Loi d'airain de l'oligarchie

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La loi d'airain de l'oligarchie est un concept utilisé en sociologie (d'après l'étude de Robert Michels) pour qualifier la tendance de toute organisation à sécréter une élite oligarchique.

Ce concept est à rattacher à la critique élitiste de la démocratie, les auteurs qui sont à rattacher au mouvement de l'école de sociologie élitiste[1] sont Mosca, Pareto et Michels. C'est une critique de l'illusion de démocratie au sein des partis politiques[2].

En politique, c'est aussi la division entre une minorité dirigeante et une majorité dirigée.

Selon Michels, « l'organisation est la source d'où nait la domination des élus sur les électeurs, des mandataires sur les mandants, des délégués sur ceux qui les délèguent. »

Toute organisation engendre des relations de domination. Des processus de différenciation interne et de division du travail se mettent en œuvre, et à mesure que l'organisation partisane se développe, on voit émerger une bureaucratie peuplée par des dirigeants professionnels. Ceux-ci vont s'appuyer sur la maîtrise des ressources collectives dégagées par l'organisation et vont développer des savoir-faire qui leur permettent de recueillir des mandats et des responsabilités. Ils deviennent presque des chefs inamovibles. Cela signifie que l'organisation crée des dirigeants qui deviennent indépendants des masses et coupés de leur contrôle. C'est un processus de captation du pouvoir.

Loi d'airain de l'oligarchie[modifier | modifier le code]

« [...] Qui dit organisation dit tendance à l’oligarchie. Dans chaque organisation, qu’il s’agisse d’un parti, d’une union de métier, etc., le penchant aristocratique se manifeste d’une façon très prononcée. Le mécanisme de l’organisation, en même temps qu’il donne à celle-ci une structure solide, provoque dans la masse organisée de graves changements. Il intervertit complètement les positions respectives des chefs et de la masse. L’organisation a pour effet de diviser tout parti ou tout syndicat professionnel en une minorité dirigeante et une majorité dirigée[3]. »

— Robert Michels, Les Partis Politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

« Les gouvernements, lorsqu'ils durent, tendent toujours vers des formes aristocratiques. Aucun gouvernement de l'histoire n'a échappé à ce processus. Et, au fur et à mesure du développement de l'aristocratie, le gouvernement a de plus en plus tendance à n'agir exclusivement que dans l'intérêt de la classe dirigeante. »

— Frank Herbert dans son ouvrage Dune

Critiques[modifier | modifier le code]

Pour Pierre Bourdieu, cette loi n'en est pas une. Ainsi, il critique « la validité universelle que leur prête la pensée conservatrice. »[4]

D'autres auteurs se sont penchés sur la loi d'airain de Michels. Ainsi, S. M. Lipset chercha des contre-exemples de cette loi et fournit l'exemple d'une grande organisation de typographie aux États-Unis qui avait conservé un mode de fonctionnement démocratique notamment grâce à des petits groupes de travail et à la volonté des experts de diffuser leurs connaissances. Peut-être cette organisation était-elle une exception à cette loi (toute loi statistique ayant des exceptions) ? Néanmoins, les arguments de Lipset tendent à démontrer que la loi d'airain de l'oligarchie n'est pas une loi mais plutôt une phénomène social.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Michels - Encyclopædia Universalis
  2. L'indispensable de la sociologie de Thomas Gay, chapitre sur la sociologie de la politique
  3. Robert Michels, Les Partis Politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, (traduit par Jankélévitch), Paris, Flammarion, 1914, pp 23-24
  4. Méditations Pascaliennes, Pierre Bourdieu, page 363

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Michels, Les Partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Paris, Flammarion, 1914, 341 pages (réédité avec une préface de René Rémand). Consultable en ligne à l'adresse : http://www.scribd.com/doc/41085395/lespartispolitiq00michuoft
  • Critique du socialisme, Contribution aux débats au début du XXe siècle, article de 1904 à 1913 de Robert Michels, présentation de Pierre Cours-Salies et Jean-Marie Vincent, Paris, Kimé,1992, 232 pages
  • Michel Offerlé, Les partis politiques, 1987, PUF, Paris

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]