Livre d'heures d'Étienne Chevalier

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Heures d'Étienne Chevalier
Image illustrative de l'article Livre d'heures d'Étienne Chevalier
Saint Jean à Patmos, sans doute la première enluminure du livre parmi celles qui nous sont parvenues
Artiste Jean Fouquet
Date entre 1452 et 1460
Technique tempera sur parchemin
Dimensions (H × L) 16,5 cm × 12 cm 48 feuillets enluminés extraits d'un manuscrit dont 47 miniatures
Localisation Musée Condé, Metropolitan Museum of Art, British Library, Bibliothèque nationale de France, Musée du Louvre, Musée Marmottan, Upton House (en), collection privée()

Le Livre d'heures d'Étienne Chevalier est un ancien manuscrit détruit et dont on ne conserve aujourd'hui que 48 feuillets contenant 47 miniatures, dispersés dans sept lieux de conservation différents en Europe et aux États-Unis. Quarante de ces enluminures sont conservées au musée Condé à Chantilly (ms.71). Commandé par Étienne Chevalier, trésorier du roi Charles VII, ce livre d'heures est décoré par le peintre et enlumineur Jean Fouquet.

Histoire du manuscrit[modifier | modifier le code]

C'est sans doute vers 1452 qu'Étienne Chevalier, alors qu'il vient d'être nommé trésorier de France par le roi Charles VII. Il vient alors de perdre sa femme Catherine Budé, qui n'est représentée sur aucune des enluminures. Au même moment, Chevalier fait appel à Jean Fouquet pour la réalisation d'un diptyque destiné à la Collégiale Notre-Dame de Melun connu sous le nom de Diptyque de Melun. C'est à ce même peintre qu'il demande la réalisation de ce livre d'heures destiné à son usage personnel. Le commanditaire ne fait aucun doute, son portrait étant repris à plusieurs reprises, ainsi que son nom en toutes lettres « Maistre Estienne Chevalier », notamment dans la frise de la présentation de la Vierge ainsi que son chiffre « EE » repris sous un grand nombre de miniatures. L'ouvrage est sans doute achevé vers 1460. Selon François Avril ou Nicole Reynaud, l'artiste a sans doute consacré la quasi-totalité de son temps à ces commandes du trésorier du roi lors de cette quasi-décennie[1].

Le manuscrit reste en possession des descendants de Chevalier jusqu'au XVIIe siècle, et de son dernier descendant direct, Nicolas Chevalier (1562-1630). L'érudit François Roger de Gaignières indique avoir observé le manuscrit apparemment intact à la fin du XVIIe siècle. Sans doute au cours du siècle suivant, le manuscrit est dépecé. Chaque miniature est découpée et se voit occulter ses parties de texte pour les transformer en tableaux indépendants les uns des autres[2].

40 des enluminures les mieux conservées sont montées sur des planchettes de bois par un menuisier encadreur parisien de la fin du XVIIIe siècle. Pendant la Révolution française, les 40 miniatures sont récupérées par un marchand d'art bâlois qui les revend en 1809 au banquier allemand Georges Brentano. Son fils Louis les revend au duc d'Aumale en 1891 pour la somme de 250 000 francs. Ce dernier les expose dans son château de Chantilly au sein du Santuario. Elles sont actuellement toujours visibles dans cette même pièce du musée Condé[3].

En 1831, on retrouve en Angleterre, dans les collections du poète Samuel Rogers une miniature représentant David en prière qui est rapprochée des quarante autres miniatures. Elle entre dans les collections du British Museum en 1886. En 1881, on identifie une nouvelle miniature représentant Sainte Anne et les trois Marie, aussitôt achetée par la bibliothèque nationale de France. En 1889, le comte Paul Durrieu, conservateur des peintures au musée du Louvre faisait acheter une miniature représentant Saint Martin, et découvrait dans les collections de dessins du même musée une Sainte Marguerite, présente depuis 1856. Il reconnaissait en 1922 une nouvelle enluminure dans les collections de la Upton House (en), Warwickshire (National Trust) représentant Saint Michel combattant le dragon. En 1946, deux nouveaux feuillets réapparaissent en vente chez Sotheby's, représentant La Main de Dieu protégeant les fidèles et Un miracle de saint Vrain. La première est acquise par le banquier Robert Lehman qui en fait don au Metropolitan Museum of Art de New York en 1975 et l'autre par Georges Wildenstein, son fils en faisant don au Musée Marmottan-Monet en 1971 avec l'ensemble de ses miniatures découpée où elle est visible depuis 1981[4]. Cette même année, un double feuillet ou bifolium du texte du manuscrit était retrouvé dans une collection privée[5].

Composition[modifier | modifier le code]

Organisation du manuscrit[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps, la composition du livre n'étant vue qu'à travers les quarante enluminures du musée Condé, les érudits n'y ont vu qu'une succession de scènes de la vie du Christ suivi d'épisodes de vies de saints ou de la Légende dorée. Pourtant le livre comprenait, comme tout livre d'heure, trois offices composés chacun de la Liturgie des Heures :

  • Office de la Vierge
  • Office de la Passion
  • Office du Saint-Esprit

Par ailleurs, la composition du livre est originale et complexe car chacun des trois offices s'entrelaçait les uns avec les autres rendant difficile la détermination de l'ordre des enluminures. On a ainsi pu déterminer un certain nombre d'illustration manquante d'après l'établissement de cet ordre. Le manuscrit original devait ainsi sans doute comprendre une illustration de Saint Luc, de la prière Obsecro te, de prime et de sexte de l'office du Saint-Esprit, de sexte de l'office de la Passion, ainsi que plusieurs suffrages (ou prières) des saints tels que Saint Laurent, Saint Christophe ou Saint Sébastien[5].

Liste des folios subsistants[modifier | modifier le code]

L'ordre des folios a été déterminé par Nicole Reynaud (2006). Sauf mention contraire, le lieu de conservation est le musée Condé à Chantilly.

  • Saint Jean l'évangeliste à Patmos (évangile de Jean)
  • L'adoration des mages (évangile de Mathieu)
  • Ascension (évangile de Marc)
  • Étienne Chevalier en prière devant la vierge (office de la Vierge, matines)
  • Visitation (office de la Vierge, laudes)
  • Arrestation du Christ (office de la Croix, matines)
  • Annonciation (office du Saint-Esprit, matines)
  • Nativité (office de la Vierge, prime)
  • Jésus devant Pilate (office de la Croix, prime)
  • Annonce de la mort de la Vierge (office de la Vierge, tierce)
  • Portement de Croix (office de la Croix, tierce)
  • Pentecôte (office du Saint-Esprit, tierce)
  • Dormition (office de la Vierge, sexte)
  • Funérailles de la Vierge (office de la Vierge, none)
  • Crucifixion (office de la Croix, none)
  • Fontaine des apôtres (office du Saint-Esprit, none)
  • Assomption (office de la Vierge, vêpres)
  • Descente de croix (office de la Croix, vêpres)
  • Dextre de Dieu chassant les démons (office du Saint-Esprit, vêpre), parchemin, 19,4 x 14,6 cm, Metropolitan Museum of Art, Lehman Collection (1975.1.2490)
  • Couronnement de la Vierge (office de la Vierge, complies)
  • Embaumement du Christ (office de la Croix, complies)
  • Le Saint-Esprit illuminant les fidèles (office du Saint-Esprit, complies)
  • Mariage de la Vierge (office de la Vierge pour l'Avent)
  • David en prière (Psaumes), 19,7 x 15,2 cm, British Library (Add.37421)
  • Scènes de funérailles (offices des morts, vêpres)
  • Job et ses amis (Office des morts, vigiles)
  • Pietà (Hymnes du Stabat Mater)
  • Saint Bernard (vers de Saint Bernard)
  • Saint Michel combattant le dragon (suffrage), 20,3 x 14,2 cm, (dont miniature 15,7 x 12 cm), Upton House (en), Bearsted Collection, National Trust (Cat.184)
  • Naissance de Jean Baptiste (suffrage)
  • Saint Jean l'évangeliste et la Cène (suffrage)
  • Martyre de saint Pierre (suffrage)
  • Conversion de saint Paul (suffrage)
  • Martyre de saint André (suffrage)
  • Martyre de saint Jacques (suffrage)
  • Martyre de saint Étienne (suffrage)
  • Charité de saint Martin (suffrage), 20,9 x 14,3 cm (16,1 x 11,7 cm), musée du Louvre, département des arts graphiques (RF1679)
  • Saint Nicolas consacré (suffrage)
  • Saint Hilaire au concile du pape Léon Ier (suffrage)
  • Miracle de saint Vrain (suffrage), 22 x 14 cm, musée Marmottan-Monet, donation Daniel Wildenstein
  • Sainte Marie Madeleine oignant les pieds du Christ (suffrage)
  • Martyre de sainte Catherine (suffrage)
  • Sainte Marguerite et Olibrius (suffrage), 8,9 x 11,7 cm, musée du Louvre, département des arts graphiques (MI1093)
  • Sainte Anne et les trois Marie, 16,3 x 12,7 cm (dont miniature 15,9 x 12,4 cm), Bibliothèque nationale de France (NAL1416)
  • Martyre de sainte Appoline (suffrage)
  • Tous les saints, la vierge et la trinité (suffrage)
  • Double feuillet de texte (psaumes 129 et 142, et litanies), folioté, 20,1 x 14,8 cm, collection Roger et Alix De Kesel Deurle (Belgique)

Analyse des miniatures[modifier | modifier le code]

Originalité des miniatures du manuscrit[modifier | modifier le code]

Pour la première fois, Jean Fouquet utilise la totalité de la page pour y déployer toute l'illustration. Les miniatures ne se retrouvent plus cantonnées à une lettrine ou un fragment de folio. Pour cela, le peintre utilise deux subterfuges :

  • il réduit le texte introductif à une simple ligne en bas de page composée de grandes lettres capitales de couleur or et à fond rouge ou bleu
  • il ne reprend que la lettrine qui se retrouve incorporée dans la miniature dans un cadre, cadre qui est lui-même intégré dans un espace qui lui est réservé dans la partie basse du feuillet et généralement soutenu par des anges, des putti ou des hommes sauvages[5].
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Les vues de bâtiments et paysages contemporains[modifier | modifier le code]

Jean Fouquet s'est ingénié à représenter un certain nombre de vue de paysages et de bâtiments qui lui étaient contemporains. Certaines vues ne font pas l'objet de discussion, d'autre sont plus controversées.

  • La Main de Dieu protégeant les fidèles (du Metropolitan) représente un paysage de l'Île de la Cité à Paris vu depuis la tour de Nesle avec la cathédrale Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, l'arrière plan du Martyr de Saint Jacques (Chantilly) est une vue panoramique de tout Paris[6]
  • La Scène (Chantilly) représente à nouveau Notre-Dame de Paris par une porte, Le Miracle de saint Vrain (Marmottan) est une vue intérieure de cette même cathédrale et la Pietà (Chantilly) en représente le chevet[6].
  • Le Portement de la croix (Chantilly) représente à nouveau la façade de la Sainte-Chapelle[6]
  • Les lamentations de Job (Chantilly) présente le donjon du château de Vincennes[6]
  • La Scène de funérailles (Chantilly) se déroule, pour certains, dans le cimetière des Innocents à Paris, situé juste à proximité du logement d'Étienne Chevalier, mais les décorations notamment des chapiteaux ne correspondent pas à l'original. Le château au fond à droite ressemble beaucoup aux représentations anciennes du château du Louvre. La chapelle n'est quant à elle pas identifiée. Une autre analyse peut y voir plusieurs monuments de la ville natale du commanditaire, Melun, avec de droite à gauche son château royal, son église Saint-Étienne, son prieuré Saint-Sauveur (avec son clocher) et l'hôtel-Dieu Saint-Nicolas, mais là aussi avec des éléments contradictoires et notamment la présence du cimetière[6].
  • L'Annonciation (Chantilly) est représentée dans une chapelle pouvant rappeler la Sainte-Chapelle de Bourges[7].
  • La Charité de saint Martin (Louvre) est analysée comme une représentation du Grand Châtelet de Paris ou comme une de portes des remparts de Tours[8].

Ces représentations d'éléments contemporains ont pour but de rendre les scènes plus familière au lecteur et de le soutenir dans ses prières par des éléments facilement reconnaissables[6].

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicole Reynaud, Jean Fouquet - Les Heures d'Etienne Chevalier, éd. Faton, octobre 2006, 280 p. ISBN 2-87844-076-5 (dernière monographie de référence)
  • François Avril, Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XVe siècle ; catalogue de l'exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France / Hazan,‎ 2003 (ISBN 978-2-7177-2257-4 et 2-7177-2257-2), p. 193-217
  • Charles Sterling et Claude Schaefer, Jean Fouquet. Les Heures d'Étienne Chevalier, Paris, 1971.
  • Nicole Reynaud, Jean Fouquet, catalogue d'exposition, Paris, 1981 ("Les dossiers du département des Peintures", no 22).
  • Judith Förstel, « Étienne Chevalier, Jean Fouquet et Melun », 6e colloque historique des bords de Marne : Présence royale et aristocratique dans l’est parisien à la fin du Moyen Âge, Nogent-sur-Marne, 2008, p. 96-107 [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Avril, op. cit., 2003, p. 198-200
  2. François Avril, op. cit., 2003, p. 193
  3. François Avril, op. cit., 2003, p. 193-194
  4. François Avril, op. cit., 2003, p. 194
  5. a, b et c François Avril, op. cit., 2003, p. 200
  6. a, b, c, d, e et f Judith Förstel, op. cit.
  7. Claudine Billot, Les Saintes Chapelles royales et princières, Paris, Éditions du Patrimoine, coll. « Thématiques du Patrimoine »,‎ 1998 (ISBN 978-2-85822-247-6 et 2-85822-247-9, LCCN 99202526), p. 60-61
  8. François Avril, op. cit., 2003, p. 202