Livre noir

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Livre noir est le titre que l'on donne à un livre dont le but est de révéler ou de dénoncer un état de fait, des mensonges, des exactions ou des crimes, réels ou supposés, en se basant sur des documents, généralement secrets ou peu connus, et des témoignages. Le Livre noir a souvent une visée et une portée politique et provoque des polémiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, le Livre noir (en latin liber niger ou codex niger) désignait, tout simplement à cause de son aspect physique, un cartulaire où étaient retranscrits les documents et les actes importants (titres de propriétés, etc.) d'une institution (religieuse ou civile) dont on pouvait ainsi retracer l'histoire[1]. L'usage a perduré jusqu'à la fin de l'Ancien Régime : ainsi, dans le Livre Noir du Procureur du Roy du Chastelet était inscrit tous les règlements et édits concernant les métiers de Paris. Cette proximité avec la Police et la Justice, en raison des soupçons qui pèsent parfois sur ces institutions (cabinet noir), va durablement orienter la signification de cette expression.

C'est d'ailleurs ainsi que Balzac parlera du « livre noir de la police »[2], et emploiera l'expression dans un sens figuré : « Aucune fortune ne peut nous mentir, nous possédons les secrets de toutes les familles. Nous avons une espèce de Livre noir […][3]. » Durant la Révolution française sont imprimés plusieurs ouvrages, dénonciateurs ou pamphlétaires, intitulés Livre noir[4]. En 1829, peu de temps avant la Révolution de Juillet, parait Le livre noir, ou répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable[5]. Très vite on se demande « qu'est-ce donc que ce Livre Noir annoncé avec tant d'emphase, qui devait tout dévoiler, tout faire connaître, et mettre au jour tant d'iniquités plus révoltantes les unes que les autres ? […] on pourra se convaincre que c'est un tissu de mensonges, de perfidies, de contes absurdes, incohérent »[6]. Les périodes révolutionnaires semble propices à ce genre littéraire, car en 1848, Léon Gozlan, ami de de Balzac fait jouer une pièce intitulée Le Livre noir[7] : « Le livre noir ! quel nom !... il fait frémir ! »

Puis en 1871, la Commune de Paris voit paraître un ouvrage violemment[8] anti-communard intitulé Le Livre noir de la commune de Paris. L'internationale dévoilée[9]. Durant les années 1920, un journaliste publie une série de livres relatant la genèse de la Grande Guerre au travers des documents diplomatiques que les Bolcheviks ont rendus publics après leur prise de pouvoir[10] : Un livre noir : diplomatie d'avant-guerre d’après les documents des archives russes. « Le tome premier du Livre noir parut en 1922. Par ce qu'il apportait et par ce qu'il annonçait, il était accablant pour les gouvernants français. Sans qu'il fût besoin de les commenter, ces textes accumulés projetaient une lumière crue sur les mensonges infatigablement répandus par la presse aussi bien que par les historiens officiels[11]. »

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

Entre-deux-guerres et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant ces deux périodes plusieurs Livres noirs ou bruns dénonçant les atrocités fascistes et nazies sont publiés ou préparés.

  • Le Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne et Le Second livre brun de l’incendie du Reichstag sont publiés en Allemagne, respectivement en 1933 et 1934, par le « Trust Münzenberg »[12].
  • Livre noir de la dictature autrichienne, publié en 1934 avec une préface du socialiste belge Émile Vandervelde.
  • The Black Book of Poland, est publié par le ministère polonais de l'Information à New York en 1942 aux éditions Putman.
  • The Black Book of Polish Jewry: An Account of the Martyrdom of Polish Jewry Under the Nazi Occupation est publié sous la direction de Jacob Apenszlak à New York en 1943 aux éditions American Federation for Polish Jews.
  • Le Livre noir est élaboré à partir de 1943 sous la direction d'Ilya Ehrenbourg et de Vassili Grossman, sous l'égide du Comité antifasciste juif. Victime de la censure stalinienne, il ne put être publié dans son intégralité qu'au début des années 1990.
  • Cartea Neagră. Le Livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie 1940-1944[13] sous la direction de l'historien roumain Matatias Carp est publié à Bucarest entre 1946 et 1948.
  • Black Book on the Martyrdom of Hungarian Jewry, de Jenő Lévai, est édité par The Central European Times Publishing Company à Zurich en 1948.

Ouvrages contemporains[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 1950, la qualification de « livre noir » apparaît dans le titre d’ouvrages historiques ou d’essais à caractère généralement polémique, notamment :

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Rouquette, Cartulaire de Béziers : livre noir, Lacour, réimp. 2003 - La Collaboration dans la production de l'écrit médiéval : actes du XIIIe colloque du Comité International de Paléographie Latine ; (Weingarten, 22 - 25 septembre 2000), Écoles des Chartes Librairie Droz, 2003
  2. Balzac, La Chartreuse de Parme.
  3. Balzac, Gobseck.
  4. Livre noir. N° I, II, III, IV, V.: extravagances patriotiques et autres pièces concernantez la Révolution Belgique de 1789 à 1790
    - Le Livre noir, ou, J.J. Ramponneau aux États-généraux, publié par MM. Bouche, Anusse, la Bête, la Poule, Dinocheau, l'Anon, Populus, pour se réconcilier avec les quarante-cinq auteurs des Actes des apôtres, Paris, De l'Imprimerie des Jacobins (1790)
  5. Antoine Année, Le livre noir de MM. Delaveau et Franchet, ou Répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable, d'après les registres de l'administration, précédé d'une introduction, Paris, 1829, quatre volumes, in 8°
  6. Froment, La Police dévoilée depuis la Restauration, Bruxelles, 1829 - « Ma foi le Livre Noir est un livre amusant,
    Mais je ne sais pourquoi je baille en le lisant »
  7. Léon Gozlan, Le Livre noir : drame en cinq actes et six tableaux, Bruxelles, J.-A. Lelong, 1848.
  8. Ce livre se termine sur cette dernière phrase : « Je répudie de toutes mes forces le socialisme, impuissant, immoral, propre seulement à faire des dupes et des escrocs ! Je le déclare, de ce sensualisme éhonté, de cette littérature fangeuse, de cette mendicité, de cette hébétude d'esprit et de cœur qui commence à gagner une partie des travailleurs, je suis pur des folies socialistes. »
  9. Le Livre noir de la Commune de Paris (dossier complet).: L'Internationale dévoilée, Bruxelles, Office de publicité, 46 rue de la Madeleine, 1871.
  10. Jean-Jacques Becker, « Le secret et le faux », Matériaux pour l'histoire de notre temps, sur http://www.persee.fr, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine,‎ 2000 (consulté le 5 février 2013), p. 33-38
  11. René Marchand, Un livre noir : diplomatie d'avant-guerre d’après les documents des archives russes, Librairie du travail, 1922.
  12. Le premier a été traduit en français et publié en 1933 aux Éditions du Carrefour ; voir sur archive.org.
  13. Voir sur lexpress.fr.
  14. Dresse, à partir des archives des médias tunisiens, la liste des journalistes qui seraient impliqués dans le système de propagande du régime Ben Ali, ainsi que celle de leurs écrits contre l'opposition.

Voir aussi[modifier | modifier le code]