Livre d'artiste

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Un exemple de livre d'artiste.

Un livre d'artiste est une œuvre d'art prenant la forme ou adoptant l'esprit d'un livre.

Une locution ambiguë[modifier | modifier le code]

Cette locution demeure aujourd'hui quelque peu problématique et sa définition en français – nécessairement plurielle – passe par l'étude des différentes acceptions qui la sous-tendent, lesquelles évoluèrent au fil du temps :

  • L'expression livre d'artiste apparaît pour la première fois en France sous la plume du critique Noël Clément-Janin (1862-1947)[1] en 1904 et désigne un livre « conçu et réalisé par un praticien de l'estampe, où l'artiste, se substituant à l'éditeur, construit tout le volume et ne se contente plus [seulement] de l'illustrer. »[2]
  • Les amateurs anglo-saxons de « beaux livres » avaient, de leur côté, commencé à dénommer sous la locution livre d'artiste, empruntée directement à la langue française, tout livre réalisé avec la collaboration d'un ou de plusieurs peintres[3]. Le réemploi de la locution française par les critiques et collectionneurs anglo-saxons venait du fait qu'en France étaient apparus vers la fin du XIXe siècle des volumes conçus entre autres sous l'impulsion des marchands d'art comme Ambroise Vollard ou Daniel-Henry Kahnweiler. Convoquant par exemple Paul Gauguin, Toulouse-Lautrec ou Picasso, ces galeristes-éditeurs qualifiaient ces objets tour à tour de livre de peintre, livre d'artiste ou de livre illustré[4], cette dernière expression ayant eu tendance à s'imposer sur le marché français dans les années 1920-1950.
  • D'un point de vue linguistique et comparatiste, les choses se complexifièrent puisqu'au début des années 1960 l'expression américaine artist's book commença à émerger à la suite de différentes créations qui prenaient apparemment la forme classique du livre (Ed Ruscha, Dieter Roth, etc.) mais révélaient en fait une approche conceptuelle radicalement différente. Cette expression commence à se vulgariser au début des années 1970, à la lumière des travaux de plasticiens comme Germano Celant[5] : le livre est ici entendu comme une œuvre d'art à part entière, c'est-à-dire que l'artiste l'imagine, le conçoit et l'exécute pour ensuite le considérer et l'exposer à l'instar de ses autres productions.
  • Conséquemment, en français, s'affrontent à partir du début des années 1980 trois occurrences : d'un côté, certains englobent sous livre d'artiste tout livre dès lors qu'un artiste reconnu s'y trouve impliqué, ce qui rend d'emblée désuètes les expressions livre de peintre et livre illustré ; pour d'autres, livre d'artiste est ce que l'avant-garde américaine conceptualisa à partir des années 1960[6]. Mais pour compliquer encore le débat, un troisième groupe considère que l'expression livre illustré ne doit s'appliquer qu'aux productions des années 1870-1970[7].

Jamais closes, ces batailles de mots renvoient à l'évolution même des arts et, sur le plan formel, du livre. Cette évolution riche et complexe est bien entendue liée au marché de l'art, de la bibliophilie, à l'évolution des techniques d'impression, aux modes de production, aux différents points de vues privés ou institutionnels qui trouvent à s'exprimer, et surtout à ce que l'on entend par artiste et livre : l'éditeur, le poète, le graphiste ne sont-ils pas eux aussi reconnus comme des producteurs de formes ? Si l'on se place enfin du côté de l'objet « livre », doit-il systématiquement adopter la forme du cahier relié ? L'on voit bien ici que si l'on réduit le mot artiste à celui de peintre et le mot livre à l'objet contenant l’œuvre d'un écrivain, le champ du livre d'artiste s'en trouve soudain réduit.

Le cas William Blake[modifier | modifier le code]

Songs of Innocence and of Experience de William Blake (1789-1794).

L'un des premiers livres entièrement imaginé, conçu et fabriqué en marge d'un système lié à l'époque au privilège d'édition qui réglementait et limitait l'imprimé, est le recueil de poèmes Songs of Innocence and of Experience que réalisa William Blake à quelques exemplaires à partir de 1789 avec l'aide de son épouse Catherine[8]. Blake est un créateur pluridisciplinaire : poète et peintre, graveur, imprimeur et éditeur. Il met en page ses textes et ses gravures selon une technique qui lui est propre, proche de l'eau-forte, organisant sur une même plaque de cuivre les rapports entre texte et images qu'il travaillait d'abord à l'acide, puis, une fois imprimée, la feuille était retouchée à l'aquarelle, ce qui rendait en définitive chaque exemplaire unique[9]. L'on s'inscrit là dans la longue tradition qui remonte aux livres enluminés du Moyen Âge comme Les Très Riches Heures du duc de Berry, sauf que Blake monte ici une petite unité de production parfaitement autonome, n’obéissant pas à un travail de commande.

La bibliophilie moderne[modifier | modifier le code]

Selon Yann Sordet[10], la passion des collectionneurs de livres s'exacerbe à mesure que ceux-ci s'en trouvent illustrés. Ce mouvement prend naissance vers la fin du XVIIIe siècle, du moins en France. Citons cette édition des Contes et nouvelles en vers de La Fontaine illustré par Fragonard (1762)[11] ou plus tard, celle des Caprices de Goya (v. 1799), ou ce Faust de Goethe illustré par Eugène Delacroix (1828)[12], ouvrages rarissimes que le collectionneur Henri Beraldi considéraient comme les premiers joyaux du livre illustré moderne[13].

Article détaillé : Illustration.

Au milieu du XIXe siècle, surgit l'idée d'associer un artiste-graveur et un poète, dans l'esprit d'une bibliophilie moins luxueuse (ou « bourgeoise »), plus accessible donc. On doit à des éditeurs comme Alphonse Lemerre[14], Richard Lesclide ou Auguste Poulet-Malassis ces premières tentatives, du moins en France. L’appellation « livre de peintres » est alors utilisée par qualifier ces productions.

Vers 1875, parallèlement aux expériences britanniques du mouvements Arts & Crafts, émergea en France une nouvelle école de la bibliophilie qui repensa le livre à l'aune d'une collaboration plus étroite avec les peintres. Ces livres, dont la réalisation butta longtemps sur des problèmes techniques d'ordre reprographique, furent vendus par souscription et certaines expériences échouèrent d'un point de vue commercial. C'est ce que rappelle l'historien Yves Peyré[15], qui montre que cette forme de livre d'artiste collaborative où l'éminence est rendue aux peintres est née en France, à la fin de XIXe siècle, en particulier grâce à Stéphane Mallarmé et sa traduction du Corbeau d’Edgar Allan Poe, illustrée de gravures d'Édouard Manet[16]. Toutefois, ces ouvrages français, qui firent certes école [17],[18], offraient encore la part trop belle aux éditeurs et aux écrivains.

Les avant-gardes et le livre[modifier | modifier le code]

Dans les dernières années de la Belle Époque, quelques artistes choisirent de repenser le support "livre". Citons Marinetti dont les écrits théoriques aboutiront au début des années 1930 à la conception de livres futuristes, imaginés et conçus par des artistes italiens qui convoquèrent des matériaux inhabituels ; citons également les expériences constructivistes avec notamment Rodtchenko, Olga Rozanova[19] ou Alexeï Remizov. Ces expériences contribuèrent à révolutionner les arts graphiques, à repenser la typographie, la reliure, les formats et les agencements texte-image et au fond à bousculer les standards de présentation de l'objet livre.

Toute autre fut la démarche de Marcel Duchamp : bien avant d'être rattaché au dadaïsme via Man Ray et Francis Picabia, il imagina dès 1913 de rassembler des reproductions de ses écrits et de ses dessins dans une boite, ce qu'il fit en 1914[20]. Ce geste, fondateur, donna naissance plus tard au concept de boîte surréaliste, qu'un mouvement comme Fluxus systématisa à la fin des années 1950.

Enfin, au cours des années 1930-1950, les limites entre éditeur, artiste et écrivain deviennent plus floues encore avec les expériences d'un Georges Hugnet ou d'un Pierre André Benoit : ici l'éditeur est vu comme un artiste, l'artiste choisit d'être éditeur, et plus encore. Qui, de l'auteur, de l'artiste, de l'éditeur détient la part décisive qui donne sa singularité à l'objet ? Il n'existe pas de réponse univoque à cette question, qui reste ouverte.

Une œuvre d'art multiple[modifier | modifier le code]

Les avant-gardes qui émergent après 1945 aux États-Unis, en Europe, au Brésil ou au Japon, eurent une influence déterminante sur l'approche conceptuelle du livre. D'un point de vue théorique, un écrit aussi important que L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin ne fut diffusé qu'au milieu des années 1950. Mais l'idée que l'on puisse fabriquer de l'art en série, que l'unicité ne conditionne pas le statut d'une œuvre, et qu'enfin l'on puisse attribuer à un objet fabriqué à plusieurs exemplaires une dimension esthétique remarquable, était déjà en germe chez bon nombres d'artistes bien avant la guerre : le dadaïsme et le surréalisme ne furent pas des moindres à bousculer le rapport entre livre et artiste, notamment en s'emparant du livre et en produisant une grande quantité d'ouvrages. Enfin, l'invention du ready made contribua grandement à désacraliser le statut de d’œuvre d'art : Duchamp s'était, dès les années 1930, engagé à produire des "copies certifiées" de ses readymades, en détournant les processus de fabrication des objets dits manufacturés[21].

Après guerre, le support livre intéressa particulièrement les fondateurs du mouvement nord-européen Cobra, par exemple, et le peintre Alechinsky reste l'un des artistes les plus prolifiques en termes de livres. L'un de ses membres, Asger Jorn, rejoignant l'Internationale situationniste, réalisa en 1959 avec Guy Debord MémoiresMémoires, en forme de détournement du concept déjà usé de livre de peintre. Entre temps, le mouvement lettriste fut particulièrement centré sur le livre en tant que champ expérimental. L'artiste belge Marcel Broodthaers et ses objets trouvés, le brésilien Augusto de Campos et ses poèmes concrets, le performeur japonais Jirō Yoshihara du mouvement Gutai et ses calligraphies minimalistes sur supports multiples, contribuèrent à repenser le médium livre et ses rapports avec le geste artistique. Théorisé par l'architecte formé au Bauhaus, le suisse Max Bill, l'art concret eut une influence déterminante sur un artiste comme Dieter Roth : celui-ci rencontra Daniel Spoerri en 1954 puis se mit à fabriquer des livres dès 1957 en Islande, non pas uniques, mais à plusieurs exemplaires, en créant sa propre maison d'édition : Forlag ed. En 1959, Spoerri créa lui aussi une maison d'édition, Éditions MAT, produisant ce qu'il appelait des multiples, invitant par ailleurs son ami Roth dans le cadre de cette structure.

Très lié à Duchamp, John Cage ouvrit de 1957 à 1959 à la New School de New York, une série de séminaires d'où émergèrent la plupart des artistes du mouvement Fluxus. Dès 1958, George Brecht produit des boites, détournements parfois comiques des jeux d'esprit ou des "casse-têtes", accompagnés de petits textes imprimés sur des fiches cartonnées et d'objets courants (pièce de monnaie, coquillage, perles, etc.). George Maciunas, Joseph Beuys, Yoko Ono, Emmett Williams, Nam June Paik, Ben, Ken Friedman et d'autres produisirent également ce type d'objets, en conjonction avec les tenants du Nouveau réalisme.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, les artistes de l'époque (notamment Edward Ruscha[22], Jan Dibbets[23], Christian Boltanski, Marcel Broodthaers) essaient d'utiliser le livre pour présenter le textuel et le visuel d'une façon expérimentale. Or, la réalisation de ces livres entrait en contradiction avec le livre d'artiste tel qu'on l'entendait depuis le début du XXe siècle : édités à un grand nombre d'exemplaires sur des supports ordinaires, ces livres brisaient les conventions liées aux pratiques bibliophiliques et au marché de l'estampe. Non numéroté et non signé, ils sont à inscrire en quelque sorte dans la lignée du Pop art qui détournait les dispositifs de production industrielle en les court-circuitant par ses propres productions effectuées à très grand nombre[24].

Il importe de revenir sur le premier "livre" produit par Ed Ruscha. « En 1963, paraît un petit livre étrange, indéfinissable malgré son aspect familier, intitulé Twentysix Gasoline Stations. Il rassemble vingt-six reproductions photographiques en noir et blanc de stations-service de l'Ouest des États-Unis, avec pour seul texte de brèves légendes. Signé du peintre californien Edward Ruscha et édité par lui, il est exemplaire d'un nouveau genre dans les arts plastiques, le livre d'artiste. En rupture avec la tradition bibliophilique du « livre illustré » ou du « livre de peintre », faits à la main et dans lesquels un artiste associe ses gravures au texte d'un écrivain, le livre d'artiste a pour seul auteur un artiste, qui choisit de faire œuvre sous la forme du livre moderne. Le livre d'artiste se présente donc comme un livre d'apparence ordinaire, de format modeste, imprimé à l'aide de techniques contemporaines telles que l'offset, en édition la plupart du temps non limitée. » remarque Anne Moeglin-Delcroix[25]. Ce qui importe ici n'est donc pas la qualité de l'impression, du papier, de la technique de gravure, mais bien l'intervention directe de l'artiste dans la conception du livre. Ces livres « à l'américaine », classés parfois péjorativement en tant que « livres de photos », furent parfois considérés un peu vite comme un petit épisode dans l'histoire du livre d'artiste : avec le recul, Ruscha et d'autres, ouvraient en réalité tout un champ de la création.

Artist's book : un concept assimilé[modifier | modifier le code]

L’artist's book est devenu depuis les années 1970 un genre et un mode d'expression et pas seulement américain : chaque année émergent de nombreux titres, publiés soit par le biais de maisons d'éditions spécialisées, de centres d'art ou d'institutions, soit par directement les artistes eux-mêmes pour leur propre compte. S'il est difficile de cerner l'état de la production artistique actuelle, elle est néanmoins extrêmement vivante, favorisée bien entendu par les nouvelles techniques d'impression numérique et l'autoédition. De nombreuses manifestations et expositions témoignent de cette production[26]. Le salon de la FIAC aura même ouvert une section à ce type de production au début des années 2000. Il existe par ailleurs des rééditions (reprint) de productions célèbres[27], comme celles de Richard Long, Lawrence Weiner, Herman de Vries, Peter Downsbrough, Germano Celant, etc.

Le livre d'artiste en France[modifier | modifier le code]

Très ancrées dans une tradition moderniste née au tournant des années 1900, l’« édition de création »[15] a trouvé un nouveau souffle dans les années 1980, parfois soutenue par des artistes, des poètes, des chercheurs et des institutions. Ce sont d'abord les poètes qui trouvent dans le livre d'artiste un espace à partager avec les plasticiens, créant de fait un lieu de rencontre privilégié : « Pour collaborer, peintres et poètes se veulent libres. La dépendance abaisse, empêche de comprendre, d’aimer », écrit Paul Éluard[28]. Ainsi, des auteurs comme Michel Butor, Andrée Chédid, Jacques Kober, René Pons ou Bernard Noël (qui a lui-même réalisé des illustrations), pour ne citer que quelques-uns, ont collaboré avec des peintres ou des graveurs à la réalisation d'un grand nombre de livres d'artiste.

La révolution numérique a bien entendu bousculé cette approche traditionaliste, encore très appuyée sur la notion de bibliophilie et sur le marché de l'art. L'artiste non seulement conçoit le livre et l'écrit (et plus seulement en mot) mais le produit et le diffuse via Internet, en plus d'un circuit de librairie ou lieux spécialisés. Les notions anglosaxonnes de free press, de small press rejoignent en France celle de l'édition indépendante, lesquelles assurent au livre d'artiste un territoire des possibles. En résumé, le livre d'artiste demeure un espace de liberté pour les créateurs quels qu'ils soient.

Institutions publiques en France[modifier | modifier le code]

Non exclusive à la France (cf. le rôle pionnier de l'ICA à Londres), les aides publiques permettent de valoriser le livre d'artiste de de constituer des collections consultables, de financer des recherches voire des créations et des manifestations. Ces pôles constituent des réserves riches en livres d'artiste et pas seulement français. Donnons comme exemple :

  • les bibliothèques départementales
  • les Frac, présents dans chaque région, ont aussi constitué des collections qui remontent parfois aux années 1960. De nombreuses expositions sont régulièrement montées dans ces différents espaces.

Fonds privés & associations en France[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, des ateliers et centres d'arts contemporains associatifs, appuyés plus ou moins sur des institutions locales, ouvrent des lieux spécialement dédiés au livre d'artiste et s'occupent également d'organiser des événements récurrents :

  • le "Quai de la Batterie"[31] à Arras
  • "Artlibris", Biennale internationale des livres d'artistes "Biblioparnasse" à Dives-sur-Mer[32],[33]
  • "Livre d'artiste & art contemporain" (LAAC)[34] à Granville
  • "L'autre Livre"[35], salon des éditeurs indépendants (Paris)
  • le Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice (Paris)
  • PAGE(s), salon situé à Paris[36]
  • le "Book Project International/Rencontres de l’Édition de Création" se tient chaque année à Marseille depuis 2000 dans le but notamment de constituer le Fonds international du livre d'artiste (FILAC)[37]
  • "Le Cabinet du livre d'artiste"[38], lieu situé à Rennes

Le livre d'artiste en Belgique[modifier | modifier le code]

L'art et le livre nourrissent depuis près de deux siècles en Belgique une importante production. Deux institutions sont particulièrement ouvertes aux livres d'artiste : le Musée royal de Mariemont et la Bibliothèque royale de Belgique.

La ville de Bruxelles possède une bibliothèque privée dédiée aux livres d'artiste (Bibart[39]) et un salon organisé par un collectionneur, "Histoires de livres"[40]. Près de Bruxelles se trouve aussi une bibliothèque du Musée de la Reluire et des Arts du livre, Wittockiana, possédant une collection prestigieuse des livres d'artistes et de la reliure [41].

Tendances européennes du début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le livre d’artiste tend à s'affirmer comme un médium d'expression multidisciplinaire à part entière. Nombre de techniques plastiques sont employées dans le livre d’artiste (arts graphiques, peinture, photographie, sculpture, collage, etc.). Toutes les formes et plusieurs domaines d’écriture s'y expriment (image, poème, notes, textes scientifiques, etc.). On voit ainsi émerger des poètes-artistes qui conçoivent le livre comme le lieu d'un art total où la liberté de la forme rejoint celle de l'expression.

Le livre d’artiste est un document « génétique » qui correspond à ce travail. L’intérêt de suivre la voie génétique[pas clair] de création des livres d’artiste se dessine dans les champs suivants :

  • le « livre unique » (tiré à un nombre réduit d'exemplaires, voire un seul) est autographe ; c’est l’œuvre finale qui comporte en soi toutes les étapes de travail (comme le tableau ou la sculpture) ;
  • le « livre de dialogue » fait en collaboration entre un poète et un peintre ouvre plusieurs voies génétiques (par exemple, la genèse du texte poétique et la genèse de l’œuvre graphique) ;
  • le tirage, dont chaque exemplaire, portant les éléments particuliers, joue son rôle spécifique pour composer l’œuvre en général.

Quelques locutions employées[modifier | modifier le code]

  • « Livre enluminé » : codex illustré au Moyen Âge (avant Gutenberg).
  • « Livre peint » : manuscrit ou carnet de peintre, c'est un livre unique.
  • « Livre illustré » ou « livre illustré par des peintres » : expression héritée du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
  • « Livre-objet » : composition spatiale utilisant le support du livre, livre-sculpture, livre-tableau, livre-installation.
  • « Livre monstre » : livre d'exception (format géant, très grand nombre de pages, etc.).
  • « Livre d'auteur » : livre dont l’écrivain est aussi à l'origine de la conception formelle.
  • « Livre imprimé » : livres d'estampes, livres d'artiste-typographe, livre de bibliophilie contemporaine, etc.
  • « Livre d'artiste » : livre d'un (de plusieurs) artiste plasticien.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

  • 1961 : (en) Philip Hofer (préf.), The Artist and the Book, 1860-1960, in Western Europe and the United States, Boston, Museum of Fine Arts/Harvard College Library - (ISBN B00235NEPS[à vérifier : ISBN invalide])
  • 1967 : (en) John N. C. Lewis, The Twentieth Century Book: It's Illustration and Design, Londres, Reinhold - (ISBN 978-1299771338)
  • 1969 : (en) Walter John Strachan, The Artist and the Book in France / The 20th Century Livre d’artiste, Londres, Peter Owen Ltd, 368 p. - (ISBN 978-0720600025)
  • 1974 : (en) René Block (dir.), Multiples. An Attempt to present the development of the Object Edition, Berlin, Neuen Berliner Kunstvereins, 230 p. - (OCLC 62565950)
  • 1979 : (en) Karen O'Rourke, "The Artist's Book and Photography: The Example of Michael Snow's Cover to Cover", Revue française d'études américaines, N°8, octobre 1979.
  • 1979 : Ségolène Samson-Le Men, "Quant au livre illustré" in La Revue de l’art, no 44, p. 85–106
  • 1981 : (en) Tim Guest, Germano Celant, Books by artists, Art Metropole - (ISBN 0920956106)
  • 1984 : Michel Melot, L’Illustration : histoire d’un art, Genève, Skira - (ISBN 978-2605000333)
  • 1987 : François Chapon, Le Peintre et le Livre, l’âge d’or du livre illustré en France 1870-1970, Paris, Flammarion - (ISBN 978-2080120823)
  • 1991 : Guy Bleus, Art is Books - Livres d'artistes / Artists' books / Künstlerbücher, Provinciale Centrale Openbare Bibliotheek, Hasselt, Belgique, 115 p. (ISBN D 1991-3569-02[à vérifier : ISBN invalide])
  • 1995 : (en) Johanna Drucker, The Century of Artists' Books, Granary Books - (ISBN 1887123016)
  • 1997 : Anne Moeglin-Delcroix, Esthétique du livre d'artiste. Une introduction à l'art contemporain, Jean-Michel Place/BNF - Réédition revue et augmentée en 2011, coll. « Le mot et le reste »/BNF - (ISBN 978-2-36054-013-6)
  • 2001 : (en) Jean Khalfa (ed.), Dialogue between Painting and Poetry: livres d’artistes 1874–1999, Cambridge, Black Apollo Press - (ISBN 978-1900355254)
  • 2002 : Yves Peyré, Peinture et poésie : le dialogue par le livre (1874-2000), Éditions Gallimard, Paris, 269 p. (ISBN 2-07-011688-3)
  • 2008 : Ulises B. Carrión, Quant aux livres, trad. française de Thierry Dubois ; textes rassemblés par Juan J. Agius, introductions d'Anne Moeglin-Delcroix et de Clive Phillpot, édition bilingue, Genève, Héros-Limite, 210 p. (ISBN 978-2-970030-01-0)
  • 2010 :
    • Leszek Brogowski, Éditer l’art. Le livre d’artiste et l’histoire du livre, « Collection d'esthétique », Les Éditions de la transparence - (ISBN 978-2-35051-044-6)
    • Serge Chamchinov, "Le livre d’artiste : phénomène d’expérience plastique, poétique et typographique" in Esthétique du livre (collectif, recueil d'articles), Presses universitaires de Paris Est, Nanterre (ISBN 978-2840160526)
    • Le Livre libre. Essai sur le livre d'artiste, coll. « Les cahiers dessinés », Buchet-Chastel, Paris, 396 p. - (ISBN 9782283024058)
  • 2012 :
    • Pascal Fulacher, Six siècle de l’art du livre / De l’incunable au livre d’artiste, Citadelle & Mazenot, Musée des lettres et manuscrits, Paris (ISBN 9782850885433)
  • 2013 :
    • (de) Viola Hildebrand-Schat, Stefan Soltek: Die Kunst schlägt zu Buche, ed. Klingspor Museum Offenbach, Lindlar 2013. Die Neue Sachlichkeit (ISBN 978-3-942139-32-8)

Catalogues[modifier | modifier le code]

  • 1972 : Étienne Dennery (préf.), Le Livre, Paris, Bibliothèque nationale, no 16, p. 202-223
  • 1987 : (en) Walter John Strachan, "The Livre d’artiste 1967–1980", in Le Livre d’artiste: A Catalogue of the W. J. Strachan Gift to the Taylor Institution, Oxford, Ashmolean Museum/Taylor Institution, p. 31–61. (ISBN 978-0907849544)
  • 1991 : Les Alliés substantiels ou le livre d'artiste au présent, Biennale du Livre d'artiste, Actes du colloque, Uzerche, Pays-Paysage. (ISBN 978-2-950524744)
  • 1992 : (en) Honda Keiko, The Artists and the Picture Book: the Twenties and the Thirties, Tokyo, JBBY, 92 p. [livres pour la jeunesse, Japon 1920-30]
  • 1997 : Livres d'artistes, l'invention d'un genre : 1960-1980, Bibliothèque nationale de France, coll. « Cahiers d'une exposition », 48 p. (ISSN 1262-3113)
  • 2010 : Juste des livres, Bibliophilie & livres d'artistes des éditions Dumerchez[42], éditions Bernard Dumerchez (ISBN 978-2-84791-089-6)
  • 2011 : Les Très riches heures du Livre pauvre[43] de Daniel Leuwers, Éditions Gallimard. (ISBN 978-2070134663)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Livre d'artiste, décoré d'un portrait de Benjamin Constant en pointe sèche originale et de douze études destinées à l'illustration d’Adolphe par Georges Jeanniot gravées sur bois en noir et en couleurs par Jules Germain, Paris, C. Bosse (réf. BNF no 35284666.
  2. Marie-Françoise Quignard : "Livre d'artiste" in Dictionnaire encyclopédique du Livre, tome 2, Paris, Cercle de la Librairie, 2005, p. 793, § 1 (ISBN 978-2-7654-0910-6).
  3. Bernard M. Rosenthal, Dictionary of Abbreviations, International League of Antiquarian Booksellers, 1993 (ISBN 978-9080142114).
  4. François Chapon in Daniel-Henry Kahnweiler. Marchand, éditeur, écrivain, Centre Georges Pompidou, 1984, p. 45-75 (ISBN 978-2-85850-264-6).
  5. Book as Artwork 1960/1972, Nigel Greenwood Gallery, 1972 - rééd. 2010.
  6. Anne Moeglin-Delcroix (1997), op. cit..
  7. Fr. Chapon, Le Peintre et le livre : l'âge d'or du livre illustré en France, 1870-1970, Paris, Flammarion, 1987 ; Yves Peyré, Peinture et poésie : le dialogue par le livre, Paris, Gallimard, 2001.
  8. Exemplaire consultable sur Rarebook Room, en ligne.
  9. Michael Phillips (sous la direction de) et al. : William Blake, le génie visionnaire du romantisme anglais, cat. exp. Petit Palais/Musée de la Vie romantique, éd. Paris-Musées, 2009.
  10. Yann Sordet : "Bibliophilie" in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2002, tome 1, p. 283-284.
  11. Édition dites des Fermiers-Généraux.
  12. Faust. Tragédie de M. de Goethe (Paris, Charles Motte et Sautelet, 1828, in-fol.), dans la traduction en français par Albert Stapfer, avec une couverture illustrée attribuée à Achille Devéria, un portrait de l’auteur et 17 dessins exécutés sur pierre par Eugène Delacroix, hors-texte.
  13. Cf. Bibliothèque d'un bibliophile, L. Danel, 1885
  14. Sonnets et eaux-fortes, Paris, 1869, comprenant 42 illustrations originales d'artistes différents.
  15. a et b Peinture et poésie : le dialogue par le livre (1874-2000), Gallimard, 2001, p. 8-9 - (ISBN 978-2070116881).
  16. Ce livre, parmi d'autres, fut édité par Richard Lesclide, Paris, 1875.
  17. Rappelons les ouvrages parus chez l'éditeur Edouard Pelletan (1854-1912), ou ceux publiés par Ambroise Vollard comme le Paul Verlaine/Pierre Bonnard (1900), etc.
  18. D'après Michael Pakenham, cité dans « "Le Fleuve" et "Le Corbeau" illustrés par Manet : problèmes d'édition et de réception du livre de peintre au XIXe siècle, L'Illustration. Essais d'iconocraphie », études réunies par Maria Teresa Caraccioli et Ségolène Le Men, Histoire de l'Art et Iconographie t. III, Klincksieck, 1999, p. 365-380.
  19. Voir le Transrational Boog (1914-16), où l'ajout d'un bouton sur la couverture retouchée à la main est une décision de l'artiste.
  20. La Boite de 1914, édité à quelques exemplaires - cf. Arturo Schwarz, Catalogue raisonné.
  21. Cf. ses Rotoreliefs, boîte conçue en 1935-36.
  22. Twentysix Gasoline Stations, 1963, 17,9 x 14 cm, première édition à 400 exemplaires numérotés et signés, offset, papier blanc, 26 photos, 48 p.
  23. Par exemple, Roodborst Territorium/ Sculptuur 1969. Robin Redbreast’s Territory/ Sculpture 1969. Domaine d’un rouge-gorge/ Sculpture 1969. Rotkehlchenterritorium/ Skulptur 1969, Köln, New York: éditions König, Seth Siegelaub, 1970, imprimé en offset (noir et blanc) sur papier couché blanc brillant, couverture illustrée, brochée, 18, 5 x 12,1 cm, 32 p.
  24. Ce type d'édition dite « à l'américaine » d’artist's book a été présentée lors de l'exposition de 1997 à la galerie Mansart de la Bibliothèque nationale
  25. Livres d'artistes, l'invention d'un genre 1960-1980, p. 3 Notice bibliographique du catalogue général de la BNF.
  26. Paper View, Artistbook International, Salon Light, London Small Publishers Fair, New York Art Book Fair, Marché de la poésie (Paris), etc.
  27. Cf. Zédélé éditions (Brest) dont le catalogue présente quelques-unes de ces rééditions, en ligne.
  28. Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1968, p. 983.
  29. Cf. sa bibliographie, en ligne.
  30. Site officiel du Centre national de l'édition et de l'art imprimé, en ligne.
  31. Site du Quai de la Batterie, en ligne.
  32. Artlibris ; [1] et [2].
  33. Documents, publications, archives, reportages, articles critiques dans: Revue critique du livre d'artiste Ligature, numéro spécial "Biblioparnasse" (2007-2013), septembre 2013, 140 p., EAN 9791091274210.
  34. Site du Centre régional des lettres de Basse-Normandie, en ligne.
  35. Salon L'autre Livre, site en ligne.
  36. Site du salon Page(s) 2010 Page(s)
  37. Rencontres organisées par l'Atelier Vis-à-vis, site officiel en ligne.
  38. Site du CLA, en ligne.
  39. Site officiel de Bibart, la bibliothèque du livre d'artiste
  40. Site du salon Histoires de livres
  41. [3]
  42. Avec des textes de Arlette Albert-Birot, Fernando Arrabal, Zéno Bianu, Jean-Philippe Bourgeno, Philippe Coquelet, Michel Déon, Hélène Cotrelle, Claude Gilioli, Guy Goffette, Hubert Haddad, Daniel Leuwers, Laure Matarasso, Alain Millou, Luis Mizon, Michel Mousseau, Bernard Noël, Jean-Luc Parant, Marc Petit, Yves Peyré, Marie-Françoise Quignard, Tita Reut, Jean-Dominique Rey, Hervé Roberti, Yves Rome, Jean-Pierre Thomas / dessins, graphies, illustrations de Jean Cortot, Joël Leick, Henri Meschonnic, Jean-Luc Parant, Serge Pey, Bernard Rancillac, Roland Topor / photos de Patrick Chapuis et Jean-Paul Coistia.
  43. Résumé de l'exposition, Prieuré de Saint-Cosme, été 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]