Livret d'ouvrier

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Le livret d'ouvrier est un document officiel mis en service par le Consulat le 12 avril 1803, généralisé par Napoléon ; dont l'usage décline à partir de 1860 sous Napoléon III pour s'éteindre en 1890[1]. Il permet notamment le contrôle des horaires et des déplacements des ouvriers par les autorités auxquelles il doit être présenté à de multiples occasions.

Réglementation antérieure[modifier | modifier le code]

Le livret d'ouvrier a des racines anciennes. Le 2 janvier 1749, une lettre patente généralise le « billet de congé ». C'est une vieille règlementation qui impose aux compagnons des métiers de se munir d'un congé écrit lorsqu'ils quittent un maître pour être embauchés ailleurs.

Un moyen administratif de contrôle social[modifier | modifier le code]

Livret d'ouvrier (1883)

Le livret d'ouvrier fait sa première apparition le 17 août 1781, sous la pression des corporations et de la police. C'est un petit cahier qui identifie l'ouvrier, enregistre ses sorties et ses entrées chez ses maîtres successifs lors de son tour de France. À l'époque, ce livret doit être paraphé selon les villes par un commissaire de police ou par le maire ou l’un de ses adjoints. Le premier feuillet porte le sceau de la municipalité, et contient le nom et le prénom de l’ouvrier, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement, la désignation de sa profession et le nom du maître chez lequel il travaille.

L’ouvrier est tenu de faire viser son dernier congé par le maire ou son adjoint, et de faire indiquer le lieu où il propose de se rendre. Tout ouvrier qui voyage sans être muni d’un livret ainsi visé est réputé vagabond, et peut être arrêté et puni comme tel. Le livret est supprimé sous la Révolution et rétabli par le premier consul en 1803 (loi du 22 germinal an XI — 12 mars 1803 — et arrêté du 9 frimaire an XII — 1er décembre 1803) afin de « domestiquer le nomadisme des ouvriers[2] ».

Le livret d'ouvrier comporte aussi un rappel de l'interdiction des coalitions d'ouvriers. Le patron garde le livret pendant tout le temps où l'ouvrier travaille chez lui. L'ouvrier ne peut donc pas partir quand il le souhaite. Toutefois, à partir de 1854, le livret est laissé aux mains de l'ouvrier (loi du 22 juin 1854).

Le délit de coalition est aboli le 25 mai 1864 par la loi Ollivier, mais le livret d'ouvrier est obligatoire jusqu'en 1890, et certains seront encore délivrés en 1908[3].

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Dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

En Chine impériale, un système d'identification et de contrôle du domicile, nommé Huji, est apparu dès la dynastie Xia. Puis, sous la Chine communiste un livret différenciant les ouvriers urbains et ruraux a été instauré en 1958[4].

Un livret semblable est apparu en URSS à partir de 1938[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Abel Poitrineau, Ils travaillaient la France, métiers et mentalités du XVIe au XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 1992.
  2. Cf. Denis Woronoff (professeur émérite de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne), Histoire de l’industrie en France, Paris, Editions du Seuil, 1994, ISBN 978-2020338240.
  3. Cf. Lena Gourmelen, Ardoise en Bretagne, Coop Breizh / La maison du patrimoine, Locarn (2008), ISBN 978-2-84346-383-9, page 67.
  4. [1] sur le site Slate.fr, consulté le 21 mai 2011.
  5. Isabelle Baudelet, La survie du livret ouvrier au début du XXe siècle, Villeneuve d'Ascq, 1993, p. 307.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isabelle Baudelet, La survie du livret ouvrier au début du XXe siècle, Villeneuve d'Ascq, 1993 (extrait de la Revue du Nord, 1993, p. 303-318)
  • Anne-Françoise Mathonnet, Le Livret ouvrier au XIXe siècle, Université de Paris 2, 129 p. (Mémoire de DEA d'Histoire du droit)
  • Olivier Pujolar, Le livret ouvrier, Université de Bordeaux 1, 1994, 171 p. (Mémoire de DEA de Droit social)
  • Denis Vincent, Une histoire de l'identité. France 1715-1815, Champ Vallon éditeur, 2008, (ISBN 287673477X)

Liens externes[modifier | modifier le code]