Livre d'Esther

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Un rouleau d’Esther rédigé au Maroc entre les XIIIe et XIVe siècles, conservé au musée du quai Branly

Le Livre ou Rouleau d’Esther (hébreu : מגילת אסתר Meguilat Esther) est le vingt-et-unième Livre de la Bible hébraïque. Il fait partie des Ketouvim selon la tradition juive et des Livres historiques de l’Ancien Testament selon la tradition chrétienne.
Il rapporte une série d’événements se déroulant sur plusieurs années : Esther, d'origine juive, est la favorite du plus puissant souverain de son époque - Assuerus. Or, sous son règne, le grand vizir - Haman- intrigue et obtient de pouvoir exterminer toute la population juive . Devant pareille menace, l' oncle d'Esther - Mardochée - fait appel à sa nièce afin qu'elle obtienne du roi l'annulation du décret qui les condamne. Assuerus - informé par Esther - prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger la population juive, condamnant à son tour mais cette fois le vizir, ainsi que tous ses fils, à être pendus au poteau destiné initialement à Mardochée . Une fête appelée Pourim sera instaurée par les Juifs afin de commémorer annuellement ce miracle.

L’historicité de ce Livre fait débat et selon certains, il a été écrit dans le but apologétique de justifier et exalter la fête de Pourim qui serait, selon les critiques, une version judaïsée de festivals persans.

Auteur du livre[modifier | modifier le code]

La rédaction du livre d'Esther est traditionnellement attribuée à Esdras, auteur présumé des textes de loi qui donnèrent à la communauté juive de Jérusalem sa cohésion religieuse et nationale. Flavius Josèphe et Clément d'Alexandrie soutiennent cette attribution, le personnage ayant vécu en Perse. Cependant, l'œuvre reste anonyme et la date de sa rédaction est discutée.

Résumé du Livre[modifier | modifier le code]

Le Livre se situe après la destruction du premier Temple de Jérusalem et l’exil à Babylone. Un demi-siècle environ après la victoire de Nabuchodonosor, son empire tombe aux mains du roi Cyrus II de Perse. Bien qu’il ait autorisé le retour des Juifs en Judée, beaucoup continuent à vivre en diaspora dans l’empire perse. Le récit d’Esther se place vers cette époque, à la cour du roi de Perse.

Ascension d'Esther[modifier | modifier le code]

Premier chapitre d'un rouleau manuscrit du Livre d'Esther

Au temps d’ Assuerus, dans sa troisième année de règne, le roi organise en sa capitale, Suse, une fête de 180 jours pour les grands personnages de l'empire et un immense festin de sept jours pour le peuple. Le septième jour, il ordonne à ses sept eunuques d'aller quérir la reine Vashti afin que tous voient sa beauté. Devant le refus de celle-ci de se présenter nue devant le roi et ses convives, il demande l'avis de ses sept sages, grands officiers perses et mèdes. Ceux-ci jugent le comportement de la reine comme une atteinte faite à tous les maris du royaume. Ils conseillent au roi de faire publier dans tout le royaume une ordonnance signifiant le retrait de son titre royal. Vashti déchue, les serviteurs du palais proposent au roi de faire venir au palais les plus belles jeunes vierges du royaume afin que le roi choisisse la future reine.

Mardochée, un judéen de la tribu de Benjamin vivant incognito à Suse, envoie au palais, Esther, une cousine orpheline qu'il avait adoptée. Subjugué par son charme, l'eunuque gardien des femmes l'installe dans le palais avec sept servantes à sa disposition. Pendant toute l'année où Esther devait prendre soin d'elle-même, Mardochée venait quotidiennement à la maison des femmes prendre des nouvelles de sa cousine. Celle-ci, ayant maintenu l'anonymat que lui avait recommandé son cousin, fut, la septième année de règne, présentée au roi qui, séduit, la choisit comme reine.

Alors que Mardochée était assis à la porte des appartements royaux, il surprit deux eunuques qui veillaient à la sécurité du roi, s'irriter et projeter d'attenter à la vie d'Assuérus. Il les fit dénoncer en son nom par Esther. Les deux gardiens du seuil furent pendus et l'affaire consignée dans les annales royales.

Décret d'extermination des Juifs[modifier | modifier le code]

Dans la douzième année de règne, Haman, fils de Hamdata et descendant d'Agag, le roi amalécite vaincu par Saül (ancêtre de Mardochée), est promu premier dignitaire du palais et le roi impose que tous s'inclinent devant lui. Mardochée, qui fréquente toujours incognito le palais refuse la prosternation et rétorque aux gardes qui lui en font reproche qu'il est juif. Ceux-ci le dénoncent alors à Haman qui, dès lors, « vit que Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas devant lui ». Pris de colère, Haman projette d'exterminer la diaspora judéenne de l'empire. Le tirage du sort (Pour) qui s'effectue au début de l'année calendaire désigne le jour favorable (le 13 du dernier mois). Haman obtient l'approbation du roi en présentant le peuple qu'il souhaite exterminer comme un peuple dissident pour lequel « les lois royales […] sont lettre morte » et en s'engageant à verser 10 000 talents au trésor royal. Le roi lui accorde en la matière les pleins pouvoirs et lui laisse son anneau (le sceau apposé sur les décrets). Le décret d'anéantissement des Juifs est diffusé dans toutes les provinces de l'empire afin que les exterminateurs « se tiennent prêts pour ce jour-là ».

Mardochée apprend la promulgation du décret. Il parcourt alors les rues, les vêtements déchirés, revêtu d'un sac et de cendres, tant et si bien qu'il finit par attirer sur lui l'attention de la reine Esther. Comme elle prétexte ne pas vouloir briser l'isolement du roi (sous peine de mort), Mardochée lui fait remarquer que le décret concerne tous les Juifs et qu'elle ne doit pas se croire à l'abri loin de son peuple, dans les palais du Roi. Esther, convaincue, lui dit en substance : « Va rassembler tous les Juifs de Suse. Jeûnez à mon intention. Ne mangez ni ne buvez de trois jours et de trois nuits. De mon côté, avec mes servantes, j'observerai le même jeûne. Ainsi préparée, j'entrerai chez le roi malgré la loi et, s'il faut périr, je périrai.»
Le troisième jour, Esther, qui reçoit la faveur du roi, l'invite à dîner avec Haman. Lors du festin, Esther dont la demande a été par avance acceptée par le roi (« jusqu'à la moitié de mon royaume ») renouvelle l'invitation pour le lendemain. Mais Haman, en rentrant joyeusement chez lui après les honneurs qui lui ont été rendus par la reine, s'emplit de colère en voyant Mardochée refuser de se prosterner devant lui. Il recueille avec joie l'idée de sa femme, Zeresh, de pendre Mardochée haut et court dans sa cour sur une potence de 50 coudées.

Cette nuit-là, le roi, incapable de trouver le sommeil, demande qu'on lui fasse la lecture des annales. L'épisode du complot des gardes lui est remémoré, ainsi que le fait que son sauveur, un nommé Mardochée, n'a pas été récompensé. Lorsque Haman se présente au palais le lendemain, avec l'intention de lui demander la tête de Mardochée, Assuerus lui demande comment récompenser un fidèle parmi les sujets fidèles, qui a toute l'amitié du roi. Haman, se croyant désigné, répond qu'il serait convenable d'organiser une procession dans la ville, vêtu des habits royaux, monté sur la monture royale et en proclamant que c'est là un homme que le roi veut honorer. C'est ainsi qu'il se retrouve à tirer Mardochée à travers la ville.

Retournement[modifier | modifier le code]

Au cours du second festin, Esther demande la parole au roi. Celui-ci s'engage par avance à exaucer son désir. Elle dénonce un complot visant à anéantir de nombreux sujets du roi, dont la reine elle-même, et demande « pour elle et son peuple la vie sauve ». Surpris, le roi lui demande qui donc « a manifesté cette intention criminelle ». Esther désigne Haman et dévoile alors son appartenance ethnique. Abasourdi, le roi sort faire un tour dans ses jardins et revient au moment où Haman, tentant d'obtenir la grâce royale, semble menacer la reine. Indigné, Assuerus, fait pendre son premier vizir sur la potence initialement prévue pour Mardochée. La maison de Haman revient à Esther et Mardochée est admis auprès du roi. Celui-ci remet à Mardochée son anneau royal en même temps que les pleins pouvoirs en cette affaire : « Vous-mêmes, écrivez au sujet des Juifs, au nom du roi, comme vous le jugerez bon ». Un nouveau décret autorise « les Juifs à massacrer leurs ennemis » le jour prévu par Haman. Il est supposé compenser le fait qu'une « lettre écrite au nom du roi et scellée avec l'anneau royal ne [puisse] pas être révoquée ». Après que la plus large publicité eut été faite à ce décret, le jour venu, les Juifs « traitèrent comme bon leur semble ceux qui les haïssaient », « mettant la main sur ceux qui leur voulaient du mal », massacrant 75 000 sujets du roi (15 000 selon la version des Septante). « Les gouverneurs et les fonctionnaires du roi soutenaient les Juifs, car la crainte de Mardochée les avaient saisis », celui-ci « devenant de plus en plus puissant ». Pour la même raison, nombre de « gens du pays se firent Juifs ». Ayant ainsi obtenu « la tranquillité de la part de leurs ennemis », les Juifs, le lendemain, « se reposèrent et en firent un jour de festin et de réjouissance ». La fin du récit précise que l'histoire de Mardochée fut notée « dans le livre des Chroniques des rois des Mèdes et des Perses ».

Développements ultérieurs[modifier | modifier le code]

Une autre version du Livre d'Esther est compilée au Ier siècle AEC et incorporée dans la Septante. Plutôt qu'une traduction du texte hébraïque, il s'agit d'une nouvelle narration des évènements ; elle comporte d'autres traditions (Assuérus est identifié à Artaxerxès, Haman n'est plus agaggite mais macédonien, etc.), un message « religieux » plus prononcé (la version grecque inclut une prière à Dieu, la description d'un rêve prophétique de Mardochée, etc.) et donne le détail des pièces de correspondance à peine mentionnées dans la Meguila. C'est sur la version grecque plutôt, que sur l'hébraïque, que se basent les versions coptes et éthiopiennes[1]. Flavius Josèphe, historien juif romanisé du Ie siècle EC, préfère utiliser la version hébraïque dans sa narration des faits destinée au public romain, bien qu'il ne semble pas ignorer la version grecque, car il identifie lui aussi Assuérus à Artaxerxès[2]. Quant à la version latine de Jérôme, elle est une interpolation à partir de ces deux sources[1].

Les interprétations du Livre d'Esther se poursuivent au Moyen Âge à travers deux targoumim, « traductions » araméennes qui, à l'instar de la version grecque du Livre d'Esther, réécrivent l'histoire plus qu'elles ne la racontent. Le premier Targoum date environ de l'an 700, tandis que le second lui est postérieur d'environ 900 ans. Il inclut de nombreux ajouts dont le rêve de Mardochée, extrait du Josippon, rédigé en Italie au Xe siècle. Ce rêve est également intégré au corpus ancien du midrash Esther Rabba et lui donne sa forme actuelle

Commémorations juives[modifier | modifier le code]

Le Livre d'Esther institue une commémoration mémorielle éternelle : "ces jours ne devaient pas être effacés du milieu des Juifs, ni leur souvenir disparaître de leur postérité". Les Juifs accomplissent ce devoir de mémoire en fêtant chaque année les Pourim, le 14 du mois d'Adar. La célébration consiste notamment en deux lectures publiques de l'intégralité du texte de la Meguilat Esther (le rouleau de parchemin) le soir et le lendemain matin de la fête.

Historicité en débat[modifier | modifier le code]

La valeur historique du récit est depuis longtemps objet de polémique. Depuis le XVIIIe siècle, des universitaires ont affirmé qu'aucun détail vérifiable mentionné dans le Livre d'Esther ne pouvait être corrélé avec ce que les sources classiques nous apprennent de l'histoire perse. Ils ont également souligné que nombre d'évènements décrits étaient invraisemblables ou improbables et en ont tiré la conclusion que cet ouvrage est une fiction. Les auteurs traditionalistes, essentiellement des exégètes religieux, ont maintenu leur soutien à la valeur historique du récit.

Lecture historique[modifier | modifier le code]

L'exégèse traditionnelle (dont le midrash et les pères de l'Église) a toujours soutenu l'historicité du récit. Cette approche tente de trouver parmi les noms historiquement attestés des correspondants à ceux du récit. Assuerus a été ainsi fréquemment assimilé à Xerxès Ier – qui régna de 486 à 464 – sur la base d'une mise en équivalence des noms en vieux persan (Khshayarsha) et en hébreu (Ahashwérosh). Mais il a été aussi, avec d'aussi bons arguments, identifié avec Artaxerxès Ier (vieux persan Artakhshatra), nom cité dans la version (grecque) des Septantes. Un auteur a pu avancer qu'il fallait plutôt voir en Assuérus Artaxerxès II Mnemon dont l'époque atteste une lutte entre partisans d'un quasi-monothéisme zoroastrien et ceux d'un retour au culte de Mithra. Enfin, Assuérus a également été assimilé à Cyaxare qui régna de 625 à 585 et fut l'allié de Nabuchodonosor, sur la citation de son nom dans le Livre de Tobit (Achiachar, supposé dérivé du vieux persan Akhuwakhshatra), hypothèse impliquant que Mardochée ait été lui-même déporté à Babylone. Vashti fut pour sa part assimilée à Amestris, la reine consort de Xerxès Ier, mais l'hypothèse se heurte à des contradictions concernant leurs règnes. Il en est de même de l'identification d'Esther avec Amestris. Quant à Mardochée, le nom dont il dérive, Marduk, semble avoir été largement utilisé sous diverses formes à l'époque de Xerxès Ier et de son père Darius, trouvées dans une trentaine de textes, faisant référence jusqu'à peut-être quatre individus tenant une fonction officielle. Toute assimilation est donc à la fois envisageable et gratuite.

Lecture critique[modifier | modifier le code]

Selon l'école critico-historique, aucune information vérifiable du récit ne trouve confirmation dans les données disponibles. Vashti et Esther ne sont les noms d'aucune reine connue, et l'épouse de Xerxès s'appelait Amestris. Il en est de même du puissant premier ministre (H)Aman, agaguite ici, macédonien dans le texte grec.

Les historiens ont relevé une petite dizaine de traits qu'ils affirment être en contradiction avec les connaissances acquises sur l'empire perse. Les documents sont muets quant à un quelconque massacre de sujets du roi - par les Juifs ou autres - et ne révèlent aucun décret royal autorisant de telles tueries. Tout au contraire, les souverains perses veillèrent à maintenir la paix entre les divers peuples qu'ils tenaient sous leur domination. On n'a pas d'exemple de décret statuant sur un conflit privé comme la désobéissance d'une épouse, pas plus que de choix de reine par un concours de beauté. On n'a pas non plus connaissance de règle ou de loi qui rendrait une décision royale irrévocable. Le narrateur semble ignorer que Suze n'était que la résidence hivernale de la cour royale, plaçant son récit implicitement dans la continuité de neuf années. Enfin, l'idée qu'un roi puisse épouser une parfaite inconnue heurte toutes les mœurs répertoriées (les mariages royaux sont des arrangements entre familles princières) et les connaissances historiques (selon Hérodote, le roi devait épouser une femme issue de l'une des sept plus grandes familles nobles de Perse)[3].

À côté de cela, les observateurs ont pointé une quinzaine de traits qu'ils frappent d'invraisemblance, dont : l'anonymat de Mardochée, maintenu sur plusieurs années de fréquentation du palais, dont le palais des femmes ; les gardes qui complotent ouvertement contre le roi pour une simple irritation ; le désir de Haman de massacrer tout un peuple pour l'affront subi en place de punir le malotru ; l'obtention d'un décret royal pour exterminer les Juifs du royaume sur la base d'une simple calomnie et d'une somme d'argent ; l'ordonnance d'un pogrom un an à l'avance ; la promesse du roi d'accéder par avance à la demande d'Esther ; l'insomnie royale qui établit officiellement et opportunément la sollicitude de Mardochée envers le roi, préparant ainsi la substitution avec Haman.

Les esprits critiques n'ont pas manqué de signaler par ailleurs une dizaine de faits perçus comme absurdes, tels que : le décret visant le rétablissement d'un ordre patriarcal épargné par la déchéance de Vashti ; le fait qu'Haman ait besoin d'une dénonciation pour se rendre compte que Mardochée refuse de s'agenouiller devant lui ; la justification puérile (pour que les massacreurs soient prêts) donnée pour rendre compte de la publicité faite au décret d'extermination ; la surprise du roi devant la demande d'Esther, comme s'il donnait régulièrement son aval aux exterminations ; la coexistence de deux décrets qui mettent en état de guerre civile les autorités locales et les Juifs ; le soutien des gouverneurs et fonctionnaires du roi apporté aux Juifs.

Les auteurs appartenant à l'école historico-critique considèrent donc ce récit qui possède toutes les apparences d'un conte, comme un roman historique dont la datation est sujette à débat, certains optant pour une rédaction à l'époque de la domination perse (jusqu'à 333 av. J.-C.), la plupart cependant la situant à l'époque hellénistique voire macchabéenne.

Lecture allégorique[modifier | modifier le code]

La fin du livre d'Esther annonce lui-même que son texte est allégorique. En effet, il propose au lecteur de se référer aux livre des chroniques des rois de Médie et de Perse pour avoir les données historiques des évènements. L'allégorie est manifeste à chaque instant dans ce livre puisque Esther dont le livre tire son nom, veut dire 'caché'. Le prénom du personnage Esther est Adassa. Elle a sans doute changé son nom au moment de son élection pour garder son anonymat. Le nom de Dieu n'est pas présent dans le texte, mais de nombreux exégèses donnent une grille de lecture spéciale : lorsque le roi est nommé ("Roi Assuérus") il s'agit du roi effectivement, mais lorsque le texte dit le "Roi" tout court, il s'agit de Dieu. De nombreuses autres grilles de lecture existent.

Certains auteurs chrétiens considèrent le Livre d'Esther comme une allégorie représentant la relation entre l'Église - l'épouse - et Dieu. Cette approche est similaire à celle de la plupart des commentateurs envers le Cantique des Cantiques. Il est par ailleurs évident que la valeur des nombres, à commencer par le chiffre 7, y est largement, sinon totalement, symbolique.

Origine[modifier | modifier le code]

Des universitaires ont soutenu autour du début du XXe siècle que cette histoire résulterait de l'adaptation littéraire d'une liturgie babylonienne, ce par transposition, un procédé biblique récurrent selon certains hébraïsants[4]. Esther et Mardochée (qui ne sont pas des noms hébreux) seraient ainsi la transposition des divinités Isthar et Marduk, Vashti et Haman étant celle de divinités élamites — dont Suze était la capitale — Mashti et Humman. La disgrâce de Vashti représenterait une sécularisation du triomphe d'Isthar sur sa concurrente Mashti. Ce mythe babylonien est mis en relation avec les Pûrim babyloniennes qui fêtaient le retour du printemps (le nom est construit sur la racine babylonienne pûru = lot, sort). Un trait du Livre qui a toujours surpris les commentateurs et qui s'accommoderait bien d'une telle hypothèse est l'absence de considérations religieuses et même de la mention du dieu unique, les prières et discours pieux étant des rajouts grecs à l'original hébreu. On s'interrogea aussi sur la résistance opposée à l'institution de la fête des Pûrim par les Juifs d'Égypte[5].

La faiblesse essentielle de cette théorie est le caractère hypothétique des divinités élamites citées, ainsi que du mythe du triomphe babylonien. Enfin, le récit, dans sa structure la plus ramassée (triomphe de Mardochée sur Haman, annihilation des ennemis des Juifs), serait tout aussi bien la transposition du triomphe de Saül (ancêtre de Mardoché), roi d'Israël, sur Agag (ancêtre de Haman) et de l'extermination des Amalécites, selon les dires du Livre de Samuel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b George Lyons, Additions to Esther, Wesley Center for Applied Theology, 2000
  2. William Whiston, The Works of Flavius Josephus, the Learned and Authentic Jewish Historian, Milner and Sowerby, 1864, édition en ligne de l'université de Harvard, 2004
  3. Pierre Briant, Histoire de l'empire perse, 1996, Fayard
  4. Bernard Dubourg, La fabrication du Nouveau Testament, Gallimard,‎ 1989 (ISBN 2-07-071630-9)
  5. Guy Rachet, La Bible, mythe et réalités. La Bible et l'histoire d'Israël, éd. du Rocher,‎ 2003 (ISBN 2-268-04600-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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