Lokrum

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42° 38′ N 18° 07′ E / 42.633, 18.117

Vue de Lokrum.

Lokrum (it: Lacroma) est l’une des îles au large de la ville de Dubrovnik, à environ 600 mètres du littoral dalmate. Elle s'étend sur 2 kilomètres de long, du nord au sud, et 500 mètres de large. Le point culminant de l’île se trouve à 96 mètres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fort Royal

L’histoire de l’île remonte au XIe siècle, époque où un monastère bénédictin fut fondé en 1023. Le nom Lokrum (La-croma) provint du mot latin acrumen qui veut dire « fruit amer ». Une tradition botanique – et surtout la culture de fruits – remonte à l’époque bénédictine. Selon la légende, Richard Cœur de Lion, lors de son retour de la croisade en 1192, trouva refuge sur l’île après le naufrage de son navire. En récompense, le roi décida de faire construire une église sur l’île ; pourtant, sur la requête des citoyennes de Dubrovnik, l’église fut construite dans cette ville et non sur l’île de Lokrum.

Jusqu’à 1798, l’île restait sous l’égide de l’ordre bénédictin. À travers des siècles, l’ordre fit bâtir et agrandir le monastère et fit élever une basilique, tous sévèrement endommagés par le séisme de 1667.

En 1798, les bénédictins quittèrent l’île en raison de la suppression de l’ordre et l’île resta abandonnée jusqu’à 1806, l’époque de l’occupation par l’armée napoléonienne et de la construction du Fort Royal.

En 1859, l’archiduc Maximilien (à l’époque vice-roi de la Vénétie) et sa femme, Charlotte de Belgique, découvrirent l’île. Charlotte acheta l’île et le couple impérial transforma l’ancien monastère — à l’époque en ruine — en maison d'été. Suivant la tradition botanique des bénédictins, Maximilien consacra une bonne partie de ses efforts en transformant l’île en un véritable musée de verdure botanique chargé avec des spécimens en provenance d’Australie et de l’Amérique du Sud[1]. Après son retour d’une brève visite à Vienne en 1860, Maximilien y rédigea une lettre à son beau-frère, le futur Léopold II, roi des Belges :

« Comme je m’y attendais, j’ai trouvé notre pauvre pays dans une situation bien confuse et bien sombre. Corruption d’un côté, fermentation de l’autre, grandissent chaque jour et deviennent de plus en plus inquiétantes. Comme au temps de Louis XVI, l’irrésolution et l’inaction dominent. Cette situation, on ne la comprend pas et on ne veut pas la comprendre. De tous côtés, on se bouscule, on s’agite, mais on ferme les yeux et les oreilles. »[2]

C’était sur Lokrum que Maximilien entama en pourparlers qui lui amenèrent à accepter l’offre de la couronne mexicaine. Tel que furent ses redoutes que l’île serait réunie avec l’Italie, Maximilien proposa à son beau-frère de devenir acquéreur nominal de Lokrum et des ses biens à Miramar, près de Trieste[3].

Après l’exécution de Maximilien, l’impératrice garda l’île parmi ses biens personnels ; pourtant, en raison de la démence de sa sœur, Léopold II fut nommé tutelle et se chargea de l’entretien de celle-ci. Avec la question épineuse de la chute de la monarchie habsbourgeoise au Mexique, et le rôle avec lequel joua Charlotte, Léopold II renonça – au nom de sa sœur – tous les droits stipulés dans le contrat de mariage, qui a son tour effectivement dégagea Charlotte de toutes légalités relatives à la monarchie mexicaine. Peu après, l’île de Lokrum fut placée sous l’administration de l’intendant de la liste civile impériale d’Autriche. Ensuite, la possession de l’île passa en 1880 au prince héritier habsbourgeois, l’archiduc Rudolphe, fils unique de l’empereur François-Joseph. Après la mort du prince héritier, la famille impériale se débarrassa l’île en la vendant à la famille princière Windischgrätz. Avec le mariage de l’archiduchesse Élisabeth-Marie (fille unique de Rudolphe) avec prince Othon de Windischgrätz, l’archiduchesse reçut l’île comme cadeau de mariage[3].

Avec la promulgation de la Traité de Saint-Germain-en-Laye (1919), la République yougoslave séquestra l’île. L’ancienne archiduchesse habsbourgeoise déclara qu’en raison des lois dynastiques de la famille impériale, qu’elle ne fut plus membre de la famille Habsbourg, plutôt membre de la famille Windischgrätz. L’affaire toucha à sa fin et fut réglée avec une indemnisation de plus de $500 000 versée à la princesse par le gouvernement yougoslave.

En 1959, les autorités yougoslaves fondèrent un jardin botanique ouvert au public. Ici, gardés par une famille de paons, des spécimens que Maximilien recueillit forment partie de la réserve naturelle qui fut établie en 1979. On atteint l’île par bac en provenance de Dubrovnik.

Curiosités[modifier | modifier le code]

  • Au sud de l’île se trouve la Mer Morte (Mritvo more) – un petit lac salin qui communique avec l’Adriatique par un réseau des grottes sous-marines.
  • Fort Royal (1806) et l’endroit plus haute de l’île (91 m) et possède des vues magnifiques.
  • À l’ancienne résidence de Maximilien et Charlotte on trouve un restaurant et un musée consacré à l’histoire de l’île.
  • Sur la côte de l'île se trouve une plage nudiste.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Desternes et Chandet, p. 99.
  2. Archiduc Ferdinand-Maximilian à Léopold II, Roi des Belges, lettre rédigée le 21 avril 1860 (brouillon dans les Archives Nationales d'Autriche à Vienne) ; cité dans Desternes et Chandet, p. 112
  3. a et b Desternes et Chandet, p. 112.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Corti, Egon Caesar, Graf von. Maximilian und Charlotte von Mexico, Wien : Amaltha-Verlag, 1924.
  • Desternes, Suzanne et Chandet, Henriette. Maximilien et Charlotte, Paris : Librairie Académie Perrin, 1964.

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