote d'essais en Formule 1, au sein de l'écurie Benetton-Renault en 1996[59]. Lorsqu'il est recruté par Lola, Sospiri n'a qu'une expérience limitée de la Formule 1 puisqu'il n'a disputé aucun Grand Prix. Par contre, il possède plus d'expérience que son coéquipier en matière de mise au point grâce à la modeste expérience acquise chez Benetton.

Présentation et essais de développement[modifier | modifier le code]

La Lola T97/30 est officiellement présentée dans la salle de bal de l'hôtel Hilton de Londres le 20 février 1997, deux semaines seulement avant le début du championnat[60]. Pendant la cérémonie, Eric Broadley, patron de Lola et concepteur en chef de la T97/30, annonce que son objectif est de marquer des points dès la première saison et de remporter un titre de champion du monde dans les quatre ans, soit la durée du contrat liant Lola à MasterCard[61]. Il n'hésite pas à annoncer que sa monoplace sera la plus compétitive de toutes celles équipées en pneus Bridgestone (Arrows, Prost Grand Prix, Scuderia Minardi et Stewart Grand Prix)[62].

Pour s'assurer ce succès, Broadley explique que Lola est experte en matériaux composites, que ses ingénieurs maîtrisent les techniques de soufflerie aérodynamique et que l'expérience acquise en CART aux États-Unis est directement transférable en Formule 1[63]. En effet, Lola s'est engagé en CART dès la création du championnat en 1979 et a décroché la première de ses 150 victoires dans la catégorie[64] en 1983, le Grand Prix automobile d'Elkhart Lake grâce à Mario Andretti, pilote chez Newman/Haas Racing[65].

En réalité, la monoplace n'a été terminée que pendant la nuit précédant la présentation, n'a jamais été testée en soufflerie par manque de temps et a été principalement conçue par Broadley à partir des modèles T93/30 de 1993 et du prototype T95/30 de 1995 : si Chris Murphy est présenté comme le concepteur de la monoplace, il n'a probablement pratiquement pas eu d'influence sur son design[66].

Bien que la monoplace ait été présentée le 20 février, les premiers essais de « déverminage » (ou « shakedown ») ne sont effectués que deux jours plus tard sur le circuit de Santa Pod[67] où la T97/30 n'a effectué qu'une série de huit allers-retours sur la piste de dragster[68]. Ce shakedown permet de constater que la monoplace est particulièrement lente et que les performances du Ford ED4 sont sous-exploitées[69]. La situation est d'autant plus critique que d'une part l'écurie n'arrive pas à bien faire fonctionner son moteur et que d'autre part Lola n'a pas les moyens de concevoir ses propres moteurs comme cela était initialement prévu[70].

Bien que particulièrement limitée, la séance de déverminage révèle les nombreuses lacunes de la monoplace : la transmission se montre fragile, le freinage est perfectible et les épures de suspension sont à revoir[71]. Ces essais dévoilent en outre des soucis de conception de la boîte de vitesses « maison » mais le plus gros problème de la monoplace demeure son aérodynamique déficiente liée à l'absence de tests initiaux en soufflerie. La voiture ne génère pas suffisamment d'appui : le train avant est ainsi totalement inefficace, les pneumatiques ne peuvent pas monter en température pour déployer leur pleine efficacité en termes d'adhérence ce qui nuit à la tenue de route, la voiture se montrant particulièrement instable, même en ligne droite[72],[73]. De plus, bien que la voiture manque d'appui, elle génère par contre une traînée excessive en ligne droite qui nuit à la vitesse maximale[74]. Le châssis abrite donc un « loup » et il paraît évident que l'équipe technique aura beaucoup de difficultés à résoudre tous ces soucis techniques avant le début de la saison.

Tentatives d'amélioration de la monoplace[modifier | modifier le code]

Photo de la Stewart SF01, dénigrée par Broadley
La Stewart SF01, dénigrée par Broadley, inscrira 6 points pour ses débuts en Formule 1

Devant un tel manque de compétitivité, les ingénieurs de Lola modifient leur monoplace afin d'en accroître les performances. La suspension avant à trois éléments (doubles triangles superposés, poussoirs et barre de torsion) est revue pour combattre le roulis excessif et toute la partie arrière, initialement directement inspirée de celle de la Lola T93/30 de la Scuderia Italia de 1995, est repensée : une structure déformable fait désormais office de diffuseur sans dérive[75]. Toutefois ces modifications de la structure arrière sont déjà obsolètes puisque Williams et Minardi, rapidement imités par quasiment toutes les autres écuries (sauf Lola, Tyrrell Racing et Sauber), ont mis au point une nouvelle disposition encore plus performante consistant à placer les triangles inférieurs de suspension sous les canaux latéraux du diffuseur pour ne pas perturber le flux d'air dans cette zone sensible[76].

Eric Broadley, se veut encore confiant après les premiers tests grandeur nature de sa monoplace. Il déclare même à propos de l'autre écurie novice épaulée par Ford : « Si nous n'arrivons pas à battre Stewart Grand Prix, alors nous méritons un bon coup de pied au derrière. Avec notre expérience, nous ne devrions connaître aucun problème. Quant aux qualifications, la règle des 107 % est en fait d'une assez grande marge, si nous ne nous sentions pas capables de nous qualifier, nous ne nous engagerions même pas en championnat[77]. »

Vincenzo Sospiri, s'il est plus mesuré que son patron, est également confiant en sa monoplace et confie : « J'espère que nous pourrons inscrire des points d'ici la fin de la saison et je suis persuadé que nous n'aurons aucun problème de qualification pendant toute l'année[78]. »

La Lola T97/30 en course[modifier | modifier le code]

Photo de la Lola T97/30 de Riccardo Rosset
Riccardo Rosset ne parvient pas à se qualifier pour le Grand Prix d'Australie 1997
Photo de la Benetton B197
La Benetton B197 tourne, en Australie, dix secondes plus vite au tour que la Lola T97/30

Malgré ces tentatives d'amélioration de la monoplace, à l'occasion du Grand Prix inaugural en Australie, Rosset réalise, en essais libres du vendredi, son meilleur temps chronométré en min 41 s 166 quand Jean Alesi sur Benetton établit la meilleure performance du jour en min 33 s 255[79]. Sospiri est encore moins performant que son coéquipier puisqu'il tourne en min 42 s 590[80]. Les deux pilotes se plaignent de problèmes d'équilibre de leur voiture[81].

La séance d'essais libres du samedi est encore plus décevante puisque les deux pilotes réalisent un temps encore moins bon, Sospiri perdant quasiment 2 secondes par rapport à sa performance de la veille alors que Heinz-Harald Frentzen, sur Williams-Renault, est l'auteur du meilleur temps de la journée en min 30 s 026[82].

Le samedi, lors de la séance de qualifications, Sospiri réalise sa meilleure performance du week-end en tournant en min 40 s 972 tandis que Rosset se classe dernier de la séance avec un temps de min 42 s 086. Pendant ce temps, Jacques Villeneuve, sur Williams-Renault, prend la pole position en min 29 s 369[83]. Le minimum de qualification doit être de 107 % de la pole position et aucune des deux Lola n'est donc autorisée à prendre le départ de la course[84],[85]. En effet, Sospiri pointe à plus de 11 secondes du poleman et Rosset à plus de 12 secondes[86]. Le dernier pilote qualifié, Pedro Diniz, a quant à lui réalisé un temps de min 35 s 972, soit exactement 5 secondes de moins que Sospiri[87].

À l'issue des qualifications, Rosset se veut rassurant en annonçant que l'équipe cherchera à progresser et qu'il fera de son mieux à domicile (le Grand Prix suivant se dispute au Brésil) pour briller devant ses compatriotes. Sospiri est plus réaliste et déclare que progresser sera une tâche difficile car de nombreux essais en piste sont nécessaires pour corriger les problèmes de tenue de route et trouver plus d'adhérence[88].

Après la performance désastreuse des Lola en Australie, les ingénieurs de l'écurie retournent à Huntingdon pour préparer au mieux la course suivante au Brésil. La mise en chantier de nouvelles pièces et de nouveaux axes de développement sont immédiatement planifiés. Le projet de conception en interne d'un moteur V10 est même remis à l'honneur sous la houlette de Al Melling. Les pilotes se rendent alors au Brésil pour participer à une nouvelle séance de tests juste avant le Grand Prix du Brésil. Une fois sur place, ils apprennent par la presse spécialisée locale que leur écurie, criblée de dettes et lâchée par son commanditaire principal MasterCard, renonce à son engagement et déclare forfait pour le restant de la saison[89].

Temps réalisés en qualification par les pilotes de l'écurie Lola
Position Pilote Écurie Temps réalisé en
qualification
Vitesse moyenne Écart avec
la pole position
Pourcentage
de la pole position
Pole position Drapeau du Canada Jacques Villeneuve Williams-Renault min 29 s 369 213,577 km/h 100 %
22e et dernier qualifié Drapeau du Brésil Pedro Diniz Arrows-Yamaha min 35 s 972 198,883 km/h + s 603 107,39 %
23e et non-qualifié Drapeau de l'Italie Vincenzo Sospiri Lola-Ford min 40 s 972 189,035 km/h + 11 s 603 112,98 %
24e et non-qualifié Drapeau du Brésil Ricardo Rosset Lola-Ford min 42 s 086 186,972 km/h + 12 s 717 114,23 %

Retrait de Lola[modifier | modifier le code]

 Photo d'une monoplace Lola de F3000
Une Lola de F3000, bouée de sauvetage pour Lola criblée de dettes après son passage en F1

Le 26 mars, Broadley confirme le retrait de son écurie du championnat. MasterCard a en effet décidé d'abandonner le constructeur britannique au motif invoqué que Lola devait respecter des engagements financiers, notamment rechercher d'autres partenaires financiers, et que l'entreprise avait failli à sa mission[90]. Un autre point d'achoppement entre les deux partenaires est que Lola avait contracté des dettes avant même que MasterCard ne soit pleinement investi dans le projet. Après seulement une seule course en championnat du monde, Lola a contracté plus de six millions de livres sterling de dettes[91].

La seule solution qui s'offre à Eric Broadley pour sauver MasterCard Lola F1 Team est que Lola Cars renfloue les dettes de sa filiale. Afin de ne pas creuser encore plus de déficit, il n'a pas d'autre choix que de quitter le championnat du monde de Formule 1[92]. Vincenzo Sospiri, avec l'aide de ses commanditaires personnels, tente de racheter l'équipe pour poursuivre en championnat du monde, mais le projet avorte[93]. Quelques semaines plus tard, MasterCard Lola F1 Team est liquidée et Lola Cars est placée sous administration judiciaire, puis déclarée en faillite : le remboursement des créances de l'écurie de Formule 1 laisse un déficit de plus de 3,5 millions de dollars dans les comptes de Lola Cars. Largement mise à mal par la concurrence de Reynard Motorsport, Lola Cars ne peut pratiquement plus s'appuyer sur la vente de châssis d'IndyCar pour retrouver de la trésorerie.

L'entreprise surnage toutefois grâce à la fourniture de châssis pour les championnats de Formule 3000 et IndyLight : ces championnats étant monotypes, Lola construit tous les châssis de ces deux séries[94]. En 1998, l'entrepreneur irlandais Martin Birrane rachète l'entreprise et supervise son redressement[51],[95].

Devenir des monoplaces[modifier | modifier le code]

Le Yougoslave Zoran Stefanović, futur patron de Stefan GP, annonce alors vouloir acheter les châssis T97/30 pour participer à la saison 1998 de championnat du monde de Formule 1 mais finit par renoncer à son projet[96].

Les monoplaces utilisées en Grands Prix (châssis T97/30-1 de Sospiri et châssis T97/30-2 de Rosset) sont finalement revendues à une école de course au Canada tandis que la voiture de réserve (châssis T97/30-3 « mulet ») appartient à Martin Birrane et est exposée au musée du circuit de Mondello Park. Enfin, le châssis T97/30-4, incomplet, est exposé dans l'usine Lola d'Huntingdon[51].

Résultats en championnat du monde de Formule 1[modifier | modifier le code]

Résultats détaillés de la Lola T97/30 en championnat du monde de Formule 1
Saison Écurie Moteur Pneumatiques Pilotes Courses Points
inscrits
Classement
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17
1997 MasterCard Lola Ford Ford V8 ED4 Bridgestone AUS BRÉ ARG SMR MON ESP CAN FRA GBR ALL HON BEL ITA AUT LUX JAP EUR 0 Non classé
Drapeau de l'Italie Vincenzo Sospiri Nq Forf
Drapeau du Brésil Ricardo Rosset Nq Forf

Légende : ici

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Création de Lola par Eric Broadley en 1957, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  2. Lola débute en Formule 1 en 1962 sur statsf1.com, consulté le consulté le 27 octobre 2010
  3. Premier Grand Prix et première pole position pour Lola en Formule 1 aux Pays-Bas en 1962, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  4. Lola en Formule 1 avec le Reg Parnell Racing en 1963, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  5. Un seul engagement en Formule 1 pour Lola en 1967, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  6. Un seul engagement en Formule 1 pour Lola en 1968, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  7. Caractéristiques techniques de la Honda RA273, sur statsf1.com, consulté le 28 octobre 2010
  8. Lola conçoit la Honda RA300 de Formule 1, sur statsf1.com, consulté le 28 octobre 2010
  9. Caractéristiques techniques de la Honda RA300, sur statsf1.com, consulté le 28 octobre 2010
  10. Surtees remporte le GP d'Italie 1967 sur la « Hondola » RA300, sur statsf1.com, consulté le 28 octobre 2010
  11. Honda conçoit en interne la RA301, sur statsf1.com, consulté le 28 octobre 2010
  12. Lola fournit le châssis T370 à Embassy-Hill, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  13. Hill ne se fournit plus chez Lola à partir de 1975, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  14. (en) Lola Cars sert de prête-nom à l'écurie de Carl Haas, sur grandprix.com, consulté le 28 octobre 2010
  15. Lola conçoit les châssis de l'écurie Larrousse pendant six ans sur statsf1.com, consulté le consulté le 27 octobre 2010
  16. La Lola T93/30 de 1993 sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  17. Une seule pole position pour Lola en championnat du monde, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
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  20. Aguri Suzuki troisième du GP du Japon 1990, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  21. La Lola T93/30 de la BMS Scuderia Italia, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
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  29. Lola débute avec seulement trente-cinq employés, dans L'Automobile magazine no 9702 HS, mars 1997, p. 44
  30. Lola doit recruter du personnel, dans L'Automobile magazine no 9702 HS, mars 1997, p. 44
  31. Stewart Grand Prix compte plus de cent employés, dans L'Automobile magazine, no 9702 HS, mars 1997, p. 43
  32. 210 employés chez Williams, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 116
  33. 205 employés chez McLaren, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 122
  34. 330 employés chez Ferrari, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 118
  35. a et b (en) Lola en retard face à ses concurrents, sur f1rejects.com, consulté le 27 octobre 2010
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  37. Caractéristiques du Ford ED4 en 1996, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010
  38. Le V8 Ford-Cosworth ED4 est un moteur dépassé en 1997, dans L'Automobile magazine no 9702 HS, mars 1997, p. 41
  39. La Tyrrell 025 est propulsée par le même moteurFord ED4 que celui fourni à Lola, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 130
  40. Le bloc Ford Zetec V10 est réservé à Stewart Grand Prix, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 134
  41. Lola envisage de produire son propre moteur, dans L'Automobile magazine no 9702 HS, mars 1997, p. 44
  42. (en) Lola envisage de produire son propre moteur, sur grandprix.com, consulté le 28 octobre 2010
  43. Lola loue ses moteurs à Ford Cosworth, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 130
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  45. Lola manque de moteurs, dans Sport Auto no 423, avril 1997, p. 125
  46. Caractéristiques de la boîte de vitesses développée par Lola, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 138
  47. Lola, à contre-courant, choisi une boîte transversale, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 138
  48. TAG fournit le boîtier électronique de la Lola T97/30 transversale, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 138
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  54. Lola a besoin d'au moins un pilote-payant, dans L'Automobile magazine, no 9702 HS, mars 1997, p. 44
  55. Les modestes performances de Ricardo Rosset, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 137
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  58. Parcours de Vincenzo Sospiri, dans L'Automobile magazine, no 9702 HS, mars 1997, p. 44
  59. Vincenzo Sospiri, pilote d'essais chez Benetton en 1996, dans Sport Auto no 422, mars 1997, p. 137
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  92. Lola Cars doit renflouer les dettes de l'écurie de Formule 1, dans Formule 1 l'année 1997, no 1, 1997, Win Publications, p. 37
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  94. Lola rebondit grâce aux championnats monotypes, sur f1-legend.fr, consulté le 28 octobre 2010
  95. (en) Martin Birrane, propriétaire de Lola, sur lola-group.com, consulté le 27 octobre 2010
  96. Zoran Stefanović envisage d'engager les Lola en 1998, sur statsf1.com, consulté le 27 octobre 2010

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Aucun ouvrage consacré spécifiquement à la Lola T97/30 n'est actuellement paru.

  • Renaud de Laborderie, Livre d'or de la Formule 1 1997, Éditions Solar, 1997 (ISBN 2-2630-2639-3[à vérifier : ISBN invalide])
  • Lionel Froissart, Formule 1, Grands Prix 1997, Éditions Calmann-Lévy, 1997 (ISBN 2-7021-2779-7)
  • (en) Alan Henry, AUTOCOURSE 1997-98, Éditions Hazleton Publishing, 1997 (ISBN 1-8745-5747-0)
  • (en) Sam Collins, "Lola". Unraced...Formula One's lost cars, Éditions Veloce Publishing, 2007 (ISBN 1-8458-4084-6[à vérifier : ISBN invalide])
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