Lockheed S-3 Viking

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Lockheed S-3 Viking
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S-3B Viking en vol au-dessus de l'USS Abraham Lincoln.
S-3B Viking en vol au-dessus de l'USS Abraham Lincoln.

Constructeur Drapeau : États-Unis Lockheed
Rôle Avion de lutte anti-sous-marine
Statut Usage limité, retrait en 2009
Premier vol 21 janvier 1972
Mise en service 1974
Coût unitaire 27 millions de dollars (1974)
Nombre construits 187
Équipage
1 pilote et 3 autres membres
Motorisation
Moteur General Electric TF34-GE-2 (en)
Nombre 2
Type Turboréacteurs
Poussée unitaire 41,26 kN
Dimensions
S-3A Viking 0017.jpg
Envergure 20 93 m
Longueur 16 26 m
Hauteur 6 93 m
Surface alaire 55 55 m2
Masses
À vide 12 090 kg
Carburant 5 860 kg
Avec armement 17 324 kg
Maximale 19 280 kg
Performances
Vitesse maximale 810 km/h (Mach 0,73)
Vitesse de décrochage 180 km/h
Plafond 10 670 m
Vitesse ascensionnelle 1 500 m/min
Charge alaire 334 kg/m2
Rapport poussée/poids 0,353
Armement
Externe 2 220 kg de charge sur 4 points internes et 2 points externes, incluant :
10× bombes Mark 82 de 227 kg
torpilles Mark 46
6× mines ou charges de profondeur
2× bombes nucléaires B57 (en)
Avionique
Radar de recherche maritime AN/APS-116, portée maximale 278 km
Caméra infra-rouge OR-89 (FLIR) avec un zoom 3x
Récepteur pour les bouées sonores AN/ARS-2 disposant d'une antenne avec 13 pales permettant de localiser précisément les bouées
Détecteur d'anomalie magnétique AN/ASQ-81
Guidage inertiel AN/ASN-92 avec un radar Doppler et TACAN
Jusqu'à 60 bouées sonores

Le Lockheed S-3 Viking est le successeur du Grumman S-2 Tracker. C'est un avion compact, propulsé par deux réacteurs situés dans des nacelles sous les ailes, et qui depuis la fin de la Guerre froide joue un rôle important dans la lutte sous-marine et la détection des mines.

Il est de surcroît armé de toute une panoplie de missiles air-surface. Depuis le retrait de l'US Navy des A-6 Intruder, il devient également le principal ravitailleur en vol des avions de l'Aéronavale, car la version S-3B est équipée pour ce rôle.

Il existe des variantes US-3, équipées de 6 sièges et utilisées pour le transport, ainsi que ES-3, dédiées à la guerre électronique. Il est équipé du Air Tactical Data System.

Conception[modifier | modifier le code]

Le Lockheed S-3 Viking est un appareil monoplan conventionnel doté d'une aile à allongement élevé, en flèche de 15°. Ses deux turboréacteurs GE TF-34 double flux montés en nacelle sous les ailes lui confèrent un taux de carburation idéal, et donc un long rayon d'action[1], ainsi qu'une bonne manœuvrabilité[2].

Un Lockheed S-3A avec son détecteur d'anomalie magnétique déployé.

Cet appareil peut recevoir un équipage de quatre membres : le pilote et le copilote/coordinateur tactique (COTAC) à l'avant du cockpit, l'opérateur tactique (TACCO) et le pointeur (SENSO) à l'arrière. L'accès se fait par une trappe munie d'une échelle escamotable, que l'on déplie vers l'extérieur du fuselage[3]. Avec le retrait de cet appareil comme chasseur de sous-marins (ASW) à la fin des années 1990, le dernier membre d'équipage a pu être supprimé ; en configuration de ravitailleur, le S-3B n'embarque en général qu'un équipage de deux pilotes. L'aile est dotée d'ailerons de dérive. Les spoilers sont fixés sur les deux faces des ailes. Tous les ailerons sont mus par des actionneurs hydrauliques irréversibles redondants. En cas de double défaillance du circuit hydraulique, un système de pilotage de secours (Emergency Flight Control System) permet de reprendre le contrôle manuel, avec des réducteurs d'effort surpuissants et un automatisme minimal[4].

Contrairement à plusieurs avions à réaction tactiques, le S-3 est entièrement autonome au décollage, grâce à un groupe auxiliaire de puissance (APU). Le groupe auxiliaire d'origine ne conférait qu'un appoint électrique minime et apportait surtout l'air comprimé nécessaire au refroidissement de l'appareil et à l'allumage des moteurs ; mais la version suivante disposait de toute la puissance électrique nécessaire à l'avion. Ce groupe auxiliaire était actionné depuis le cockpit grâce à un levier actionnant un accumulateur hydraulique. L’accumulateur était alimenté par le circuit hydraulique primaire, mais on pouvait aussi (au prix d'un effort physique certain) le remettre en pression depuis le tableau de bord.

Tous les membres d'équipage sont assis sur des sièges éjectables zéro-zéro Douglas Escapac tournés vers l'avant. En mode group eject, la commande, déclenchée par l'un des deux postes à l'avant, éjecte les passagers l'un après l'autre, avec éjection des sièges arrière 0,5 seconde avant les sièges avant pour une séparation en sécurité. Il est possible à chaque siège arrière de déclencher son éjection individuelle : dans ce cas, le mouvement est déclenchée par une charge explosive qui dégage les tableaux de bord gênant l'éjection. La sécurité d'éjection suppose que les deux sièges de chaque paire (avant ou arrière) soit chargés à peu près de la même façon ; c'est pourquoi, lorsqu'il y a un équipage impair, les fauteuils vides doivent être lestés par des ballasts.

À sa mise en service, le Viking S-3 représentait un niveau d'intégration inouï : les chasseurs de sous-marins antérieurs, tels le Lockheed P-3 Orion et le prédécesseur immédiat du S-3 Viking, le Grumman S-2 Tracker, présentaient des chaînes de contrôle-commande différentes pour chaque type de capteur. L’opérateur devait surveiller les enregistreurs à bande, effectuait des lectures au vernier pour les mesures de précision et annotait à la main les anomalies sur le papier enregistreur. Depuis le S-3 Viking, les signaux de tous les instruments de navigation sont intégrés à l'ordinateur de bord. Chaque membre d'équipage dispose de son propre écran de contrôle, ce qui permet à l'équipage de discuter à partir des mêmes informations, de se partager le travail en se répartissant les signaux à surveiller, et de combiner facilement plusieurs signaux pour éliminer les fausses alertes et les cibles fantôme. Fort de cet équipement, on a pu considérer le S-3 comme quasi-équivalent au Lockheed P-3 Orion, avec son équipage de 12 personnes.

L'appareil est doté de deux raidisseurs sous les ailes, auxquels on peut fixer des réservoirs, des bombes polyvalentes, des missiles, des canons. Il comporte également quatre soutes à bombes qui peuvent aussi embarquer des torpilles aériennes, ou des armes spéciales (armes nucléaires tactique B57 et B61). Il dispose de 51 bouées sonar largables, ainsi que des équipements de Recherche et sauvetage largables. Le S-3 Viking est équipé du kit de brouillage et déception radar ALE-39 ; il peut embarquer jusqu'à 90 balles de paillettes, de leurres, et d'écrans-miroir auto-déployables dans trois compartiments. Un détecteur d'anomalie magnétique sur bras retractable est fixé dans la queue de l'appareil.

À la fin des années 1990, le S-3B a été reconverti en chasseur de bâtiments de surface (ASuW). On a de ce fait pu alléger l'appareil, en supprimant le détecteur d'anomalie magnétique, et plusieurs centaines de kg d'électronique dédiée à la détection sous-marine. Les bouées sonar, devenues superflues, ont été obturées et revendues.

Historique[modifier | modifier le code]

Après leur retrait de leur rôle principal de lutte anti-sous-marine, quelques exemplaires ont rejoint le VX-30, un escadron d'expérimentations.

En 2005, le Glenn Research Center de la NASA a acquis 4 S-3.

En 2013, Lockheed Martin propose cet avion qui sera rénové comme avion de patrouille maritime basé à terre à la Corée du Sud qui s'est montré intéressée et comme avion de transport et de ravitaillement en vol à l'US Navy[5].

Au 14 janvier 2014, 110 exemplaires sont stockés au 309th Aerospace Maintenance and Regeneration Group[6].

Engagements[modifier | modifier le code]

Variantes[modifier | modifier le code]

S-3A
Première version de production, 186 exemplaires construits.
S-3B
Amélioration de l'avionique, radar à synthèse d'ouverture AN/APS-137, Joint Tactical Information Distribution System (en), missile anti-navire AGM-84 Harpoon. Premier vol le 13 septembre 1984, 119 avions convertis depuis le S-3A.
ES-3A Shadow
Avion de reconnaissance électronique, radar à synthèse d'ouverture AN/APS-137. Premier vol le 15 mai 1991, 16 avions convertis depuis le S-3A.
KS-3A
Le prototype YS-3A.
Version de ravitaillement en vol proposée ayant une capacité de 16 600 l. Un avion converti à partir d'un YS-3A, plus tard reconverti en US-3A.
KS-3B
Version de ravitaillement en vol proposée basée sur le S-3B et utilisant un système buddy refueling, jamais construit.
US-3A
S-3A modifié pour embarquer six passagers ou 2 120 kg de cargo, retiré du service en 1998.
Alladin Viking
Modifications classifiées, utilisé pendant la Guerre de Bosnie.
Beartrap Viking
S-3Bs modifications encore classifiées.
Callypso Viking
Version anti-Contrebande, jamais construit.
Gray Wolf Viking
Un avion modifié avec un radar AN/APG-76 (en) dans une nacelle placée sous l'aile. Aussi nommé SeaSTARS en référence au E-8 Joint STARS.
Orca Viking
Berceau de test avionique.
Outlaw Viking
Un S-3B équipé avec un système de détection trans-horizon (OASIS III), reconverti en S-3B en 1998. Cet avion est maintenant en présentation au San Diego Aircraft Carrier Museum, situé sur le USS Midway (CV-41).


Utilisateurs[modifier | modifier le code]

Drapeau des États-Unis États-Unis[modifier | modifier le code]

Navy One[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Navy One.

L'indicatif d'appel Navy One (à l'image d'Air Force One, pour l'US Air Force, Marine One pour les Marines ou Army One pour l'armée) est l'indicatif utilisé par tout aéronef de l'US Navy qui transporte le président des États-Unis. À ce jour (février 2009), cela ne s'est produit qu'une seule fois, le 1er mai 2003, lorsque le président George W. Bush apponta avec un S3-Viking sur l'USS Abraham Lincoln (CVN-72), pour y prononcer son discours "Mission Accomplished" ("Mission accomplie") annonçant la fin des combats après l'invasion de l'Irak. L'avion était commandé par le Navy Commander John "Skip" Lussier. Cet avion, retiré du service depuis, se trouve au National Museum of Naval Aviation à Pensacola en Floride.

Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud[modifier | modifier le code]

La Marine de la République de Corée envisage fin 2013 d'acquérir 18 S-3 Viking d'occasion pour des missions basé à terre[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elward 1998, p. 54–55
  2. Elward 1998, p. 69
  3. Elward 1998, p. 54–56
  4. Taylor 1976, pp. 315–316.
  5. (en) Gareth Jennings, « ADEX 2013: Lockheed Martin offers refurbished Viking aircraft to Korean and US navies », sur Jane's Information Group,‎ 28 octobre 2013 (consulté le 16 novembre 2013)
  6. (en) « Inventory Database - Aircraft Type Summary », sur AMARC Expérience,‎ 15 janvier 2014 (consulté le 27 janvier 2014)
  7. (en) Jung Sung-Ki, « S. Korea Envisions Light Aircraft Carrier », sur Defense News,‎ 26 octobre 2013 (consulté le 27 octobre 2013)

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brad E. Elward, « Lockheed S-3 Viking and ES-3A Shadow », World Air Power Journal, London, Aerospace Publishing, no Volume 34,‎ Autumn/Fall 1998, pp. 48–97 (ISBN 1-86184-019-5, ISSN 0959-7050)
  • (en) René J. Francillon, Lockheed Aircraft since 1913, London, Putnam,‎ 1982 (ISBN 0-370-30329-6)
  • David W. H. Godfrey, « Fixer, Finder, Striker: The S-3A Viking », Air International, Bromley, UK, Fine Scroll, vol. Vol 7, no No 1,‎ July 1974, pp. 5–13
  • (en) Simon Michell, Jane's Civil and Military Upgrades 1994–95, Coulsdon, UK, Jane's Information Group,‎ 1994 (ISBN 0-7106-1208-7)
  • Taylor, John W. R. Jane's All The World's Aircraft 1976–77. London:Jane's Yearbooks, 1976. ISBN 0-354-00538-3.
  • (en) Jim Winchester (éditeur), Military aircraft of the Cold War, Hoo, Grange Books,‎ 2006 (ISBN 1840139293)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Aéronefs comparables

Liens externes[modifier | modifier le code]