Livre numérique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Livre électronique)
Aller à : navigation, rechercher

Un livre numérique (terme officiellement recommandé en France dans le JORF du 4 avril 2012[1]), aussi appelé par métonymie livre électronique, est un livre édité et diffusé en version numérique, disponible sous forme de fichier, qui peut être téléchargé et stocké pour être lu soit sur un écran[1],[2] tel que celui d'un ordinateur personnel, d'une liseuse ou d'une tablette tactile, soit sur une plage braille, soit sur un dispositif de lecture de livres audio.

Appellations[modifier | modifier le code]

L'expression « livre numérique » et ses synonymes « livre électronique » et « livrel » (mot-valise) ont été proposés par l’Office québécois de la langue française[2] comme traductions françaises de « e-book », « electronic book » ou « digital book » (voir le Grand dictionnaire terminologique). Selon l'OQLF, la forme hybride « e-livre » (calque de l'anglais « e-book ») est à éviter en français.

Dans l'usage, livre électronique et livrel désignent aussi bien le contenu (le texte lui-même) que, par métonymie, le contenant (le support permettant de visualiser le contenu). Ces deux expressions sont donc aussi synonymes de « liseuse », le lecteur électronique destiné à lire les livres numériques.

Intérêts et inconvénients[modifier | modifier le code]

Maniabilité[modifier | modifier le code]

L'œuvre écrite « complète » de Victor Hugo éditée chez Jean-Jacques Pauvert représente 40 millions de caractères. La Bible telle qu'on peut la télécharger sur Internet, moins de 10 millions d'octets quelle que soit la langue considérée[3]. Une simple carte SDHC de 32 Go permet donc d'emporter partout avec soi autour de 2 000 collections de textes de cette taille.

Un passage donné d'un ouvrage lorsqu'on en connaît un mot spécifique se retrouve rapidement même si le document ne possède pas d'index.

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Par rapport à la forme classique qu’est le livre sur papier, le livre numérique, présente, pour les personnes handicapées, l’avantage d’une bien meilleure accessibilité. Le livre numérique peut en effet être restitué sur un appareil adapté au type de handicap, par exemple affichage en braille ou restitution sonore. Il existe des normes spécifiques de livres numériques destinés aux publics handicapés ; c’est notamment le cas de DAISY, norme de livres audio qui concerne les personnes empêchées de lire des documents imprimés (aveugles, malvoyants, dyslexiques, handicapés voyants mais ayant du mal à tourner les pages d’un livre, …).

Indépendance du dispositif de lecture[modifier | modifier le code]

Un livre numérique peut être consulté sur divers dispositifs de lecture (liseuse, ordinateur, tablette, smartphone, plage braille, lecteur de livres audio). Dans certains cas, si l'on est connecté à l'Internet, on retrouve le passage exact où l'on s'était arrêté en consultant un ouvrage, même depuis un autre support.

Risques[modifier | modifier le code]

Richard Stallman, un militant du logiciel libre américain, a mis en garde contre plusieurs dangers possibles[4], notamment :

  • puisqu'on doit s’identifier pour payer en ligne ou télécharger un livre sur un site commercial ou une bibliothèque numérique, les « autorités » peuvent avoir accès à votre liste de lecture ;
  • il y a plusieurs précédents d'effacement à distance d'ouvrages par au moins un distributeur (Amazon.com) sur les appareils de personnes les ayant téléchargés[5].

Stallman note cependant que les ouvrages du projet Gutenberg et de quelques autres ne présentent pas ces risques.

Comme pour tous les fichiers numériques, notamment ceux qui sont stockés sur un serveur externe par les utilisateurs (cloud), la question se pose de savoir ce que deviendrait votre bibliothèque dans le cas ou un éditeur (ou un distributeur, voire un prestataire de service de stockage numérique) disparaît.

Brève histoire du livre numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Projet Gutenberg#Histoire.

Avant même la création d'Internet, Michael Hart crée, en 1971, le projet Gutenberg, dont le but est de numériser des livres[6]. Le premier livre numérisé par le projet Gutenberg est la Déclaration d'indépendance des États-Unis dans un fichier de 5 ko[7].

En 2008, la qualité de lecture sur écran des liseuses s'étant considérablement améliorée, le livre numérique repart à la conquête des marchés grand public. En 2010, la progression en termes de parts de marché devient très significative aux États-Unis[8]. De nombreux éditeurs ont commencé à distribuer, sous forme électronique, des livres tombés dans le domaine public.

Dans le même temps, pour une question non forcément de qualité, mais de coûts et de rentabilité, certains éditeurs préfèrent publier leurs auteurs de cette manière. À l'opposé, certains auteurs qui veulent se libérer de l'emprise de leur éditeur[9], ou dont les manuscrits n'ont pas été publiés sur papier par des éditeurs mettent à disposition leurs œuvres en ligne, tant de façon gratuite que par l'intermédiaire de sites de téléchargement payant.

En France, 'publie.net', première coopérative d'auteurs pour l'édition et la diffusion numériques de littérature contemporaine, fondée en 2008 par l'écrivain François Bon, ardent militant du livre numérique, pousse les ressources du format ePub3 jusqu'à ajouter du son et de la musique ou des vidéos[10] dans le cours du récit, et un système de navigation en hyperimages (pour l'instant uniquement accessibles sur iPad et iPhone).

Marché[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Le premier revendeur de livres numériques en France en date est Mobipocket.com (filiale d'Amazon depuis avril 2005[11]). Ses concurrents principaux sont Numilog.com (filiale d'Hachette Livre depuis le printemps 2008[12]), ePagine (prestataire de solutions pour les librairies), immatériel.fr (distributeur et revendeur), Relay.com (également filiale de Hachette, mais côté presse), Eden Livres, E-Plateforme, Cyberlibris (bibliothèque numérique sur abonnement), Needocs (livrels professionnels, pratiques et académiques) et aussi Didactibook (libraire électronique spécialisée dans les livrels pratiques).

Selon le magazine Challenges, la Fnac aurait vendu 40 000 livres numériques de novembre 2008 à novembre 2009[13]. En 2011, le fabricant de liseuses Bookeen se lance à son tour dans la commercialisation de livres numériques avec bookeenstore.com[14]. L'offre de livres numériques en français la plus riche du marché est proposée par Chapitre.com[15].

Selon le quatrième Baromètre sur les usages du livre numérique, présenté le 21 mars 2014 au Salon du livre de Paris, on évalue la part de lecteurs numériques en France à 15 % de la population[16].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Pour le dernier trimestre 2010, Amazon.com a officiellement annoncé avoir vendu pour la première fois plus de livres numériques que de livres imprimés[17]. Les genres les plus populaires sont alors les romances et les romances érotiques[18],[19].

Au premier trimestre 2012, les ventes de livres numériques dépassent en valeur les ventes de livres papier dans le pays[20].

Selon le Pew Internet & American Life project, 28 % des Américains ont lu au moins un livre numérique en 2013[21]. Selon le même institut, 50 % des Américains possèdent une tablette numérique ou une liseuse en janvier 2014.

Au Québec[modifier | modifier le code]

En décembre 2009, seuls 1 200 livres québécois avaient été numérisés, ce qui constitue un facteur limitant l'adoption du livre numérique[22].

Depuis décembre 2009, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) offre un programme d'Aide à la numérisation qui rembourse aux éditeurs 50 % des frais de numérisation, plus 10 $ par titre, jusqu’à concurrence de 5 000 $, ce qui pourrait aider ces derniers à offrir une plus grande portion de leur catalogue[22].

Formats (sélection)[modifier | modifier le code]

Logo du format EPUB

Gestion des droits numériques[modifier | modifier le code]

De la même façon que dans le domaine de la musique et des films, certains éditeurs et distributeurs utilisent des systèmes de gestion des droits numériques (DRM) pour tenter de protéger les œuvres. La plupart de ces systèmes sont relativement inefficaces et pénalisent le lecteur dans son usage du livre.

Tableau récapitulatif de certains DRM[23]
Nom Editeur Formats Utilisé par Commentaires
Adept Adobe ePub, pdf, ascm Majorité, Kobo, B&N, Sony, Google DRM standard souvent utilisé. Il nécessite un compte sur le site d’Abobe et limite la lisibilité d’un livre à six appareils.
Microsoft Microsoft lit Microsoft Abandonné
Kepub (Adept) Kobo (Adobe) kepub Kobo Il s’agit d’un ePub avec quelques données en plus. Les fichiers peuvent être téléchargés au format ePub + DRM Adobe standard
Topaz Amazon azw, tpz Amazon Nouveau format Amazon, basé sur son précédent format Mobipocket
Mobipocket Amazon mobi Amazon (ancien) Format créé par Mobipocket (racheté par Amazon). Fonctionne avec un système de PID (clef unique par matériel)
Ignoble (basé sur adept) B&N (Adobe) B&N Extension du DRM ADEPT d’Adobe où on utilise nom et numéro de CB comme clef (pour dissuader de partager)
eReader B&N pdb, pml B&N (ancien), Palm Ancien format B&N, qui utilise lui aussi le nom et le numéro de CB comme clef pour frein social au partage
FairPlay Apple Apple Utilisé sur iBooks et les fichiers ne sont lisibles que par les appareils Apple, pas de recherche de faille à ce jour
BBeB Sony lrx, lrs Sony Abandonné

Tatouage numérique[modifier | modifier le code]

Certains livres numériques ne contiennent pas de système de gestion des droits numériques mais des tatouages numériques, en général le nom de l’acheteur et son adresse électronique.

Livres libres de droits[modifier | modifier le code]

De très nombreuses œuvres libres de droit (car tombées dans le domaine public) sont disponibles en téléchargement gratuit sur de nombreux sites Internet, dont par exemple celui du Projet Gutenberg ou celui de l'Open Library[24], Manybooks[25], ou encore Feedbooks/publicdomain[26]...

Exception au droit des auteurs en faveur des personnes handicapées[modifier | modifier le code]

Certaines associations agissant au service de personnes handicapées bénéficient de l’exception au droit d'auteur prévue par la loi DADVSI. Pour ces structures, il existe deux niveaux d’agrément[27] : d’une part l’agrément simple qui donne le droit d’adapter les œuvres et de les communiquer aux personnes handicapées, d’autre part l’habilitation à demander l'accès aux fichiers numériques des éditeurs déposés auprès de la Bibliothèque nationale de France (BNF) investie de cette mission par le décret du 6 février 2009[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Vocabulaire de l'édition et du livre (liste de termes, expressions et définitions adoptés), JORF n°0081 du 4 avril 2012 page 6130
  2. a et b Grand dictionnaire terminologique Office québécois de la langue française
  3. (en) Bible Download - Chinese Christian Internet Mission (CCIM)
  4. Les dangers du livre électronique, par Richard Stallman - Framablog, 22 janvier 2012
  5. Amazon jette 198 dans le « trou de mémoire » - Le Monde, 22 juillet 2009
  6. Marie Lebert, « Une courte histoire de l’ebook », Études françaises de l’université de Toronto, 2009, p. 11 [lire en ligne] [PDF]
    « Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de fichier électronique, celui-ci aurait bientôt quarante ans et serait né avec le projet Gutenberg en juillet 1971. »
  7. Marie Lebert, « Une courte histoire de l’ebook », Études françaises de l’université de Toronto, 2009, p. 5 [lire en ligne] [PDF]
  8. « Le nombre d’utilisateurs de lecteurs électroniques téléchargeant des titres a plus que doublé en 14 mois aux États-Unis. La hausse des ventes d’appareils de lecture électronique enregistrée aux États-Unis pendant la dernière période de fêtes de fin d’année a marqué un tournant majeur dans l'histoire du livre numérique, révèle une enquête du Book Industry Study Group (BISG) publiée le 29 avril. La part des consommateurs de livres imprimés affirmant télécharger des livres électroniques a bondi de 5 % en octobre 2010, à près de 13 % en janvier 2011, selon le BISG. » sur le site de 'Livres Hebdo'.
  9. Stephen King a été précurseur dans cette démarche, dès l'année 2000.
  10. Alain François, « Webobjet (ça recommence comme ça) ».
  11. (en) Amazon.com acquires Mobipocket - DRM watch, 21 avril 2005
  12. « Hachette s'offre le cyberlibraire Numilog » sur actualitté.
  13. La Fnac aurait déjà vendu 40 000 « livrels » - Emilien Ercolani, linformaticien.com, 25 septembre 2009 (voir archive)
  14. Voir sur 'e-reader-info.com'.
  15. Chapitre.com devient la librairie numérique de Sony - Nicolas Gary, ActuaLitté, 21 août 2012
  16. Economie du livre : ce que change le numérique - Challenges/AFP, 21 mars 2014
  17. (en) Amazon Kindle e-book downloads outsell paperbacks - BBC News, 28 janvier 2011
  18. Clément S., « Romans d'amour et érotiques cartonnent en version numérique », Actualitte.com,‎ 4 août 2009 (consulté le 13 août 2009)
  19. (en) Nicholson Baker, « The new page », The New Yorker,‎ 3 août 2009 (consulté le 13 août 2009) : « [...] romance readers are major Kindlers. »
  20. Aux Etats-Unis, le livre numérique dépasse le livre papier - Pierre Haski, Rue89, 26 juin 2012
  21. (en) More Americans Now Reading Ebooks, New Pew Data Show - Jeremy Greenfield, Digital Book World, 16 janvier 2014
  22. a et b Maxime Johnson, « Le livre électronique au Québec », Magazine Jobboom,‎ 18 janvier 2010 (consulté le 18 janvier 2010)
  23. Formats de livres numériques avec DRM, Eric Daspet, 29 août 2011 (avec autorisation de l'auteur)
  24. (en) Open Library
  25. (en) Manybooks
  26. (en) Feedbooks : Public Domain
  27. L'exception au droit d'auteur en faveur des personnes handicapées sur le site du ministère de la Culture
  28. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=360B7CC5761D640AA9EDCAD893C4504B.tpdjo01v_3?cidTexte=JORFTEXT000020219700&categorieLien=id Décret n° 2009-131 du 6 février 2009 relatif à la désignation de l'organisme dépositaire des fichiers numériques d'œuvres

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • T. Baccino, La Lecture électronique, Presses universitaires de Grenoble, 2004
  • Adenora Guriec, Évolution et révolution du livre : vers un nouveau support de l'œuvre littéraire ?, mémoire de master, Sciences de l'information et de la communication, Université Rennes 2, 2014 (lire en ligne)
  • Olivier Larizza, La Querelle des livres. Petit essai sur le livre à l'âge numérique, Buchet-Chastel, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]